Section Indo-Chinoise
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Section Indo-Chinoise
Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900
La cuisine des Indo-Chinois à leur cantonnement, rue du Docteur-Blanche, à Passy.
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Pavillon de l'Indo-Chine
Texte et illustrations de la revue "L'exposition en famille" de 1900
L’Indo-Chine étant une de nos plus riches et plus récentes acquisitions, la France a mis tous ses soins à la mettre dans une belle valeur.
Cette section se divise en quatre groupes.
Je me trouve avec stupéfaction devant un escalier immense, tel qu’on n’en a jamais vu à Paris, et raide, aux marches hautes et petites en largeur, flanquées de chaque côté par des animaux bizarres, assis sur leur derrière, aux jambes longues, aux muffles vaguement léoniens. Tout en haut une pagode royale s'érige, et au-dessus un campanile en forme de haute cloche renversée monte, s’affine dans l'air tandis que bien plus au bas de cet extraordinaire monument culminant deux autres campaniles couronnent deux portes basses. C’est le temple de Pnôm-Peuh.
Montons lentement. Au faîte, la pagode qui est justement la pagode du roi du Cambodge, la pagode de Cholon se présente avec une magnificence d’émaux, d’inscriptions, de moulages, d’ornements, qui viennent tous du Cambodge.
Un dragon, un autel, sont pendus sous la voûte où un Bouddha de six mètres, doré entièrement, rêve devant l’immense étendue des Palais qui dégringolent jusqu’à la Seine, reprennent sur le Champ-de Mars jusqu’au Château-d'eau. Le spectacle d’ici est magnifique.
L'intérieur est extraordinaire. C’est un amoncellement de colonnes dorées, d’ornements dorés, de plafonds dorés. El partout des bouddhas, des autels, des civières sacrées pour la procession du dieu.
Tout autour de la pagode un village laotien composé de quelques huttes où une quarantaine d’indigènes travaillent au milieu d’une curieuse exhibition agricole.
Mais voici l’entrée du Pnom. C’est un monument funéraire de dix mètres de hauteur. Nous croyons que nous allons monter. Au contraire cela forme voûte et nous avons à nos pieds un escalier aux marches de pierres usées par des générations de pas. Descendons dans le noir, descendons car cela s'allonge. Enfin, nous sommes au fond du sépulcre, c'est un vaste souterrain d'une architecture étonnante, avec des ornementations prodigieuses, des grands sphinx énormes et songeurs, des inscriptions funéraires remontant à des siècles avant Jésus-Christ... Je voudrais m’étendre longuement sur ce lieu de solitude el de mystère, mais je ne le puis pas, d’autant que des dioramas dans les pourtours jurent a ver la solennité ancestrale du lieu. Ces dioramas représentent des scènes de la vie indo-chinoise, une rue à Saigon, des ports de débarquement, et surtout les travaux de construction du Pont Doumer à Hanoï sur le fleuve Rouge.
Sortons par un couloir souterrain qui nous amène à un sentier où s'élève la pagode de l’éléphant blanc, l’animal sacré. Son pelage est loin d’être blanc, il est petit et sacré surtout pour les enfants qui s'amusent à lui offrir du pain.
Viennent ensuite des maisons tonkinoises où les ouvriers des différents corps de métier travaillent et vendent aux visiteurs : les palais de l'Annam, du Tonkin officiel, merveilleuses pagodes remplies d'objets d’art et gardées par des miliciens annamites et tonkinois d’allure très martiale.
Il faudrait voir cette exposition en détail, et admirer les vraies charrues annamites, les chars à buffles si pittoresques, regarder le petit lac avec plantes aquatiques indigènes et pirogues de pêcheurs.
La pagode des Bouddhas avec ses cours intérieures, ses galeries ouvertes et ses galeries fermées mérite l’attention du curieux.
Voulez-vous voir un peu plus de vie, un peu plus de mouvement? Allez au théâtre Cambodgien. La troupe de la cour de Hué est amusante et il y a là de jeunes et de jolies danseuses. Mais prenez garde, elles sont au roi du Cambodge, un veinard !
L’Indo-Chine étant une de nos plus riches et plus récentes acquisitions, la France a mis tous ses soins à la mettre dans une belle valeur.
Cette section se divise en quatre groupes.
