Art et industrie de la céramique
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Art et industrie de la céramique
Texte du "Rapport Général de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes Paris 1925"
La céramique est, de tous les arts, le plus varié dans ses ressources & dans ses effets. Les matières qu’elle utilise possèdent des propriétés si diverses, les glaçures sont de nature si différente qu’on ne saurait englober sous une même dénomination l’ensemble des arts de la terre. Il y a, à l’origine, les terres vernissées, les grès, les faïences, la porcelaine; encore chaque substance comprend-elle autant d’espèces qu’elle offre de moyens techniques de fabrication & de décoration.
Un caractère leur est commun : toute opération de céramique consiste en une transmutation réalisée par le feu, mais la rétraction varie selon les substances. De là les difficultés de la conduite du feu, dont dépend la nature même des couvertes. Elle exige un grand savoir expérimental, on n’ose dire empirique. Le feu détermine la réussite ou l’échec : il est l’outil du céramiste. Aussi la Manufacture de Sèvres a-t-elle toujours mené, parallèlement aux recherches artistiques ou chimiques, l’étude des moyens de chauffage, d’abord au gaz, puis au mazout.
La porcelaine & Ie grès, auxquels la roche céramique due au statuaire danois Jean Gauguin apportera peut-être une nouvelle ressource, sont caractérisés par une composition chimique, des propriétés & un traitement qui leur sont propres; ils se cuisent à une température qui, par une plus ou moins grande vitrification, en modifie les éléments.
La faïence, par contre, est une matière très variable. Tous les céramistes, de Brongniart à Deck, se sont évertués à la définir; aucun d’eux n’y est parvenu. Elle admet dans sa composition les minéraux purs ou grossiers, dans sa couverte les éléments opaques ou transparents, dans son traitement thermique des écarts considérables; certaines espèces ne peuvent se réaliser qu’a haute température, d’autres seulement à faible feu. La faïence est toujours opaque & poreuse, les matières minérales qui la composent sont des terres vulgaires & surtout elles ne sont pas vitrifiées par le grand feu. Étant une poterie relativement peu cuite, il faut enrober son support de terre dans une couverte émaillée, non poreuse. Ce n’est pas la déprécier : la faïence est cuite à une température peu élevée, mais c’est celle qui lui convient. «On croit faire valoir une poterie, observait judicieusement Théodore Deck, quand on dit qu'elle est cuite au grand feu : l’essentiel est qu’elle soit cuite à point & que le produit soit bon.» C’est à cette diversité de traitement qu’elle doit sa beauté originale. Sa basse température de cuisson permet une palette d’émaux riche, souple, variée; aussi a-t-elle pu réaliser les merveilles décoratives des Persans, des Mauresques, des Italiens, celles de Bernard Palissy, des artistes de Nevers, de Marseille & de Rouen, de nos jours, celles d’un André Metthey.
Pour tous l’effet décoratif s’ajoutait à la réalisation technique de l’œuvre. Aujourd’hui apparaît le souci de créer des formes décoratives par elles-mêmes. Pour toute une phalange d’artistes qui ne sont pas des praticiens de la céramique, tout en lui fournissant des modèles, ce qui compte, c’est l’effet décoratif. La couleur unie, généralement blanche, gris pâle ou bis clair, & plus encore la forme expriment une intention nouvelle. Le vase décoratif, qui était, en 1900, long, svelte & mince, est aujourd’hui court, trapu, sphérique. Il comptait par son mouvement, il compte par son volume. Il avait des lignes ascendantes qui apparaissaient alors comme des symboles poétiques. Il manifeste aujourd'hui force & volonté de style.
En dehors de la production des vases, toute une céramique décorative s’inspire des mêmes principes. La réalisation d objets destinés a I'édition a été facilitée par les progrès accomplis dans le coulage de la pâte liquide a l’intérieur des moules.
La faïencerie de table a obtenu autant de succès que la faïencerie décorative. A aucune époque, la matière n’a été aussi belle. Nous n’en sommes plus à la terre noire & grossière enrobée dans l’émail & tirant de lui sa valeur. La faïence est plus finement broyée, son argile est mêlée de kaolin pour la rendre plus sèche, les malaxeurs mécaniques lui donnent plus de cohésion; cuite à plus haute température, elle rend un son aussi clair que celui de la porcelaine. En vérité c’est un produit nouveau, assez plastique pour être facilement modelé, assez résistant pour ne pas craindre les déformations du grand feu. D’autre part la présence du kaolin dans sa pâte détermine une rétractilité plus grande Au praticien d’opérer des dosages habiles pour conjurer les ruptures ou même les gerçures que risquerait de produire une inégale rétraction de l’émail ou de son excipient. Tous ces problèmes sont aujourd'hui familiers à l’industrie.
Si l’impression à la roulette & les filets faits sur le tour demeurent encore en usage, à côté de l’émaillage à la main, la faïencerie leur ajoute la technique du pochoir dont les essais décisifs furent faits en 1909, a Montereau, par Géo Rouard & Faugeron. Les deux collaborateurs s’avisèrent d’employer des feuilles d’étain d'une extrême minceur & d'appliquer l’émail à l’aérographe, qui permet une plus grande netteté de contours & plus de régularité dans la gamme des dégradés. Ce fut une parfaite réussite. On obtint bientôt, pour le prix des impressions monochromes, des services à trois tons.
Le rôle de la faïence, moins important que celui de la porcelaine au point de vue commercial, en raison de sa valeur quatre fois moindre, semble plus intéressant au point de vue de la diffusion du goût. La faïence est associée, par les ustensiles de cuisine ou les services de table, à la vie de tous les foyers. Pour les objets de toilette, c’est elle qui répond le mieux aux exigences de l’hygiène. Aussi, en 1924, la France exportait plus de 120,000 quintaux métriques de faïence correspondant à une valeur de 28 millions de francs, encore que la faïence se fabrique dans le monde entier, tandis qu’elle exportait seulement 36,000 quintaux métriques de porcelaine, correspondant à une valeur de 35 millions de francs, alors que la ville de Limoges, voisine de l’extraction du kaolin, est un des centres mondiaux de l’industrie de la porcelaine. Les importations en France, qui étaient de plus de 85,000 quintaux métriques pour la faïence & de 22,000 pour la porcelaine montrent d’ailleurs le même écart entre les deux produirions mondiales.
La porcelaine, matière ingrate & difficile, n’est plus guère décorée que sur émail, dans ses applications usuelles. Le décor sous glaçure n’est qu’une expérience de laboratoire : il suppose, en effet, la coûteuse intervention du grand feu, collaborateur aux caprices redoutables qui, sur vingt pièces qu’on lui soumet, en rend à peine une ou deux intactes dans leur émail, dans leur forme ou dans leur décor.
Les porcelainiers modernes, en appliquant par le pinceau ou la chromolithographie un léger décor soumis au feu de moufle, s’efforcent de faire valoir les beautés de la matière, sa transparence, son éclat; de même, les faïenciers accusent par l’intelligence de la forme & du décor la robustesse rustique de la terre à poterie. Cet esprit rationaliste ne s’affirme pas seulement dans la céramique usuelle, mais dans les pièces d’exception. Sans doute l’artiste obéit à sa sensibilité propre, mais, si original qu’il soit, il subit les influences extérieures, les idées de son temps, & des caractères communs marquent les différentes écoles. L’accord s’établit aujourd’hui dans la recherche d’une sobriété, d’une pureté qui rendent plus manifestes les beautés essentielles d’une œuvre, dussent-elles accuser parfois son imperfection. On veut un style solide plutôt que brillant, juste plutôt que magnifique, constructif plutôt qu’ornemental.
Le grès, matière plus rustique & plus rude que la porcelaine, se prête néanmoins comme elle à recevoir les plus riches émaux de grand feu. Pour les potiers qui l’emploient, une forme n’est pas une silhouette, c’est un volume : ils la conçoivent dans l’atmosphère & non pas en projection. Une sensibilité aiguë leur suggère les effets heureux, les formes pleines, robustes & saines qui éveillent une impression d’épanouissement; ils ont su trouver d’autre part la formule d’émail qui convient & pratiquent, à l’exemple des Japonais & des Chinois, la technique du flammé qui, loin de dépendre seulement d’heureux hasards de cuisson, réclame une grande habileté. L’utilisation de reliefs-anses, nervures, godrons, perles pour diriger & diviser les coulées d’émaux fait place à une recherche de formes absolument pures, témoignant de l’évolution esthétique qui s’accomplit.
