L'électricité à l'Exposition Universelle

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
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worldfairs
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L'électricité à l'Exposition Universelle

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 aout 1900"

Qu’on se rassure : sous ce titre, nous ne voulons pas nous lancer dans l’examen des dynamos à courants continus ou alternatifs, des moteurs synchrones ou asynchrones mono ou polyphasés; nous ne voulons pas davantage nous livrera l’étude de la télégraphie ou de la téléphonie avec ou sans fil, ni à celle de la traction électrique avec ou sans accumulateurs. Notre but est beaucoup plus modeste : c’est seulement d’indiquer à nos confrères, parmi les applications de l’électricité qui touchent de plus ou moins près è l’architecture, celles qui nous auront paru dignes d’attirer leur attention à des titres divers; tels sont, par exemple, l’éclairage et le chauffage électriques.

Eclairage électrique. — L’éclairage électrique se fait soit au moyen de lampes à arc voltaïque, soit au moyen de lampes à incandescence. Les premières sont divisées en deux classes : lampes avec régulateur et lampes sans régulateur.

Les lampes à régulateur sont essentiellement composées de deux crayons de charbon, placés, d’habitude verticalement l’un au-dessus de l’autre, au travers desquels on fait passer un courant électrique. Ces crayons, d’abord en contact, sont lentement éloignés de 5 à 10 ou 12 millimètres; à ce moment, « l’arc voltaïque » se produit dans l’intervalle laissé, tandis que l’extrémité des charbons (celle du charbon positif surtout) devient d’un blanc éblouissant. Les charbons s’usent peu à peu, et, si on les laissait en place, la lampe s’éteindrait par suite de l’augmentation de l’intervalle entre les charbons. C’est ici qu’intervient le régulateur qui a lait donner son nom à cette lampe; mais comme ce régulateur est formé de mécanismes plus ou moins délicats qui sortiraient de notre cadre, nous n’insisterons pas d’avantage.

Les lampes sans régulateur, que l’on appelle souvent bougies Jablochkoff, rentreraient mieux dans le cadre qui nous est imposé : les deux crayons, au lieu d'être bouté bout sur une môme ligne droite, sont placés cote à côte, parallèlement entre eux, à une distance de 3 ou 4 millimètres, cette distance étant comblée par une substance isolante fusible. Grâce à une traînée de charbon qui va d’une bougie à l’autre à leur partie supérieure, le courant passe, et la chaleur produite fait fondre l’isolant à mesure de l’usure des charbons. Mais ces bougies, qui ont généralement 0m,30 de longueur, ne durent guère que 2 heures, et il faut en rallumer d’autres automatiquement, pour que l’éclairage soit continu. De là encore des mécanismes dont nous ne saurions nous occuper ici.

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electriciteexposition-01.jpg (27.85 Kio) Vu 2404 fois

Les lampes à incandescence, quand elles sont en place et mises en communication avec un courant, n’ont plus besoin d’aucun mécanisme. C’est pour cela que nous nous étendrons un peu plus sur cette catégorie de lampes.

On sait en quoi elles consistent essentiellement : un filament, susceptible d’avoir une grande résistance électrique, est enfermé dans une ampoule de verre où l’on a fait le vide ; mis en relation avec un courant, le filament devient incandescent jusqu’au blanc éblouissant si ce courant est assez fort, donnant ainsi une lumière plus ou moins intense. Primitivement, on s’était servi de filaments de platine, métal dont le point de fusion est très élevé; mais on a dû y renoncer, parce que ce point de fusion n’est pas éloigné de la température d’incandescence, et un accroissement accidentel de l’intensité du courant pouvait le fondre.

Aujourd’hui, on n’emploie à peu près uniquement que des filaments de charbon, obtenus de façons très diverses, mais dont le principe de fabrication consiste dans la carbonisation, en vase clos, de fibres de cellulose naturelle ou artificielle. Tous ces procédés sont assez compliqués et délicats; nous ne nous attarderons pas à les décrire.

Nous ne dirons pas davantage comment les deux extrémités du filament charbonneux sont mises en relation avec les conducteurs métalliques du courant. Parfois une clef, placée sur la douille de la lampe même, éteint ou allume celle-ci, pareillement aux lampes à gaz. D’habitude on préfère, pour éteindre ou rallumer la lampe, se servir d’un commutateur placé, par exemple, sur le chambranle des portes d’entrée, ou dans un endroit de la pièce facilement accessible. Ici ce commutateur a uniquement pour mission de fermer ou d’ouvrir le circuit électrique, et il est facile d’imaginer comment on y arrive au moyen d’une simple clef.

