L'inauguration de l'Exposition

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worldfairs
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L'inauguration de l'Exposition

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 avril 1889"

A LA VEILLE DE L’INAUGURATION

Ces jours derniers encore, une sereine activité régnait au Champ-de-Mars tout comme à l’esplanade des Invalides. Ici quelques sergents de ville appuyés aux barrières contemplaient paisiblement les premiers bourgeons ; les équipes de bruns annamites, entourées de maçons blanchis, ébauchaient une pantomime internationale qui ne semblait guère avoir pour objet les secrets du métier, mais qui initiait nos Limousins aux pacifiques plaisirs d’une pipe d’opium; rarement on rencontrait quelques charpentiers à l’ouvrage. Là bas les exposants déjeunaient dans les restaurants, brasseries et cafés, jusqu’aux heures les plus avancées de la journée ; quelques trains séjournaient abandonnés au milieu des futurs jardins du Champ-de-Mars; de loin en loin, on rencontrait quelques peintres qui méditaient longuement sur les colorations qu’ils se proposaient de donner, un jour ou l’autre, aux plinthes et aux cimaises qui les attendaient ; dans les airs quelques doreurs faisaient voltiger au vent des parcelles de métal, tout en causant d’un échafaudage à l’autre. Rien ne pressait.

Transformation complète aujourd’hui. La prochaine inauguration a galvanisé cette apparente somnolence. Les derniers trains circulent en tous sens, promenant leurs panaches de fumée ; derrière eux les terrassiers enlèvent les traverses et les rails, comblent les tranchées, nivellent les remblais qui bouleversaient les jardins ; dans les galeries on décharge à la hâte les plates-formes, on établit les derniers planchers ; les sculpteurs, les peintres, les céramistes attardés, accrochés aux façades, se dépêchent à rattraper le temps perdu ; les frises, les couronnements s’achèvent à vue d’œil. On ajuste les tronçons épars de la fontaine que l’on bronze tout en les mettant en place ; à travers une forêt d’échafaudages qu’on démonte sous leurs pieds les décorateurs montent, descendent, mettent la dernière main aux coupoles. Les colis roulent au milieu de ce dédale ; les menuisiers se hâtent de dresser les boutiques qu’on apporte tout achevées; dans les galeries des machines, les marteaux-pilons se dressent pêle-mêle avec les machines à coudre, les trains de matériel, les presses à imprimer, les métiers à tisser, les piqueuses de bottines et les raboteuses.

A l’entour du palais, la foule curieuse déjà s’engouffre dans les avenues encombrées de chanteurs ambulants, de cabarets en plein air, de restaurants improvisés, de panoramas historiques ou géographiques; des détachements de soldats sénégaliens, égyptiens, arabes, cambodgiens traversent la cohue, d’un pas militaire, sous la conduite d’officiers de toutes les couleurs.

Enfin le moment est venu où l’on sent que quelque chose de grand et d’inusité se prépare. Malgré la malveillance étrangère, malgré plus d’une lourde maladresse commise à l’intérieur, malgré les inquiétudes persistantes de l’heure actuelle, à force de volonté, de persévérance, de confiance acharnée en l’avenir, on devine qu’une œuvre digne d’un peuple, grand encore malgré ses revers et ses fautes est enfin accomplie. Seule peut-être au monde, la France, menacée de tous côtés au dehors, tout ébranlée encore au dedans, en un temps qui ramène, plus violentes que jamais, les compétitions brutales eu même temps que le règne de la force grossière, devant un lendemain incertain, seule la France pouvait penser à donner une fois encore le spectacle vraiment grand de ces fêtes où elle convie l’univers entier.

Il y faut un grain de folie généreuse et d’indestructible confiance en ses destinées qu’on ne rencontrerait nulle part ailleurs. Ces élans courageux et cette hauteur de sentiments qui apparaissent chez nous, par moments, au-dessus des petitesses journalières, devraient nous faire pardonner, auprès des autres nations, bien des erreurs commises.