La céramique est, de tous les arts, le plus varié dans ses ressources & dans ses effets. Les matières qu’elle utilise possèdent des propriétés si diverses, les glaçures sont de nature si différente qu’on ne saurait englober sous une même dénomination l’ensemble des arts de la terre. Il y a, à l’origine, les terres vernissées, les grès, les faïences, la porcelaine; encore chaque substance comprend-elle autant d’espèces qu’elle offre de moyens techniques de fabrication & de décoration.
Un caractère leur est commun : toute opération de céramique consiste en une transmutation réalisée par le feu, mais la rétraction varie selon les substances. De là les difficultés de la conduite du feu, dont dépend la nature même des couvertes. Elle exige un grand savoir expérimental, on n’ose dire empirique. Le feu détermine la réussite ou l’échec : il est l’outil du céramiste. Aussi la Manufacture de Sèvres a-t-elle toujours mené, parallèlement aux recherches artistiques ou chimiques, l’étude des moyens de chauffage, d’abord au gaz, puis au mazout.
La porcelaine & Ie grès, auxquels la roche céramique due au statuaire danois Jean Gauguin apportera peut-être une nouvelle ressource, sont caractérisés par une composition chimique, des propriétés & un traitement qui leur sont propres; ils se cuisent à une température qui, par une plus ou moins grande vitrification, en modifie les éléments.
La faïence, par contre, est une matière très variable. Tous les céramistes, de Brongniart à Deck, se sont évertués à la définir; aucun d’eux n’y est parvenu. Elle admet dans sa composition les minéraux purs ou grossiers, dans sa couverte les éléments opaques ou transparents, dans son traitement thermique des écarts considérables; certaines espèces ne peuvent se réaliser qu’a haute température, d’autres seulement à faible feu. La faïence est toujours opaque & poreuse, les matières minérales qui la composent sont des terres vulgaires & surtout elles ne sont pas vitrifiées par le grand feu. Étant une poterie relativement peu cuite, il faut enrober son support de terre dans une couverte émaillée, non poreuse. Ce n’est pas la déprécier : la faïence est cuite à une température peu élevée, mais c’est celle qui lui convient. «On croit faire valoir une poterie, observait judicieusement Théodore Deck, quand on dit qu'elle est cuite au grand feu : l’essentiel est qu’elle soit cuite à point & que le produit soit bon.» C’est à cette diversité de traitement qu’elle doit sa beauté originale. Sa basse température de cuisson permet une palette d’émaux riche, souple, variée; aussi a-t-elle pu réaliser les merveilles décoratives des Persans, des Mauresques, des Italiens, celles de Bernard Palissy, des artistes de Nevers, de Marseille & de Rouen, de nos jours, celles d’un André Metthey.
Pour tous l’effet décoratif s’ajoutait à la réalisation technique de l’œuvre. Aujourd’hui apparaît le souci de créer des formes décoratives par elles-mêmes. Pour toute une phalange d’artistes qui ne sont pas des praticiens de la céramique, tout en lui fournissant des modèles, ce qui compte, c’est l’effet décoratif. La couleur unie, généralement blanche, gris pâle ou bis clair, & plus encore la forme expriment une intention nouvelle. Le vase décoratif, qui était, en 1900, long, svelte & mince, est aujourd’hui court, trapu, sphérique. Il comptait par son mouvement, il compte par son volume. Il avait des lignes ascendantes qui apparaissaient alors comme des symboles poétiques. Il manifeste aujourd'hui force & volonté de style.
En dehors de la production des vases, toute une céramique décorative s’inspire des mêmes principes. La réalisation d objets destinés a I'édition a été facilitée par les progrès accomplis dans le coulage de la pâte liquide a l’intérieur des moules.
La faïencerie de table a obtenu autant de succès que la faïencerie décorative. A aucune époque, la matière n’a été aussi belle. Nous n’en sommes plus à la terre noire & grossière enrobée dans l’émail & tirant de lui sa valeur. La faïence est plus finement broyée, son argile est mêlée de kaolin pour la rendre plus sèche, les malaxeurs mécaniques lui donnent plus de cohésion; cuite à plus haute température, elle rend un son aussi clair que celui de la porcelaine. En vérité c’est un produit nouveau, assez plastique pour être facilement modelé, assez résistant pour ne pas craindre les déformations du grand feu. D’autre part la présence du kaolin dans sa pâte détermine une rétractilité plus grande Au praticien d’opérer des dosages habiles pour conjurer les ruptures ou même les gerçures que risquerait de produire une inégale rétraction de l’émail ou de son excipient. Tous ces problèmes sont aujourd'hui familiers à l’industrie.
Si l’impression à la roulette & les filets faits sur le tour demeurent encore en usage, à côté de l’émaillage à la main, la faïencerie leur ajoute la technique du pochoir dont les essais décisifs furent faits en 1909, a Montereau, par Géo Rouard & Faugeron. Les deux collaborateurs s’avisèrent d’employer des feuilles d’étain d'une extrême minceur & d'appliquer l’émail à l’aérographe, qui permet une plus grande netteté de contours & plus de régularité dans la gamme des dégradés. Ce fut une parfaite réussite. On obtint bientôt, pour le prix des impressions monochromes, des services à trois tons.
Le rôle de la faïence, moins important que celui de la porcelaine au point de vue commercial, en raison de sa valeur quatre fois moindre, semble plus intéressant au point de vue de la diffusion du goût. La faïence est associée, par les ustensiles de cuisine ou les services de table, à la vie de tous les foyers. Pour les objets de toilette, c’est elle qui répond le mieux aux exigences de l’hygiène. Aussi, en 1924, la France exportait plus de 120,000 quintaux métriques de faïence correspondant à une valeur de 28 millions de francs, encore que la faïence se fabrique dans le monde entier, tandis qu’elle exportait seulement 36,000 quintaux métriques de porcelaine, correspondant à une valeur de 35 millions de francs, alors que la ville de Limoges, voisine de l’extraction du kaolin, est un des centres mondiaux de l’industrie de la porcelaine. Les importations en France, qui étaient de plus de 85,000 quintaux métriques pour la faïence & de 22,000 pour la porcelaine montrent d’ailleurs le même écart entre les deux produirions mondiales.
La porcelaine, matière ingrate & difficile, n’est plus guère décorée que sur émail, dans ses applications usuelles. Le décor sous glaçure n’est qu’une expérience de laboratoire : il suppose, en effet, la coûteuse intervention du grand feu, collaborateur aux caprices redoutables qui, sur vingt pièces qu’on lui soumet, en rend à peine une ou deux intactes dans leur émail, dans leur forme ou dans leur décor.
Les porcelainiers modernes, en appliquant par le pinceau ou la chromolithographie un léger décor soumis au feu de moufle, s’efforcent de faire valoir les beautés de la matière, sa transparence, son éclat; de même, les faïenciers accusent par l’intelligence de la forme & du décor la robustesse rustique de la terre à poterie. Cet esprit rationaliste ne s’affirme pas seulement dans la céramique usuelle, mais dans les pièces d’exception. Sans doute l’artiste obéit à sa sensibilité propre, mais, si original qu’il soit, il subit les influences extérieures, les idées de son temps, & des caractères communs marquent les différentes écoles. L’accord s’établit aujourd’hui dans la recherche d’une sobriété, d’une pureté qui rendent plus manifestes les beautés essentielles d’une œuvre, dussent-elles accuser parfois son imperfection. On veut un style solide plutôt que brillant, juste plutôt que magnifique, constructif plutôt qu’ornemental.
Le grès, matière plus rustique & plus rude que la porcelaine, se prête néanmoins comme elle à recevoir les plus riches émaux de grand feu. Pour les potiers qui l’emploient, une forme n’est pas une silhouette, c’est un volume : ils la conçoivent dans l’atmosphère & non pas en projection. Une sensibilité aiguë leur suggère les effets heureux, les formes pleines, robustes & saines qui éveillent une impression d’épanouissement; ils ont su trouver d’autre part la formule d’émail qui convient & pratiquent, à l’exemple des Japonais & des Chinois, la technique du flammé qui, loin de dépendre seulement d’heureux hasards de cuisson, réclame une grande habileté. L’utilisation de reliefs-anses, nervures, godrons, perles pour diriger & diviser les coulées d’émaux fait place à une recherche de formes absolument pures, témoignant de l’évolution esthétique qui s’accomplit.
