Le trottoir mobile à Paris 1900

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
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worldfairs
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Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs »

Le trottoir mobile comportait deux plates-formes animées de vitesses différentes, les trottoirs mobiles et parallèles.

 Expo 1900 - Trottoir mobile

C'était une sorte de plancher articulé qui se déplaçait d'un mouvement régulier et continu, et sur lequel les gens qui voulaient en profiter pour se faire entraîner dans son mouvement devaient monter sans que le système s'arrête, ni ralentisse.

Une plate-forme de ce genre ne pouvait transporter ses voyageurs qu'avec une sage lenteur, pour éviter de fâcheux incidents, une seconde combinaison forte ingénieuse a été imaginée, qui permettait de doubler la vitesse de translation pour les gens pressés.
Dans ce but, on avait installé au premier trottoir, et le touchant, un second plancher mobile disposé exactement de la même façon, mais dont la vitesse de déplacement était très supérieure : si le premier avait une vitesse de 4km/h le second se déplaçait à raison de 8 km/h.
Par conséquent, quant on était monté sur le premier trottoir, il n'était pas plus difficile de monter sur le second.
En espace d'un court instant on effectuait cette double opération, et l'on se trouvait monté dans un véritable train, muni au besoin de sièges.

La plate-forme mobile de Paris n'est pas tout à fait une nouveauté car on en avait déjà installé aux expositions de Chicago et Berlin.
Toutefois, celles de Chicago et Berlin n'avaient qu'un très faible développement, et étaient plutôt des curiosités que des moyens de transport pratiques. Tout au contraire, le trottoir mobile de 1900 avait une longueur considérable : il suivait en effet exactement le même parcours que le chemin de fer.

 Expo 1900 - Trottoir mobile

Sur tout le parcours, les trottoir étaient montés sur un viaduc analogue à celui qui portait le chemin de fer électrique sur une partie de sa longueur; mais ici le viaduc était continu et se maintenait constamment à une hauteur de 7 m au dessus du niveau du sol.
D'ailleurs, en dehors des deux trottoirs mobiles proprement dits, il supportait également un trottoir fixe qui permettait aux voyageurs des deux plates-formes en mouvement de s'arrêter s'ils le jugeaient bon, et descendre sur ce plancher immobile.

La force motrice qui assurait le déplacement des plates-formes était l'électricité. Elle était produite dans l'usine que la Compagnie des Chemins de Fer de l'Ouest avait établie aux Moulineaux pour la propulsion de ses trains de la ligne des invalides, le courant alternatif qui y était produit était converti en courant continu pour l'usage de la plate-forme dans une installation faite par la compagnie Westinghouse sur le quai d'Orsay, en face du pavillon du Creusot. L'électricité était distribuée aux moteurs au moyen de neufs câbles et d'un dispositif qui permettait de faire marcher les trottoirs dans un sens et dans l'autre.

description du mécanisme:

 , Expo 1900 - Trottoir mobile - Schéma technique

Sur le schéma ci-dessus on voit d'abord très nettement les trois trottoirs, et l'on voit que chacune des deux plates-formes mobiles était montés sur une série de petites roue, qui roulaient sur une vrai voie ferrée formée de deux rails fixés sur des poutres de bois. Mais sous chaque wagonnet on aperçoit, s'allongeant en E pour la première plate-forme et en D pour la seconde, deux poutrelles rivées l'une à l'autre; elle venaient porter une poulie verticale, en C et en B, et ces deux poulies étaient placées sur un même arbre dont le mouvement était commandé par le moteur électrique A. C'était le frottement de ces poulies sue les poutrelles E et D, qui assurait l'entrainement de toute la série de wagonnets constituant par leur articulation les deux plates-formes. La différence de vitesse des deux trottoirs résultait tout simplement que le diamètre des poulies étaient différent; ces deux diamètres étaient dans le rapport d'un à deux; ce qui fait que la vitesse du second trottoir était exactement double de celle du premier.