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electriciteexposition-02.jpg (51.16 Kio) Vu 2404 fois

On demande aux lampes électriques de dépenser le moins d'électricité possible pour un même pouvoir éclairant, et aussi de durer le temps maximum. Les lampes placées dans une position inclinée auront une durée moindre, toutes choses égales d’ailleurs, que les lampes verticales, parce que, dans le premier cas, le fléchissement du filament sous son propre poids, tend à en amener la rupture. Mais, en général, on n’attend pas cette rupture, et l’on remplace les lampes quand leur lumière a baissé d’une manière sensible. Cet affaiblissement est dû à plusieurs causes : le noircissement de l’ampoule par la vapeur de carbone ; l’amincissement du filament; les rentrées d’air qui, favorisant le rayonnement, refroidissent le filament. La durée d’une lampe est naturellement liée à l’intensité de la lumière qu’on lui demande. Dans les circonstances moyennes, on peut estimer celle durée entre 200 et 300 heures.

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Pour augmenter l’intensité de la lumière sans accroître sensiblement le voltage dépensé, on remplace le filament (1) en fer à cheval, par le filament (2) ou (3) portant une ou deux boucles. Le filament (1) a l'inconvénient de donner peu de lumière relative, dans les parties de la pièce à éclairer se trouvant dans son plan ; les boucles des filaments (2) et (3) [corrigent partiellement ce défaut.

Un autre moyen d’augmenter la lumière, mais, cette fois, sans nulle dépense supplémentaire d’électricité, c’est de munir le fil incandescent de réflecteurs. Les uns, comme la Société de la glow lampe ou comme M. Grivel, ont argenté (fig. 1) la partie supérieure de l’ampoule; d’autres ont placé au-dessus ou à côté de l’ampoule elle-même, des réflecteurs de substances très diverses et de formes où l’imagination a pu se donner libre carrière.

Pour diminuer l’éclat aveuglant des lampes à incandescence, on les enveloppe de verre opale, dépoli, etc. Comme on reproche à ces entourages de réduire considérablement la lumière, la Société de la glow lampe emploie le «diffuseur t ci-dessous (fig. 2). La Société des verres holophanes emploie le diffuseur (fig. 3). Ces « verres holophanes sont formés d’enveloppes de cristal moulées, portant intérieurement et extérieurement un réseau de cannelures prismatiques ». Par ces enveloppes, on ne perdrait que 10 à 15% de lumière, tandis qu’avec les verres opales ou dépolis, la perte serait de 40 à 50%.

(A suivre.)

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worldfairs
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 1er septembre 1900"

Lampe Nernst.— On a vu que les filaments portés à l’incandescence par le courant, sont enfermés dans une ampoule de verre où l'on a fait le vide. Dans la lampe Nernst, qui figure dans la section allemande d’électricité, on s’est affranchi de cette sujétion : le filament brûle à l'air libre, et dure néanmoins de 200 à 300 heures, d’après l'inventeur. Ce filament, on s’en doute, n’est plus du charbon : il est formé d’un « mélange d’oxydes métalliques » dont l’un est la magnésie ; nous n’avons pas pu obtenir de renseignements sur la nature de l’autre ou des autres oxydes formant le mélange. Cependant, un ingénieur compétent en ces matières nous a assuré que le filament n’était que de la magnésie, tout simplement.

Ce filament ainsi constitué a le désavantage de ne pas admettre le passage du courant à la température ordinaire : pour le rendre condensateur, il faut chauffer préalablement, au moyen d’une allumette enflammée, par exemple. Au bout de quelques secondes, le courant passe, et dès lors l’incandescence dure aussi longtemps que le circuit est fermé.