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Re: Art et industrie de la céramique
SECTION FRANÇAISE.
La céramique, en 1900, n’était encore employée que par des artistes isolés. Elle a conquis aujourd’hui une place considérable dans la décoration fixe & dans l’objet d’ornement. Porcelaine, faïence, grès, ont été amenés à une diversité de ressources jusqu’alors inconnue. Les céramistes très nombreux forment des écoles à tendances nettement déterminées : les uns, potiers par goût, recherchent la beauté de la matière, la simplicité du décor qui en est logiquement issu; ils emploient plutôt le grès. Les autres, décorateurs avant tout, s’attachent aux effets colorés des émaux & utilisent comme supports la faïence ou la porcelaine.
La céramique française affirmait dans la Classe II son originalité. Elle doit sa qualité à la collaboration qui unit aujourd’hui un artiste comme Goupy à un technicien comme Faugeron, à un éditeur, disons un animateur comme Rouard ou qui permet à Sandoz de faire réaliser par Théodore Haviland des accessoires de table, moutardiers, salières, cendriers & par Achille Bloch des sujets de décoration pure interprétant des animaux.
Ainsi la faïence moderne, qui s’enorgueillit d’avoir eu pour précurseurs des techniciens comme Deck, des artisans comme Metthey, présente, d’une part, les vases de potiers comme Massoul & Avenard, d’autre part, les œuvres décoratives telles que les pigeons des frères Adnet, dont l’expression est tirée des plans essentiels & du jeu des courbes opposées; ces œuvres, exécutées par la Faïencerie de Montereau, initient à l’esthétique moderne un public très étendu auquel leur bas prix les destine. De cette conception décorative relèvent les figurines d’animaux exécutées par la Fabrique de Sainte-Radegonde-lès-Tours d’après les modèles de Mlle Claude Lévy, les compositions de Leyritz réalisées par Fau ou encore la fabrication commerciale, issue de la poterie populaire, que Robj a, le premier, mise en honneur. D’une qualité supérieure, l’art de Guino s’apparente à la majolique italienne de la Renaissance.
Statuaire & décorateur de qui les compositions s’inscrivent dans la grâce de sûres arabesques, Guino s’est épris des beautés de la faïence. Modelant & cuisant de grasses figures paisibles & sensuelles, il ressuscite la tradition des vieux artisans provinciaux.
Peut-être était-ce la Classe u qui révélait le plus clairement la profonde vitalité de nos productions régionales. Une des plus remarquâmes était celle de la faïencerie quimpéroise, représentée par la Maison Verlingue, Bolloré & Cie dont les modèles ont été créés par Quillivic & par la Maison Henriot & Cie dont le directeur artistique n’est autre que Mathurin Méheut. Le renouvellement de ces deux anciens établissements était d’autant plus méritoire qu’il ne correspondait à aucune nécessité commerciale, la prospérité étant assurée par la vente facile des modèles traditionnels; l’un & l’autre pourtant, avec un égal succès, présentaient des modèles de caractère original, composés par les meilleurs artistes contemporains.
L’Alsace exposait les poteries de Soufflenheim, curieux centre d’artisans, & les grès de Schmitter a Betschdorf, dont le décor géométrique marque une adaptation très nette aux tendances actuelles.
La Faïencerie de Sarreguemines, par des chefs-d’œuvre de technique, montrait à quel point la Lorraine sait mettre en œuvre les procédés les plus divers de décor.
La céramique provençale aux colorations vives, aux jaunes puissants, a apporté sa contribution heureuse, surtout par la collaboration d’Augé-Laribé : installé dans le pays où, de tout temps, se fabriquaient les jarres à huile, il a adapté la technique locale à la fabrication des décors de jardin.
Dans la section des colonies françaises, des pays de protectorat & des pays sous mandat, la céramique était représentée par des poteries usuelles d’une saveur originale.
La vaisselle exposée par les décorateurs parisiens marquait bien l’évolution artistique des objets usuels. Maurice Dufrène avait imaginé un modèle comportant un double marli dont les courbes concentriques alliaient la grâce à la logique. Goupy, dans son service des «provinces de France», décore le fond des assiettes d’un motif de paysage spirituellement indiqué. Des vaisselles entièrement blanches, éditées par Géo Rouard, se rehaussent d’un monogramme au pur dessin. Si le décor d’une assiette doit être agréable à l’œil, un fond blanc, au marli légèrement peint, satisfait à la propreté & aux exigences du nettoyage. Tous ces services, complétés par une verrerie du même genre, sont très aristocratiques. Nul ne connaît comme Jean Luceîe prix d’une tache discrète, fleur ou motif géométrique, sur une belle surface ivoirine. Du pochoir il sait tirer un style décoratif par les à-plat nuancés à l’aérographe sur un fond blanc. A la vaisselle de porcelaine il donne la préciosité. Il adapte volontiers des compositions excentrées : nuées traversées de rayons dont le foyer d’émission est hors du champ de l’assiette, fleurs incrustées en un carré dont les côtés se prolongent, éventail parmi les fleurs.
Les manufactures de Limoges, illustrées par les noms d’Haviland, d’Ahrenfeldt, de Lanternier, ne restent pas étrangères à ces tendances. De Mme Suzanne Lalique Théodore Haviland édite un modèle décoré de la spirituelle image de l’Arbre vert, aux frondaisons capricieuses; de Jean Dufy, deux modèles du goût le plus délicat : sur le marli du premier, trois motifs de fleurs des champs, à forme triangulaire, qu’on retrouve en gerbe au centre; sur le second, le Château de France, avec ses tours a poivrières & son perron à balustres apparaît parmi les arbres & les fleurs. Un décor de Léonce Ribière s’anime d’épis en relief dans la pâte de la porcelaine. Les fabricants de Limoges savent tirer d’une tache d’or, par l'étude de sa place ou de sa proportion, des effets de sobre élégance.
Dans cette voie très moderne, la Manufacture de Sèvres, sous l’impulsion de Lechevallier-Chevignard, montre autant d’initiative que dans ses expériences sur le mode ue chauffage des fours. N’est-ce pas la tradition de l’illustre établissement? C’est à Sèvres qu’ont été expérimentées tout d’abord les matières fusibles qui servent de thermomètres pour les hautes températures. Les savantes études de Brongniart, puis de Georges Vogt sur les argiles & les marbres, celles de Lauth & de Dutailly sur la chimie des couvertes ne sont-elles pas à l’origine des techniques scientifiques modernes?
Par la présentation même des objets, la Manufacture de Sèvres montrait son esprit moderne. Dans un double pavillon, dont la construction avait permis d’utiliser toutes les matières, tous les procédés offerts par les arts de la terre à la décoration fixe, elle présentait la céramique mobilière, non par des bibelots sans but assemblés au hasard, mais par des objets adaptés au décor même de la vie, en harmonie avec leur cadre.
Toute une légion d’artistes avaient collaboré à l’œuvre commune, apportant aux ateliers une impulsion toute nouvelle. Tandis que Patout, Rapin, Depporter, Jaulmes, Bagge, Gauvenet composaient des objets d’usage, lampes, coupes lumineuses, surtouts de tables, Félix Aubert & Ruhlmann fournissaient des formes nouvelles de vases que décoraient les compositions de Mlle Dayot, de Mme Lalique, de Bonfils, de Dunaime, de Dufy, de Waroquier, de Serrière, de Dupas, de Jaulmes, de Guillonnet.
D’ailleurs, la Manufacture ne dédaigne ni le grès, ni la faïence stannifère : elle produit ainsi non seulement des vases, mais des objets décoratifs dont les modèles sont dus à des artistes réputés, tels que Quillivic. Elle n’en maintient pas moins ses traditions & sait égaler aujourd’hui, dans ses délicats biscuits blancs de Contesse, de Guino, de Bartholomé, la perfection technique des chefs-d’œuvre du passé.
On pourrait s’étonner de ne pas voir certains céramistes connus parmi les collaborateurs de la Manufacture, comme cela se passe en Danemark; seul le goût de l’indépendance peut expliquer l'absence de Delaherche, l’éloignement de Lenoble ou de Decœur.