Quant aux services que ce moyen de locomotion était susceptible de rendre, il suffisait, pour les faire apprécier, de dire que, pendant la durée d'un tour de trottoir le plus rapide , c'est à dire 26 minutes, on pouvait transporter au moins 50000, et même 60000 personnes.

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lemog
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Message par lemog »

Je me permet d'ajouter quelques images concernant cette fameuse plate-forme...

Une magnifique gravure, très animée parue dans l'Illustration :

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Une belle photo des frères Neurdein... passés maîtres dans l'art de la retouche photographique (panorama de l'exposition) :

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La visite des Boulonnaises (le monde illustré) :

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Portail d'entrée de la plate-forme au champ-de-mars (laas_pecaud) :

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worldfairs
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Re: Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs »

Voici un texte d'Edouard Beaufils de 1900 qui présente celle nouvelle "attraction" et surtout le ressenti des gens pour cette nouvelle invention.

Il est convenu que toute Exposition universelle digne de ce nom doit, parmi des divertissements et des surprises multiples, offrir au visiteur une « attraction » suprême. En 1889, nous eûmes la Tour Eiffel; en 1900 nous avons le trottoir roulant. La Tour Eiffel n'obtint pas tous les suffrages : les artistes la jugèrent inesthétique et dans une pièce fameuse un poète déclara qu'elle faisait « hausser les épaules » au Mont-Blanc. Plus heureux, le trottoir roulant n'a pas de détracteurs. Tout le monde fait son éloge : il divertit et rend service à la fois, il est dans sa nouveauté une distraction et un moyen de transport; il symbolise merveilleusement Y utile dulci du poète latin; comment, après cela, pourrait il y avoir le moindre désaccord sur son compte?

Je me trompe : le trottoir roulant n'a pas toujours été l'objet de cette faveur universelle.

Dans les premiers jours de son fonctionnement les habitants des grandes avenues avoisinant l'Ecole Militaire proférèrent quelques menaces à son adresse. « Le diable emporte ce trottoir et son inventeur ! s'écriaient-ils. Des batteries d'artillerie défilant sous nos fenêtres ne feraient pas plus de tapage. Quand l'Exposition prendra fin, nous serons sourds! » Et les locataires des entresols et premier étage renchérissaient : « Nous ne sommes plus chez nous, Paris, la France, le Monde entier envahissent nos domiciles; du lever au coucher du soleil, c'est une violation continue de nos salles à manger, chambres à coucher et cuisines. A moins de nous résigner à vivre comme le sage et... les caissiers, dans une maison de verre, nous allons être forcés de tenir fermés nos contrevents et abaissées nos jalousies. Quand l'Exposition prendra fin, ayant perdu l'habitude du jour, nous serons aveugles! ».

Cette mauvaise humeur est passée. Les grincheux du début sont aujourd'hui les meilleurs amis du trottoir roulant et ils se déclarent enchantés d'habiter une avenue où le spectacle le plus varié et le plus pittoresque leur est donné à toute heure du jour.

C'est à Chicago qu'a été tenté le premier essai du trottoir roulant. L'idée première appartenait à un ingénieur français, M. Blot; l'expérience de Chicago, suivie d'une tentative analogue à Berlin, lui fut une occasion de perfectionnements et l'Exposition de 1900 est arrivée juste à point pour lui permettre de réaliser enfin son invention. Parmi les ingénieurs dont la collaboration lui a été précieuse, citons M. Maréchal,ingénieur des ponts et chaussées, qui a été le grand artisan du chemin de fer électrique de l'Exposition, concurrence au trottoir roulant dans la direction inverse.

Avant toute description, posons quelques principes: le trottoir roulant — ou plate-forme mobile— est aérien sur tout son parcours ; il se meut sur un viaduc en bois, d'une longueur de 3,370 mètres, à 7 mètres environ au-dessus du sol. Il est sans arrêt et se déroule toujours dans le même sens; son mouvement est l'opposé de celui des aiguilles d'une montre; enfin son parcours est tracé en forme de quadrilatère dont le côté bordant la Seine s'incurve un peu,passé le pont de l'Aima.

