Le grand ballon captif de l'exposition de Paris de 1878

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Le grand ballon captif de l'exposition de Paris de 1878

Message par worldfairs » 24 oct. 2010 07:30 pm

Ce petit exposé a été réalisé grâce aux articles du monde illustré et à ceux des merveilles de l'exposition de 1878.

LE BALLON DES TUILERIES.

L’exposition de 1867 avait son ballon captif; il eût été étonnant que l'Exposition de 1878 n'eût pas le sien. Au point de vue du plaisir, cela eût été regrettable ; cela l'eût été davantage au point de vue de la science aérostatique qui, seule, ne se fût pas trouvée représentée à l'Exposition.
Aujourd'hui, les esprits, — dont la direction a subi depuis plusieurs années une variation notable, — sont portés de plus en plus vers les sciences exactes et nous sommes certains que ce qui séduit le public, c'est au moins autant l'étude de la machination du ballon que le plaisir d'un voyage dans les airs et l'attrait d'un splendide panorama.
C'est le dimanche 21 juillet, à six heures du soir, qu'a eu lieu, dans la cour des Tuileries, la première ascension, — ascension d'essai, — du ballon Giffard, ainsi appelé du nom de son inventeur.

L'équipage se composait de six personnes : — MM. Gaston Tissandier, Albert Tissandier, Jules Godard, Louis Godard, Camille Dartoiset un inspecteur.
L'expérience a parfaitement réussi ; ce ballon gigantesque, dont la hauteur dépasse de dix mètres celle de l'Arc de Triomphe et dont le diamètre est égale à celui du dôme de Sainte-Sophie à Constantinople, s'est élevé majestueusement dans les airs, sans hésitation, sans oscillation, et il a opéré sa descente avec le même calme, avec la même sérénité, sur un geste de M. Henry Giffard, son inventeur et son propriétaire.

Les quelques privilégiés qui ont été admis à embarquer comme passagers sont redescendus à terre émerveillés, et c'était à qui les interrogerait pour les entendre raconter leurs impressions de voyage.
Avant d'entrer dans déplus amples détails, nous allons, si vous le voulez bien, vous parler de l'inventeur,


 Le grand ballon captif de l exposition de Paris de 1878


M. HENRY GIFFARD.

Tout jeune encore, — il n'a que cinquante ans à peine, — Henry Giffard est un ingénieur célèbre.
Il se fit connaître tout à coup en 1852 par une tentative des plus audacieuses. Voici dans quels termes l'auteur des Aventures aériennes raconte son premier exploit :
« Comme la plupart des aéronautes célèbres, Henry Giffard est né à Paris; il a fait ses études au collège Bourbon.

Il appartient à la génération qui a vu naître les chemins de fer à Paris, au moment où elle arrivait à l'âge de la raison. Aussi la locomotive, à laquelle il a 'ajouté le seul organe essentiel dont elle se soit enrichie depuis Stephenson, a-t-elle toujours exercé sur son intelligence un attrait invincible.
Attaché en qualité de dessinateur aux bureaux des chemins de fer de Saint-Germain et de Versailles, il aimait, quand son travail était fini, à monter sur les machines. Le sifflet d'alarme était sa musique, et il se plaisait à sentir le rude contact du vent sur un train marchant à grande vitesse.

C'est quand il fut blasé de cette sensation qu'il sentit l'ambition de se mesurer avec les enfants d'Eole dans le domaine dont la nature semble leur avoir donné l'empire exclusif.
On peut dire que c'est le premier inventeur de système de direction aérienne qui ait compris la difficulté du problème qu'il attaquait et qui ait appliqué scientifiquement dans ses appareils tous les principes de la physique et de la haute mécanique avec lesquels ses études l'avaient familiarisé.
Il comprit que la fantaisie doit être sévèrement bannie des constructions aériennes, que la forme de chaque agrès, le poids de l'enveloppe et sa résistance doivent être calculés aussi rigoureusement que s'il s'agissait d'une tôle destinée à la construction d'une chaudière de locomotive.

Avant d'exécuter ses expériences, M. Giffard, en véritable ingénieur, commença par se familiariser avec le milieu aérien et n'exécuta pas moins de dix ascensions à l'Hippodrome, les premières avec Eugène Godard. Quelquefois il partait seul, au grand déplaisir des praticiens, qui lui jouèrent plus d'un tour. Un jour, voulant ouvrir la soupape, il s'aperçoit que les clapets ont été cloués. Heureusement le vent était faible, et-aucun accident n'eut lieu quand le ballon, épuisé par les fuites, arriva à terre.