Je me trouve avec stupéfaction devant un escalier immense, tel qu’on n’en a jamais vu à Paris, et raide, aux marches hautes et petites en largeur, flanquées de chaque côté par des animaux bizarres, assis sur leur derrière, aux jambes longues, aux muffles vaguement léoniens. Tout en haut une pagode royale s'érige, et au-dessus un campanile en forme de haute cloche renversée monte, s’affine dans l'air tandis que bien plus au bas de cet extraordinaire monument culminant deux autres campaniles couronnent deux portes basses. C’est le temple de Pnôm-Peuh.
Montons lentement. Au faîte, la pagode qui est justement la pagode du roi du Cambodge, la pagode de Cholon se présente avec une magnificence d’émaux, d’inscriptions, de moulages, d’ornements, qui viennent tous du Cambodge.
Un dragon, un autel, sont pendus sous la voûte où un Bouddha de six mètres, doré entièrement, rêve devant l’immense étendue des Palais qui dégringolent jusqu’à la Seine, reprennent sur le Champ-de Mars jusqu’au Château-d'eau. Le spectacle d’ici est magnifique.
L'intérieur est extraordinaire. C’est un amoncellement de colonnes dorées, d’ornements dorés, de plafonds dorés. El partout des bouddhas, des autels, des civières sacrées pour la procession du dieu.
Tout autour de la pagode un village laotien composé de quelques huttes où une quarantaine d’indigènes travaillent au milieu d’une curieuse exhibition agricole.
Mais voici l’entrée du Pnom. C’est un monument funéraire de dix mètres de hauteur. Nous croyons que nous allons monter. Au contraire cela forme voûte et nous avons à nos pieds un escalier aux marches de pierres usées par des générations de pas. Descendons dans le noir, descendons car cela s'allonge. Enfin, nous sommes au fond du sépulcre, c'est un vaste souterrain d'une architecture étonnante, avec des ornementations prodigieuses, des grands sphinx énormes et songeurs, des inscriptions funéraires remontant à des siècles avant Jésus-Christ... Je voudrais m’étendre longuement sur ce lieu de solitude el de mystère, mais je ne le puis pas, d’autant que des dioramas dans les pourtours jurent a ver la solennité ancestrale du lieu. Ces dioramas représentent des scènes de la vie indo-chinoise, une rue à Saigon, des ports de débarquement, et surtout les travaux de construction du Pont Doumer à Hanoï sur le fleuve Rouge.
Sortons par un couloir souterrain qui nous amène à un sentier où s'élève la pagode de l’éléphant blanc, l’animal sacré. Son pelage est loin d’être blanc, il est petit et sacré surtout pour les enfants qui s'amusent à lui offrir du pain.
Viennent ensuite des maisons tonkinoises où les ouvriers des différents corps de métier travaillent et vendent aux visiteurs : les palais de l'Annam, du Tonkin officiel, merveilleuses pagodes remplies d'objets d’art et gardées par des miliciens annamites et tonkinois d’allure très martiale.
Il faudrait voir cette exposition en détail, et admirer les vraies charrues annamites, les chars à buffles si pittoresques, regarder le petit lac avec plantes aquatiques indigènes et pirogues de pêcheurs.
La pagode des Bouddhas avec ses cours intérieures, ses galeries ouvertes et ses galeries fermées mérite l’attention du curieux.
Voulez-vous voir un peu plus de vie, un peu plus de mouvement? Allez au théâtre Cambodgien. La troupe de la cour de Hué est amusante et il y a là de jeunes et de jolies danseuses. Mais prenez garde, elles sont au roi du Cambodge, un veinard !
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Re: Section Indo-Chinoise
Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900
L’Exposition Indo-Chinoise
La section indo-chinoise est certainement une des parties les plus curieuses et les plus réussies de l'Exposition. Les habitants de notre grand Empire d’Extrême-Orient ont voulu nous donner de leur pays une impression exacte, et en démontrer l’importance économique. Ils ont fort heureusement réalisé la première partie de leur programme, et la peine qu’ils se sont donnée pour réaliser la seconde mérite les plus grands éloges.
