Article tiré du Rapport général de l'Exposition Internationale des Arts et Techniques - Paris 1937
Le Pavillon de l’U. R. S. S. était construit au centre du territoire de l’Exposition. La façade principale du pavillon donnait sur la place du Trocadéro et la façade latérale sur le quai de la Seine. Au-dessous du pavillon se trouvait un passage de 14 mètres de longueur menant au tunnel sous le quai de Tokio.
L’idée architecturale du pavillon était de donner une composition monolithe de la sculpture et de l’architecture, de refléter l’aspiration vers un grand but et la certitude de sa réalisation.

- La grande salle d'exposition
L’œuvre réalisée par l’architecte, M. Boris Iofan, auquel le Gouvernement des Soviets avait également confié la direction des travaux de construction du Palais des Soviets, à Moscou, ne manquait ni d’originalité, ni d’allure.
Vu du pont qui lie le Palais du Trocadéro à la Tour Eiffel, le Pavillon soviétique apparaissait au spectateur telle une vaste nef en pleine course sur les flots. Et la grande composition sculpturale de Mme Moukhina qui en surmontait la proue et faisait corps avec le bâtiment, rendait cette impression encore plus vive.
L’emplacement du pavillon, situé au-dessus du passage souterrain qui assurait la liberté de circulation sans emprunter le territoire même de l’Exposition, avait créé pour ses bâtisseurs toutes sortes de difficultés d’ordre technique et en avait déterminé les dimensions elles-mêmes. Long de 160 mètres sur 21m.5 de large, sa partie de tête se trouvait juste au-dessus de la section la plus profonde du tunnel. Elle reposait sur un stylobate surélevé de 2 mètres. Un large escalier de marbre conduisait vers l’entrée principale du bâtiment. Des deux côtés l’escalier était bordé de propylées ornées de bas-reliefs — œuvre du sculpteur Tchaïkov — qui représentaient les onze Républiques faisant partie de l’Union des Soviets. Afin de donner la solidité voulue à la tour qui supportait la masse sculpturale de 65 tonnes, il fallut l’élever sur de puissants supports en ciment armé et sur des constructions métalliques spéciales.
La façade entière du pavillon, la tour y comprise, était recouverte de plaques de marbre précieux, provenant de carrières de l’Oural, des Républiques soviétiques de l’Asie centrale, etc. Un grand vestibule donnait accès aux salles d’exposition qui prenaient la lumière du jour à travers de longues baies vitrées. La nuit, une lumière indirecte, dont la source était dissimulée par les corniches, créait une atmosphère lumineuse très douce qui mettait en valeur les objets exposés. L’aménagement intérieur des salles était l’œuvre de l’artiste peintre soviétique, Souëtine.
C’est à la suite d’un concours que le projet de l’architecte Iofan fut adopté par les autorités soviétiques.
Les architectes et techniciens soviétiques M. Kassatkine, l’architecte Popov, les femmes statuaires, Mlles Ivanova et Zelenskaïa, etc. ont trouvé, à Paris, un concours précieux auprès de leurs confrères français : les architectes Crépie, Bonnères, Coquet et Iossilevitch. C’est une entreprise française qui se chargea de la construction. Celle-ci fut menée à bonne fin grâce au dévouement des ouvriers français, parmi lesquels plusieurs équipes de monteurs, de marbriers, de charpentiers en fer et en bois, se sont attiré une reconnaissance particulière des constructeurs soviétiques. Ajoutons encore que le pavillon fut construit exclusivement en matériaux français, exception faite pour la statue et pour les marbres de revêtement.
Une carte géante de l' U. R. S. S. de plus de 20 mètres carrés, composée uniquement de pierres précieuses et mi-précieuses, permettait aux visiteurs de se rendre facilement compte de la structure géographique et économique de l’Union, et constitua, sans aucun doute, par son originalité, ses qualités d’art, la richesse et la variété des matières dont elle était faite, un des «clous7) du pavillon et, peut-être, de l’Exposition. Cette carte comprenait 120.000 morceaux de mosaïque dans lesquels étaient enchâssées 10.000 pierres.

- Présentation documentaire
Chaque capitale de l’Union était représentée par un grand rubis étoilé et son nom était inscrit en émeraudes. Sur le rubis indiquant Moscou figurait une faucille et un marteau de diamant. Les diverses industries de l’U. R. S. S. étaient désignées sur la carte par des pierres précieuses; les chemins de fer étaient figurés par un réseau d’argent platiné. Les frontières étaient dessinées par de petits rubis.
Le pavillon, relativement bas dans sa grande étendue, avait une hauteur croissante vers la façade principale élancée et trouvait son achèvement dans la tour, sur laquelle était posée la statue exécutée d’après le projet et sous la direction du sculpteur soviétique Mme V. I. Moükhina. Cette statue représentait un jeune ouvrier, et une jeune kolkhozienne portant haut, en avant, le symbole du pouvoir soviétique : la faucille et le marteau.