C'est le 24 septembre 1852, sous les yeux d'un public nombreux, que M. Henry Giffard s'enleva avec un ballon à vapeur qui avait 42 mètres de longueur, 12 mètres de diamètre et 2,500 mètres cubes de capacité. La machine avec son eau et son coke pesait en outre 200 kilos. Elle avait une force de trois chevaux et faisait mouvoir, avec une vitesse 110 tours par minute, une hélice à trois [illicites de 3 mètres de diamètre.

Comme l'inventeur trouvait l'expérience trop dangereuse pour risquer la vie d'un autre, il tenait à être seul, circonstance qui lui permettait d'emporter 250 kilos de coke et d'eau. Quel magnifique spectacle! Un homme, assis avec un calme imperturbable, lutte contre un vent si violent, qu'un steamer aurait fui devant le temps. L'hélice tourne en produisant un son grave, les toiles de l'aérostat se gonflent sous l'effort. Les cordes d'équateur s'inclinent, et l'aérostat vire de bord chaque fois que l'aéronaute fait mouvoir son gouvernail.
La démonstration de l'existence du fameux point d'appui a été obtenue d'une façon éclatante au prix de grands périls affrontés avec une témérité inconcevable, si l'on ne connaissait la puissance de l'enthousiasme qu'inspire la science à ses véritables adeptes.
Mais, M. Giffard n'étant pas revenu à son point de départ, l'expérience est considérée comme nulle.

Les corps savants ne s'en inquiétèrent point. Aussi, quand dix-huit années plus tard il s'agit de diriger les ballons, dans un pressant danger public, l'ingénieur chargé de cette tâche si importante demande Inutilement aune chiourme aérienne ce que la machine à vapeur de M. Henry Giffard aurait donné à la patrie.
Cette ascension mémorable se termine à Trappes, où M. Giffard, pressé par l'obscurité, se vit obligé d'atterrir.

M. Henry Giffard avait un contrat avec M. Arnaud pour une dizaine d'expériences ; l'affaire promettait des résultats avantageux; mais les jours commençant à baisser, la compagnie du gaz craignit de ne pouvoir mener de front la fourniture de l'Hippodrome et celle de ses abonnés. Faute d'un peu de gaz, il fallut arrêter une campagne si glorieusement commencée. »
Attristé, mais non découragé, il se mit à l'étude et inventa l'injecteur qui porte son nom et qui permet de faire entrer purement et simplement l'eau dans la chaudière des locomotives sans recourir aux pompes.

Plus heureux que bien des inventeurs que leur invention tue, M. Giffard a vécu de là sienne ; elle lui a même donné une fortune.


 Le grand ballon captif de l exposition de Paris de 1878 - gonflage


LE BUT SCIENTIFIQUE DU BALLON GIFFARD:

Riche, considéré, heureux, M. Giffard n'en était pas moins demeuré un aérostier de profession, suivant toutes les tentatives, se tenant au courant de tous les progrès.
L'Exposition est, annoncée. Une idée vient à M. Giffard, il construira un ballon captif, mais il le construira tel qu'il effacera jusqu'au souvenir de ses prédécesseurs.
Il traite avec le gouvernement pour la location, de la cour des Tuileries ; on lui demande 100,000 francs, il les donne.

Et le voilà établissant ses chantiers, dessinant lui-même ses engrenages, les faisant lui-même exécuter, travaillant sans relâche à son couvre et ne vivant plus que pour elle. Aujourd'hui, elle est achevée et son ballon plane dans les airs.

Il a dépensé 690,000 francs ; mais que lui importe? Il aura atteint son but : — raviver une fois de plus l'amour des études aérostatique , tourner de nouveau l'attention générale vers ce grand but que se propose tout aéroonaute: trouver la direction des ballons. On va pouvoir étudier pratiquement les conditions à remplir pour qu'un ballon de grande dimension paisse conserver indéfiniment sa forme et son gaz. Ce sera un grand pas.


 Le grand ballon captif de l exposition de Paris de 1878 - mécanisme


LE BALLON.

Quand le ballon s'est enlevé dans les airs, quand cette immense sphère plane tout près des nuages, le spectateur qui la considère d'en bas ne l'apprécie pas suivant ses véritables proportions.