Ceux qui n’ont pas vu nos colonies asiatiques peuvent s'en former une idée, je ne dirai pas tout à fait nette, mais suffisante, en examinant les documents qu’on a rassemblés dans les jardins du Trocadéro. Ils y apprendront, dans une certaine mesure, l’état des mœurs et les coutumes de la vie chez nos compatriotes de l’Extrême Est, et ils n’auront qu'à lire les (très belles relations de voyages qui existent à cette heure pour mettre dans leur décor, dans leur note et dans leur charme, tout particulier et tout poétique, les indications sommaires qu’on a seulement eu l’intention de leur fournir. Ces indications brillent par une formelle exactitude, qu’il s’agisse de reconstitutions architecturales, de collections mobilières, industrielles, agricoles ou de spécialités locales. Et c’est un grand point. Le visiteur peut s’affirmer et affirmer aux autres qu’il n’a pas été trompé, qu’on ne lui a rien truqué, qu’on ne lui a jeté aux yeux aucune des poudres aussi orientales que conventionnelles que d’autres expositions — orientales aussi — ont trop facilement incorporées dans leurs bagages. Nous sommes là dans le document, dans le document pur, sans recherche d’étonnement pour le vulgaire. On ne nous montre ni danses du ventre, ni Manolas des Batignolles, ni Indiennes de Puteaux. Si c’est une charrue annamite qu’on a voulu nous faire voir nous voyons une charrue annamite, et si c’est l’instrument de pêche naïf du pays, c’est bien cet instrument, sans rien qui l’originalise que son originalité propre.
La Cochinchine, sous les auspices de ses représentants européens, a voulu reconstituer une de ses plus belles œuvres d’art, la pagode de Cholon, un temple bouddhique ancien et révéré, du style le plus pur. Il ne nous avait pas été donné jusqu’à présent, je crois, devoir à Paris reproduction plus fidèle, et en même temps plus attrayante, d’un monument indochinois.
Au point de vue économique la grande pagode de Cholon n’est pas sans intérêt. On y rencontre les produits nombreux et variés de ce climat très chaud et très humide, peu favorable à la santé des Européens jusqu’à cette heure, mais infiniment propre à la végétation, qui prend là des développements absolument inconnus ici.
Tout citer n’est guère possible en cette revue de quelques lignes; apprécier l’est encore bien moins.
Énumérons donc rapidement : Riz (en quantités innombrables), paddy (riz non décortiqué et servant à la pâture des bestiaux), ricin, poivre, café, eau-de-vie de tamarin, muscades, nids d’hirondelles comestibles, maïs, cannes à sucre, thé, benjoin, cardamome, laques, cires, écailles, nattes, tourteaux d’arachides, huiles de noix et de palme, aniline à l'état sec, pavot à opium, vins (!) rouges et blancs, tabacs, vers à soie, chanvre, houille, etc., etc., etc.
Est-ce à dire que tous ces produits, végétaux, animaux ou minéraux, sont de belle ou de première qualité?
Est-ce à dire que le pays n’a rien à faire ni aucuns progrès à réaliser en matière agronomique ? Loin de là. Les résultats se ressentent largement de la primitivité des procédés. Les tabacs et les chanvres, en particulier, sont d’apparence pauvre; on y sent l’essai qui n’a point encore entièrement réussi, la tentative qui hésite encore, qui cherche le moyen, sans l’avoir pleinement découvert, d’acclimater les méthodes, de familiariser les modes en vue d’un but déterminé.
La difficulté est plus grande qu’on ne se l’imaginait au premier abord. Nos végétaux d’Occident, lorsqu’ils sont transplantés en Annam, au Tonkin ou en Indo-Chine, donnent des résultats tout à fait inattendus, à cause même de la puissance du sol, de la chaleur et de l’humidité du climat.
C’est ainsi, qu’en 1887, le capitaine Henry, commandant d’une compagnie du 2’ zouaves, cantonnée à Quang-Tri (Annam), pour plusieurs mois, voulut faire l’essai d’un jardin dans la citadelle. Il fit venir de France toutes sortes de plants et de graines, la terre fut labourée, retournée, épurée; on sema. Resté dans mes souvenirs un vaste champ de pommes de terre qui devint, en moins de trois semaines une forêt de 4 mètres de hauteur, feuillue, impénétrable, mais où personne ne découvrit jamais un tubercule. Restée dans mes souvenirs une certaine haie de tomatiers, merveilleusement luxuriante, mais où ne se vit jamais une tomate. Restées dans mon souvenir des plantations de chicorée frisée que nous pûmes rapidement comparer à des cannes de tambour-major, mais totalement immangeables. Restée enfin, dans mon souvenir, /une citrouille, une •majestueuse citrouille qui rampait le long du mur de una pagode, arrosée avec amour, et qui allongeait (exactement) de 12 centimètres en vingt-quatre heures, fournissant des feuilles larges comme des parapluies et des fleurs éclatantes, mais qui jamais ne voulut se décider à citrouiller. Trop de force dans ce sol, trop d’ardeur, trop d’exubérance; nos végétaux y poussent avec un tel élan qu’ils n’arrivent pas au but à eux .assigné par la nature : le fruit.