L’étranger ne se plaindra pas qu’on n’ait cherché cette fois à parer du mieux possible la fête qu’on lui prépare et qu’on lui offre. Aujourd’hui on peut juger de l’aspect définitif que présentera notre Exposition, aspect qui a singulièrement changé et a considérablement gagné depuis quelques jours. Maintenant que les carcasses éparses ont reçu leur revêtement bigarré, richement colorié, que les bâtiments attardés se sont achevés d’un coup de baguette, et, de tous côtés, apparaissent pimpants, vernis, étincelants, sous leurs architectures mexicaines, arabes, indiennes, péruviennes, tonkinoises, chiliennes, cambodgiennes; maintenant qu’on sort d’un Téocalli pour entrer dans un théâtre en plein vent, d’un concert tunisien pour passer à une exposition industrielle, d’un pavillon des arts à une rue du Caire, d’un panorama transatlantique à une vue du Tout-Paris parisien ; maintenant qu’on nous annonce l’arrivée de jeunes Tunisiennes, de Hollandaises, d’Annamites, de Suédoises et autres pour peupler ces innombrables pavillons, depuis les Troglodytes de M. Garnier, ses habitations gothiques et de la Renaissance jusqu’aux vastes bâtiments des colonies, maintenant on peut assurer que l’Exposition ne manquera pas de variété, d’animation, de vie et de gaîté. Grâces en soient rendues aux dieux qui président aux destinées des expositions !

A peine nous reste-t-il, avant l’ouverture, quelques jours pour retracer ici le programme de la fête, et rajuster dans un ensemble complet les descriptions partiellement données, au fur et à mesure, des fragments de ce tableau. Pour cela nous ne saurions mieux faire que de présenter à nos lecteurs les principaux passages de l'excellent et très intéressant rapport que vient de lire M. Charton l’un des ingénieurs en chef qui ont pris une part méritante à l’exécution.

Après bien des remaniements causés par les hésitations, les atermoiements, les défiances mêmes des nations étrangères, jusqu’au moment où l’entraînement définitif a levé tous les obstacles, voici le programme définitif.

GRANDES DIVISIONS DE L’EXPOSITION

L’Exposition se divise en quatre parties principales :
— Le Champ de Mars, comprenant la section des Beaux-Arts et celle des Arts Libéraux, la section des produits divers et la section des machines ;
— Le Trocadéro, comprenant principalement l’exposition d’horticulture ;
— Le quai d’Orsay, de l’avenue de La Bourdonnais à l’Esplanade des Invalides, comprenant la section des produits et appareils agricoles, ainsi que la section des produits alimentaires ;
— Et l’Esplanade des Invalides, comprenant les expositions des Ministères et les expositions des Colonies françaises et des pays de protectorat.

Au milieu, pour ainsi dire, de ce vaste emplacement constitué par ces quatre grandes divisions, présentant, sans comprendre la partie occupée sur les berges de la Seine, une surface totale de 70 hectares, supérieure de 20 hectares à celle de l’Exposition de 1878, s’élève, à l'entrée du Champ de Mars, dans l’axe du pont d'Iéna, la Tour de 300 mètres.

LA TOUR EIFFEL

Son exécution a marché avec une précision mathématique; tout a été si bien prévu et calculé, qu’aucun mécompte ne s'est produit. Les 7,300 tonnes de fer se sont réunies, assemblées et élevées comme par enchantement.

Sous peu, les ascenseurs fonctionneront : 2,350 personnes pourront monter par heure au premier et au deuxième étage, et 750 personnes au sommet; la durée totale de l’ascension sera de sept minutes environ.

En comprenant les escaliers, il sera possible de permettre la visite de la tour à 5,000 personnes par heure.

C’est beaucoup, et cependant il y a presque certitude que ce seront plutôt les moyens d’ascension qui feront défaut que les visiteurs mêmes.

CHEMIN DE FER INTERIEUR

En outre, pour se rendre facilement et rapidement dans une des parties de l’Exposition, on a créé un chemin de fer intérieur.

C’est un chemin de fer à double voie, de 0m60 de largeur chacune, système Decauville ; il a son point de départ à la porte d’entrée principale de l’Esplanade des Invalides, suit tout le quai d’Orsay entre deux rangées d’arbres qui, par leur feuillage, formeront un véritable et long bosquet sous lequel circuleront les trains ; il passe en tunnel sons le carrefour de l’avenue Rapp et de l’avenue Bosquet, croise l’avenue de La Bourdonnais, s’engage dans la tranchée qui limite le Champ de Mars en avant de la Tour, et tourne ensuite pour longer l’avenue de Suffren, jusque près de l’École Militaire où se trouve la station terminus.