Des moteurs fixes l'actionnent. L'énergie électrique qu'ils produisent met en mouvement des galets disposés sous la plate-forme, de distance en distance; supposez un instant ces galets à l'air libre tournant pour ainsi dire à blanc ou, si vous aimez mieux, dans le vide. Vous vous rendez compte, dès lors, de la force rotatoire qu'ils dégagent. Pour utiliser cette force, il suffira d'imposer un plancher sur les galets. Le trottoir roulant n'est pas autre chose qu'un plancher mobile qui reçoit son impulsion de ces galets, et qui est chassé en quelque sorte par leur rotation ininterrompue.

Cela dit, par quelles dispositions pratiques le trottoir mobile a-t-il été admis à remplir commodément l'office de véhicule? Parvenu à l'une de ces nombreuses « plates-formes d'accès » qui sont comme les gares du chemin mobile, le voyageur met d'abord le pied sur une façon de chaussée fixe indéfiniment déroulée à droite et à gauche. A deux pas de lui, parallèlement à cette chaussée, il aperçoit un premier trottoir roulant, de vitesse très modérée — quatre kilomètres à l'heure — et, à quatre pas, toujours dans la même direction parallèle, un second trottoir roulant d'allure plus rapide — huit kilomètres à l'heure. Le voyageur peut opter entre trois attitudes : demeurer sur la chaussée et la parcourir dans le sens qui lui plaira, ou se faire entraîner par la première plate-forme, ou passer sur la seconde qui est la plus large et est munie d'une balustrade à laquelle il est fort agréable de s'appuyer. Et rien n'est plus simple que d'effectuer ces mouvements; le voyageur qui craint de perdre l'équilibre n'a d'ailleurs qu'à saisir, au moment de changer d'allure, un de ces piquets qui jalonnent, à l'usage des gens craintifs, les deux plates-formes.

L'itinéraire est le suivant : le quai d'Orsay, l'avenue La Bourdonnais, l'avenue La Motte-Picquet, la rue Fabert. Neuf plates-formes d'accès sont à la disposition du public.

Montons, si vous voulez, par celle qui se trouve derrière le pavillon d'Italie et, nous laissant entraîner sur le trottoir à vitesse accélérée, examinons les êtres et les choses. La rue des Nations est là qui défile avec ses admirables palais ; nous sommes emportés parmi des architectures de rêve, dans un décor délicieux de verdure ; à partir du pavillon de Danemark, nous entrons sous un véritable tunnel formé par des entrelacs de branches. La fraîcheur y est exquise; le bien-être s'accroît de l'agréable sensation que procure tout déplacement obtenu sans effort, sans secousse, sans bruit.

Le spectacle est des plus amusants sur les pistes roulantes; ici des promeneurs en marchant dans le sens du trottoir, obtiennent une vitesse de cycliste lancé bon train; là, un monsieur qui s'obstine à aller dans le sens contraire, surveille le point de repère qu'il a choisi, sur un bâtiment ou sur un arbre et constate bientôt qu'il n'avance pas; plus loin des flâneurs et des paresseux mettent en pratique la théorie du moindre effort, arcboutés à la balustrade mobile ; çà et là des curieux stationnent sur la piste fixée et s'amusent de l'incessante circulation qu'ils ont sous les yeux. Ce n'est plus un simple trottoir ici, c'est un boulevard, le boulevard du Monde; toutes les races s'y mêlent, tous les costumes y sont représentés, on y parle toutes les langues : combien d'étrangers ne sont venus à l'Exposition que pour goûter les délices de ce singulier véhicule !

La rue des Nations est parcourue, nous perdons de vue la Seine et toutes les splendeurs cosmopolites dont ses bords sont fleuris; voici l'avenue La Bourdonnais. A gauche ce sont les maisons de l'avenue; à droite, les vastes palais du Champ de Mars. Successivement nous dépassons le Tour du Monde, le palais du Costume, l'Exposition des Mines et de la Métallurgie, les palais des Fils, Tissus et Vêtements, delà Mécanique, de l'Agriculture et des Aliments... Çà et là,aux approches des plates-formes d'accès, sous des halls ont été installés des bars et les consommateurs qui s'y groupent, s'intéressent bien moins aux boissons variée qu'on leur sert qu'à « l'attraction » sans commencement ni fin dont jouissent leurs regards.