Elle lui apparaît légère, peut-être même un peu fantastique; encore un peu, il la prendrait pour une bulle de savon un peu plus grosse que les bulles ordinaires.
Eh bien! lecteurs, détrompez-vous vite... Cette sphère, à elle seule, j'entends par là sans son gaz, —pèse 1,230 kilogrammes.
Voici la composition de l'enveloppe de ce ballon qui est entièrement sphérique :
1e enveloppe {intérieure), mousseline;
2e enveloppe, caoutchouc;
3e enveloppe, toile de lin;
4e enveloppe, caoutchouc;
5e enveloppe, toile de lin;
6e enveloppe, caoutchouc vol,
7e enveloppe [extérieure), mousseline.

C'est cette dernière enveloppe qui a reçu une couche d'un vernis spécial fait avec de l'huile de lin cuite. Ce vernis, une fois sec, a été peint au blanc de zinc.

Le mètre carré de l'étoffe superficielle pèse un kilogramme et son prix de revient est de 14 francs.
Toutes les coutures sont recouvertes de bandes et collées avec du caoutchouc.
Le poids des bandes est de 500 kilogrammes; il faut ajouter à ce poids 250 kilos de vernis et 480 kilos de peinture.

LES CORDAGES

La sphère du ballon Giffard est enfermée dans un filet de 63,000 mailles, qui pèse 8,000 kilos et qui revient à plus de 60,000 francs.
Les cordages destinés à retenir le ballon à terre sont au nombre de huit et sont fixés à huit treuils placés autour de la nacelle.
Le cercle d'amarre du câble, du poids de 250 kilos, soutient la nacelle et le câbla ; il se compose d'une couronne de Ce dans de l'acier.
Le câble , long de 600 mètres, mesure 0m,085 de diamètre à sa partie supérieure et 0m,65 à sa partie inférieure.
Le treuil a 14 mètres de longueur; iî est haut de 1 mètre 73 centimètres et il pèse 42,000 kilogrammes. Il peut faire trente tours à la minute. Il est mis en mouvement par deux machines.


 Le grand ballon captif de l exposition de Paris de 1878 - nacelle


LA NACELLE.

La nacelle, qui pèse 1,800 kilos, peut contenir cinquante passagers. Un filet tendu à l'extérieur rend impossible toute tentative de suicide; bonne précaution, car il est probable que plus d'un monomane aurait jugé tout à fait plaisante cette façon de mettre fin à ses jours. Tomber du ciel pour y remonter, que saurait-on trouver de plus original?


LA SECURITE

Giffard, lui seul, il a combiné tous les appareils qui couvrent en ce moment la cour des Tuileries. Depuis le treuil à vapeur, qui pèse 42,000 kilogrammes, jusqu'à la forme de chacune des 60,000 mailles du filet, aucun détails dont il n'ait tracé la forme, calculé les dimensions et la matière.
Pour la première fois depuis qu'on confie des ballons aux caprices de l'air, il n'y a pas un organe qui ne soit calculé avec autant de soin que le serait une bielle, un tiroir, une chaudière ou un volant de machine à vapeur.

Tout a été prévu, calculé à l'avance avec une précision et une sûreté merveilleuses.
C'est grâce à cette rigueur mathématique qu'une gigantesque opération que les aéronautes les plus expérimentés considéraient comme presque impraticable, à marché avec une sûreté, une régularité, une facilité qui ont rempli de surprise la population parisienne, et dont l'effet va aller grandissant pendant les jours qui vont se succéder jusqu'à la prochaine ascension décisive.

Le grand ballon des Tuileries a la teinte, la couleur et le reflet qui appartiennent au zinc. Son étoffe, formée par la superposition de plusieurs couches d'étoffe et de caoutchouc, rivaliserait avec le cuivre pour sa ténacité véritablement prodigieuse.

Pour rompre ce tissu merveilleusement souple et élastique, il faudrait un effort de quatre tonnes par mètre linéaire. Sur un des grands cercles de l'aérostat géant, la traction devrait équivaloir à une poussée de cinq cents tonnes de mille kilogrammes.