Lenoble, praticien du grès, est le disciple direct de Delaherche & associe l’influence de ce maître à celle de Carriès. Il sait, avec une autorité souveraine, manifester un caractère de grandeur. Ses œuvres présentent un trait spécial, c’est le décor en relief qui les ceint; onde, torsade, entrelacs forment un système de légers reliefs & de creux clairement indiqués, accusant l’ampleur du modelé. Lenoble rejoint ainsi l’art populaire traditionnel en lui donnant une haute tenue, c’est peut-être là le secret de l’émotion qu’éveillent en nous ces pièces simples & si complètes.
Tout autre est l’art de Decœur; Decœur est le disciple de Chaplet qui, virtuose du grand feu, fut le premier en Occident à faire la poterie e porcelaine, telle que, depuis des siècles, la pratiquait l’Extrême-Orient. Decœur traite avec prédilection la pâte de porcelaine en savant technicien & en artiste au goût pur; il crée sur des formes calmes, pleines & bien équilibrées, l'épiderme de ses émaux aux mystérieuses profondeurs. Son art n’est pas seulement l’effet d’une science infaillible, mais décèle un sentiment très raffiné de la forme.
L’exposition de la Section Française a révélé ou affirmé nombre de personnalités intéressantes; Henri Simmen, dont les poteries à la main obtiennent un effet intense; Mayodon, Rumèbe, Cazaux, Raoul Lachenal, Buthaud, Serré, qui associent à des formes très étudiées un sens profond de l’effet.
Si les tendances les plus diverses animent les artistes & les industriels, tous nous offrent un caractère commun : la volonté de tirer de la matière elle-même les effets décoratifs. C’est là un trait d’époque : lorsque l’avenir définira le style de 1925, il ne cherchera pas les différences individuelles, mais les ressemblances générales.
La céramique, en 1900, n’était encore employée que par des artistes isolés. Elle a conquis aujourd’hui une place considérable dans la décoration fixe & dans l’objet d’ornement. Porcelaine, faïence, grès, ont été amenés à une diversité de ressources jusqu’alors inconnue. Les céramistes très nombreux forment des écoles à tendances nettement déterminées : les uns, potiers par goût, recherchent la beauté de la matière, la simplicité du décor qui en est logiquement issu; ils emploient plutôt le grès. Les autres, décorateurs avant tout, s’attachent aux effets colorés des émaux & utilisent comme supports la faïence ou la porcelaine.
La céramique française affirmait dans la Classe II son originalité. Elle doit sa qualité à la collaboration qui unit aujourd’hui un artiste comme Goupy à un technicien comme Faugeron, à un éditeur, disons un animateur comme Rouard ou qui permet à Sandoz de faire réaliser par Théodore Haviland des accessoires de table, moutardiers, salières, cendriers & par Achille Bloch des sujets de décoration pure interprétant des animaux.
Ainsi la faïence moderne, qui s’enorgueillit d’avoir eu pour précurseurs des techniciens comme Deck, des artisans comme Metthey, présente, d’une part, les vases de potiers comme Massoul & Avenard, d’autre part, les œuvres décoratives telles que les pigeons des frères Adnet, dont l’expression est tirée des plans essentiels & du jeu des courbes opposées; ces œuvres, exécutées par la Faïencerie de Montereau, initient à l’esthétique moderne un public très étendu auquel leur bas prix les destine. De cette conception décorative relèvent les figurines d’animaux exécutées par la Fabrique de Sainte-Radegonde-lès-Tours d’après les modèles de Mlle Claude Lévy, les compositions de Leyritz réalisées par Fau ou encore la fabrication commerciale, issue de la poterie populaire, que Robj a, le premier, mise en honneur. D’une qualité supérieure, l’art de Guino s’apparente à la majolique italienne de la Renaissance.
Statuaire & décorateur de qui les compositions s’inscrivent dans la grâce de sûres arabesques, Guino s’est épris des beautés de la faïence. Modelant & cuisant de grasses figures paisibles & sensuelles, il ressuscite la tradition des vieux artisans provinciaux.
Peut-être était-ce la Classe u qui révélait le plus clairement la profonde vitalité de nos productions régionales. Une des plus remarquâmes était celle de la faïencerie quimpéroise, représentée par la Maison Verlingue, Bolloré & Cie dont les modèles ont été créés par Quillivic & par la Maison Henriot & Cie dont le directeur artistique n’est autre que Mathurin Méheut. Le renouvellement de ces deux anciens établissements était d’autant plus méritoire qu’il ne correspondait à aucune nécessité commerciale, la prospérité étant assurée par la vente facile des modèles traditionnels; l’un & l’autre pourtant, avec un égal succès, présentaient des modèles de caractère original, composés par les meilleurs artistes contemporains.
L’Alsace exposait les poteries de Soufflenheim, curieux centre d’artisans, & les grès de Schmitter a Betschdorf, dont le décor géométrique marque une adaptation très nette aux tendances actuelles.
La Faïencerie de Sarreguemines, par des chefs-d’œuvre de technique, montrait à quel point la Lorraine sait mettre en œuvre les procédés les plus divers de décor.
La céramique provençale aux colorations vives, aux jaunes puissants, a apporté sa contribution heureuse, surtout par la collaboration d’Augé-Laribé : installé dans le pays où, de tout temps, se fabriquaient les jarres à huile, il a adapté la technique locale à la fabrication des décors de jardin.
Dans la section des colonies françaises, des pays de protectorat & des pays sous mandat, la céramique était représentée par des poteries usuelles d’une saveur originale.
La vaisselle exposée par les décorateurs parisiens marquait bien l’évolution artistique des objets usuels. Maurice Dufrène avait imaginé un modèle comportant un double marli dont les courbes concentriques alliaient la grâce à la logique. Goupy, dans son service des «provinces de France», décore le fond des assiettes d’un motif de paysage spirituellement indiqué. Des vaisselles entièrement blanches, éditées par Géo Rouard, se rehaussent d’un monogramme au pur dessin. Si le décor d’une assiette doit être agréable à l’œil, un fond blanc, au marli légèrement peint, satisfait à la propreté & aux exigences du nettoyage. Tous ces services, complétés par une verrerie du même genre, sont très aristocratiques. Nul ne connaît comme Jean Luceîe prix d’une tache discrète, fleur ou motif géométrique, sur une belle surface ivoirine. Du pochoir il sait tirer un style décoratif par les à-plat nuancés à l’aérographe sur un fond blanc. A la vaisselle de porcelaine il donne la préciosité. Il adapte volontiers des compositions excentrées : nuées traversées de rayons dont le foyer d’émission est hors du champ de l’assiette, fleurs incrustées en un carré dont les côtés se prolongent, éventail parmi les fleurs.
Les manufactures de Limoges, illustrées par les noms d’Haviland, d’Ahrenfeldt, de Lanternier, ne restent pas étrangères à ces tendances. De Mme Suzanne Lalique Théodore Haviland édite un modèle décoré de la spirituelle image de l’Arbre vert, aux frondaisons capricieuses; de Jean Dufy, deux modèles du goût le plus délicat : sur le marli du premier, trois motifs de fleurs des champs, à forme triangulaire, qu’on retrouve en gerbe au centre; sur le second, le Château de France, avec ses tours a poivrières & son perron à balustres apparaît parmi les arbres & les fleurs. Un décor de Léonce Ribière s’anime d’épis en relief dans la pâte de la porcelaine. Les fabricants de Limoges savent tirer d’une tache d’or, par l'étude de sa place ou de sa proportion, des effets de sobre élégance.
Dans cette voie très moderne, la Manufacture de Sèvres, sous l’impulsion de Lechevallier-Chevignard, montre autant d’initiative que dans ses expériences sur le mode ue chauffage des fours. N’est-ce pas la tradition de l’illustre établissement? C’est à Sèvres qu’ont été expérimentées tout d’abord les matières fusibles qui servent de thermomètres pour les hautes températures. Les savantes études de Brongniart, puis de Georges Vogt sur les argiles & les marbres, celles de Lauth & de Dutailly sur la chimie des couvertes ne sont-elles pas à l’origine des techniques scientifiques modernes?
Par la présentation même des objets, la Manufacture de Sèvres montrait son esprit moderne. Dans un double pavillon, dont la construction avait permis d’utiliser toutes les matières, tous les procédés offerts par les arts de la terre à la décoration fixe, elle présentait la céramique mobilière, non par des bibelots sans but assemblés au hasard, mais par des objets adaptés au décor même de la vie, en harmonie avec leur cadre.