C’est évidemment là un inconvénient considérable, car la première chose qu’on demande à une lampe électrique, c’est d’obtenir instantanément de la lumière en tournant un simple bouton. L’inventeur est parvenu à l’allumage automatique, en faisant chauffer le filament par un fil de platine que le courant a rendu incandescent, et en supprimant par un artifice ce dernier courant, au moment où le filament est parvenu lui-même à l’incandescence. C’est une petite complication ; mais la possibilité, pour cette lampe de fonctionner, à l'air libre, lui assure déjà un avantage considérable, surtout si, comme l’affirme l’inventeur, elle ne consomme que « 1,6 watts par bougie normale, c’est-à-dire la moitié de la puissance des meilleures lampes à incandescence à filament de charbon. »

Allumoirs électriques. — Le but de ces appareils est d’obtenir instantanément l’allumage d’une lampe à essence ou celui d’un bec de gaz. Cet allumage se fait en portant à l’incandescence un fil métallique en relation avec la mèche de la lampe ou en produisant une étincelle au travers du gaz. Une pile sèche ou humide, à défaut de prise de courant particulière, fournit le courant utile, et il suffit de fermer le circuit de la pile ou d’établir le courant de la prise, par des moyens aussi divers que faciles, pour obtenir l’allumage demandé. M. Neveur, par exemple, a fixé sur la pile humide même, sa petite lampe à essence, et il suffit de presser sur un bouton à ressort pour fermer le circuit et le rouvrir aussitôt par la cessation de la pression. M. Vigniard, lui, renferme dans une boîte deux éléments de piles sèches ou humides, fermées hermétiquement en même temps qu’une « bobine d’extra-courant »; la lampe est fixée au cadre de la boîte. Au moment où l’on enlève le capuchon qui recouvre la mèche, le courant s’établit et la bobine donne une étincelle d’extra-courant qui allume l'essence.

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Ces piles, sèches ou humides, tiennent de la place, et demandent à être surveillées. M. Devaux a eu l’idée de les supprimer totalement, en les remplaçant par un aimant permanent en forme de 1er à cheval, entre les branches duquel il a placé une bobine mobile : en tirant vivement sur une petite chaîne à anneau, la bobine, par un mécanisme facile, tourne rapidement sur elle-même dans le champ magnétique de l’aimant, elle fil dont elle est composée devient le siège d'un courant, qui est utilisé comme précédemment pour enflammer une lampe à essence.

Qu’on nous permette, en finissant ce sujet des allumoirs, d’en donner un où l’électricité no joue aucun rôle, mais qui nous a paru intéressant par sa simplicité même; il n’est, d’ailleurs, utilisable que pour les bec3 de gaz: à la partie supérieure du manchon qui entoure le bec, est fixée une petite bascule MN pouvant osciller autour d’un axe horizontal projeté en K sur le croquis. Cette bascule porte en A, au point haut d'un fil de fer courbé en forme de berceau, un petit morceau d’éponge de platine : avant l’allumage, cette éponge est à peu près dans l’axe du manchon (fig. 1); et quand le gaz est ouvert, l’éponge rougit et l’enflamme. Ace moment, on incline la bascule comme l’indique la figure 2, de manière à soustraire l’éponge de l’action du gaz. C’est la maison Schrœdter qui expose ce petit appareil, classe 74.

Nous nous étions proposé tout d’abord de donner quelques croquis des groupements de lampes à incandescence pour lustres, candélabres, torchères, etc. ; mais, en voyant de plus près la question, il nous a semblé que les fabricants de bronzes d’éclairage étaient plus intéressés à ces croquis que les purs électriciens, et nous y avons renoncé. Aussi bien n’a-t-on qu’à parcourir le premier étage de l’Exposition d’électricité, pour se rendre compte de la variété et parfois de l’élégance des objets servant de support aux lampes à incandescence. Parmi les nombreux exposants dignes de retenir l’attention, nous avons remarqué les maisons Lapointe, Motheau, Caumers. Celte dernière expose, entre autres choses, un lustre dont la couronne extérieure de lampes peut s’élever ou s’abaisser selon qu’on a intérêt à éclairer le haut ou le bas de la pièce où il est suspendu. Les quatre lampes constituant cette couronne sont portées par des tiges de bronze à articulation qui permettent un mouvement de bascule du haut en bas ou de bas en haut, tandis que le fil amenant le courant est flottant dans le second cas et tendu dans le premier.