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Le Trottoir Roulant

Message par worldfairs »

trottoirroulant.jpg

Rien de plus charmant que ce "chemin qui marche" au milieu du feuillage des arbres, en dominant l'Exposition! Et quel plaisir de passer d'une plate-forme à l'autre dans un saut léger et gracieux qui quelquefois se termine par une chute sans danger!
La plate-forme mobile et le chemin de fer électrique ont transporté 9.917.00 voyageurs.
L'Exposition a fermé ses portes le 12 novembre 1900 après avoir duré 210 jours pendant lesquels elle a reçu 51 millions de visiteurs.
L'Exposition de 1855 en avait reçu 5 millions; celle de 1867 : 9 millions; celle de 1878 : 16 millions et demi; celle de 1889 : 28 millions.
La plus forte journée de 1900 a été le 7 octobre avec 652.000 entrées.

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Re: Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "L'Exposition en Famille"

Parmi les quelques attractions qui fonctionnent, dès maintenant, la Plate-forme roulante appelle tout d’abord ajuste titre mon admiration.

Vue prise à l'angle de la rue Fabert et de l'avenue de la Motte-Piquet
Vue prise à l'angle de la rue Fabert et de l'avenue de la Motte-Piquet

La Plate-forme se développe sur un parcours de 3,400 mètres qui embrasse le quadrilatère formé par la rue Fabert, le quai d’Orsay, l’avenue de la Bourdonnais et l’avenue de la Motte-Piquet, revenant sur l'Esplanade des Invalides. Elle est suspendue à une hauteur de 7 m. 50 au-dessus d’une ossature métallique supportée par des charpentes en bois ou palées assujetties au sol.

Les voyageurs y ont accès à l’aide d’escaliers ordinaires ou de planchers mobiles, sur neuf endroits qui, par un élargissement du trottoir fixe, constituent de véritables stations.

La Plate-forme consiste essentiellement en deux planchers mobiles et parallèles animés d'un mouvement de translation avec des vitesses doubles l'une de l'autre, soit quatre et huit kilomètres à l'heure.

De point en point se dressent des bâtons à boule rouge; à l'aide de l'un, je monte sur le premier plancher, puis sur le second sans difficulté et le hasard, au bout de quelques instants, me fait rencontrer M. Armengaud jeune, le savant ingénieur, et l'un des promoteurs de cette attraction ; j'en profite pour solliciter de son obligeance quelques détails techniques.

— L'idée du trottoir roulant. me dit-il, n'est pas nouvelle, mais de tous les essais entrepris, un seul mérite notre attention. Je veux parler du trottoir électrique de Chicago. Dans ce trottoir, il y avait en réalité deux plates-formes contiguës reposant par leurs plates-bandes inférieures respectives, l'une sur les roues, l'autre sur les essieux d'une série de wagonnets constituant une chaîne sans tin et circulant eux-mêmes sur les rails d’un viaduc. Ces deux chaînes étaient actionnées par des moteurs électriques répartis à raison de 1 pour 30 wagonnets.

— Tous ces mécanismes entrainés dans le mouvement avec leurs essieux et les dynamos électriques constituaient un poids mort inutile et rendaient difficiles la visite et la réparation des organes de propulsion.

Coupe du trottoir roulant
Coupe du trottoir roulant

— Ces inconvénients sont évités dans le système à moteurs fixes que M. Blot préconisa lorsqu’il conçut en 1886 le projet de Plate-forme mobile qui fut l'embryon de la Plate-forme actuelle.

— Nos trottoirs mobiles sont formés d'une suite de wagonnets ou de trucks à 4 roues, reliés entre eux par des trucks sans roues. Les extrémités de deux trucks successifs sont arrondis en sens contraire de façon à s’emboîter les uns dans les autres et à épouser les courbes de la voie.