Il comporte trois stations intermédiaires; celles de l’agriculture, du palais des produits alimentaires et celle de la Tour Eiffel.

A partir de neuf heures du matin jusqu’à onze heures du soir, les trains circuleront, en semaine, de dix minutes en dix minutes, et, les dimanches et jours de fêtes, de cinq en cinq minutes.

Comme l’une des principales entrées de l’Exposition — lapins proche du centre de Paris — est celle de l’Esplanade des Invalides, située à 260 mètres seulement du pont de la Concorde, la foule des visiteurs se portera en grande partie de ce côté, et de là, par le chemin de fer, pourra se rendre rapidement soit au Champ de Mars, soit an Trocadéro.


HISTOIRE DE L’HABITATION.

En avant de la Tour, de chaque côté du pont d’Iéna et parallèlement au quai, depuis l’avenue de La Bourdonnais jusqu’à l’avenue de Suffren, se trouve l’histoire de l’habitation faite de main de maître par M. Charles Garnier, architecte-conseil de l’Exposition ; c’est une série d’habitations rappelant les phases principales de la construction depuis les temps les plus primitifs jusqu’à nos jours ; chacune habitée et garnie à l’intérieur des types de mobilier de son époque, sauf toutefois, et pour cause, pour les habitations de l’époque préhistorique !

Après les abris sous roches, les troglodytes, les cabanes de l’époque du renne, de la pierre polie, de l'âge du bronze et de l’époque du fer, les habitations lacustres, viennent ;

L’habitation égyptienne occupée par des Egyptiens qui vendront au public de nombreuses curiosités provenant des fouilles pour le musée de Boulac ; il est même question d’y exposer deux momies royales... authentiques;

Les constructions de l’Assyrie, de la Phénicie, des Hébreux ; dans cette dernière, il y aura une collection d’autiquités hébraïques disposées dans un intérieur des plus pittoresques ;

La maison étrusque, hôtellerie antique, meublée dans le caractère du temps, avec ses lits, tables, tabourets, vases, amphores, etc. L’hôtelier sera autorisé à donner une nourriture moins étrusque que son mobilier ;

L’habitation indoue meublée avec les produits si riches et si variés de l’Inde, particulièrement avec ceux de Cachemire ;

La maison persane, reproduction très fidèle des constructions les plus anciennes de la Perse, devant laquelle il y aura un café persan avec ses musiciens et ses chanteurs authentiques;

La maison grecque, qui, au point de vue archéologique, est peut-être la plus remarquable de l’histoire de l’habitation ;

La maison romaine, dans laquelle sera installée une verrerie avec ses souffleurs en costume ;

La maison Scandinave, intérieur de pêcheurs de Norvège, qui ont déjà expédié leur bateau dont la forme diffère peu de celle des bateaux Scandinaves que virent, il y a plusieurs siècles, les habitants de l’Ile-de-France ;

La maison moyen âge dans laquelle sera le salon d’honneur de M. le Président de la République.

Ensuite :
La construction byzantine, très originale par son style, contiendra de très intéressantes collections de produits de la Slavonie et une exposition des Slaves du Sud, installée dans un intérieur semblable à ceux que l’on admirait à l'Exposition de Pesth en 1885 ;

Le petit pavillon slave dans lequel sera installée une distillerie d’essence de roses de la célèbre vallée de Késanlik ;

Le pavillon de la Bulgarie habité par des paysans bulgares ;

Le pavillon russe, habité aussi par des paysans qui fabriqueront sous les yeux du public ces objets en bois si répandus en Russie.

Enfin les pavillons du Soudan, de la Chine et du Japon, le premier contenant des collections provenant du Congo ; les deux autres représentants des intérieurs chinois et japonais d’une parfaite exactitude.