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 15 septembre 1900"

Chauffage électrique. — Le chauffage électrique est utilisé soit à élever la température des liquides ou des solides pour usages domestiques ou autres, soit à élever la température de l’air d’une pièce à la mode des cheminées, des poêles, etc. Le chauffage des liquides ou des solides ne rentre guère dans notre cadre; cependant on ne nous en voudra pas de dire un simple mot de la cuisine électrique installée au Pavillon d’Espagne (restaurant La Feria). Elle fonctionne, parait-il, depuis fin avril dernier, fournissant plusieurs centaines de repas quotidiens, ce qui tendrait à démontrer qu’elle est d’un usage parfaitement pratique, pour le fonctionnement tout au moins ; quant au prix, nous trouvons dans l'Industrie électrique, que le coût moyen d’un repas ressort à 0 fr. 25, bien que, ajoute ce journal, on fasse payer, dans l’Exposition, 0 fr. 50 le kilowatt-heure, nu lieu do 0 fr. 30 exigé d’un abonné de la Ville.

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Le chauffage électrique do l’air peut être divisé on doux classes, suivant que l’appareil est lumineux ou qu’il est obscur. Dans le premier cas, on groupe un certain nombre de véritables lampes à incandescence, à filaments appropriés, et de dimensions d’ordinaire plus fortes; le verre de l’ampoule est opalin, de manière à diminuer l’éclat de la lampe. Les supports de ces groupes d'ampoules peuvent avoir les formes les plus diverses, et les constructeurs, en effet, ont donné libre carrière à leur imagination.Ce chauffage « lumineux » est agréable; mais le rendement en est forcément moindre : les radiations électriques contenant à la fois des radiations lumineuses et des radiations calorifiques, si, à égalité de dépense électrique, les premières augmentent, les secondes diminuent, et inversement. De plus, le verre opalin de l’ampoule joue le rôle d’un écran autant pour la chaleur que pour la lumière.

Le chauffage « obscur » s’obtient en portant au rouge, par le courant, des crayons de substances diverses laissés à l’air libre, ou entourés de verre transparent pour éviter les brûlures.

Les « crayons » de M. Parvillée sont formés d’une poudre métallique mélangée à des corps non conducteurs d’électricité, et dont la résistance électrique dépend de la proportion relative des deux substances en même temps que de la pression qui a servi à les agglomérer. D’après le constructeur, ces t résistances t peuvent absorber « 165.000 watts par kilo de matière et dégager 14.000 grandes calories. »

M. Le Roy emploie des crayons de « silicienne agglomérée » de dimensions constantes : 100m/m X 10m/m X 3m/m, lesquels sont susceptibles d’une résistance depuis 0 ohm 1 jusqu’à 100 ohms. Us sont « métallisés » à leur extrémité afin de faciliter le passage du courant.

Les appareils de chauffage obscur sont aussi variés, comme forme, que ceux de chauffage lumineux. Souvent les crayons électriques sont fixés à un cadre rectangulaire, circulaire ou de toute autre forme suivant le caprice du constructeur; une poignée permet de transporter l’appareil en tel ou tel point de la pièce que l'on veut plus spécialement chauffer. D’autres fois, de véritables grilles de crayons, dont nous donnons ci-dessus un spécimen, d’après M. Le Roy, sont introduites dans des poêles fixes ou mobiles, où ces grilles tiennent lieu de foyer habituel. On obtient ainsi ce que les constructeurs appellent improprement des « calorifères » électriques, dont tous vantent les qualités hygiéniques. Il est certain, en effet, que par ce mode de chauffage, on n’a plus à craindre d’oxyde de carbone ou même d’acide carbonique. La propreté, la commodité, l’utilisation calorique immédiate, sont aussi désavantagés bien appréciables. Mais il faut ajouter que ces appareils laissés dans une pièce ne fournissent aucune ventilation, et qu’à la longue, l’air de cette pièce close finirait par être irrespirable; ils sont en ceci inférieurs aux poêles ou aux cheminées ordinaires, qui, par l’air consumé au foyer, assurent le renouvellement plus ou moins prompt de l’air.

Un dernier élément de comparaison entre les foyers électriques et les foyers ordinaires serait le coût de la calorie. Mais nous n’avons pu obtenir que des à peu près de la part des constructeurs. Il est à croire, comme ils l’affirment du reste, que dans les localités où l’électricité peut être obtenue à bon marché, le chauffage électrique ne sera pas plus dispendieux que le chauffage au bois ou au charbon. On peut même espérer, assure-t-on, qu’on arrivera par l’électricité à un chauffage plus économique.

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