Section algérienne

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Section algérienne

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Texte et illustration de la revue "L'Exposition Illustrée" de 1900


Type de femme Oulad-Naïl

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Re: Section algérienne

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

L'exposition Coloniale du Trocadéro
L'exposition Coloniale du Trocadéro

Voici l’Algérie à Paris, officiellement. Non plus l’Algérie conventionnelle et fausse qu’on s’obstine à voir ici, avec son clinquant orientale et ses Iions dans les rues, mais une Algérie réelle, avec des industries, des produits, des statistiques; pour tout dire en un mot, avec des résultats. Nous souhaitons de tout cœur que le passage à l’Exposition de notre admirable colonie contribue à éteindre le préjugé dont elle souffre encore, que certains entretiennent avec une ferveur bien ignorante ou bien coupable, et qu’on traduit dédaigneusement, commettant la pire des injustices, par ces mois trop facilement répétés : « La possession qui coûte encore quarante millions par an à la métropole. »

Le minaret du Palais Algérien
Le minaret du Palais Algérien

S’ils n’atteignent que ce résultat, et ils en atteindront certainement d’autres, les hommes qui se sont dévoués à l’organisation de l’exhibition du Trocadéro pourront se montrer fiers de leur œuvre. Ce que demande l’Algérie à notre époque, ce n’est pas de la richesse ou de la force — elle en a plus qu’il ne lui est nécessaire, — c’est d’être mieux appréciée ou moins décriée, soit pour l’intérêt d’hommes néfastes, soit par la miraculeuse nullité de certains autres.

M. Monteils<br />Délégué général de l'Algérie
M. Monteils
Délégué général de l'Algérie
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M. Monteils
Délégué général de l'Algérie

« Quarante millions par an à la France! L’Algérie, après un demi-siècle d’occupation, coûte encore quarante millions annuels à la France! » Combien de fois les Algériens, au milieu de qui j’ai eu le bonheur et l’honneur de vivre pendant quinze années, n’ont-ils pas entendu ou lu ce cliché stupide à force d’être banal, et proféré ou écrit avec toutes les apparences d’une indignation vertueuse, ou d’une condescendante pitié? En premier lieu, les quarante millions se réduisent à vingt aujourd’hui, si j’ai des renseignements exacts. Mais là n’est pas l’important; l’Algérie devrait actuellement se suffire. Ce qui serait important, c’est de chercher pourquoi l’Algérie coûte encore vingt millions, et si c’est bien réellement sa faute. La place manque ici pour une telle étude, même en la conduisant par ses grandes lignes, et nous devons forcément nous contenter d’une impression.

Entrez à l’Algérie, et vous l’aurez immédiatement, cette impression, vous l’aurez puissante, suggestive, convaincante : « Un pays qui produit ce que nous voyons est un pays actif et merveilleusement riche; ses habitants sont des hommes intelligents et courageux, et s’il en est encore à avoir recours aux ressources, aux secours de la métropole, le mal ne vient pas de lui-même, mais d’autour de lui. » Cela est absolument exact. L’Algérie, complètement pacifiée, dont le sol est plein de trésors, où la culture donne quatre fois ce qu’elle donne en France ; l’Algérie, habitée par une race vigoureuse, endurante, supérieure au point de vue intellectuel et bouillonnante d’initiative ; l’Algérie est pauvre, et sa pauvreté lui vient du dehors, d’ici. On l'a rarement protégée d’une manière efficace; on lui a toujours chicané les réformes économiques qu’elle implorait, dans la pleine connaissance, de ses besoins; toutes les fois qu’elle a voulu faire un pas en avant, il s’est trouvé sur sa route un théoricien prestigieux qui l’a rejetée dans son ornière; des hommes, dont nous ne voulons pas suspecter les intentions, l’ont bouclée dans une ceinture de préjugés, de petitesses, de calomnies, disons le mot, où elle étouffe. Et combien de temps cela durera-t-il? Combien d’efforts lui faudra-t-il, à ce malheureux pays, le plus beau joyau de notre couronne coloniale, pour sortir de l’obscurité où volontairement on le laisse, pour s’imposer à l’attention de la France, pour démontrer sa réelle valeur, à une époque où il devrait et peut marcher à pas de géant? Vous voulez que l’Algérie ne coûte plus vingt millions à la France? C’est excessivement simple. Donnez-lui l’autonomie budgétaire complète qu’elle réclame depuis si longtemps (autonomie budgétaire seulement, car l’Algérie est foncièrement et patriotiquement française); cessez de l’inonder d’un fonctionnarisme dispendieux et partiellement inutile; laissez-la voler de ses propres ailes, avec des administrateurs qu’elle aura elle-même choisis, et vous verrez si la colonie « qui coûte quarante millions », distribuant ses concessions, désignant ses concessionnaires, employant à son gré la main-d’œuvre territoriale , et non plus arrêtée dans son essor par les contre-coups de la politique métropolitaine, n’aura pas en quelques années ses landes défrichées et ses trésors pleins.

