Le trottoir mobile à Paris 1900

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Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs » 25 juil. 2006 08:52 am

Le trottoir mobile comportait deux plates-formes animées de vitesses différentes, les trottoirs mobiles et parallèles.

 Expo 1900 - Trottoir mobile

C'était une sorte de plancher articulé qui se déplaçait d'un mouvement régulier et continu, et sur lequel les gens qui voulaient en profiter pour se faire entraîner dans son mouvement devaient monter sans que le système s'arrête, ni ralentisse.

Une plate-forme de ce genre ne pouvait transporter ses voyageurs qu'avec une sage lenteur, pour éviter de fâcheux incidents, une seconde combinaison forte ingénieuse a été imaginée, qui permettait de doubler la vitesse de translation pour les gens pressés.
Dans ce but, on avait installé au premier trottoir, et le touchant, un second plancher mobile disposé exactement de la même façon, mais dont la vitesse de déplacement était très supérieure : si le premier avait une vitesse de 4km/h le second se déplaçait à raison de 8 km/h.
Par conséquent, quant on était monté sur le premier trottoir, il n'était pas plus difficile de monter sur le second.
En espace d'un court instant on effectuait cette double opération, et l'on se trouvait monté dans un véritable train, muni au besoin de sièges.

La plate-forme mobile de Paris n'est pas tout à fait une nouveauté car on en avait déjà installé aux expositions de Chicago et Berlin.
Toutefois, celles de Chicago et Berlin n'avaient qu'un très faible développement, et étaient plutôt des curiosités que des moyens de transport pratiques. Tout au contraire, le trottoir mobile de 1900 avait une longueur considérable : il suivait en effet exactement le même parcours que le chemin de fer.

 Expo 1900 - Trottoir mobile

Sur tout le parcours, les trottoir étaient montés sur un viaduc analogue à celui qui portait le chemin de fer électrique sur une partie de sa longueur; mais ici le viaduc était continu et se maintenait constamment à une hauteur de 7 m au dessus du niveau du sol.
D'ailleurs, en dehors des deux trottoirs mobiles proprement dits, il supportait également un trottoir fixe qui permettait aux voyageurs des deux plates-formes en mouvement de s'arrêter s'ils le jugeaient bon, et descendre sur ce plancher immobile.

La force motrice qui assurait le déplacement des plates-formes était l'électricité. Elle était produite dans l'usine que la Compagnie des Chemins de Fer de l'Ouest avait établie aux Moulineaux pour la propulsion de ses trains de la ligne des invalides, le courant alternatif qui y était produit était converti en courant continu pour l'usage de la plate-forme dans une installation faite par la compagnie Westinghouse sur le quai d'Orsay, en face du pavillon du Creusot. L'électricité était distribuée aux moteurs au moyen de neufs câbles et d'un dispositif qui permettait de faire marcher les trottoirs dans un sens et dans l'autre.

description du mécanisme:

 , Expo 1900 - Trottoir mobile - Schéma technique

Sur le schéma ci-dessus on voit d'abord très nettement les trois trottoirs, et l'on voit que chacune des deux plates-formes mobiles était montés sur une série de petites roue, qui roulaient sur une vrai voie ferrée formée de deux rails fixés sur des poutres de bois. Mais sous chaque wagonnet on aperçoit, s'allongeant en E pour la première plate-forme et en D pour la seconde, deux poutrelles rivées l'une à l'autre; elle venaient porter une poulie verticale, en C et en B, et ces deux poulies étaient placées sur un même arbre dont le mouvement était commandé par le moteur électrique A. C'était le frottement de ces poulies sue les poutrelles E et D, qui assurait l'entrainement de toute la série de wagonnets constituant par leur articulation les deux plates-formes. La différence de vitesse des deux trottoirs résultait tout simplement que le diamètre des poulies étaient différent; ces deux diamètres étaient dans le rapport d'un à deux; ce qui fait que la vitesse du second trottoir était exactement double de celle du premier.

Quant aux services que ce moyen de locomotion était susceptible de rendre, il suffisait, pour les faire apprécier, de dire que, pendant la durée d'un tour de trottoir le plus rapide , c'est à dire 26 minutes, on pouvait transporter au moins 50000, et même 60000 personnes.