— Le mouvement est donné au trottoir de la manière suivante, — c’est à M. Guyenet, l’ingénieur distingué, que nous sommes redevables de cette application.

— Sous chaque truck est fixée une sorte de rail ou poutre axiale, articulée à chaque extrémité avec les poutres axiales des trucks adjacents.

— Ces poutres glissent sur des galets de friction, placés de distance en distance, qui leur transmettent le mouvement qu’ils reçoivent eux-mêmes de moteurs dynamos électriques, chaque moteur avec son galet et les rouages qui les réunissent constituant ce que M. de Mocomble, l’inventeur de cette ingénieuse disposition, appelle un treuil électrique.

— Ce treuil est suspendu élastiquement grâce à l’intervention d’un ressort de voiture; on peut donc régler très exactement la pression du truck sur le galet, pression qui fournit l’adhérence en vertu de laquelle se produit l’entrainement.

— La Plate-forme est mise en mouvement par 172 moteurs électriques; l’énergie est fournie par une usine centrale, actuellement celle d’Asnières. Détail remarquable, il résulte des constatations faites pendant les premiers essais que la force, nécessitée pour l’entraînement de la Plateforme en pleine charge, c’est-à-dire avec en plus le poids de plusieurs milliers de personnes, est de très peu supérieure à la force dépensée pour le démarrage progressif et l'entrainement de la Plate-forme sans charge.

M. Armengaud veut bien me donner encore quelques détails sur l’historique de cette entreprise.

— C’est M. Blot, me dit-il, qui en est le promoteur. Il entra en rapport avec MM. Guyenet et de Mocomble dont j’ai parlé précédemment, et tous trois se mirent à l’œuvre après avoir constitué un petit syndicat d’études dont je fus appelé à diriger les travaux.

— Regardez un instant, me dit M. Armengaud en me serrant la main, l’étonnement et la joie qu’expriment tous ces visages et vous comprendrez facilement notre succès; chacun trouve son plaisir sur notre trottoir roulant?

Nous devons à l'extrême amabilité de M. Marc, le distingué directeur de l'Illustration, de reproduire les deux clichés ci-dessus qui ont figuré dans son remarquable numéro du 14 avril ; ils donnent mieux que tout une idée très exacte de la Plate-forme électrique et nous sommes heureux d'en faire profiler nos lecteurs.

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Re: Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs »

Quelques vues du trottoir roulant (Extrait de l'ouvrage de M. Armengaud jeune)

trottoirmobile03.jpg
trottoirmobile04.jpg
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trottoirmobile06.jpg
trottoirmobile07.jpg
trottoirmobile08.jpg

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Re: Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


Il est convenu que toute Exposition universelle digne de ce nom doit , parmi des divertissements et des surprises multiples, offrir au visiteur une « attraction» suprême. En 1889, nous eûmes la Tour Eiffel; en 1900 nous avons le trottoir roulant. La Tour Eiffel n’obtint pas tous les suffrages : les artistes la jugèrent inesthétique et dans une pièce fameuse un poète déclara qu’elle faisait « hausser les épaules » au Mont-Blanc. Plus heureux, le trottoir roulant n’a pas de détracteurs. Tout le monde fait son éloge : il divertit et rend service à la fois, il est dans sa nouveauté une distraction et un moyen de transport; il symbolise merveilleusement l’utile dulci du poète latin; comment, après cela, pourrait-il y avoir le moindre désaccord sur son compte?

Le Trottoir roulant Avenue de Lamotte-Piquet
Le Trottoir roulant Avenue de Lamotte-Piquet

Je me trompe : le trottoir roulant n’a pas toujours été l’objet de cette faveur universelle.