A l'Exposition d'Algérie
A l'Exposition d'Algérie

L’Algérie donne en effet une quantité et une variété de produits qu’on chercherait vainement dans d’autres colonies. Au hasard de notes rapides prises au cours d’une promenade à travers l’Exposition du Trocadéro, citons sans commentaires, pour ne pas fatiguer nos lecteurs :
Le vignoble, en premier lieu, toujours plus riche et plus florissant; les phosphates de Constantine et de Tébessa; l’industrie des tapis; les blés et les maïs; de belles qualités de haricots, de fèves, de sorgho, de betteraves et de pommes de terre; la production des vers à soie, qui à certains endroits donne quatre récoltes par année; de prodigieuses quantités d’oranges, de mandarines et de dattes; des feuilles de henné; des asperges qui atteignent en grosseur et en finesse les plus beaux produits de la métropole; de nombreux et très beaux échantillons de tabac; l’olive et l’huile d’olive, qui donnent lieu déjà à un très important commerce, et dont on devrait par tous les moyens favoriser l’accroissement; l’alfa, cette plante textile dont la culture ne demande aucuns soins, et qui couvre d’énormes étendues de pays; le chêne-liège, qui croit en quantités considérables, et qui donne des produits absolument supérieurs; des minerais très riches de plomb et de plomb argentifère; des figues en variétés innombrables et savoureuses; des câpres et des caroubes; de belles planches de thuya, des minerais de fer, du marbre d’un grain très fin et très varié, du coton, de l’eau de roses, etc.,etc.

Rue de la Kasbah
Rue de la Kasbah

Le pays qui possède de telles ressources ne peut pas être un pays pauvre; s’il l’est toutefois, ce n’est pas à lui-même mais à un vice d’organisation qu’il le doit.


A un autre point de vue, l’Exposition algérienne n’est ni moins intéressante ni moins curieuse. Nous louerons tout d’abord ses créateurs d’avoir séparé totalement la partie technique de ce qu’on est convenu d’appeler les « attractions ». De celles-ci, qui ne visent qu’au porte-monnaie des visiteurs, et qui, jusqu’à un certain point donneraient une idée fausse du pays et de ses coutumes, nous ne dirons pas grand’chose. Nous nous contenterons de citer la rue d’Alger, une rue de la Kasbah assez exactement reconstituée et le stéréorama mouvant, qui laisse avec beaucoup de puissance et de poésie l’illusion d’une manœuvre navale en vue du port d’Alger.

Les Restaurants algériens
Les Restaurants algériens

« Les palais qui contiennent l’Exposition algérienne sont l’œuvre de M. Ballu, un architecte du plus grand mérite. Le style du pavillon officiel est du plus pur arabe. La mosquée est la copie de celle de l’hôpital militaire d’Oran. La cour intérieure semble empruntée à l’immeuble affecté à Alger au Conseil général ; le dôme est celui de la mosquée de la place du Gouvernement. On a choisi ce modèle pour y renouveler, les jours de fête, les illuminations d’Alger, qui obtiennent toujours un si grand succès, non seulement aux yeux des étrangers, mais encore aux yeux des Algériens, qui ne se lassent pas de les admirer. » M. Ballu est également l’auteur de la section des « attractions ». C’est un jeune — du moins relativement. Il s’est spécialement signalé, dans ces dernières années, par la découverte et par la restauration des ruines de Timgad, l’ancienne Tamugadi, ensevelie aux confins du désert entre Batna et Lambesse. Un fort beau moulage en plâtre et des plans et dessins de la ville romaine ornent l’une des principales salles de l’Exposition algérienne.