Mais nous voici loin de l’Extrême-Orient français et de son exposition. La tournure anecdotique qu’a prise malgré moi cette chronique nous a détourné de la description pure à laquelle je voulais me livrer. Permettez-moi de remplacer la causerie à laquelle le manque d’espace m’oblige actuellement à renoncer, par ce conseil éminemment pratique. Aidez-vous des illustrations qu’encadre cet article, et allez explorer les constructions pittoresques où les organisateurs de l’Exposition indo-chinoise ont accumulé leurs richesses. Parcourez les salles des palais et des temples qui ont transformé la colline du Trocadéro : là, dans des salles laquées et dorées ou taillées en plein roc, vous vous initierez à cette mystérieuse civilisation d’Extrême-Orient, endormie depuis tant de siècles et qui se réveille actuellement avec des grondements de colère.
A l’heure où tous les peuples travaillent à étendre au loin leur puissance, l'étude de nos colonies et de leur histoire est une tâche en quelque sorte patriotique.
Elle réserve bien des surprises, bien des sujets d’intérêt inattendus aux Français qui bornent trop volontiers leur horizon à la Manche, à l’Atlantique et à la Méditerranée.
L’Exposition Indo-Chinoise
La section indo-chinoise est certainement une des parties les plus curieuses et les plus réussies de l'Exposition. Les habitants de notre grand Empire d’Extrême-Orient ont voulu nous donner de leur pays une impression exacte, et en démontrer l’importance économique. Ils ont fort heureusement réalisé la première partie de leur programme, et la peine qu’ils se sont donnée pour réaliser la seconde mérite les plus grands éloges.
Ceux qui n’ont pas vu nos colonies asiatiques peuvent s'en former une idée, je ne dirai pas tout à fait nette, mais suffisante, en examinant les documents qu’on a rassemblés dans les jardins du Trocadéro. Ils y apprendront, dans une certaine mesure, l’état des mœurs et les coutumes de la vie chez nos compatriotes de l’Extrême Est, et ils n’auront qu'à lire les (très belles relations de voyages qui existent à cette heure pour mettre dans leur décor, dans leur note et dans leur charme, tout particulier et tout poétique, les indications sommaires qu’on a seulement eu l’intention de leur fournir. Ces indications brillent par une formelle exactitude, qu’il s’agisse de reconstitutions architecturales, de collections mobilières, industrielles, agricoles ou de spécialités locales. Et c’est un grand point. Le visiteur peut s’affirmer et affirmer aux autres qu’il n’a pas été trompé, qu’on ne lui a rien truqué, qu’on ne lui a jeté aux yeux aucune des poudres aussi orientales que conventionnelles que d’autres expositions — orientales aussi — ont trop facilement incorporées dans leurs bagages. Nous sommes là dans le document, dans le document pur, sans recherche d’étonnement pour le vulgaire. On ne nous montre ni danses du ventre, ni Manolas des Batignolles, ni Indiennes de Puteaux. Si c’est une charrue annamite qu’on a voulu nous faire voir nous voyons une charrue annamite, et si c’est l’instrument de pêche naïf du pays, c’est bien cet instrument, sans rien qui l’originalise que son originalité propre.
La Cochinchine, sous les auspices de ses représentants européens, a voulu reconstituer une de ses plus belles œuvres d’art, la pagode de Cholon, un temple bouddhique ancien et révéré, du style le plus pur. Il ne nous avait pas été donné jusqu’à présent, je crois, devoir à Paris reproduction plus fidèle, et en même temps plus attrayante, d’un monument indochinois.
