Panoramas et Dioramas

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worldfairs
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Panoramas et Dioramas

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900


Une promenade à travers l'Exposition est un véritable voyage autour du monde. Sans quitter les jardins du Trocadéro, on parcourt l'Orient tout entier, ses déserts, ses steppes, ses vieilles capitales, ses modernes comptoirs; on passe d’une rue de la Kasbah d’Alger au Palais impérial de Pékin ou au Temple javanais de Tjandi-Sari. Le manque de transition entre des spectacles si variés nuit un peu à leur effet. On ne peut que difficilement se croire transporté en Egypte, quand, au-dessus des blanches coupoles d’une mosquée, on voit apparaitre les toits biscornus de quelque pagode; trop de sensations diverses, en se heurtant dans l'esprit des visiteurs, risquent de ne leur laisser que des souvenirs assez confus.

On a essayé d'y remédier par la construction d’un grand nombre de panoramas et de dioramas ou des peintres et des architectes habiles se sont efforcés de donner des visions parfaites des plus lointaines contrées. Par d’ingénieux artifices, ils font éprouver l'illusion d’un voyage en chemin de fer ou en bateau à vapeur; le paysage fuit et se renouvelle sous les yeux des spectateurs commodément assis sur les coussins d’un sleeping ou accoudés aux bastingages d’un paquebot. Nous voilà bien loin, certes, des anciens panoramas à toile de fond immobile et à premiers plans inanimés, au milieu desquels se dressait une banale plate-forme à balustrade !

Ce vieux genre est cependant encore représenté à l'Exposition. La plate-forme centrale est seulement remplacée par un accessoire en harmonie avec le sujet du panorama. C’est ainsi que les visiteurs de la Ville d’Alger, de M. Poilpot, ont la sensation d'être placés sur la terrasse de la grande mosquée, d’ou leurs regards dominent la rade, le cap Matifou, gagnent le large et, de l'autre côté, se reposent sur la ville haute; ils peuvent même plonger sur les terrasses des maisons environnantes et y surprendre des femmes arabes dans leur vie privée. Au chalet du Club Alpin, les spectateurs se trouvent sur la pente abrupte d’une moraine, devant la coulée de la Mer de Glace et le massif du Mont-Blanc.


Le panorama du Tour du Monde a essayé de réaliser un progrès en peuplant ses premiers plans de figurants qui se meuvent, dansent, rient, chantent devant l'image peinte de leur pays. Des Espagnoles exécutent sur une terrasse des danses voluptueuses au son des castagnettes; un café turc en plein air est installé devant le Bosphore; des Hindous charment des serpents à l’ombre de gigantesques banians; des acrobates chinois font des tours d’équilibre dans un kiosque en bois découpé, et dans un jardin fleuri à mi-hauteur d’une verdoyante colline, des Japonaises dansent au son de la biva. Ce panorama, à notre avis, a le défaut que nous signalions dans l'Exposition coloniale du Trocadéro; il donne trop de sensations diverses qui se contrarient les unes les autres. On goûte imparfaitement la grâce maniérée des Javanaises, quand on a l'imagination grisée par le fandango endiablé des Andalouses; et de même, on est un peu dérouté de voir l’Acropole voisiner avec la Corne d’Or et le canal de Suez baigner des forêts hindoues.


L'illusion est ménagée avec beaucoup plus d’adresse dans le Panorama transsibérien. Les deux expositions russe et chinoise étant tout proches l’une de l’autre, on a eu l’idée originale de les relier par un chemin de fer de 80 mètres. On monte en wagon à la gare de Moscou, installée dans le Palais de la Sibérie, et on débarque à la gare de Pékin, construite au rez-de-chaussée du Palais Chinois. Devant les voyageurs se déroule une toile mobile représentant les sites les plus pittoresques de la Sibérie et de la Mandchourie, plaines immenses, forêts de sapins, villes de bois à dômes dorés, etc. Les plus minutieuses précautions ont été prises pour que le spectateur ait la sensation qu'il est réellement dans un train en marche. Le ballast de la voie est figuré par une bande horizontale se déplaçant à raison de six mètres à la seconde;. des signaux. des barrières, des poteaux défilent fixés sur un invisible treillis, qui avance de 3 mètres à la seconde; au deuxième plan des arbres, des talus, des maisons, fuient avec une vitesse moindre, et enfin, au loin, la véritable toile panoramique, longue de 220 mètres, qui se déroule en une demi-heure.

Si, comme on y avait songé un moment, les wagons du train étaient agités d’une légère trépidation, on peut dire que l’illusion serait complète.

Le Maréorama de M. Hugo d'Alési, qui nous transporte sur le pont d'un paquebot, ne craint pas de nous secouer pour mieux nous donner la sensation d’une traversée. On part de la rade de Villefranche; l’équipage manoeuvre: on lève l'ancre. Le navire roule et tangue un peu, et les passagères ne voient pas sans quelque émotion la côte s’éloigner et se perdre. On est au large; on croise l'escadre et on arrive, à midi, à Sousse, éclatante de blancheur. Le navire poursuit sa route, le jour tombe et la nuit est venue quand on fait escale à Venise. Une tempête éclate et l’on retrouve la lumière et le calme à Constantinople. Tous les sens sont sollicités par les artifices de M. Hugo d’Alési; l'air est chargé d’effluves salins, et une musique joue des airs appropriés aux différents pays et aux impressions craintives ou joyeuses des spectateurs.



Le Stêréorama nous fait encore accomplir un voyage sur mer, en vue des côtes d’Algérie. L’originalité de ce panorama consiste à faire défiler ensemble une toile de fond peinte et des premiers plans en relief. On voit donc le littoral avec ses montagnes et ses promontoires changer constamment d’aspect par des transitions adroitement ménagées.

Le Cinéorama est une application fort heureuse du cinématographe au panorama. Un appareil enregistreur formé de dix cinématographes accolés les uns aux autres de manière à embrasser tous les segments d’un horizon circulaire a fourni les images animées que l’on projette sur les murs du panorama. Ainsi le visiteur voit se dérouler autour de lui les péripéties passionnantes d’une course de taureaux ou d’une fantasia arabe; il croit être enlevé dans la nacelle d’un ballon et parcourir Paris à vol d’oiseau.


Grâce à ces ingénieux spectacles les visiteurs de l’Exposition peuvent, en peu d’heures, vivre beaucoup de temps et, en peu de pas, parcourir beaucoup d’espace. Ils peuvent goûter dans un après-midi les émotions et les joies que procurent les longs voyages.

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