Dans les premiers jours de son fonctionnement les habitants des grandes avenues avoisinant l’Ecole Militaire proférèrent quelques menaces à son adresse. « Le diable emporte ce trottoir et son inventeur ! s’écriaient-ils.. Des batteries d'artillerie défilant sous nos fenêtres ne feraient pas plus de tapage. Quand l'Exposition prendra fin, nous serons sourds ! » Et les locataires des entresols et premier étage renchérissaient : « Nous ne sommes plus chez nous, Paris, la France, le Monde entier envahissent nos domiciles ; du lever au coucher du soleil, c’est une violation continue de nos salles à manger, chambres à coucher et cuisines. A moins de nous résigner à vivre comme le sage et... les caissiers, dans une maison de verre, nous allons être forcés de tenir fermés nos contrevents et abaissées nos jalousies. Quand l’Exposition prendra fin, ayant perdu l’habitude du jour, nous serons aveugles! »

Cette mauvaise humeur est passée. Les grincheux du début sont aujourd’hui les meilleurs amis du trottoir roulant et ils se déclarent enchantés d’habiter une avenue où le spectacle le plus varié et le plus pittoresque leur est donné à toute heure du jour.

C’est à Chicago qu’a été tenté le premier essai du trottoir roulant. L’idée première appartenait à un ingénieur français, M. Blot; l’expérience de Chicago, suivie d’une tentative analogue à Berlin, lui fut une occasion de perfectionnements et l’Exposition de 1900 est arrivée juste à point pour lui permettre de réaliser enfin son invention. Parmi les ingénieurs dont la collaboration lui a été précieuse, citons M. Maréchal, ingénieur des ponts et chaussées, qui a été le grand artisan du chemin de fer électrique de l’Exposition, concurrence au trottoir roulant dans la direction inverse.

Sur le trottoir roulant
Sur le trottoir roulant

Avant toute description, posons quelques principes : le trottoir roulant ou plate-forme mobile, est aérien sur tout son parcours; il se meut sur un viaduc en bois, d’une longueur de 3,370 mètres, à 7 mètres environ au-dessus du sol. Il est sans arrêt et se déroule toujours dans le même sens; son mouvement est l’opposé de celui des aiguilles d’une montre; enfin son parcours est tracé en forme de quadrilatère dont le côté bordant la Seine s’incurve un peu, passé le pont de l’Alma.

Des moteurs fixes l'actionnent. L’énergie électrique qu’ils produisent met en mouvement des galets disposés sous la plate-forme, de distance en distance; supposer un instant ces galets à l’air libre tournant pour ainsi dire à blanc ou, si vous aimez mieux, dans le vide. Vous vous rendez compte, dès lors, de la force rotatoire qu’ils dégagent. Pour utiliser cette force, il suffira d’imposer un plancher sur les galets. Le trottoir roulant n’est pas autre chose qu’un plancher mobile qui reçoit son impulsion de ces galets, et qui est chassé en quelque sorte par leur rotation ininterrompue.

Cela dit, par quelles dispositions pratiques le trottoir mobile a-t-il été admis à remplir commodément l’office de véhicule? Parvenu à l’une de ces nombreuses « plates-formes d’accès » qui sont comme les gares du chemin mobile, le voyageur met d’abord le pied sur une façon de chaussée fixe indéfiniment déroulée à droite et à gauche. A deux pas de lui, parallèlement à cette chaussée, il aperçoit un premier trottoir roulant, de vitesse, très modérée — quatre kilomètres à l’heure — et, à quatre pas, toujours dans la même direction parallèle, un second trottoir roulant d’allure plus rapide — huit kilomètres à l’heure. Le voyageur peut opter entre trois attitudes : demeurer sur la chaussée et la parcourir dans le sens qui lui plaira, ou se faire entraîner par la première plate-forme, ou passer sur la seconde qui est la plus large et est munie d’une balustrade à laquelle il est fort agréable de s’appuyer. Et rien n’est plus simple que d’effectuer ces mouvements; le voyageur qui craint de perdre l'équilibre n’a d’ailleurs qu’à saisir, au moment de changer d’allure, un de ces piquets qui jalonnent, à l’usage des gens craintifs, les deux plates-formes.

Le chemin de fer électrique
Le chemin de fer électrique

L’itinéraire est le suivant : le quai d’Orsay, l’avenue La Bourdonnais, l’avenue La Motte-Picquet, la rue Fabert. Neuf plates-formes d’accès sont à la disposition du public.