Chaque habitation sera entourée de jardins en rapport avec son caractère et ne comportant que des plantes originaires du pays. L’esprit inventif de M. Laforcade, le collaborateur de M. Alphand, pour tout ce qui concerne les parcs et jardins, a réalisé des merveilles.

Les premiers abris humains sont au milieu d’une nature sauvage : quelques ronces, aloës, yucca, poussent seulement dans les fissures et crevasses des rochers. Près des constructions de l’Assyrie, de la Phénicie et des Hébreux, s’élèvent des saules de Babylone, des arbres de Judée et des cèdres du Liban.

Au milieu de la plaine aride où se trouvent les Pélasges et les Etrusques, poussent des tamaris et virgiliers.

Près des habitations gauloises, le superbe chêne.

L’habitation grecque est entourée de lauriers d’Apollon.

Puis, la construction italienne avec ses myrthes, ses grenadiers, ses orangers et mimosas ; le pavillon de la Renaissance avec ses murailles tapissées de roses, capucines, clématites et chèvrefeuilles odorants ; la Chine avec son jardin aux allées multiples et contournées, planté de chamœrops, de bambous, de thés, d’azalées, etc.; le pavillon japonais au milieu des aucubas, des fusains, des hortensias, cydonias et d’autres arbustes aux fleurs éclatantes ; les constructions de l’Amérique, Incas et Astèques, avec leur datura arborescent, leurs soleils, leurs héliotropes et aloës.


PARC ET JARDINS

Après avoir jeté un coup d’œil sur ces nombreuses constructions qui demanderont plusieurs journées pour être toutes connues, dans leurs détails, il me reste à vous parler, en ce qui concerne le Champ de Mars, du parc, de l’éclairage électrique et des autres principales constructions établies sur la berge de la rive gauche de la Seine.

Le parc comprend deux parties : le jardin central, qui, en contre-bas des terrasses des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, a une étendue d’environ 5 hectares, et le jardin haut, d’une surface de plus de 3 hectares, comprenant les deux pavillons de la Ville de Paris, et qui occupe tout l’espace compris entre les trois façades des expositions diverses.

Le jardinier en chef de la Ville de Paris a fait transporter dans le Champ de Mars plus de quatre cents variétés d’arbres forestiers et d’ornement, et environ sept cents variétés d’arbustes, à feuilles caduques ou persistantes.

Tout le long des terrasses seront rangés de magnifiques palmiers exposés par MM. Besson frères, de Nice.

Dans le parc se trouveront les essences les plus rares et les plus variées, et tout est combiné de façon que pendant toute la durée de l'Exposition on ait des fleurs à profusion.

J’ajouterai que des vélums aux riches couleurs seront installés au-dessus des allées principales situées à droite et à gauche des tapis de verdure de 40 mètres de largeur qui entourent les fontaines et les bassins.

Les visiteurs pourront ainsi, à l’abri des rayons du soleil, traverser dans toute sa longueur le parc, qui, lui aussi, sera une des merveilles de notre exposition.


ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE

La science électrique qui, depuis 1878, a progressé à pas de géant, doit naturellement jouer un grand rôle dans notre grande Exposition.
Les portes de l’Exposition resteront ouvertes le soir, et les parties qui seront éclairées à la lumière électrique seront :
1° Le palais des machines;
2° La galerie qui conduit du parc à ce palais ;
3° Les terrasses des galeries des expositions diverses et celles des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux ;
4° Le palais des produits alimentaires dont nous parlerons plus loin ;
5° Le parc et les fontaines.

La surface totale sera de 300,000 mètres carrés, et il y aura au moins 1,150 lampes à arc, et 10,000 lampes à incandescence représentant en tout plus de 180,000 becs Carcel.

Dans la grande nef du palais des machines il y aura 86 lampes à arc de 25 ampères, et 6 lampes de 60 ampères suspendues aux grandes fermes de 115 mètres; dans les galeries annexes, 188 foyers et 730 lampes à incandescence réparties aux abords des escaliers donnant accès au premier étage de ces galeries.

En tout, on peut estimer à 90,000 becs Carcel la quantité de lumière qui sera répandue dans le Palais des machines, ce qui, pour la surface entière, représente près de 1 bec Carcel par mètre carré.