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Message par lemog » 26 sept. 2006 08:16 am

Je me permet d'ajouter quelques images concernant cette fameuse plate-forme...

Une magnifique gravure, très animée parue dans l'Illustration :

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Une belle photo des frères Neurdein... passés maîtres dans l'art de la retouche photographique (panorama de l'exposition) :

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La visite des Boulonnaises (le monde illustré) :

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Portail d'entrée de la plate-forme au champ-de-mars (laas_pecaud) :

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Re: Le trottoir mobile à Paris 1900

Message par worldfairs » 16 sept. 2010 08:51 pm

Voici un texte d'Edouard Beaufils de 1900 qui présente celle nouvelle "attraction" et surtout le ressenti des gens pour cette nouvelle invention.

Il est convenu que toute Exposition universelle digne de ce nom doit, parmi des divertissements et des surprises multiples, offrir au visiteur une « attraction » suprême. En 1889, nous eûmes la Tour Eiffel; en 1900 nous avons le trottoir roulant. La Tour Eiffel n'obtint pas tous les suffrages : les artistes la jugèrent inesthétique et dans une pièce fameuse un poète déclara qu'elle faisait « hausser les épaules » au Mont-Blanc. Plus heureux, le trottoir roulant n'a pas de détracteurs. Tout le monde fait son éloge : il divertit et rend service à la fois, il est dans sa nouveauté une distraction et un moyen de transport; il symbolise merveilleusement Y utile dulci du poète latin; comment, après cela, pourrait il y avoir le moindre désaccord sur son compte?

Je me trompe : le trottoir roulant n'a pas toujours été l'objet de cette faveur universelle.

Dans les premiers jours de son fonctionnement les habitants des grandes avenues avoisinant l'Ecole Militaire proférèrent quelques menaces à son adresse. « Le diable emporte ce trottoir et son inventeur ! s'écriaient-ils. Des batteries d'artillerie défilant sous nos fenêtres ne feraient pas plus de tapage. Quand l'Exposition prendra fin, nous serons sourds! » Et les locataires des entresols et premier étage renchérissaient : « Nous ne sommes plus chez nous, Paris, la France, le Monde entier envahissent nos domiciles; du lever au coucher du soleil, c'est une violation continue de nos salles à manger, chambres à coucher et cuisines. A moins de nous résigner à vivre comme le sage et... les caissiers, dans une maison de verre, nous allons être forcés de tenir fermés nos contrevents et abaissées nos jalousies. Quand l'Exposition prendra fin, ayant perdu l'habitude du jour, nous serons aveugles! ».

Cette mauvaise humeur est passée. Les grincheux du début sont aujourd'hui les meilleurs amis du trottoir roulant et ils se déclarent enchantés d'habiter une avenue où le spectacle le plus varié et le plus pittoresque leur est donné à toute heure du jour.

C'est à Chicago qu'a été tenté le premier essai du trottoir roulant. L'idée première appartenait à un ingénieur français, M. Blot; l'expérience de Chicago, suivie d'une tentative analogue à Berlin, lui fut une occasion de perfectionnements et l'Exposition de 1900 est arrivée juste à point pour lui permettre de réaliser enfin son invention. Parmi les ingénieurs dont la collaboration lui a été précieuse, citons M. Maréchal,ingénieur des ponts et chaussées, qui a été le grand artisan du chemin de fer électrique de l'Exposition, concurrence au trottoir roulant dans la direction inverse.

Avant toute description, posons quelques principes: le trottoir roulant — ou plate-forme mobile— est aérien sur tout son parcours ; il se meut sur un viaduc en bois, d'une longueur de 3,370 mètres, à 7 mètres environ au-dessus du sol. Il est sans arrêt et se déroule toujours dans le même sens; son mouvement est l'opposé de celui des aiguilles d'une montre; enfin son parcours est tracé en forme de quadrilatère dont le côté bordant la Seine s'incurve un peu,passé le pont de l'Aima.

