Tabletterie - Maroquinerie à l'Exposition de Paris 1925

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Tabletterie - Maroquinerie à l'Exposition de Paris 1925

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Texte du "Rapport Général de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes Paris 1925"

TABLETTERIE.

La tabletterie, dont le nom remonte au moyen âge, mais dont I origine est plus lointaine encore, à en juger par la perfection des menus objets de bois, cuillers, peignes, boîtes a parfums, fabriqués en Assyrie ou en Égypte, est un des arts qui ont fait, en ce dernier demi-siècle, les plus remarquables progrès.

Il en faut chercher la cause dans l’évolution qui répand parmi toutes les classes sociales les accessoires de l’instruction, du loisir, de l’hygiène, de la toilette : porte-plumes ou porte-cigares, jeux de brosses ou peignes féminins.
Les découvertes de l’industrie ont multiplié les matières naturelles ou artificielles propres à la tabletterie : le troca s’ajoute â la nacre, le corozo à l’ivoire. Celluloïd, gaïalithe, nacrolaque, substances nées de la chimie, joignent leurs ressources à celles de l’ambre & du corail.

Les matières les plus fréquemment employées en tabletterie étaient traitées par le sciage, les assemblages à rainures, la sculpture. L’ivoire se travaille comme le bois : il pousse par couches concentriques, il a cœur, écorce & fil; les artisans du moyen âge, qui évidaient leurs statuettes, savaient par là faciliter la dilatation & le retrait, évitant les fentes & les gerçures dues aux variations atmosphériques. Le souci d’économiser un produit aussi précieux a favorisé le progrès des méthodes de sciage en cylindres creux & en minces feuillets, qui mettent en valeur la qualité essentielle de l’ivoire, sa transparence. Il a déterminé également l’usage du tour à réduire & des machines à reproduire, en vue d’une édition plus commerciale des modèles.

U n outillage analogue est employé pour la nacre dont la dureté rend le travail particulièrement ingrat. Le troca, que son bas prix fait préférer à la nacre pour les objets usuels, de même que la noix de corozo s’est substituée à l’ivoire, présente, à un moindre degré, des reflets multicolores suivant les jeux de lumière, & sa dureté exige que l’on refroidisse à l’eau le travail des fraiseuses-découpeuses.
Parmi les matières naturelles, l'écaille & la corne étaient les seules

qui, rendues malléables par l’eau bouillante, pussent être moulées & utilisées à une fabrication économique.

La gamme des bois précieux employés en marqueterie ne s’est pas moins enrichie que celle des matières animales : l’exploitation des forêts coloniales fournit aujourd’hui, d’une manière courante, en bois massif, une grande variété de ces essences dont on ne connaissait jadis que d’assez rares espèces & dont on n’usait qu’avec parcimonie, à faible épaisseur de placage ou de marqueterie.

Le décor superficiel du laque, qui adhère à tous les corps & demeure inaltérable, rencontre une grande faveur, depuis que le matériel européen employé pour pétrir la pâte, filtrer les liquides, les pulvériser, a grandement facilité les opérations pénibles auxquelles se livraient les artisans d’Extrême-Orient, étalant les couches successives avec le couteau à palette & les polissant à la pierre & au charbon mouillé.

La chimie industrielle a singulièrement développé le procédé du moulage, en créant les matières plastiques, minérales ou organiques, qui ouvrent un vaste champ à la fabrication des objets de tabletterie ainsi qua celle du bibelot & de la bijouterie commune. Elles permettent, à peu de frais, d’imiter & de remplacer les matières naturelles suivant une diversité de formes & de couleurs jusqu’alors insoupçonnée. Ces matières se prêtent indifféremment au travail des outils de coupe, au polissage, à l’incrustation, à la soudure; elles peuvent s’employer comme vernis; elles fournissent à l’artiste le moyen de mettre en œuvre la fantaisie créatrice de son imagination & les ressources de son talent.

Depuis quelque temps déjà, on utilise également dans la tabletterie certaines gommes végétales : gutta percha ou caoutchouc à différents degrés de vulcanisation; lebonite en est la forme la plus commune. Surtout, le celluloïd, inventé en Amérique il y a plus de cinquante ans, produit de nitro-cellulose, traité par l’alcool camphré, permet d’imiter les substances précédemment employées par la tabletterie & même le métal ou la céramique. Les progrès réalisés dans son mode de fabrication & dans sa coloration ont conduit à élargir les conditions de son emploi. Cependant, son odeur de camphre & son inflammabilité font rechercher d’autres matières exemptes des mêmes défauts. L’artiste dispose aujourd’hui de très nombreuses substances ayant pour base soit la caséine traitée au formol, telles la galalithe, la lactolithe, soit l’acétyl-cellulose ou le phénol formolé, origine des résines synthétiques, telles encore la bakélite, la maléaze, la milusite, dont le nom peut varier suivant le brevet de fabrication, mais qui offrent les mêmes avantages de couleur & de plastique.