Montons, si vous voulez, par celle qui se trouve derrière le pavillon d’Italie et, nous laissant entraîner sur le trottoir à vitesse accélérée, examinons les êtres et les choses. La rue des Nations est là qui défile avec ses admirables palais ; nous sommes emportés parmi des architectures de rêve, dans un décor délicieux de verdure; à partir du pavillon de Danemark, nous entrons sous un véritable tunnel formé par des entrelacs de branches. La fraîcheur y est exquise; le bien-être s’accroît de l'agréable sensation que procure tout déplacement obtenu sans effort, sans secousse, sans bruit.

Le spectacle est des plus amusants sur les pistes roulantes; ici des promeneurs en marchant dans le sens du trottoir, obtiennent une vitesse de cycliste lancé bon train; là, un monsieur qui s’obstine à aller dans le sens contraire, surveille le point de repère qu’il a choisi, sur un bâtiment ou sur un arbre et constate bientôt qu’il n’avance pas; plus loin des flâneurs et des paresseux mettent en pratique la théorie du moindre effort, arc-boutés à la balustrade mobile; çà et là des curieux stationnent sur la piste fixée et s’amusent de l'incessante circulation qu’ils ont sous les yeux. Ce n’est plus un simple trottoir ici, c’est un boulevard, le boulevard du Monde; toutes les races s’y mêlent, tous les costumes y sont représentés, on y parle toutes les langues : combien d'étrangers ne sont venus à l’Exposition que pour goûter les délices de ce singulier véhicule !

La rue des Nations est parcourue, nous perdons de vue la Seine et toutes les splendeurs cosmopolites dont ses bords sont fleuris; voici l’avenue La Bourdonnais. A gauche ce sont les maisons de l’avenue; à droite, les vastes palais du Champ de Mars. Successivement nous dépassons le Tour du Monde, le palais du Costume, l’Exposition des Mines et de la Métallurgie, les palais des Fils, Tissus et Vêtements, de la Mécanique, de l’Agriculture et des Aliments... Çà et là, aux approches des plates-formes d’accès, sous des halls ont été installés des bars et les consommateurs qui s’y groupent, s’intéressent bien moins aux boissons variées qu’on leur sert qu’à « l’attraction » sans commencement ni fin dont jouissent leurs regards.

Nous avons décrit le trottoir roulant de l’Exposition et donné des renseignements pratiques sur son fonctionnement. Voici quelques indications complémentaires.

Le Viaduc du Chemin de fer électrique
Le Viaduc du Chemin de fer électrique

Les frais d’établissement de ce mode de locomotion amusant et commode ont été de 4.500.000 fr. environ. La consommation d'électricité de 250 à 300 kilowatts selon la charge de la plate-forme qui peut porter à la fois jusqu’à 30000 personnes.
Les vitesses respectives des deux trottoirs mobiles ont été maintenues pendant les premières semaines de l’Exposition à 3 et 6 kilomètres, afin de laisser le public faire son apprentissage du nouveau véhicule ; les vitesses sont actuellement de 4 et de 8 kilomètres. Une opération délicate, et qu'on n’est point arrivé sans peine à régler, c’est la mise en mouvement du système, chaque matin, au début du service. Qu'on songe, en effet, que la masse à ébranler est constituée par une double plate forme de 3400 mètres de longueur et ne pesant pas moins de 2 millions de kilogrammes ; on se rendra compte du formidable « coup de collier » nécessaire au démarrage. Toute difficulté a été aplanie grâce au dispositif employé par l’ingénieur chef du service de la plate-forme, M. Ch. Jovignot, et qui consiste dans l'utilisation d'un mode de distribution du courant, symétrique par rapporta l'usine productrice ; ce procédé a pour effet de doubler l'effort au démarrage sans demander à l’usine un supplément d’énergie; et, par une manœuvre habile du commutateur, on voit l’énorme masse passer doucement du repos au mouvement, sans heurt, sans à-coup, aussi facilement qu’un tramways électrique bien conduit.

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