On comprend par ces chiffres l’aspect féerique que présentera, sous ces flots de lumière, cette gigantesque galerie en pleine activité de travail.

Le jardin central, avec ses pelouses et ses massifs d’arbres,'les escaliers et balustrades placés devant les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux, ainsi que les façades de ces deux palais seront brillamment éclairés par 120 foyers de 100 Carcel et plus de 6,000 lampes à incandescence de 10 bougies.


FONTAINES LUMINEUSES

Mais ce qui, incontestablement, aura le plus d’originalité et de succès, ce seront les fontaines lumineuses.
La fontaine monumentale, l’œuvre de M. Contan, qui occupe le centre du parc, représente «. la France environnée de la Science, de l’Industrie, de l’Agriculture, de l’Art, éclairant le monde de son flambeau ». Du motif central, 4 jets d’eau à grand débit ; autour, 8 groupes avec 10 jets jaillissant de cornes d’abondance ; la masse d’eau retombe en cascade dans une rivière d’où partent, près de chaque rive, d’autres jets, et aboutit dans un grand bassin comportant 17 groupes de jets d’eau.

Toutes ces gerbes projetant environ 500 litres d’eau par seconde, seront illuminées de couleurs différentes par la lumière électrique. Ce seront de véritables pluies d’or, d’argent et d’émeraude qui se refléteront dans les cascades et les eaux des bassins.

Ces effets lumineux sont obtenus de la manière suivante :
Au-dessous de chaque bassin existent des chambres souterraines circulaires, solidement construites en béton Coignet; leur plafond s’ouvre pour donner passage à une série de cheminées verticales placées chacune au-dessous des gerbes d’eau, se terminant par nue glace formant en ce point le fond môme du bassin.

Dans chaque chambre est installée une lampe à arc électrique à grande intensité dont toute la lumière est envoyée horizontalement par un réflecteur parabolique sous la cheminée de la chambre; là, un miroir incliné à 45° renvoie verticalement de bas en haut, le faisceau lumineux qui, après avoir traversé une lame colorée et la glace qui termine la cheminée, vient illuminer toute la gerbe d’eau, en rouge, vert, bleu, etc., suivant que la lame colorée que l’on a glissée est rouge, verte ou bleue, etc.

On obtient ainsi des effets tout à fait magiques et il se passe un phénomène intéressant à constater, c’est que l’eau en mouvement absorbe complètement la lumière électrique et il n’y a, par suite, que les jets et les gouttelettes d’eau qui tombent qui soient colorés.

Chaque lampe à arc destinée à l’illumination des jets d’eau sera de 500 à 1,000 becs Carcel.

Pour arriver à éclairer les jets paraboliques qui s’échappent des cornes d’abondance, il a fallu disposer plusieurs miroirs, de façon que la lumière électrique suive la trajectoire de l’eau ; dans ce cas, l’eau passe entre deux tuyaux concentriques, et c’est dans l’intérieur du plus petit que la lumière électrique est projetée.

De telles fontaines lumineuses ont déjà été exécutées avec succès en Angleterre, à Glascow et à Londres, et aussi en Espagne, à Barcelone; mais celles de l’Exposition de 1889, installées sous l’habile direction de M. Bechmann, ingénieur en chef du service des eaux de la Ville de Paris, et par la maison anglaise Gallovay, auront, par suite de nombreux perfectionnements apportés par la masse d’eau mise en mouvement, et l’intensité de la lumière, une importance tout à fait exceptionnelle.

La grande fontaine placée sous la tour Eiffel, érigée et sculptée par M. de Saint-Vidal, sera éclairée par quatre lampes à arc de 350 becs Carcel chacune.

Tout cet éclairage du Champ de Mars sera assuré par trois groupes de stations centrales, offrant un ensemble complet des divers systèmes de distribution de force électrique : le premier dans le jardin d’isolement (côté de l’avenue de La Bourdonnais), compris entre le palais des machines et les expositions diverses; le deuxième sur la berge de la Seine en aval du pont d’Iéna, et le troisième le long de l'avenue de La Bourdonnais, à côté du pavillon de la Presse.


Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 4 mai 1889"

A LA VEILLE DE L’INAUGURATION (suite)


PALAIS DES BEAUX-ARTS ET DES ARTS LIBERAUX. — EXPOSITIONS DIVERSES. — PALAIS DES MACHINES.