L’une des plus récentes, la nacrolaque, d’invention française, est à base de cellulose mélangée d’essence uOrient; elle imite parfaitement la nacre & présente le double avantage d’une fragilité moindre & d’une plus faible densité. Lorsqu’elle est colorée, elle produit, directement ou par effet de transparence, les plus splendides reflets.

La plus large utilisation des compositions artificielles, si elle tend à répandre l’art dans toutes les classes sociales, ne nuit aucunement aux produits naturels, qui continuent d’être employés dans la tabletterie de luxe. C’est ainsi que les industries de l'ivoire & de l’écaille, du laque & des bois précieux, sont en pleine prospérité.

On détruit annuellement, en Asie & en Afrique, de l’Abyssinie au Cap, de soixante à cent mille éléphants; l’ivoire de l’Inde est plus fin que l’ivoire de l’Afrique, mais les dents sont de taille moindre. Le prix varie suivant la qualité & les dimensions des défenses. Il était, en 1923, de 130 à 220 francs le kilogramme. Les plus grosses défenses proviennent des mâles, elles peuvent atteindre trois mètres de longueur, 17 centimètres de diamètre & peser jusqu’à 50 kilogrammes. C’est à Anvers que se trouve le marché de l’ivoire brut; quatre fois par an, les importateurs y centralisent la production; elle est en hausse continue. Le renchérissement tient à des causes d’ordre général & à ce fait particulier que les Américains qui, jadis, importaient d’Europe l’ivoire ouvré, fabriquent actuellement eux-mêmes les objets de tabletterie &, favorisés par le change, achètent la matière brute. Il est assez paradoxal que l’ivoire des colonies françaises passe par Anvers ou même par Londres pour arriver à Paris. La France, dans ses colonies, pourrait s’approvisionner en ivoire comme elle le fait pour les bois exotiques, dont l’importation représentait, en 1924, plus de 100,000 tonnes métriques valant 50 millions de francs.

C’est de la Havane que provient la plus belle écaille blonde; elle valait, en 1923, 2,000 francs le kilogramme, dix fois plus que l’écaille de la Réunion ou de Tunisie. La fabrication des objets d’écaille est une des spécialités de l’industrie japonaise de Nagasaki, dont l’exportation atteint une valeur moyenne de 40,000 yens, sur une production totale de 175,000.

Si la culture des arbres laquiers est en décroissance au Japon & en Chine, elle prend une importance considérable au Tonkin, seul pays actuellement exportateur de laque, dont il envoie, rien qu’en Chine & au Japon, 2,000 à 3,000 tonnes par an. Le développement de l’industrie du laque au Japon, qui dépassait, en 1924, une valeur de 30 millions de yens, explique cette importation de matière première; il tient à l’amélioration des procédés techniques, à l’application du laquage sur les matériaux les plus divers, tels que le métal, la pulpe même; il tient plus encore aux découvertes qui ont permis, depuis vingt-cinq ans, d étendre la gamme des laques de couleur. Ces progrès ne peuvent que développer l’exportation des objets de laque japonais, qui dépassait déjà, en 1924, 1,300,000 yens.

D’autre part, les procédés européens mis en œuvre par la Société des laques indo-chinoises ont porté à un tel point le développement du laque qu’on n’en voit pas la limite. Des produits de synthèse ont été d’ailleurs inventés pour concurrencer le laque, par exemple, l’isolémail de la Société des laques & isolants.

Sur le marché international de la tabletterie, la France occupe une place importante; elle exportait, en 1924, 37,000 quintaux de tabletterie pour une valeur de 236 millions de francs, 9,000 quintaux de brosserie pour une valeur de 59 millions de francs, les chiffres de l’importation étant respectivement de 12 millions de francs & de 4 millions de francs.

Parmi les objets de tabletterie usuelle, l’exportation des peignes en celluloïd fabriqués à Oyonnax dépasse, à elle seule, 100 millions de francs; ainsi s’explique la prospérité de cette ville dont la population a triplé en 50 ans A qui compte actuellement 400 fabricants. Un chiffre qui peut aussi donner idée de l’importance de notre industrie de la tabletterie est celui de l’exportation des pipes en bois du Jura & des Vosges, qui dépassait, en 1924,10,000 quintaux, d’une valeur de 51 millions de francs.