Avec une enveloppe renfermant ainsi le gaz hydrogène sous une pression scientifiquement déterminée, le ballon n'est plus la vessie informe des aéronautes, c'est le navire aérien que l'on peut allonger a volonté, équilibrer suivant les règles de la dynamique et auquel ou peut ajouter son hélice et la machine à vapeur. Giffard nous promet pour l'année prochaine un ballon dirigeable, et comme il ne s'engage jamais à la légère, vous pouvez être sûr qu'il tiendra parole.
Le câble qui doit retenir l'aérostat captif va bientôt être déroulé et a taché au cercle.

Quand il sera placé sous les yeux du public, nous en expliquerons la construction Nous nous bornerons à dire aujourd'hui qu'il ne sera pas mis en service avant d'avoir été soumis à des expériences de rupture. Un peson gigantesque, placé sois l'œil de l'aéronaute, permettra de voir le moment où l'ascension deviendra hasardeuse. Il suffira alors d'un coup de cornet pour rentrer au port, c'est-à dire pour descendre à terre. - Les soutes de la nacelle renfermeront le lest et les agrès nécessaires à la manœuvre d'un voyage libre. La présence des aéronautes les plus expérimentés rassurera les passagers contre les éventualités d'une promenade involontaire.

Aucune appréhension ne peut empêcher les amateurs de jouir du plus admirable des spectacles que l'œil d'un Français soit appelé à contempler.
Pour terminer, indiquons par quelques chiffres les proportions que prendra le ballon lorsqu'il sera complètement gréé et paré.
Du sol à la surface inférieure du ballon, il y aura une hauteur de cinq étages; le sommet du gigantesque aérostat dépassera de 10 mètres la hauteur de l'Arc-de-Triomphe.
Quant à la solidité du câble qui le rattachera au rivage, en s'enroulant sur de gigantesques treuils à vapeur, il est aisé de s'en faire une idée exacte. D'après les calculs les plus rigoureux, la tension du ballon dans les airs représentera une force de 5,000 kilogrammes; or, le câble de capable de supporter une tension de 3O.OOO kilogrammes. La marge est belle, comme vous voyez.

Ajoutez à cela que les cordons du filet auront à passer par un premier cercle de 64 poulies, puis par un second cercle de 32 poulies, et enfin par un troisième et dernier cercle de 16 poulies avant de rejoindre le câble principal.
Avec un pareil luxe de précautions, les accidents ne sont pas à craindre.
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Re: Le grand ballon captif de l'exposition de Paris de 1878

Message par worldfairs » 26 oct. 2010 12:38 pm

Le ballon captif continuant a attirer l'attention publique et à préoccuper le monde savant, nous avons voulu donner à nos lecteurs, après les dessins d'ensemble, des dessins de détails techniques.


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Figure 1


Le plan de course. — Le premier de ces dessins (figure 1) représente le plan de course de l'aérostat, avec ses machines, son câble, sa soupape inférieure, sa nacelle, le treuil, le levier de marche et la poulie à mouvement universel. Les points de repère du plan de course sont indiqués au moyen de lettres alphabétiques qui renvoient à la légende; les lignes pointillées du dessin indiquent les différentes courses en rayons du ballon.


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Figure 2

Le filet; l'entrecroisement des cordes (figure 2). — Le filet destiné à porter le poids considérable de la nacelle, du cercle, des voyageurs, et à maintenir dans l'espace l'immense globe aérien, est fabriqué avec des cordes de 11 millimètres de diamètre. Dans de telles proportions il ne pouvait pas être confectionné au moyen de nœuds, comme cela se pratique habituellement dans les ballons ordinaires. Les nœuds avec une corde de 11 millimètres auraient atteint la grosseur d'un œuf; dans de telles conditions ils formeraient une série de proéminences dures, qui pourraient user et trouer même l'étoffe de l'aérostat. M. Giffard a eu l'idée de l'aire passer les cordes du filet les unes dans les autres en les entre-croisant; mais comme il s'agissait d'opérer ce travail sur une longueur de cordes de 26,000 mètres, on concevra qu'il était nécessaire d'imaginer un mode de construction tout spécial. La. fabrication de ce filet immense s'est opérée dans une corderie spéciale, d'après les plans et les épures de M. Giffard. Un vaste cirque a été construit au milieu de l'usine; trois balcons circulaires y ont été établis. Cent dix ouvriers superposés les uns au-dessus des autres pouvaient exécuter successivement les différentes séries de la fabrication; sur le sol du cirque, on procédait à l'entre-croisement des cordes; le filet ainsi ébauché était hissé à la partie supérieure de l'enceinte, et les ouvriers installés sur les balcons circulaires fixaient les cordes aux points de leur entre-croisement, en y faisant de solides ligatures à l'aide de ficelle goudronnée. Cette ligature empêche les cordes de glisser les unes dans les autres et arrête définitivement la forme des mailles. Les cordes, à leur entre-croisement, forment encore une saillie qui pourrait, par son frottement, fatiguer l'étoffe de l'aérostat. M. Giffard a eu l'heureuse idée d'atténuer cet effet en faisant fixer des morceaux de peau à tous les points d'entre-croisement. Cette seule opération a representé un travail considérable, puisque le filet ne compte pas moins de 52.000 mailles.