En dehors des produits que nous avons énumérés, l’Exposition algérienne renferme en assez grand nombre des œuvres intéressantes, et qu’il est nécessaire d’avoir vues.

En premier lieu, les ruines de Timgad, dont nous venons de parler, et qui offrent un intérêt archéologique comparable à celui des fouilles de Pompéï; une très belle et très exacte reproduction du navire l’Oranais ; un plan en relief de l'Algérie entière, et, séparément, de chacun de ses ports principaux; les travaux d’élèves des écoles indigènes et des écoles industrielles, parmi lesquelles il convient de citer notamment l’école d’apprentissage de Dellys et le Cours d’apprentissage d’Oran ; un musée des antiquités algériennes, une très belle mosaïque murale ; des pièces archéologiques du musée de Cherchell, etc.

M. Allan<br />Délégué du département d'Oran
M. Allan
Délégué du département d'Oran
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M. Allan
Délégué du département d'Oran

Parmi les œuvres artistiques, disséminées dans l’Exposition, nous avons cru devoir noter : une Mauresque, de M. Paul Leroy; une Vieille Mauresque, de M. Ch. Cottet; un paysage de M. L.-A. Girardot; plusieurs toiles chaudement colorées de M. André Suréda et un buste de jeune Arabe de Laghouat, de M. Georges Loiseau Bailly. Ces œuvres sont d’une valeur réelle, et leurs auteurs ont en outre ce grand mérite de n’avoir rien sacrifié à la convention orientale.

Scheikh algérien
Scheikh algérien

Nos lecteurs trouveront, encadrés dans cet article, deux portraits : ce sont ceux de M. Monteils, délégué général de l’Algérie, et de M. Allan, délégué spécial du département d’Oran.

M. Monteils, chef de bureau au Gouvernement général de l’Algérie, est chargé de la direction du service des renseignements généraux algériens à Paris. Il est, à proprement parler, l’intermédiaire entre le Gouvernement général et les aspirants colons de la métropole qui désirent être renseignés sur les natures de cultures qui conviennent à l’Algérie, les conditions d’existence de ce pays, les formalités à remplir pour y obtenir des concessions, etc., etc.

Il est chargé, depuis dix ans, de la direction de la section algérienne à toutes les expositions. Il a ainsi présidé à celles de Bruxelles, d’Anvers, de Chicago, de Lyon, de Bordeaux.

C’est un homme d’une rare compétence, dont l’érudition égale la modestie.

M. Allan peut être considéré comme le doyen des journalistes algériens. C’est un homme d'une vive intelligence, d’un talent un peu rude mais très réel, et pour qui les questions algériennes ne conservent plus de secrets, depuis si longtemps qu’il les examine et les étudie sous toutes leurs faces, au cours d’articles quotidiens très remarqués. M. Allan est conseiller général et délégué au conseil supérieur dans le département d’Alger depuis de longues années; il est propriétaire de vignobles à Hammam-R’hira, et était par conséquent placé dans les meilleures conditions pour accepter le mandat de délégué à l’Exposition d’Algérie. M. Allan était rédacteur en chef d’un journal quotidien d’Oran lorsque ont eu lieu les élections spéciales, et a été l’objet d’un choix très légitime et d’autant plus flatteur que le distingué publiciste n’habitait pas depuis très longtemps la ville quand ses concitoyens ont voté sur son nom.

Pavillon officiel de l'Algérie
Pavillon officiel de l'Algérie

Nous regrettons que le défaut de place ne nous permette pas de publier également le portrait des deux collègues de notre sympathique confrère : M. de Galland,représentant le département d’Alger, et M. Bigonet, celui de Constantine.

M. de Galland est un Algérien de naissance. Il est directeur du petit lycée de Ben Aknoun, dans la banlieue d’Alger, et s’est fait mettre en disponibilité temporaire pour accomplir la tâche que ses amis ont imposée à son patriotisme. , M. Bigonet compte quarante ans d’Algérie. Tour à tour soldat et colon, il a été pendant de longues années maire de Bordj-bou-Arreridj, conseiller général, membre du conseil supérieur.

On voit qu’il était difficile aux exposants algériens de faire de meilleurs choix.

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