En dehors de la France & du Japon, les pays où se trouvent les centres les plus réputés sont la Belgique, la Hongrie, l’Allemagne, la Grande-Bretagne.

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MAROQUINERIE.

Sous le nom de maroquinerie, la Classe 9 exposait tous les objets qui, en dehors des meubles & des sièges, relèvent du travail du cuir, depuis les boîtes, les coffrets, les étuis, les portefeuilles, jusqu’aux sacs, mallettes & malles, jusqu’aux articles de sellerie & de bourrellerie.

Pratiqués par les Égyptiens, les Assyriens & les Perses, les arts du cuir se développèrent, pendant la Renaissance, à Cordoue & à Venise où les artisans travaillaient des peaux de qualité rare, des maroquins aux couleurs vives, les incrustant d’or & d’argent, les décorant de mosaïques sobres ou luxuriantes.

L’industrie des peaux & des cuirs appliqués à la gainerie & à la maroquinerie trouve de grandes difficultés dans la diversité même des matières qu’il faut travailler selon leur destination, leur aptitude à recevoir les couleurs ou les rehauts. Cuirs de mouton, de chevreau, de veau, d’agneau, de daim, de chamois, cuirs de Russie, peaux de buffle, de gazelle ou d’antilope, cette seule énumération donne idée de la variété des procédés en usage.

Il conviendrait, pour chaque objet de luxe ou de fantaisie, d’expliquer, selon de subtiles techniques, le comment & le pourquoi du grain souple & du grain brillant, de la finesse des coloris, de la délicatesse alliée à la solidité, de la perfection poussée jusqu’à l’extrême minutie. Des spécialistes préciseraient quel doit être l’emploi exact de la peau de porc, de cheval ou de mouton dépouillée par des méthodes appropriées & traitée par des machines spéciales.

Pour les buvards, les portefeuilles, voici les cuirs légèrement tannés ou chagrins, les cuirs de Russie, fabriqués dans le pays d’origine avec des peaux de renne, de youfte rouge & d’agneau ou artificiellement produits avec des croupions de veaux, traités à l’huile de bouleau. Voilà toute la gamme des phoques, des crocodiles, des requins de Chine & aussi, en progression constante depuis le début du siècle, celle des serpents & des lézards, d’un travail si difficile, qui vont contribuer à la grâce de la parure féminine, au luxe de l’ameublement, de la toilette & du voyage.

Les maroquins rouges (filàli) & jaunes (zryouâni), principale industrie du Maroc, servent aux sacs & sacoches, ornés au fer chaud, garnis d’appliques colorées, tandis que le galuchat, fourni par les chiens de mer, les roussettes & autres espèces, demeure toujours en vogue, malgré son haut prix de revient, pour les gaines & les pochettes, & se marie au chatoiement des métaux & des étoffes. C’est là que l’initiative & le choix des éléments peuvent s’unir à la qualité des cuirs employés pour produire une heureuse harmonie.

Le champ de la maroquinerie s’est, depuis un quart de siècle, étendu à la gainerie en vue de la fabrication des boîtes de toute espèce, destinées à renfermer les gants, les voilettes, les dentelles, la lingerie, les cols, lés mouchoirs, les cravates. De plus en plus, il y faut joindre les naines pour la parfumerie. La fabrication des enveloppes destinées aux flacons d’essence occupe un nombre considérable d’ouvriers. La séduction de l’écrin ajoute à la valeur du parfum. Pour les boîtes à fards, à poudre, à savons, articles de consommation courante, même souci de mise en valeur.

La coquetterie, le sens du confort expliquent l’essor actuel du commerce de la gainerie; de nombreux objets, associés à notre vie quotidienne, s’offrent à la fantaisie créatrice des artistes; l’accroissement de la production a modifié les conditions du travail; le souci d’améliorer la qualité en diminuant le prix de revient a conduit à utiliser un outillage spécial. La division du travail est devenue nécessaire; il faut aussi bien traiter les garnitures luxueuses en peau de serpent python que le papier de fantaisie, pégamoïd imitant le crocodile ou le lézard & employé pour les objets de qualité inférieure; pour l’intérieur de la gainerie, on se sert de soie, de satin, de velours, de peau, de drap.

L’art du sac présente aussi une infinie diversité : sacs de dame où les couleurs s’harmonisent à la gamme des soies, pochettes en or et en argent assorties aux robes perlées, fermoirs précieusement ouvrés. A notre époque utilitaire, la coquetterie féminine, imposant les robes sans poches, a ressuscité l’escarcelle & l’aumônière d’autrefois.