Toute une légion d’artistes avaient collaboré à l’œuvre commune, apportant aux ateliers une impulsion toute nouvelle. Tandis que Patout, Rapin, Depporter, Jaulmes, Bagge, Gauvenet composaient des objets d’usage, lampes, coupes lumineuses, surtouts de tables, Félix Aubert & Ruhlmann fournissaient des formes nouvelles de vases que décoraient les compositions de Mlle Dayot, de Mme Lalique, de Bonfils, de Dunaime, de Dufy, de Waroquier, de Serrière, de Dupas, de Jaulmes, de Guillonnet.
D’ailleurs, la Manufacture ne dédaigne ni le grès, ni la faïence stannifère : elle produit ainsi non seulement des vases, mais des objets décoratifs dont les modèles sont dus à des artistes réputés, tels que Quillivic. Elle n’en maintient pas moins ses traditions & sait égaler aujourd’hui, dans ses délicats biscuits blancs de Contesse, de Guino, de Bartholomé, la perfection technique des chefs-d’œuvre du passé.
On pourrait s’étonner de ne pas voir certains céramistes connus parmi les collaborateurs de la Manufacture, comme cela se passe en Danemark; seul le goût de l’indépendance peut expliquer l'absence de Delaherche, l’éloignement de Lenoble ou de Decœur.
Lenoble, praticien du grès, est le disciple direct de Delaherche & associe l’influence de ce maître à celle de Carriès. Il sait, avec une autorité souveraine, manifester un caractère de grandeur. Ses œuvres présentent un trait spécial, c’est le décor en relief qui les ceint; onde, torsade, entrelacs forment un système de légers reliefs & de creux clairement indiqués, accusant l’ampleur du modelé. Lenoble rejoint ainsi l’art populaire traditionnel en lui donnant une haute tenue, c’est peut-être là le secret de l’émotion qu’éveillent en nous ces pièces simples & si complètes.
Tout autre est l’art de Decœur; Decœur est le disciple de Chaplet qui, virtuose du grand feu, fut le premier en Occident à faire la poterie e porcelaine, telle que, depuis des siècles, la pratiquait l’Extrême-Orient. Decœur traite avec prédilection la pâte de porcelaine en savant technicien & en artiste au goût pur; il crée sur des formes calmes, pleines & bien équilibrées, l'épiderme de ses émaux aux mystérieuses profondeurs. Son art n’est pas seulement l’effet d’une science infaillible, mais décèle un sentiment très raffiné de la forme.
L’exposition de la Section Française a révélé ou affirmé nombre de personnalités intéressantes; Henri Simmen, dont les poteries à la main obtiennent un effet intense; Mayodon, Rumèbe, Cazaux, Raoul Lachenal, Buthaud, Serré, qui associent à des formes très étudiées un sens profond de l’effet.
Si les tendances les plus diverses animent les artistes & les industriels, tous nous offrent un caractère commun : la volonté de tirer de la matière elle-même les effets décoratifs. C’est là un trait d’époque : lorsque l’avenir définira le style de 1925, il ne cherchera pas les différences individuelles, mais les ressemblances générales.
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SECTIONS ÉTRANGÈRES.
La Classe II était une des rares classes dans lesquelles toutes les nations avaient exposé : toutes s’adonnent, en effet, aux arts de la terre.
Le public a été attiré par les céramiques populaires de l'Europe Centrale, nombreuses & peu connues; on ne saurait nier l’intérêt de ces oeuvres souvent charmantes & toujours originales. Aucune d’elles toutefois ne dépasse la facile technique du grès rustique ou de la poterie vernissée. Entre les faïences lettonnes & les poteries tchécoslovaques, il n’y a d’autre différence que le caractère du décor.
Les participations de la Chine, de la Finlande, du Luxembourg, de la Principauté de Monaco, de la Turquie, n’apportaient guère d’élément permettant de constater une évolution moderne.
Les céramiques lettonnes, plats, assiettes, tasses, soucoupes, se caractérisaient par un décor soit géométrique, soit figuratif, mais systématiquement stylisé.
En Pologne, c’est dans les écoles d’industrie artistique que se propage le mouvement d’art décoratif dont Georges Warchalowski fut, il y a vingt-cinq ans, le précurseur. Toutefois la grande industrie est encore rebelle à la collaboration des artistes.
Dans l’U. R. S. S., la fabrique d’Etat est devenue, depuis 1917, le centre des recherches tentées par les jeunes artistes tels que Serge Tchékhonine, qui transpose sur porcelaine l’ornementation typographique en noir & blanc, Chtéchtine & Malentich qui y appliquent les principes de la peinture arbitraire, Mme Nathalie Danko, créatrice d’un jeu d’échecs ou les rouges s’opposent aux blancs, Matvéév, modeleur de sensibles figurines. La fabrique d’Etat de Léningrad n’est pas seule à tenter l'expérience d’un renouvellement de l’industrie par les décorateurs. Les fabriques de Novgorod, de Dmitrov & de Doulévo travaillent dans le même sens. Est-il possible de mettre ainsi la porcelaine d art à la portée, non plus d’un public restreint, mais des masses, alors que la difficulté du travail de la matière empêche de faire de la porcelaine au prix de la poterie? En fait, la porcelaine & la faïence russes nouvelles sont décorées sur émail : c’est le décor qui préoccupe les artistes appelés à régénérer la céramique. De même qu’en notre pays à la fin du XVIIIe siècle, il emprunte ses motifs à la mystique révolutionnaire; il croise la faucille & le marteau parmi les guirlandes ou dans un encadrement de grosses fleurs épanouies. Des artistes excellents développent ce thème limité ou appliquent un décor de cercles & de rectangles qui lutte, contre toute logique, avec la forme des vases.
Espagne. — S’ils étaient en nombre restreint, les Espagnols donnaient la preuve que, sans être encore libérée de ses illustres traditions, la céramique accomplit les efforts les plus méritoires pour renouveler ses formules. La signature de José Guardiola montre nombre de vases, de plats, d’aiguières, de buires en faïence, dont le décor est emprunté aux faïences de la Renaissance, mais où le dessin des guirlandes & celui même des figures ont des accents originaux. Les fils de Daniel Zuloaga affirment une forte personnalité dans leurs diverses produirions qui vont du revêtement mural aux objets de pur ornement.
Autriche. — L’Autriche était assez largement représentée; tout l’intérêt se portait vers les poteries d’origine populaire, d’inspiration peu moderne. D’autre part, les produirions industrielles marquaient une hésitation à adopter des formules neuves. Contrairement à ce qu’ont fait d’autres industries autrichiennes, il ne semble pas que la céramique ait réalisé la liaison entre artistes & fabricants.
Belgique. — La céramique belge offrait des œuvres choisies pour exprimer les propriétés de fa matière. C’est le grès de grand feu que traitent avec prédilection les céramistes belges, notamment Paulus & Charles Catteau. Le premier présentait des pièces aux formes harmonieuses, aux couvertes lisses & grasses & de décor stylisé. Le second, ancien élève de l’Ecole de céramique de Sèvres, est le collaborateur de la Faïencerie de Kéramis, installée à la Louvière & dans laquelle il a créé une fabrication importante de grès-cérame. II arrive, par des moyens simples, à reproduire en grand nombre les modèles qu’il compose, tout en leur conservant la saveur de pièces uniques. C’est aussi des ateliers de la Société Kéramis que sortait un curieux service en faïence, de forme octogonale, composé par Wolfers pour la riche salle à manger du Pavillon belge. Dans ce grand centre industriel s’élaborent, non seulement des œuvres d’exception, mais toute la fabrication de la faïence & du grès, depuis la vaisselle de table jusqu’aux décors d’architecture.
Danemark. — Dans tous les domaines, porcelaine, grès, faïence, le Danemark a présenté non seulement des idées & des formes intéressantes, mais de véritables solutions artistiques & techniques. Mieux, il a produit une matière céramique nouvelle, cette roche céramique, réalisée par Jean Gauguin, fils du grand peintre français. C’est une composition d’argile & de substances réfractaires très plastiques, facile à modeler & de rétraction très faible. Toute altération de la forme par le feu se trouve conjurée. Matière extrêmement dure, elle convient à l'architecte & au décorateur de plein air.
Dans ses figures humaines, dans sa représentation de l’animal & de la flore, Jean Gauguin s’inspire de notre Moyen Age, de cet art du Ce XIIIe siècle, si large, si sobre d’effet : des nus aux mouvements simples, aux formes pures, aux gestes discrets, sans emphase, autour d’un arbre stylisé, selon les méthodes des vieux maîtres.