Toute la composition de l’architecture et de la sculpture était basée sur la volonté d’exprimer le développement dynamique du pays des Soviets.
La statue était exécutée pour la première fois en acier inoxydable. Afin de réaliser cette œuvre colossale de 24 mètres de hauteur, d’en construire la charpente, d’en assurer le montage, il fallut résoudre des problèmes techniques compliqués dont la solution fut confiée à l’institut Central de Recherches pour la Mécanique et la Métallurgie de Moscou. Les 7 t. 5 d’acier inoxydable laminé sortaient de l’usine Faucille et Marteau à Moscou. Tout le travail, dirigé par l’ingénieur Lvov fut achevé en un temps record de trois mois et demi et les deux statues furent montées à Paris en treize jours par une équipe d’ouvriers Stakhanovistes. La statue était posée sur la tour à une hauteur de 33 mètres. La tour était revêtue en marbre de Gazgan, près de Samarkand; ce marbre, complètement inconnu en Europe occidentale, est unique quant à sa beauté, la variété de ses couleurs et sa solidité. Le socle de la tour était revêtu en porphyre rouge foncé. La tour reposait sur un stylobate en marbre de 2 mètres de hauteur. Un large escalier de marbre, flanqué par des propylées revêtues de bas-reliefs métallisés et encadrés de marbre^ conduisait sur les stylobates de la tour et menait les visiteurs à l’entrée principale du pavillon.
Au-dessus de la porte centrale de l’entrée principale se trouvait l’écusson en relief de l’U. R. S. S.; au-dessus des portes latérales, des bas-reliefs.
Par les portes de l’entrée principale, le visiteur arrivait dans le vestibule, sur les murs latéraux duquel se trouvaient deux grandioses panneaux : «1917-1937. t> Outre le vestibule, il y avait cinq salles dans le Pavillon de l’U. R. S. S., dont la longueur totale était de i4o mètres et la largeur de 21 mètres, la surface totale des salles d’exposition était d’environ 2.800 mètres carrés.
L’éclairage intérieur était indirect, donnant ainsi une ambiance tranquille et assurant de bonnes conditions pour la présentation des objets exposés.
L’éclairage extérieur avait pour but de créer une bonne visibilité de l'architecture et de la sculpture, mais sans les dominer.
La solution constructive du pavillon était entièrement déterminée par la destination du bâtiment et par les conditions locales. Ainsi, avait été accepté le projet donnant la possibilité d’éviter des fondations profondes au-dessous de tout le pavillon, sauf la tour, qui reposait sur une grille métallique et posée sur des semelles en béton armé, fixées sur des pieux.
L’ossature de la tour était exécutée en béton armé jusqu’à une hauteur de 17 mètres et la partie supérieure de 16 mètres en métal.
Le plancher au-dessus du tunnel était en métal et reposait sur des appuis en béton armé.
Pour l’ossature des murs et des planchers des salles d’exposition, étaient employées des constructions métalliques et en bois, étant tenu compte, dans chaque cas, de la destination des parties respectives du bâtiment et des nécessités d’architecture.
Une grande attention était accordée à la décoration des salles d’exposition. Les dessins et couleurs des sols, des murs et des plafonds, coordonnés avec la disposition des objets exposés, étaient choisis de façon à former un ensemble.
Les travaux de construction furent confiés à l’entreprise française A. GorGeon et exécutés avec la collaboration des architectes français.
L’intérieur du pavillon était divisé en cinq sections principales. De larges escaliers menaient les visiteurs dans les salles où ils pouvaient se documenter sur l’organisation du premier Etat socialiste du monde; sur les progrès scientifiques et techniques du pays et l’art varié des peuples de l’Union soviétique.
Dès qu’ils avaient vu la première section, les visiteurs pouvaient se faire une idée du territoire, des ressources naturelles, de l’industrie et de l’agriculture de l’U. R. S. S. De nombreux stands, des cartes électrifiées, des panneaux décoratifs, des maquettes et des diagrammes mettaient en relief les réalisations du pays au cours des vingt années de la grande réorganisation russe.
Les visiteurs y pouvaient prendre connaissance de la constitution stalinienne. Un groupe sculpté représentant Lénine et Staline se dressait au milieu de la salle, les principaux articles de la constitution étaient gravés sur son piédestal. Dans cette salle et dans les suivantes, les principes essentiels de la constitution étaient illustrés par une documentation artistique et par des faits.

- Salle de la constitution, un tableau
L’activité féconde de la science soviétique, l’envergure qu’a prise l’instruction publique en U. R,. S. S., le fonctionnement des bibliothèques et des musées, les réalisations de la littérature et de la presse, tout ceci avait un écho dans la deuxième section du Tavillon soviétique. L’Académie des Sciences de l’U. R. S. S. avait préparé l’exposition des matériaux démontrant le succès remporté dans l’exploitation de nouvelles richesses naturelles. Parmi les objets exposés par les bibliothèques soviétiques, on trouvait une liste type des livres demandés par le lecteur ouvrier; cette liste permettait de juger de ses goûts littéraires et de ses intérêts culturels.