On passe des sacs, des pochettes, des trousses où glissent le mouchoir, le flacon, le bâton de rouge, voire même la cigarette, à toutes les tables à ouvrages, aux guéridons de fumeur, aux écritoires, porte-livres, tampons-buvards, cachets, bloc-notes, boîtes à timbres, pochettes-pression, agendas, livres d’adresses ou encore aux encriers, serviettes, plumiers, couvre-livres; le maroquin s’y combine avec les métaux ciselés, les broderies, les mosaïques.
Il convient de s’arrêter devant les nécessaires de toilette, devant les articles de voyage qui doivent répondre aux principes d’esthétique utilitaire imposés par la vie moderne, ambulante & sportive. Les sacs de voyage comprennent quatre genres : le «city», de forme réduite, servant aux besoins journaliers, aux absences de courte durée; le «squar-mouth» plus spacieux, pouvant contenir le linge & les objets de toilette; le ((jumelle)) d’une contenance supérieure permettant d’emporter des vêtements de rechange; la «mallette» qui a fait naître une industrie spéciale. Ajoutez toutes les espèces de nécessaires de toilette dont les nombreux accessoires permettent de retrouver les commodités du home à l’hôtel ou sur le paquebot. La maroquinerie en veau, en crocodile, en phoque, en porc, en chamois, en daim, en lézard, triomphe dans tous les articles de la trousse, du «lunch-caze», délicieuse «invitation au voyage» qui nous rappelle la grâce des écrins les plus délicats de la mode féminine.

Les malles modernes comportent quatre types essentiels : la malle française, la malle allemande, la malle anglaise ou panier d’osier recouvert de toile, la malle américaine qui, malgré sa diffusion, due à l’énorme production d’usines standardisées, s’inspire des types français.

Ces quatre genres comprennent des subdivisions adaptées à tous les besoins du confort; les progrès sont si rapides que la malle plate à vêtements paraît un anachronisme & que la vogue aujourd’hui appartient à la malle-armoire; les vêtements y sont, d’un côté, pendus à des portemanteaux, tandis que l’autre côté comprend une suite de tiroirs. Elle forme commode & penderie, tandis que la malle à chaussures offre ses boîtes destinées aux bottines élégantes, ses amples tiroirs pour les bottes, ses casiers où se rangent les bas. La malle-bureau est pourvue d’un classeur, d’une bibliothèque, d’une machine à écrire & d’une table pliante. Toutes les malles ou cantines sont spécialement combinées pour l’automobile, le bateau, l’avion.

Paris est le grand marché de ces articles où triomphe, au prix d’une grande dépense d’énergie, d’efforts incessants, l’invention appropriée aux goûts & aux besoins nouveaux. Il faut compter non seulement sur les travaux des ingénieurs ou les recherches des chimistes, mais encore sur l’expérience d’une armée d’artisans modestes, fidèles aux traditions, gardant le souci du détail, de la parfaite exécution & sachant aussi se prêter aux exigences de la mode, «cette chose folle, dit La Bruyère, & qui montre bien notre petitesse quand on l’étend à ce qui concerne le goût». Mais comment ne pas sacrifier à la mode parisienne qui fait le tour du monde entier?

Les exportations françaises atteignaient en 1924, pour la maroquinerie, 3,300 quintaux d’une valeur supérieure à 24,400,000 francs & pour les malles un chiffre supérieur à 5,000 quintaux représentant plus de 8 millions de francs.

Si la France tient la première place pour le travail manuel de l’artisan, l’industrie du cuir est importante & prospère en Allemagne, grâce aux progrès de l’outillage & aux découvertes des chimistes. Les Allemands ont largement développé l’emploi des machines à feutrer, à étendre, à épiler, a gratter &, d’une manière générale, l’outillage nécessaire pour la préparation en grande série des cuirs vernis & rayés, parcheminés, écaillés, doublés de métal, décorés ou revêtus de teintes neutres; c’est ainsi que les manufactures déjà anciennes d’Offenbach ont leurs rivales à Berlin & à Leipzig.

Avec la France, l’Allemagne &z l’Autriche, ce sont la Grande-Bretagne, la Belgique, l’Italie, les États-Unis, l’Espagne & la Suisse qui paraissent jouer actuellement le plus grand rôle dans la maroquinerie.

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SECTION FRANÇAISE.