Attaché à la Manufacture de Bing & Gröndahl, il voisine avec une pléiade d’artistes dont chacun à sa spécialité : Mmes Hegermann-Linden-crone, Jo Hahn Locher & Mlle Fanny Garde travaillent la porcelaine sculptée; Axel Salto, les pâtes tendres; Valdemar Jorgensen, la décoration sous émail ; Mme Jo Locher & Mllc Krebs, l’émail mat; Mlle Camille OIsen & Knud Kyhn, le grès; enfin, le regretté Kai Nielsen, mort en 1924, la porcelaine glacée dont il a réalisé le chef-d’œuvre, l'Amphitrite couchée, dans un volume jusqu’alors interdit à cette difficile matière. Dans la porcelaine sculptée & décorée sous émail, la profondeur & le grand caractère des entailles, le style large & gras du dessin ajoutent leur intérêt à celui de la difficulté vaincue. L’émail mat est une autre création de Bing & Grôndahl : les formes des petites pièces légères que revêt cet émail ne sont pas moins heureuses, élégantes & rares, que n’est précieux l’épiderme délicat, généralement blanc de neige, parfois veiné d’ombres légères dues aux reliefs du décor gravé, parfois décoré sous émail d’une fleur ou d’une silhouette.
Les collaborateurs de la Manufacture Royale de Copenhague ne sont ni moins habiles ni moins originaux. Leur maîtrise s’affirme en des œuvres caractéristiques telles que les vases à décor peint sous émail de Th. Fischer. Elle n’est pas moins remarquable dans les coupes, assiettes & plats de V. Tidemand, sur la porcelaine craquelée desquels s’inscrit, en quelques accents, le mouvement d’un lion, d’une biche ou d’une antilope. L une des trouvailles de la Manufacture Royale consiste en un ton vieil or, à la fois doux & chaud, qui sert de fond à des notes plus vives, & s’obtient par la volatilisation de l’or soumis au grand feu. La Manufacture Royale pratique aussi l’art du grès de grand leu : de ses ateliers sortent, signés par Jais Nielsen, des vases & des figures au style savamment primitif, de Knud Kyhn des animaux rendus avec une parfaite justesse.
Depuis peu d’années, Copenhague a vu se développer une troisième fabrique de céramique : la Manufacture de faïences, dont les produits se caractérisent, les uns par une décoration polychrome, de dessin très écrit & riche de palette, les autres formant la série appelée Trankebar, dont Joachim a créé la plupart des modèles, par une interprétation spirituelle des formules chinoises, en bleu d’ardoise sous émail gris. Enfin, renouvelée par le génie de Th. BindesböII, la fabrique de Næstved, en Seeland, prend une part importante à ce grand mouvement d’art. Continuant la tradition du maître & de Herman A. Kähler & Hammershöi, ses collaborateurs, un jeune artiste, Jens Thirslund, a créé des poteries de formes puissantes qu’épouse un libre décor. Dans tous les ateliers de céramique, dans les grands établissements comme dans les laboratoires se manifeste un esprit nouveau, caractérisé par la recherche du décor & la personnalité de l’artiste.
Grande-Bretagne. — Une absolue fidélité aux traditions caractérisait la céramique britannique. La perfection technique si vantée en 1878, en 1889, en 1900, n’était pas moins remarquable en 1925, & les hautes récompenses qu’emportent les George Jones, les Mintons, les Worcester Royal Porcelain, les Doulton de Burslem & les Josiah Wedgwood attestent la haute estime que mérite cette probité de métier. Dans certaines pièces décoratives, telles que les statuettes de Miss Gwendolen Parue!!, dans certains services de table, l’habileté professionnelle s’appliquait à des formules conformes aux tendances modernes.
On ne saurait reprocher aux céramistes britanniques de se souvenir avec trop de respect de leurs grands devanciers du début du XIXe siècle, car les pièces de faïence fine qui figurent dans nos musées, par la sobriété de leurs décors linéaires, par les procédés mécaniques de leur réalisation, sont peut-être celles qui se rapprochent le plus de l’esthétique & de la technique actuelles des pièces usuelles.
Italie. — L’héritage d’un glorieux passé pèse sur les céramistes italiens. Ils s’écartent timidement d’une voie si bien tracée. Les pots de pharmacie de Cantagalli sont à l’image de ceux des faïenciers de la Renaissance.
II faut noter toutefois l’effort de la Société Richard Ginori de Milan qui, dans ses faïences de la Manufacture de San Cristoforo & dans ses porcelaines de la fabrique de Doccia, a réalisé des pièces peut-être un peu trop littéraires, mais infiniment spirituelles, grâce à la collaboration de deux excellents artistes : l’architecte Gio Ponti & le sculpteur Saponaro. Dégagées à la fois du traditionalisme qui marquait en général l’exposition italienne & du futurisme outrancier des décors de théâtre, les œuvres de Gio Ponti révélaient un goût très net & une précieuse nouveauté.
Japon. — Les centres de fabrication, Nagoya Seto le plus ancien, Kyoto le plus illustre depuis le XVIIe siècle, Kanazawa, le plus récent, ont chacun leur style traditionnel propre & l’on ne saurait s’étonner de les voir tenir à ces traditions, dont le succès dans le monde est attesté par une exportation, en 1924, de 25 millions de yens, qui représentait 40% de la production totale de la céramique japonaise.
Si la fabrication de Nagoya Seto est la seule à évoluer, sous l’influence occidentale, vers des articles d’utilité courante, les ateliers isolés, répartis sur le reste du territoire, ne sont pas liés par une tradition aussi impérieuse que les grands centres; mais il semble que les artistes japonais pensent faire œuvre moderne en retournant aujourd’hui à leurs traditions nationales. C’est l’influence européenne qu’il leur faut éliminer pour retrouver la vieille sève. L’exposition de céramique, d’une technique supérieure, marquait le retour très net aux formules du passé. L’un des maîtres de la jeune école nationale est Miyagawa Kozan, de Yokohama, qui s’est toujours montré réfractaire à l influence européenne. Potier de porcelaine, praticien émérite du grand feu, il sait aussi tirer parti des ressources du feu de moufle, &, dans tous les domaines de la céramique, il enseigne la tradition.
Ce point de vue paraît d’ailleurs légitime; c’est en développant leurs traditions particulières que les pays peuvent évoluer vers des conceptions modernes, excluant la banalité des formules internationales.
Pays-Bas. — La céramique hollandaise témoigne d’une conception décorative plus neuve. Si certains de ses praticiens, disciples des Japonais, restent trop strictement fidèles à la leçon de leurs maîtres, la plupart se sont détachés de tout système de décoration traditionnel. Aux flancs de leurs faïences & de leurs grès s’enroule en un mouvement tumultueux un décor touffu, de couleur hardie & d’une audace moderniste, autant qu’on en peut juger par une exposition restreinte. II ne semble pas que la céramique hollandaise ait obtenu dans la technique des résultats importants. L’esprit décorateur l’anime ou plutôt un expressionnisme plein d’intentions psychologiques & d’inspirations littéraires.
Suède. — C’est l’attachement au passé que révèle la Section suédoise; mais elle fait un choix sévère parmi les formules anciennes. L’art suédois contemporain opère une sorte de filtrage & son expression plastique rappelle notre style Directoire & celui de Louis-Philippe. La fermeté du dessin s’unit à une réelle distinction. Une érudition choisie, une haute culture président à cette élaboration d’un goût sobre & discret. Qu’elles soient de Wilhelm Käge ou de Böckman, d’Ivar Johnsson ou de Karl Lindström, d’Edward Hald ou d’Arthur C. son Percy, faïences & porcelaines sont blanches d’un blanc d’ivoire, souvent de plan polygonal & n’ont pas d’autre décor qu’un rang de perlettes, un motif en léger relief, ou quelque ornement peint : monogramme, emblème ou fleur.
II convient de remarquer la fabrication savante de la céramique suédoise. C’est à la manufacture de Wedgwood qu’il y a quelque cent ans, celle de Gustavsberg a emprunté ses méthodes, comme l’ont fait, à cette époque, nombre de fabriques françaises, notamment Sarreguemines & Creil. Depuis, la poterie suédoise a suivi ses destinées propres. Elle s’est composé une pâte rendue plus dure & plus blanche que la faïence anglaise par l’addition de quartz & de feldspath; c’est une matière très résistante que façonne un outillage mécanique perfectionné & que décore la chromolithographie sous vernis en deux ou trois couleurs.