En regardant le Champ de Mars, de la Tour, on a : à gauche le palais des Beaux-Arts, à droite celui des Arts libéraux, deux palais de construction d’ensemble identique, dont les fermes ont 50 mètres de portée et ayant chacun 235 mètres de longueur sur 80 mètres de largeur.

Au milieu de chacun d’eux s’élève une coupole de 54 mètres de hauteur, rappelant quelque peu les coupoles des Persans, émaillées de tons blancs, bleu turquoise, jaune et or.

Les entrées d’honneur placées au centre donnant sur le parc se composent de trois arcades plein-cintre. Chaque arcade est entourée d’archivoltes en terre cuite et de médaillons à fond d’émail dans les tympans; les piédroits sont ornés du côté des Beaux-Arts par des arabesques oh brille encore la palette du faïencier, et du côté des Arts libéraux, de trophées eu terre cuite qui montrent, par leurs dimensions et les difficultés vaincues, tous h s progrès faits de nos jours dans l’art « de la terre ».

L’ordonnance des palais se poursuit à droite et à gauche avec une décoration formée d’une triple ceinture de terre cuite, comprenant une balustrade au premier étage, une frise à fond d'or sous la corniche, et une seconde balustrade à hauteur du comble. Chaque pilier en fer est revêtu de panneaux en terre cuite; un grand écusson émaillé lui sert de chapiteau et son couronnement en fonte sert de base aux mâts qui, sous peu de jours, seront ornés de bannières aux couleurs de France, alternant avec les couleurs étrangères dont l’ensemble rappellera le caractère international de l’Exposition.

Les palais se terminent du côté de la Seine par des pavillons surmontés chacun d’une coupole sur plan carré dont les colorations rappellent la partie centrale.
De l’autre côté, à la suite de chacun des palais, deux grands vestibules : le vestibule de l'avenue Rapp et le vestibule Desaix.

Après, s’étendant en fer à cheval, la construction des Expositions diverses qui occupe à elle seule une surface de 107,985 mètres carrés.

Cette construction se compose d’un vaste ensemble de galeries ayant pour grand motif central d’entrée dans l’axe du Champ de Mars, un dôme monumental de 60 mètres de hauteur, dont l’ossature métallique, en grande partie apparente, est complétée par des sculptures allégoriques et par des décorations artistement colorées.

De la Tour, formant avec ses grands arceaux la plus grande entrée triomphale qu’il était possible d’imaginer, on voit se découper en face ce dôme central, et de chaque côté les dômes des palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux où ils s’encadrent merveilleusement. Il y a là un effet d’ensemble imposant, et, au grand étonnement de beaucoup de personnes des plus compétentes, la Tour n’écrase rien, chaque monument conserve son échelle, tout se tient et s’harmonise admirablement.

A droite et à gauche du dôme central des expositions diverses, des galeries à jour entourent le parc, sous lesquelles sont installés des cafés et restaurants, avec un promenoir en avant formant un portique surmonté d’une grande frise du plus gracieux effet, brillamment décorée d’écussons et d’inscriptions.

En arrière du dôme, une galerie de 30 mètres de largeur, traversant en quelque sorte les galeries des expositions diverses, aboutit, par un grand vestibule, au palais des Machines.

Ce palais, avec ses galeries annexes, a 420 mètres de longueur et 145 mètres de largeur ; il est parallèle à l'Ecole militaire et occupe toute la dernière partie du Champ de Mars.

Ce palais devait être, à l’origine, sur toute sa longueur, isolé des expositions diverses par un jardin d’une trentaine de mètres de largeur; je ne sais s’il a eu le don attractif, mais en dernier lieu, les exposants du groupe VI sont venus si nombreux qu’ils ont demandé une surface plus que double de celle que l’on pouvait mettre à leur disposition. Pour tâcher de donner satisfaction dans la mesure du possible, il a fallu sacrifier toute la partie du jardin d’isolement comprise entre la galerie de 30 mètres et l’avenue de Suffren, et faire une nouvelle galerie spécialement destinée à la classe 61 (matériel des chemins de fer).
Dans le palais des Beaux-Arts, l’art français occupe toute la partie comprise entre le dôme et l’extrémité, côté de la Seine ; toute l’autre moitié, ainsi qu’une partie du vestibule Rapp, est destinée aux œuvres des artistes étrangers.