Des moteurs fixes l'actionnent. L'énergie électrique qu'ils produisent met en mouvement des galets disposés sous la plate-forme, de distance en distance; supposez un instant ces galets à l'air libre tournant pour ainsi dire à blanc ou, si vous aimez mieux, dans le vide. Vous vous rendez compte, dès lors, de la force rotatoire qu'ils dégagent. Pour utiliser cette force, il suffira d'imposer un plancher sur les galets. Le trottoir roulant n'est pas autre chose qu'un plancher mobile qui reçoit son impulsion de ces galets, et qui est chassé en quelque sorte par leur rotation ininterrompue.

Cela dit, par quelles dispositions pratiques le trottoir mobile a-t-il été admis à remplir commodément l'office de véhicule? Parvenu à l'une de ces nombreuses « plates-formes d'accès » qui sont comme les gares du chemin mobile, le voyageur met d'abord le pied sur une façon de chaussée fixe indéfiniment déroulée à droite et à gauche. A deux pas de lui, parallèlement à cette chaussée, il aperçoit un premier trottoir roulant, de vitesse très modérée — quatre kilomètres à l'heure — et, à quatre pas, toujours dans la même direction parallèle, un second trottoir roulant d'allure plus rapide — huit kilomètres à l'heure. Le voyageur peut opter entre trois attitudes : demeurer sur la chaussée et la parcourir dans le sens qui lui plaira, ou se faire entraîner par la première plate-forme, ou passer sur la seconde qui est la plus large et est munie d'une balustrade à laquelle il est fort agréable de s'appuyer. Et rien n'est plus simple que d'effectuer ces mouvements; le voyageur qui craint de perdre l'équilibre n'a d'ailleurs qu'à saisir, au moment de changer d'allure, un de ces piquets qui jalonnent, à l'usage des gens craintifs, les deux plates-formes.

L'itinéraire est le suivant : le quai d'Orsay, l'avenue La Bourdonnais, l'avenue La Motte-Picquet, la rue Fabert. Neuf plates-formes d'accès sont à la disposition du public.

Montons, si vous voulez, par celle qui se trouve derrière le pavillon d'Italie et, nous laissant entraîner sur le trottoir à vitesse accélérée, examinons les êtres et les choses. La rue des Nations est là qui défile avec ses admirables palais ; nous sommes emportés parmi des architectures de rêve, dans un décor délicieux de verdure ; à partir du pavillon de Danemark, nous entrons sous un véritable tunnel formé par des entrelacs de branches. La fraîcheur y est exquise; le bien-être s'accroît de l'agréable sensation que procure tout déplacement obtenu sans effort, sans secousse, sans bruit.

Le spectacle est des plus amusants sur les pistes roulantes; ici des promeneurs en marchant dans le sens du trottoir, obtiennent une vitesse de cycliste lancé bon train; là, un monsieur qui s'obstine à aller dans le sens contraire, surveille le point de repère qu'il a choisi, sur un bâtiment ou sur un arbre et constate bientôt qu'il n'avance pas; plus loin des flâneurs et des paresseux mettent en pratique la théorie du moindre effort, arcboutés à la balustrade mobile ; çà et là des curieux stationnent sur la piste fixée et s'amusent de l'incessante circulation qu'ils ont sous les yeux. Ce n'est plus un simple trottoir ici, c'est un boulevard, le boulevard du Monde; toutes les races s'y mêlent, tous les costumes y sont représentés, on y parle toutes les langues : combien d'étrangers ne sont venus à l'Exposition que pour goûter les délices de ce singulier véhicule !

La rue des Nations est parcourue, nous perdons de vue la Seine et toutes les splendeurs cosmopolites dont ses bords sont fleuris; voici l'avenue La Bourdonnais. A gauche ce sont les maisons de l'avenue; à droite, les vastes palais du Champ de Mars. Successivement nous dépassons le Tour du Monde, le palais du Costume, l'Exposition des Mines et de la Métallurgie, les palais des Fils, Tissus et Vêtements, delà Mécanique, de l'Agriculture et des Aliments... Çà et là,aux approches des plates-formes d'accès, sous des halls ont été installés des bars et les consommateurs qui s'y groupent, s'intéressent bien moins aux boissons variée qu'on leur sert qu'à « l'attraction » sans commencement ni fin dont jouissent leurs regards.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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