A toutes les époques, nos artistes ont su travailler l’ivoire, & si Dieppe a cessé d’être le centre des ivoiriers, à Paris des sculpteurs modernes exécutent des statuettes harmonisant avec l’ivoire, le buis, l’acier, la nacre & l’or. Peut-être est-ce dans la statuaire qu’on peut le mieux retrouver l’emploi respectueux d’une matière dont la courbe commande l’inflexion des attitudes & limite les saillies des membres & des étoffes. Il n’est pas jusqu’au geste d’une main qui ne doive tenir compte de la fragilité de l’ivoire, aussitôt que les contours en coupent le fil. Des artistes de la valeur de Dampt n’ignorent pas la rigueur des règles d’où les maîtres du moyen âge ont su tirer habilement les statuettes du Christ & de la Vierge qui firent le renom des Dieppois : Auguier, Crucvolle, Bienaymé, Cointre, Dailly ou Jaillot & aussi des artistes de Saint-Claude, Rosset ou Antide Janvier. D’autres, comme Hamm ou Clément Mère, se sont appliqués aujourd’hui aux bijoux, aux éventails, aux boîtes à poudre, lis ont préparé la voie à la génération actuelle dont les oeuvres exposées ont consacré le talent.

S’il est un art où l’artiste puisse être un exécutant en même temps qu’un créateur, c’est bien la tabletterie : l’exemple de Bastard en témoigne éloquemment. Qu’il sculpte l’ivoire ou l'écaille, qu’il cisèle la nacre ou modèle la corne, sans heurt il exprime son rêve, & la matière docile ne conserve aucune trace de la lutte opiniâtre qu’il a dû mener contre elle. C’est qu’il possède intimement tous les secrets de son métier & que toute image nouvelle qui germe dans son cerveau trouve, dans une technique parfaite, son mode de réalisation.

A côté des objets exécutés par les créateurs eux-mêmes, Bastard, Fournery, Legrain, Mme O’Kin-Simmen, Mlle Germain, Mlle Haas, Mme Guastalla, Mlle Le Bourgeois, des fabricants comme Israël, Silberstein, Amson, Goyard, donnaient une haute idée de la maroquinerie française, les premiers par la fantaisie nouvelle des sacs de dame; le troisième par la tradition des belles matières, des formes sobres & rationnelles, appliquées aux fabrications en série; le quatrième dans ses articles de sport & de voyage.

La Section française présentait un exemple remarquable de tout ce que peut produire une collaboration entre artistes & industriels. Dunand avec ses décors de laque, Raby avec ses recherches sur la brosserie en ivoire, d’autres encore, ont apporté leur concours aux établissements Cohn, Errien, Maurey-Deschamps, soucieux, non sans vaillance, de nouvelles créations & cherchant pour leurs modèles plus de charme & d’élégance. Un même effort se manifestait chez des éditeurs : Gold-scheider demandait à Noll le dessin de ses boites de palissandre & les Grands Magasins présentaient des œuvres parfaites comme les garnitures de toilette composées par Mme bougez pour Primavera.

Suivant l’exemple de Vuitton, des fabricants tels que Dupont, Hermès, Mafteux, Moynat, ont eu recours à Domin, à Rapin pour des articles de voyage, a Pacon pour des cantines d’automobiles, à Redard pour les incrustations de cuir. De là nombre d’ingénieuses trouvailles qui s’ajoutent à la sobriété des lignes, à la plénitude des surfaces, au respect de la matière. Les trousses de voyage pour lesquelles Vuitton a fait appel à l’invention de Mme Cless-Brothiers & de Ballet, sont peut-être les plus caractéristiques au point de vue de l’esthétique & de l’utilitarisme. On ne saurait concevoir un plus grand raffinement dans la recherche du confort, dans la sélection de la matière, dans l’étude de la forme.

Pour ces collaborations intimes entre artiste & industriel, la préciosité du produit n’est pas toujours nécessaire. C’est ainsi que, dans la vitrine de Mmc Auguste Bonaz qui avait sollicité le concours de Fromenti pour présenter un ensemble de peignes de fantaisie, le plus grand nombre de modèles étaient en matière commune : celluloïd ou galalithe. Des efforts de cette nature méritent d’être signalés, ne fût-ce que pour les opposer à tant d’objets de pacotille qui corrompent le goût public.

Dans la Section française, les objets les plus menus comme les pièces de grand volume offrent une heureuse sobriété. C’est un art de surfaces nettes, de plans coupés, de droites perpendiculaires, une architecture réduite, mais néanmoins suggestive du rythme de la vie actuelle. La molle inflexion des courbes a peu à peu disparu. Notre vision s’est modifiée, à notre insu, par le contact de la machine, l’habitude de la vitesse & de la décision rapide.