Un stand préparé dans cette section était consacré à l’œuvre du grand écrivain prolétarien Maxime Gorki et un autre à l’œuvre du grand poète russe A. Pouchkine, à l’occasion du centenaire de sa mort. Les objets se rapportant aux progrès du théâtre, de la musique et du cinéma soviétiques étaient exposés dans la deuxième et la troisième sections. On pouvait y prendre connaissance des riches répertoires classiques et modernes des théâtres soviétiques, mais on y voyait également les nouvelles formes de la culture théâtrale en U. R. S. S. (théâtres de l’Art populaire, théâtres d’enfants, théâtres kolkhoziens, etc.).
La troisième section était destinée à la peinture, à l’art graphique, à la sculpture et aux arts appliqués. On pouvait y admirer tous les genres de l’art populaire.
Dans la quatrième section étaient groupés les objets ayant trait aux transports ferroviaires et aux transports par eau^ à l’aviation et à la conquête de l’Arctique.
Le pavillon de l’U. R. S. 8. comportait une salle de cinéma avec les derniers aménagements modernes. On y donna notamment : Cavalerie de l'armée rouge, qui souligne un des aspects originaux de l’existence téméraire et sportive des Cosaques et le Député de la Baltique, film à tendances historiques. Parmi les nombreux films qui furent présentés, citons encore : La dernière nuit, Extrême-Orient, La conquête du Pôle nord, réalisée par Troïjanowsky et Pierre le Grand, réalisé par Vladimir Petrov, sur un scénario d’Alexis Tolstoï et de lui-même.
Le théâtre nous valut une magnifique représentation organisée par M. Stanislavski qui donna Liubov Yarovdia, mise en scène de M. Vladimir Nemirovitch Dantchenko. Le public applaudit la troupe et admira les magnifiques décors, celui du premier acte avec ses vertigineux mouvements sur -des fonds vert sombre et amarante, un vrai Tintoret; les fêtes galantes du deuxième acte sur la terrasse et dans le parc, un pur WATTEAU; la cour d’un hôtel mutilé qui faisait penser à Poussin.
Le souvenir restera aussi de l’audition, à la salle Pleyel, de l’ensemble de chant et de danse de l’armée rouge de l’U. R. 8. S., dont l’animateur est M. A. Alexandroff, « artiste du peuple de PU. R. S. S., professeur au Conservatoire de Moscou, directeur de l’ensemble de chant et de danse de l’armée Rouge, décoré de l’ordre du Drapeau rouge». Cet ensemble est aujourd’hui le plus important et le plus populaire des groupements artistiques de l’U. R. S. S.
Ils étaient cent cinquante, bien plantés sur leurs bottes, vêtus de kaki-vert et de noir, coiffés de casquettes vertes et rouges et qui tendaient d’un bout à l’autre de l’immense scène de la salle Pleyel un écran anonyme et massif.
Aux deux premiers rangs, assis, huit accordéonistes, une quinzaine de joueurs de balalaïkas, cinq ou six cuivres, et tenant lieu de contre-basse à corde, deux énormes guitares, rouges comme des violons neufs : ce sont les domras des vieux villages chers à Cholokhoff.
Le chef, vêtu de kaki-vert, parut; le concert commença.
Le répertoire de l’ensemble est vaste et varié. On entendit : D'un bout à l'autre, chanson de Dkerjinski; la Plaine, expression musicale admirable de la terre russe; le Tout doux, de Rigoletto que les cent cinquante soldats chantèrent comme de grands artistes, allant allègrement des pizzicati aux forta-menti; une sérénade gracile de I. Abta, le nain Tverdochlebov; une vieille chanson populaire gaie, Le Fossé, avec une entrée de danseurs blancs, endiablés; Le Chant à Staline, tiré d’une chanson du Caucase; Le Chant à Vorochilov, véritable poème symphonique; la Chanson du Coucou gris, qui s’achève par un Ballet ukrainien où des danseuses savantes et gracieuses associent leurs évolutions à celles des danseurs pittoresques qui possèdent à fond leur métier. De longues ovations furent faites à ces maîtres du chant populaire et de la danse spontanée.
Les brillantes soirées données au Pavillon de l’U. R. 8. 8. eurent un autre intérêt, spectaculaire celui-là. Le personnel d’honneur des galas fut composé de deux cents fantassins et cosaques, avec leurs magnifiques uniformes d’apparat, qui ne furent pas un des moindres attraits de cette participation, où tout était cependant fait pour éveiller notre curiosité et retenir notre attention.