Suisse. — La Suisse présentait diverses fabrications de vases & de vaisselle en faïence & en porcelaine, mais c’étaient plutôt des œuvres de statuaire en terre cuite qui retenaient l’attention. On ne saurait oublier que les traditions des grandes fabriques de porcelaines, telles ?[ue celle de Nyon, s’étaient éteintes à la fin du XVIIIe siècle & que la fondation d’une nouvelle fabrique de porcelaines à Langenthal ne date pas de vingt-cinq ans.
Tchécoslovaquie. — La Section tchécoslovaque était une des plus importantes par le nombre des exposants. Mais les porcelaines sorties des grands ateliers de Bohême ne marquaient pas un effort en vue du rajeunissement du décor. La technique est excellente, mais les fabricants, trop souvent, se contentent de répondre aux goûts de leur clientèle. Leur production n'était pas marquée par l’originalité locale & savoureuse des poteries populaires : parmi celles-ci on remarquait une série de figurines d’animaux & de personnages qui, conçues avec malice ou en forme de caricature, manifestaient la vigueur d’un art nouveau, plein de sève.
Yougoslavie. — La céramique yougoslave semblait plus pénétrée de la formule qui unit l’art & l’industrie. Elle nous présentait des œuvres d’une sensibilité propre à l’amalgame des races anciennes : il y a, dans ce pays, dont les artistes ont peut-être, plus que d’autres, tourné leurs études vers l’Occident, des tendances pleines de promesses.
La Classe II était une des rares classes dans lesquelles toutes les nations avaient exposé : toutes s’adonnent, en effet, aux arts de la terre.
Le public a été attiré par les céramiques populaires de l'Europe Centrale, nombreuses & peu connues; on ne saurait nier l’intérêt de ces oeuvres souvent charmantes & toujours originales. Aucune d’elles toutefois ne dépasse la facile technique du grès rustique ou de la poterie vernissée. Entre les faïences lettonnes & les poteries tchécoslovaques, il n’y a d’autre différence que le caractère du décor.
Les participations de la Chine, de la Finlande, du Luxembourg, de la Principauté de Monaco, de la Turquie, n’apportaient guère d’élément permettant de constater une évolution moderne.
Les céramiques lettonnes, plats, assiettes, tasses, soucoupes, se caractérisaient par un décor soit géométrique, soit figuratif, mais systématiquement stylisé.
En Pologne, c’est dans les écoles d’industrie artistique que se propage le mouvement d’art décoratif dont Georges Warchalowski fut, il y a vingt-cinq ans, le précurseur. Toutefois la grande industrie est encore rebelle à la collaboration des artistes.
Dans l’U. R. S. S., la fabrique d’Etat est devenue, depuis 1917, le centre des recherches tentées par les jeunes artistes tels que Serge Tchékhonine, qui transpose sur porcelaine l’ornementation typographique en noir & blanc, Chtéchtine & Malentich qui y appliquent les principes de la peinture arbitraire, Mme Nathalie Danko, créatrice d’un jeu d’échecs ou les rouges s’opposent aux blancs, Matvéév, modeleur de sensibles figurines. La fabrique d’Etat de Léningrad n’est pas seule à tenter l'expérience d’un renouvellement de l’industrie par les décorateurs. Les fabriques de Novgorod, de Dmitrov & de Doulévo travaillent dans le même sens. Est-il possible de mettre ainsi la porcelaine d art à la portée, non plus d’un public restreint, mais des masses, alors que la difficulté du travail de la matière empêche de faire de la porcelaine au prix de la poterie? En fait, la porcelaine & la faïence russes nouvelles sont décorées sur émail : c’est le décor qui préoccupe les artistes appelés à régénérer la céramique. De même qu’en notre pays à la fin du XVIIIe siècle, il emprunte ses motifs à la mystique révolutionnaire; il croise la faucille & le marteau parmi les guirlandes ou dans un encadrement de grosses fleurs épanouies. Des artistes excellents développent ce thème limité ou appliquent un décor de cercles & de rectangles qui lutte, contre toute logique, avec la forme des vases.
Espagne. — S’ils étaient en nombre restreint, les Espagnols donnaient la preuve que, sans être encore libérée de ses illustres traditions, la céramique accomplit les efforts les plus méritoires pour renouveler ses formules. La signature de José Guardiola montre nombre de vases, de plats, d’aiguières, de buires en faïence, dont le décor est emprunté aux faïences de la Renaissance, mais où le dessin des guirlandes & celui même des figures ont des accents originaux. Les fils de Daniel Zuloaga affirment une forte personnalité dans leurs diverses produirions qui vont du revêtement mural aux objets de pur ornement.
Autriche. — L’Autriche était assez largement représentée; tout l’intérêt se portait vers les poteries d’origine populaire, d’inspiration peu moderne. D’autre part, les produirions industrielles marquaient une hésitation à adopter des formules neuves. Contrairement à ce qu’ont fait d’autres industries autrichiennes, il ne semble pas que la céramique ait réalisé la liaison entre artistes & fabricants.
Belgique. — La céramique belge offrait des œuvres choisies pour exprimer les propriétés de fa matière. C’est le grès de grand feu que traitent avec prédilection les céramistes belges, notamment Paulus & Charles Catteau. Le premier présentait des pièces aux formes harmonieuses, aux couvertes lisses & grasses & de décor stylisé. Le second, ancien élève de l’Ecole de céramique de Sèvres, est le collaborateur de la Faïencerie de Kéramis, installée à la Louvière & dans laquelle il a créé une fabrication importante de grès-cérame. II arrive, par des moyens simples, à reproduire en grand nombre les modèles qu’il compose, tout en leur conservant la saveur de pièces uniques. C’est aussi des ateliers de la Société Kéramis que sortait un curieux service en faïence, de forme octogonale, composé par Wolfers pour la riche salle à manger du Pavillon belge. Dans ce grand centre industriel s’élaborent, non seulement des œuvres d’exception, mais toute la fabrication de la faïence & du grès, depuis la vaisselle de table jusqu’aux décors d’architecture.
Danemark. — Dans tous les domaines, porcelaine, grès, faïence, le Danemark a présenté non seulement des idées & des formes intéressantes, mais de véritables solutions artistiques & techniques. Mieux, il a produit une matière céramique nouvelle, cette roche céramique, réalisée par Jean Gauguin, fils du grand peintre français. C’est une composition d’argile & de substances réfractaires très plastiques, facile à modeler & de rétraction très faible. Toute altération de la forme par le feu se trouve conjurée. Matière extrêmement dure, elle convient à l'architecte & au décorateur de plein air.
Dans ses figures humaines, dans sa représentation de l’animal & de la flore, Jean Gauguin s’inspire de notre Moyen Age, de cet art du Ce XIIIe siècle, si large, si sobre d’effet : des nus aux mouvements simples, aux formes pures, aux gestes discrets, sans emphase, autour d’un arbre stylisé, selon les méthodes des vieux maîtres.
Attaché à la Manufacture de Bing & Gröndahl, il voisine avec une pléiade d’artistes dont chacun à sa spécialité : Mmes Hegermann-Linden-crone, Jo Hahn Locher & Mlle Fanny Garde travaillent la porcelaine sculptée; Axel Salto, les pâtes tendres; Valdemar Jorgensen, la décoration sous émail ; Mme Jo Locher & Mllc Krebs, l’émail mat; Mlle Camille OIsen & Knud Kyhn, le grès; enfin, le regretté Kai Nielsen, mort en 1924, la porcelaine glacée dont il a réalisé le chef-d’œuvre, l'Amphitrite couchée, dans un volume jusqu’alors interdit à cette difficile matière. Dans la porcelaine sculptée & décorée sous émail, la profondeur & le grand caractère des entailles, le style large & gras du dessin ajoutent leur intérêt à celui de la difficulté vaincue. L’émail mat est une autre création de Bing & Grôndahl : les formes des petites pièces légères que revêt cet émail ne sont pas moins heureuses, élégantes & rares, que n’est précieux l’épiderme délicat, généralement blanc de neige, parfois veiné d’ombres légères dues aux reliefs du décor gravé, parfois décoré sous émail d’une fleur ou d’une silhouette.