Au point de vue économique la grande pagode de Cholon n’est pas sans intérêt. On y rencontre les produits nombreux et variés de ce climat très chaud et très humide, peu favorable à la santé des Européens jusqu’à cette heure, mais infiniment propre à la végétation, qui prend là des développements absolument inconnus ici.
Tout citer n’est guère possible en cette revue de quelques lignes; apprécier l’est encore bien moins.
Énumérons donc rapidement : Riz (en quantités innombrables), paddy (riz non décortiqué et servant à la pâture des bestiaux), ricin, poivre, café, eau-de-vie de tamarin, muscades, nids d’hirondelles comestibles, maïs, cannes à sucre, thé, benjoin, cardamome, laques, cires, écailles, nattes, tourteaux d’arachides, huiles de noix et de palme, aniline à l'état sec, pavot à opium, vins (!) rouges et blancs, tabacs, vers à soie, chanvre, houille, etc., etc., etc.
Est-ce à dire que tous ces produits, végétaux, animaux ou minéraux, sont de belle ou de première qualité?
Est-ce à dire que le pays n’a rien à faire ni aucuns progrès à réaliser en matière agronomique ? Loin de là. Les résultats se ressentent largement de la primitivité des procédés. Les tabacs et les chanvres, en particulier, sont d’apparence pauvre; on y sent l’essai qui n’a point encore entièrement réussi, la tentative qui hésite encore, qui cherche le moyen, sans l’avoir pleinement découvert, d’acclimater les méthodes, de familiariser les modes en vue d’un but déterminé.
La difficulté est plus grande qu’on ne se l’imaginait au premier abord. Nos végétaux d’Occident, lorsqu’ils sont transplantés en Annam, au Tonkin ou en Indo-Chine, donnent des résultats tout à fait inattendus, à cause même de la puissance du sol, de la chaleur et de l’humidité du climat.
C’est ainsi, qu’en 1887, le capitaine Henry, commandant d’une compagnie du 2’ zouaves, cantonnée à Quang-Tri (Annam), pour plusieurs mois, voulut faire l’essai d’un jardin dans la citadelle. Il fit venir de France toutes sortes de plants et de graines, la terre fut labourée, retournée, épurée; on sema. Resté dans mes souvenirs un vaste champ de pommes de terre qui devint, en moins de trois semaines une forêt de 4 mètres de hauteur, feuillue, impénétrable, mais où personne ne découvrit jamais un tubercule. Restée dans mes souvenirs une certaine haie de tomatiers, merveilleusement luxuriante, mais où ne se vit jamais une tomate. Restées dans mon souvenir des plantations de chicorée frisée que nous pûmes rapidement comparer à des cannes de tambour-major, mais totalement immangeables. Restée enfin, dans mon souvenir, /une citrouille, une •majestueuse citrouille qui rampait le long du mur de una pagode, arrosée avec amour, et qui allongeait (exactement) de 12 centimètres en vingt-quatre heures, fournissant des feuilles larges comme des parapluies et des fleurs éclatantes, mais qui jamais ne voulut se décider à citrouiller. Trop de force dans ce sol, trop d’ardeur, trop d’exubérance; nos végétaux y poussent avec un tel élan qu’ils n’arrivent pas au but à eux .assigné par la nature : le fruit.
Mais nous voici loin de l’Extrême-Orient français et de son exposition. La tournure anecdotique qu’a prise malgré moi cette chronique nous a détourné de la description pure à laquelle je voulais me livrer. Permettez-moi de remplacer la causerie à laquelle le manque d’espace m’oblige actuellement à renoncer, par ce conseil éminemment pratique. Aidez-vous des illustrations qu’encadre cet article, et allez explorer les constructions pittoresques où les organisateurs de l’Exposition indo-chinoise ont accumulé leurs richesses. Parcourez les salles des palais et des temples qui ont transformé la colline du Trocadéro : là, dans des salles laquées et dorées ou taillées en plein roc, vous vous initierez à cette mystérieuse civilisation d’Extrême-Orient, endormie depuis tant de siècles et qui se réveille actuellement avec des grondements de colère.
A l’heure où tous les peuples travaillent à étendre au loin leur puissance, l'étude de nos colonies et de leur histoire est une tâche en quelque sorte patriotique.
Elle réserve bien des surprises, bien des sujets d’intérêt inattendus aux Français qui bornent trop volontiers leur horizon à la Manche, à l’Atlantique et à la Méditerranée.