Ces tendances nouvelles de la Section française se complétaient par les apports très divers des colonies.

On a pu admirer, dans le Pavillon de l’Afrique du Nord, les cuirs ouvrés d’Algérie, les coffres peints, les encriers, les buvards, les presse-papiers tunisiens, les beaux cuirs ouvragés du Maroc; dans le Pavillon de l’Afrique française, les harnachements de cuir sénégalais, les outils de bois sculptés du Dahomey ou de Madagascar, les cuirs brodés du Niger, les ivoires ciselés & les ébènes de l’Afrique Equatoriale française, du Cameroun & du Togo.

La visite du Pavillon de l’Asie française n’était pas moins instructive. Elle révélait la souplesse des artisans d’Extrême-Orient, qui apportent à nos colonies, une source d’enrichissement : éventails & boîtes à poudre de l’Annam, panneaux décoratifs du Tonkin avec les cuirs laqués de Quang Thanh Long, de Haiduong, tabletterie d’écaille & d’ivoire du groupement des ouvriers d’art, articles de bureau & de fumeur de la Cochinchine, boîtes cambodgiennes rehaussées de métal, coupes & étuis du Laos.

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Section française

BOÎTE A POUDRE, COUPE (ivoire); COUPE (écaille) par Georges BASTARD.
BOÎTE A POUDRE, COUPE (ivoire); COUPE (écaille) par Georges BASTARD.

MALLETTE (peau de serpent) garnie d'un nécessaire de toilette (cristal et or) par L. Vuitton.
MALLETTE (peau de serpent) garnie d'un nécessaire de toilette (cristal et or) par L. Vuitton.

GARNITURE DE TROUSSE DE VOYAGE (cristal et argent niellé)<br />LISEUSE	(veau repoussé)<br />PORTE-ALLUMETTES ET PORTE-CIGARETTES (peau de porc, cadre en argent)<br /> SACS (veau repoussé)<br /> SAC- MALLETTE (cuir de Russie, garniture en argent, brosserie en ivoire, flaconnage en cristal) par E. Hermès.
GARNITURE DE TROUSSE DE VOYAGE (cristal et argent niellé)
LISEUSE (veau repoussé)
PORTE-ALLUMETTES ET PORTE-CIGARETTES (peau de porc, cadre en argent)
SACS (veau repoussé)
SAC- MALLETTE (cuir de Russie, garniture en argent, brosserie en ivoire, flaconnage en cristal) par E. Hermès.

PANNEAU (laque) par J. Dunand.
PANNEAU (laque) par J. Dunand.

GARNITURE DE TOILETTE (galuchat vert, cristal gravé et argent) composée par Mme SOUGEZ, éditée par PRIMAVERA, atelier du PRINTEMPS.
GARNITURE DE TOILETTE (galuchat vert, cristal gravé et argent) composée par Mme SOUGEZ, éditée par PRIMAVERA, atelier du PRINTEMPS.

PEIGNES (ivoirine et opaline)<br />composés par FROMENTI, dessinés par Mlle SCHMUCKEL, exécutés par Mme Auguste BONAZ.
PEIGNES (ivoirine et opaline)
composés par FROMENTI, dessinés par Mlle SCHMUCKEL, exécutés par Mme Auguste BONAZ.

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Section française (suite)

SACS À MAIN par Fournery.<br />SACS À MAIN par Israël.
SACS À MAIN par Fournery.
SACS À MAIN par Israël.

PENDENTIFS ET BOÎTES (ivoire) par Mme O’KlN-SlMMEN.
PENDENTIFS ET BOÎTES (ivoire) par Mme O’KlN-SlMMEN.

GARNITURE DE TOILETTE (ivoire) par E. Raby.
GARNITURE DE TOILETTE (ivoire) par E. Raby.

SACS A MAIN (maroquin du Cap écrasé, décor laque, et maroquin avec rabat en métal laqué) composés par J. DUNAND, exécutés pour la maroquinerie par M. MlCHENON, édités par A. COHN &amp; Cie.<br />SAC A MAIN (veau brodé d'or) composé par MM. GUILLY, exécuté pour la maroquinerie par M. MlCHENON, édité par A. COHN &amp; Cie.
SACS A MAIN (maroquin du Cap écrasé, décor laque, et maroquin avec rabat en métal laqué) composés par J. DUNAND, exécutés pour la maroquinerie par M. MlCHENON, édités par A. COHN & Cie.
SAC A MAIN (veau brodé d'or) composé par MM. GUILLY, exécuté pour la maroquinerie par M. MlCHENON, édité par A. COHN & Cie.