Dans le palais des Arts libéraux sont toutes les expositions qui correspondent au groupe II : éducation, enseignement, matériel et procédés des arts libéraux.

La partie centrale est occupée par l’exposition rétrospective du travail et des sciences anthropologiques, qui se divise en quatre sections : celles de l’anthropologie et de l’ethnographie installées dans la première partie du palais, côté du vestibule Desaix, et celles des Arts et Métiers et des moyens de transport dans l’autre moitié.

Je ne saurais vous citer toutes les curiosités que comportera cette exposition rétrospective du travail : il y aura une fabrication d’émaux cloisonnés de Chine; il y aura des reconstitutions d’observatoires chinois et hindou, des anciens cabinets de physique, de chimie et d’alchimie, et notamment du laboratoire de Lavoisier. L’exposition sera des plus complètes et des plus intéressantes.

Sous le dôme, il y aura, entre autres choses, l’exposition des théâtres comprenant une série de maquettes, de décors, de costumes et de masques.

Au rez-de-chaussée de la galerie, côté Seine, l’enseignement professionnel ; à l’étage, la papeterie et la reliure.

Au rez-de-chaussée de la galerie longitudinale, côté avenue de Suffren, dans la première partie du palais, les instruments de précision, la médecine, la chirurgie ; au-dessus, l’imprimerie, la librairie et le dessin. Dans la seconde partie, au rez-de-chaussée de cette même galerie, les expositions de la Suisse, de la Belgique et des Pays-Bas, se rapportent aux arts libéraux ; au-dessus, à l’étage, la photographie.

Sur l’autre galerie parallèle se trouvent des restaurants et cafés donnant sur le parc et, à l’étage, tout ce qui se rapporte à l’enseignement primaire, secondaire et supérieur.

Le vestibule Desaix contiendra dans sa partie centrale les instruments de musique.

Pour les expositions diverses, on a conservé la classification des classes par groupes, et chaque classe a été placée dans une seule et même galerie, ce qui facilite beaucoup les recherches des visiteurs.

Le groupe III, afférent au mobilier et accessoires, se trouve renfermé dans la presque totalité du côté droit du palais des Expositions diverses, c’est-à-dire du côté avenue de Suffren.

Le groupe IV « tissus, vêtements et accessoires » et le groupe V « industries extractives, produits bruts et ouvrés » ainsi que la classe 60 (carrosserie et charronnage) occupent tout l’autre côté du palais, côté avenue La Bourdonnais.

Le palais des Machines n’a pu contenir, malgré sa surface considérable, les dix-neuf classes qui font partie du groupe VI : « outillage et procédés des industries mécaniques » ; cinq ont dû être installées dans d’autres constructions : la classe 60 dont je viens de parler, la classe 49 (agriculture), la classe 64 (hygiène et assistance publique), la classe 65 (matériel de navigation et de sauvetage) et la classe 66 (matériel et procédés de l’art militaire) .

La surface totale mise à la disposition des différentes sections étrangères est supérieure à celle qu’elles occupaient à l’Exposition de 1878.

Dans l’enceinte même des divers palais elle est de 88,000 mètres carrés, et pour satisfaire aux nombreuses demandes il a fallu autoriser plusieurs nations à construire dans les jardins des pavillons spéciaux. L’exposition des Etats-Unis, entre autres, occupe à elle seule une surface de plus de 8,000 mètres carrés dont près du tiers sera occupé spécialement par celle du célèbre inventeur Edison qui s’annonce comme devant être remarquable et pleine de surprises.


INSTALLATIONS MÉCANIQUES

A l’Exposition de 1855, la première où il fut donné de voir des machines en mouvement, la force motrice était de 350 chevaux; à l’Exposition de 1867, elle était de 635 chevaux; à l’Exposition de 1878, de 2,500, et à l’Exposition de 1889, la puissance que les machines seront susceptibles de développer sera d’environ 5,500 chevaux-vapeur.