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Figure 3


Le Frein régulateur (figure 3); le Treuil; les Machines : Le treuil est une des plus remarquables pièces mécaniques de tout le système. Il pèse 42.000 kilos. Son diamètre est de 1m70. Il est creux intérieurement et est formé de cinq manchons en fonte. Sou aspect est celui d'une vaste bobine dont la surface est creusée de spires où le câble vient s'enrouler. Il y a autour du treuil 108 tours de spires. Ses deux extrémités sont boulonnées à deux grandes roues d'engrenage, et il est monté sur deux tourillons portés sur deux paliers de bronze. Ces paliers sont fixés à deux poutres de bois que soutiennent des murs de maçonnerie.

Les machines placées devant le treuil le mettent en rotation par l'intermédiaire de pignons dentés qui actionnent les roues d'engrenage. Elles ont quatre cylindres et sont disposées pour aller à grande vitesse. Chacune des machines a deux cylindres à angle droit de 0m26 de diamètre et de 0m30 de course. Pour augmenter la régularité du mouvement, quand une machine a ses manivelles dans une position, l'autre machine a les siennes dans une position intermédiaire, de sorte que le mouvement de rotation est d'une constance presque absolue. Les machines sont de 300 chevaux. Elles sont munies d'une coulisse de changement de marche permettant également la détente. Mais la manœuvre est tellement simple qu'il n'y a pas lieu de s'en servir.
Nous devons faire remarquer que les machines sont à travail intermittent. Quand le ballon s'élève dans l'atmosphère, il fait tourner le treuil autour duquel s'enroule le câble, et transforme les machines en pompes foulantes. L'air aspiré extérieurement par les pistons ainsi mis en marche tendrait à être refoulé dans les chaudières, mais il s'échappe par un tuyau spécial et est employé à faire fonctionner un appareil des plus ingénieux que M. Henry Giffard a désigné sous le nom de frein régulateur à air.

Ce mécanisme est adapté à l'un des tourillons du treuil représenté à gauche de notre dessin. L'air, refoulé par les machines pendant l'ascension, du ballon, arrive par le tuyau B et pénètre dans un cylindre G qui porte des ouvertures latérales par lesquelles l'air peut s'échapper. Un piston évidé se meut dans ce cylindre; il porte des ouvertures rectangulaires qui correspondent avec les premières. On peut, au moyen de la manivelle M, faire avancer ce piston et offrir un accès plus ou moins grand à la sortie de l'air. Ceci posé, voici comment fonctionne l'appareil : le tourillon du treuil, en tournant pendant l'ascension, imprime un mouvement de rotation à la vis V; celle-ci fait avancer l'écrou R, qui vient butter le levier EG; ce levier tourne sur un axe G en soulevant son contre-poids H, et ferme peu à peu, en faisant tourner le piston, les ouvertures latérales du cylindre C.
Arrivé à l'extrémité de son ascension, l'aérostat s'arrête peu à peu. insensiblement, sans mouvement brusque, qui, à la longue, endommagerait le câble. Cet arrêt se fait automatiquement, à tel moment voulu de l'ascension.


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Figure 4


Le Peson (figure4) : Le peson qui unit le ballon au câble est suspendu au centre de l'espace annulaire qui entoure la galerie de la nacelle. Ce peson est formé de deux cylindres d'acier reliés entre eux par huit ressorts de fer. Quatre cadrans verticaux donnent au moyen d'aiguilles les efforts de traction en kilogrammes auxquels est soumis cette espèce de dynamomètre. Les aéronautes et les voyageurs dans la nacelle peuvent donc savoir pendant l'ascension quel est l'excédant de force ascensionnelle de l'aérostat, et de quel effort est l'action du vent sur le câble.
Le peson du ballon captif a été gradué avec beaucoup d'exactitude au moyen de poids qu'on y a suspendus; il donne des indications précises pour des tractions variant de 400 à 25,000 kilogrammes.