GAINE-ÉTUI DE GOLF ET SAC DE VOYAGE (porc) par GOYARD.<br />SAC DE VOYAGE (porc), SÂC (maroquin du Cap) par MOYNAT.<br />MALLE (maroquin du Cap à mosaïques) composée par H. RAPIN, exécutée par Leleu, éditée par MOYNAT.
GAINE-ÉTUI DE GOLF ET SAC DE VOYAGE (porc) par GOYARD.
SAC DE VOYAGE (porc), SÂC (maroquin du Cap) par MOYNAT.
MALLE (maroquin du Cap à mosaïques) composée par H. RAPIN, exécutée par Leleu, éditée par MOYNAT.

ECRINS (maroquin, dorures à la feuille d'or) composes par R. Herbst, édités par SiÉGEL &amp; Stockmann.<br />BOÎTE (palissandre incrusté d'ivoire), BOITE (palissandre, gravure et ciment blanc) composées et exécutées par A. NOLL, éditées par A. GOLDSCHElDER.
ECRINS (maroquin, dorures à la feuille d'or) composes par R. Herbst, édités par SiÉGEL & Stockmann.
BOÎTE (palissandre incrusté d'ivoire), BOITE (palissandre, gravure et ciment blanc) composées et exécutées par A. NOLL, éditées par A. GOLDSCHElDER.

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SECTIONS ÉTRANGÈRES.

La plupart des nations n’ont apporté à la Classe 9 qu’une faible participation : six d’entre elles y présentaient de un à cinq exposants, dix n’en présentaient aucun. On ne doit pas en conclure que le travail de la tabletterie & de la maroquinerie ne s’y soit pas développé : jeux de brosses ou sacs de voyage sont des objets nécessaires qu’on fabrique en tous pays. Mais l'effort de l’art moderne ne s’y révèle que rarement.

Venu de l’Orient, exploité par les Byzantins, le travail de l’ivoire paraît maintenant oublié dans les pays qui l’ont porté à sa plus haute perfection. Il n’est pas moins curieux de constater que l'on retrouve à grand’peine dans le passé de l’Extrême-Orient quelques «netsouké», étuis à tabac, & quelques fourreaux de sabres japonais, quelques objets de tabletterie chinoise exécutés en ivoire, alors que le Japon moderne exporte des statuettes d’ivoire dont le caractère traditionnel ferait croire à leur antiquité.

Parmi les nations dont les exposants étaient particulièrement peu nombreux, l’Espagne & l’U. R. S. S. montraient des oeuvres de haute valeur artistique, la première dans l’ivoire & dans les laques de Luis Bracons, la seconde dans les objets en écorce de bouleau, dans les bois sculptés, peints, laqués, qui représentaient l’industrie paysanne des Koustaris dont les centres sont le gouvernement de Moscou (région Serguievo), celui de Nijni-Novgorod (région Séménovskié) ou dans les objets en os de mammouth de Sibérie, dans les cuirs de f Atelier de Novotorjsk, dans les boîtes & coupes sculptées des rayons de Moscou (Khotkovo), de Vladimir, dans les bois peints d’Arkhangel, dans les boîtes de papier moulé & laqué de Paléknovo.

A travers une présentation pittoresque où la propagande soviétique, associant l’ouvrier au soldat de l’armée rouge, s’unit à une remarquable exécution, la Section de l’industrie artistique de «Mosékoust» s’est attachée à mettre en lumière un certain nombre d’artisans bien doués travaillant isolément ou en corporations.

Les objets présentés par la Section yougoslave affirmaient que l’industrie du cuir & de la sellerie est demeurée en honneur chez les Croates & les Slovènes; la Seélion tchécoslovaque continuait la tradition des bois finement travaillés.

Les Autrichiens peuvent, à juste titre, revendiquer leur part dans la maroquinerie. Si le nombre des exposants de la Section autrichienne a été de huit seulement, les oeuvres de certains d’entre eux, notamment celles de la Wiener Werkstâtte & de Wilhelm Melzer, témoignaient d’un esprit de nouveauté très marqué.

La Section de la Grande-Bretagne offrait des échantillons de brosserie & de maroquinerie qui révélaient la perfection atteinte dans les travaux de l’ivoire & de l’écaille, ainsi que dans l’application du cuir aux trousses, aux valises, aux accessoires du grand tourisme. On y retrouve la pureté de ligne, l’abstraction de tout décor qui demeurent en Angleterre les caractères communs de l’architecture & du mobilier modernes.