Les collaborateurs de la Manufacture Royale de Copenhague ne sont ni moins habiles ni moins originaux. Leur maîtrise s’affirme en des œuvres caractéristiques telles que les vases à décor peint sous émail de Th. Fischer. Elle n’est pas moins remarquable dans les coupes, assiettes & plats de V. Tidemand, sur la porcelaine craquelée desquels s’inscrit, en quelques accents, le mouvement d’un lion, d’une biche ou d’une antilope. L une des trouvailles de la Manufacture Royale consiste en un ton vieil or, à la fois doux & chaud, qui sert de fond à des notes plus vives, & s’obtient par la volatilisation de l’or soumis au grand feu. La Manufacture Royale pratique aussi l’art du grès de grand leu : de ses ateliers sortent, signés par Jais Nielsen, des vases & des figures au style savamment primitif, de Knud Kyhn des animaux rendus avec une parfaite justesse.
Depuis peu d’années, Copenhague a vu se développer une troisième fabrique de céramique : la Manufacture de faïences, dont les produits se caractérisent, les uns par une décoration polychrome, de dessin très écrit & riche de palette, les autres formant la série appelée Trankebar, dont Joachim a créé la plupart des modèles, par une interprétation spirituelle des formules chinoises, en bleu d’ardoise sous émail gris. Enfin, renouvelée par le génie de Th. BindesböII, la fabrique de Næstved, en Seeland, prend une part importante à ce grand mouvement d’art. Continuant la tradition du maître & de Herman A. Kähler & Hammershöi, ses collaborateurs, un jeune artiste, Jens Thirslund, a créé des poteries de formes puissantes qu’épouse un libre décor. Dans tous les ateliers de céramique, dans les grands établissements comme dans les laboratoires se manifeste un esprit nouveau, caractérisé par la recherche du décor & la personnalité de l’artiste.
Grande-Bretagne. — Une absolue fidélité aux traditions caractérisait la céramique britannique. La perfection technique si vantée en 1878, en 1889, en 1900, n’était pas moins remarquable en 1925, & les hautes récompenses qu’emportent les George Jones, les Mintons, les Worcester Royal Porcelain, les Doulton de Burslem & les Josiah Wedgwood attestent la haute estime que mérite cette probité de métier. Dans certaines pièces décoratives, telles que les statuettes de Miss Gwendolen Parue!!, dans certains services de table, l’habileté professionnelle s’appliquait à des formules conformes aux tendances modernes.
On ne saurait reprocher aux céramistes britanniques de se souvenir avec trop de respect de leurs grands devanciers du début du XIXe siècle, car les pièces de faïence fine qui figurent dans nos musées, par la sobriété de leurs décors linéaires, par les procédés mécaniques de leur réalisation, sont peut-être celles qui se rapprochent le plus de l’esthétique & de la technique actuelles des pièces usuelles.
Italie. — L’héritage d’un glorieux passé pèse sur les céramistes italiens. Ils s’écartent timidement d’une voie si bien tracée. Les pots de pharmacie de Cantagalli sont à l’image de ceux des faïenciers de la Renaissance.
II faut noter toutefois l’effort de la Société Richard Ginori de Milan qui, dans ses faïences de la Manufacture de San Cristoforo & dans ses porcelaines de la fabrique de Doccia, a réalisé des pièces peut-être un peu trop littéraires, mais infiniment spirituelles, grâce à la collaboration de deux excellents artistes : l’architecte Gio Ponti & le sculpteur Saponaro. Dégagées à la fois du traditionalisme qui marquait en général l’exposition italienne & du futurisme outrancier des décors de théâtre, les œuvres de Gio Ponti révélaient un goût très net & une précieuse nouveauté.
Japon. — Les centres de fabrication, Nagoya Seto le plus ancien, Kyoto le plus illustre depuis le XVIIe siècle, Kanazawa, le plus récent, ont chacun leur style traditionnel propre & l’on ne saurait s’étonner de les voir tenir à ces traditions, dont le succès dans le monde est attesté par une exportation, en 1924, de 25 millions de yens, qui représentait 40% de la production totale de la céramique japonaise.
Si la fabrication de Nagoya Seto est la seule à évoluer, sous l’influence occidentale, vers des articles d’utilité courante, les ateliers isolés, répartis sur le reste du territoire, ne sont pas liés par une tradition aussi impérieuse que les grands centres; mais il semble que les artistes japonais pensent faire œuvre moderne en retournant aujourd’hui à leurs traditions nationales. C’est l’influence européenne qu’il leur faut éliminer pour retrouver la vieille sève. L’exposition de céramique, d’une technique supérieure, marquait le retour très net aux formules du passé. L’un des maîtres de la jeune école nationale est Miyagawa Kozan, de Yokohama, qui s’est toujours montré réfractaire à l influence européenne. Potier de porcelaine, praticien émérite du grand feu, il sait aussi tirer parti des ressources du feu de moufle, &, dans tous les domaines de la céramique, il enseigne la tradition.
Ce point de vue paraît d’ailleurs légitime; c’est en développant leurs traditions particulières que les pays peuvent évoluer vers des conceptions modernes, excluant la banalité des formules internationales.
Pays-Bas. — La céramique hollandaise témoigne d’une conception décorative plus neuve. Si certains de ses praticiens, disciples des Japonais, restent trop strictement fidèles à la leçon de leurs maîtres, la plupart se sont détachés de tout système de décoration traditionnel. Aux flancs de leurs faïences & de leurs grès s’enroule en un mouvement tumultueux un décor touffu, de couleur hardie & d’une audace moderniste, autant qu’on en peut juger par une exposition restreinte. II ne semble pas que la céramique hollandaise ait obtenu dans la technique des résultats importants. L’esprit décorateur l’anime ou plutôt un expressionnisme plein d’intentions psychologiques & d’inspirations littéraires.
Suède. — C’est l’attachement au passé que révèle la Section suédoise; mais elle fait un choix sévère parmi les formules anciennes. L’art suédois contemporain opère une sorte de filtrage & son expression plastique rappelle notre style Directoire & celui de Louis-Philippe. La fermeté du dessin s’unit à une réelle distinction. Une érudition choisie, une haute culture président à cette élaboration d’un goût sobre & discret. Qu’elles soient de Wilhelm Käge ou de Böckman, d’Ivar Johnsson ou de Karl Lindström, d’Edward Hald ou d’Arthur C. son Percy, faïences & porcelaines sont blanches d’un blanc d’ivoire, souvent de plan polygonal & n’ont pas d’autre décor qu’un rang de perlettes, un motif en léger relief, ou quelque ornement peint : monogramme, emblème ou fleur.
II convient de remarquer la fabrication savante de la céramique suédoise. C’est à la manufacture de Wedgwood qu’il y a quelque cent ans, celle de Gustavsberg a emprunté ses méthodes, comme l’ont fait, à cette époque, nombre de fabriques françaises, notamment Sarreguemines & Creil. Depuis, la poterie suédoise a suivi ses destinées propres. Elle s’est composé une pâte rendue plus dure & plus blanche que la faïence anglaise par l’addition de quartz & de feldspath; c’est une matière très résistante que façonne un outillage mécanique perfectionné & que décore la chromolithographie sous vernis en deux ou trois couleurs.
Suisse. — La Suisse présentait diverses fabrications de vases & de vaisselle en faïence & en porcelaine, mais c’étaient plutôt des œuvres de statuaire en terre cuite qui retenaient l’attention. On ne saurait oublier que les traditions des grandes fabriques de porcelaines, telles ?[ue celle de Nyon, s’étaient éteintes à la fin du XVIIIe siècle & que la fondation d’une nouvelle fabrique de porcelaines à Langenthal ne date pas de vingt-cinq ans.
Tchécoslovaquie. — La Section tchécoslovaque était une des plus importantes par le nombre des exposants. Mais les porcelaines sorties des grands ateliers de Bohême ne marquaient pas un effort en vue du rajeunissement du décor. La technique est excellente, mais les fabricants, trop souvent, se contentent de répondre aux goûts de leur clientèle. Leur production n'était pas marquée par l’originalité locale & savoureuse des poteries populaires : parmi celles-ci on remarquait une série de figurines d’animaux & de personnages qui, conçues avec malice ou en forme de caricature, manifestaient la vigueur d’un art nouveau, plein de sève.
Yougoslavie. — La céramique yougoslave semblait plus pénétrée de la formule qui unit l’art & l’industrie. Elle nous présentait des œuvres d’une sensibilité propre à l’amalgame des races anciennes : il y a, dans ce pays, dont les artistes ont peut-être, plus que d’autres, tourné leurs études vers l’Occident, des tendances pleines de promesses.
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