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Figure 5


La Poulie a mouvement universel (figure5) : Une des grandes difficultés de la mise en œuvre du ballon captif consistait à le fixer à terre au moyen d'un organe qui permît au câble de suivre tous les mouvements de l'aérostat au sein de l'atmosphère. M. Henry Giffard a résolu ce problème avec l'élégance qui caractérise tous ses travaux, La corde, après s'être enroulée autour de son treuil de fonte, après avoir traversé le tunnel souterrain, passe dans la gorge d'une poulie à mouvement universel. — La poulie est montée sur un axe doublement articulé qui lui permet de tourner dans tous les sens et de suivre tous les mouvements du câble. Ce résultat est obtenu par le mouvement du joint universel et par la rotation de sa chape. La poulie de fonte est équilibrée par un contre-poids, de telle façon que les mouvements du système ne nécessitent le développement d'aucune force, et que tout se borne à détruire l'équilibre établi. Le contre-poids ramène le système dans la verticale dès que le câble cesse d'exercer une traction. La poulie mesure lm,60 de diamètre, et l'appareil tout entier a 4 mètres de hauteur. La poulie à mouvement universel est soumise à de grands efforts de traction; aussi est-elle fixée au sol avec une solidité à toute épreuve. Elle est rivée à deux poutres de bois placées au fond de la cuvette conique au-dessus de laquelle l'aérostat est suspendu. Ces poutres ont 12 mètres de longueur, 50 centimètres d'épaisseur et 40 centimètres de largeur. Elles sont scellées à chacune de leur extrémité dans d'épais massifs de maçonnerie.

Le ballon de M. Giffard est, en effet, muni de deux soupapes, une supérieure, une inférieure.
Celle qui se trouve placée à la partie supérieure du ballon captif, et qui n'existe que comme instrument de précaution, dans le cas très improbable de la rupture du câble, est une pièce très-considérable. Elle est formée d'un grand disque métallique de 0m,55 de diamètre, garni à sa partie supérieure d'une saillie circulaire métallique qui produit une fermeture hermétique, en venant s'appuyer contre une couronne de caoutchouc. Le disque de la soupape est maintenu appuyé contre l'anneau de caoutchouc au moyen de ressorts à boudins. Les aéronautes peuvent ouvrir la soupape en tirant la corde qui descend jusque dans la nacelle. La soupape supérieure est montée au centre d'une étoffe très épaisse circulaire, qui est pincée avec l'étoffe du ballon dans deux cercles de bois.
La soupape supérieure est abritée de la pluie et des intempéries de l'air par une tente d'abri, formée d'une légère charpente de bois, montée sur des ressorts, et recouverte d'une étoffe tendue par des cordelettes.
La soupape inférieure est formée d'un grand disque métallique de 0m,80 de diamètre maintenu par des ressorts d'une grande sensibilité, Ce disque s'ouvre automatiquement sous de très faibles pressions, pour laisser échapper le gaz en excès sous l'influence de la dilatation. La soupape est montée comme celle du haut dans une collerette d'étoffe épaisse et qui supporte en outre : Io le tuyau de gonflement; 2° la pièce métallique dans laquelle passe à frottement doux la corde de la soupape supérieure; 3° un jour de verre à travers lequel on peut examiner l'intérieur du ballon; 4° un manomètre.
Terminons en résolvant, d'après l'avis autorisé de M. Gaston Tissandier une question qui se présente naturellement à tous ceux qui exécutent l'ascension dans le ballon captif.
Qu'arriverait-il si le câble cassait?
Nous avons déjà dit que la rupture du câble n'est guère possible, puisqu'il est soumis à une traction bien inférieure à sa résistance. Mais enfin il faut tout prévoir. S'il cassait! On en serait quitte pour faire une ascension libre. Le double fond de la nacelle est garni de sacs de lest, de grappins de fer et de guide-rope, et les aéronautes que M. Henry Giffard a choisis comme capitaines de bord sont MM. Eugène et Jules Godard et Camille Dartois. Les noms de ces aéronautes sont aussi populaires que leur habileté est proverbiale; en cas d'accident, on pourrait compter sur leurs bras et sur leur sang-froid.
Mais l'accident n'arrivera pas, nous en avons la conviction.
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