Les participations très restreintes du Luxembourg, de la Suède, de la Turquie, de la Belgique, dont Philippe Caron était le seul exposant important, ne pouvaient donner qu’une faible idée du goût & cle l’habileté traditionnelle de leurs artisans; Hoo-Tchang représentait dignement l’art de la taille du cristal de roche en Chine.

Japon. — Le Japon était le seul, parmi les pays étrangers, qui eût réuni une participation importante, groupant trente & un exposants. Leurs oeuvres ne témoignaient peut-être pas d’une nouveauté hardie, mais donnaient une haute leçon au point de vue de la tradition & de la perfection du travail.

Notre goût pour le charme & la délicatesse de l’art japonais appliqué aux moindres bibelots n’a pas été déçu. L’industrie la plus ingénieuse s’unit, aujourd’hui comme jadis, dans les plus modestes productions du pays nippon, à tous les raffinements d’une esthétique que l’adaptation à la vie moderne n’a pas sensiblement modifiée. C’est toujours la même atmosphère hiératique, dans le délicieux pavillon d’un habitant de l’Empire du Soleil-Levant, dans sa maison de thé du Grand-Palais, comme dans le magasin moderne, & les objets les plus menus ou les plus subtilement mièvres ont conservé toute leur valeur, révélant les .mêmes trésors de patience & de perfection dans le travail de la matière.

Parmi les ivoires, si l’aigle aux ailes déployées de Saito Shoichirô révèle une recherche spéciale, les statuettes, les figurines, les jolies incrustations dues à Miyakawa de Tokio, sont les pièces habituelles. Comment montrer plus d’élégance, &, si l’on peut faire autrement, est-il possible de faire mieux dans l’interprétation d’un type une fois admis?

C’est d’ailleurs surtout un but commercial que le Japon poursuit dans cette industrie & l’exportation absorbe presque entièrement la production du Syndicat des marchands de produits d’ivoire de Tokio : cette production s’élève à 30 millions de yens, si l’on y comprend les imitations en os de baleine & autres.

L’écaille triomphe encore entre les mains des fabricants de Nagasaki, tel cet Eizo Ezaki dont on a loué les parures, les brosses, les peignes, l’onglier. De même, les nacres irisées & les coraux blancs ou roses s’ajoutent à la splendeur des laques, fruit d’un travail minutieux, car l’artiste doit parfois étendre des dizaines de couches sur l’objet en bois, en lamelles de bambou ou en papier mâché. Parmi les boîtes, les coffrets, les étagères, les plateaux, les services de fumeur, les services à café & tant de ravissants ustensiles il faut citer comme des modèles la kôgô ou boîte à encens de Yosei Tsuishu ou le coffret à bijoux de Josho Maruyama.

Pour ces objets de luxe, Kyoto est le centre principal de fabrication, réunissant des artistes tels que Tokusaï Sasaki ou Koshu Tsuchiyama. C’est surtout dans les Préfeélures de Shizuoka, de Kanagawa & de Wakayama qu’on fabrique des articles usuels destinés à l’exportation. Cet art si précieux ne craint d’ailleurs pas d’utiliser les matières nouvelles introduites en Occident dans la tabletterie. II existe au Japon des fabriques de celluloïd, telles la Dainihon Celluloïd & la Koyama Celluloïd Cy, toutes deux à Osaka.

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worldfairs
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Re: Tabletterie - Maroquinerie à l'Exposition de Paris 1925

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Sections étrangères

Section autrichienne<br />SACS A MAIN (cuir) par la WIENER WERKSTÄTTE.
Section autrichienne
SACS A MAIN (cuir) par la WIENER WERKSTÄTTE.

Section espagnole<br />PARAVENTS (laque) par Luis BRACONS.
Section espagnole
PARAVENTS (laque) par Luis BRACONS.

Section japonaise<br />STATUETTE, BOITES, PLATEAUX, etc. (ivoire et laque) par Eizo Ezaki, Yosei Tsuishu, Onishi-Shoten, Tokusai Sasaki , Kosbu Tsuchiyama , Josbo Maruyama.
Section japonaise
STATUETTE, BOITES, PLATEAUX, etc. (ivoire et laque) par Eizo Ezaki, Yosei Tsuishu, Onishi-Shoten, Tokusai Sasaki , Kosbu Tsuchiyama , Josbo Maruyama.

Section de l'URSS<br />BOITES (écorce de bouleau peinte) travail des Koustari.
Section de l'URSS
BOITES (écorce de bouleau peinte) travail des Koustari.

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