Quatre lignes d’arbres de transmission règnent d’un bout à l’autre de la grande nef du Palais des machines, et ces quatre lignes d’arbres formant deux groupes, sont supportées par des chaises pendantes en tonte fixées à des poutres en treillis qui relient les supports.

Sur ces poutres en treillis circulent, mus par l’électricité, deux ponts roulants qui contribuent au service de la manutention et qui, pendant la durée de l’Exposition, serviront au transport des visiteurs. C’est là une application ingénieuse de la transmission de la force à distance qui ne manquera pas certainement d’avoir un grand succès auprès des nombreux visiteurs, qui pourront ainsi, sans fatigue, planant au-dessus de toutes les machines, se rendre d’une extrémité à l'autre de ce palais immense, dont il faut souhaiter ardemment la conservation après l’Exposition.


CONSTRUCTIONS SITUEES DANS LE JARDIN A DROITE DE LA TOUR.

Si, après avoir parcouru l’histoire de l’habitation, on entre dans le jardin situé entre la Tour et l’avenue de Suffren, on voit entre autres constructions :
Le bâtiment de la Compagnie de Suez ;
Le pavillon du Brésil auquel est annexée une magnifique serre pour l’exposition des plantes de l’Amérique du Sud ;
Le pavillon de la République Argentine ;
Le bâtiment mexicain dont toute la construction, après l’Exposition, sera transportée au Mexique et dans laquelle doit être installé un musée archéologique.

Le portique d’entrée a pour couronnement le symbole du Soleil présidant à la création de Cipactli représentant la force fertilisante de la Terre. — Dans les deux pavillons situés à droite et à gauche des groupes mythologiques et de nombreuses sculptures rappelant l’ancienne histoire mexicaine. Les Mexicains ont commencé par faire chez eux une exposition nationale, et ont choisi tout ce qu’il y avait de pins remarquable dans cette exposition pour l’envoyer à Paris. Ils ont dépensé plus d’un million rien que pour leur bâtiment de l’Exposition, et, détail intéressant à noter, ils ont mis au concours une cantate glorifiant un des grands faits de la France, et ils ont voulu que ce concours eût lieu au théâtre de Mexico l’année dernière, le 14 juillet, parce que cette date est celle de notre grande fête nationale.

Après le bâtiment mexicain, viennent :
Les pavillons de Venezuela, de la République de l’Equateur et du Chili ;
L’exposition de la Bolivie, importante construction comportant un dôme de 12 mètres de diamètre ; on y verra une magnifique collection d’échantillons des minerais dont abonde le sol de la Bolivie, la reproduction d’une galerie en exploitation de plomb argentifère ; une volière peuplée de ces milliers d’oiseaux aux couleurs si vives qui habitent les forêts du haut Pérou;
Le palais des Enfants, destiné non seulement à servir d’exposition pour les jouets, mais aussi à renfermer tous les divertissements qu’il est possible d’offrir à l’enfance ; il y aura même au milieu de la salle un véritable théâtre, mais qui, le soir, à l’heure où dort toute la jeunesse, donnera des représentations qui ne seront pas seulement enfantines.

L’architecture est en harmonie avec la destination du monnaient; la façade est couronnée de deux tourelles où figurent des soldats, des chevaux en bois et des moulins à vent.

Sur la terrasse du Palais des Arts libéraux, côté Seine, s’élèvent le pavillon du Lota, celui de l’Etat de Nicaragua et celui de l’Etat de San Salvador.


CONSTRUCTIONS LE LONG DE L’AVENUE DE SUFFREN

En remontant ensuite jusqu’à l’extrémité du Champ de Mars, toute la partie comprise entre le Palais de l’Exposition et l’avenue de Suffren, on passe devant la construction métallique de MM. Villard et Cottard, qui a la forme d’un hémisphère.

Ce dôme renferme un des monuments les plus curieux de notre siècle : un globe terrestre au millionième, ayant par conséquent 12m75 de diamètre et mesurant 40 mètres de circonférence ; un mécanisme d’horlogerie le fait tourner sur son axe, et des escaliers permettent d’en examiner toutes les parties.

Pour la première fois, on pourra voir sur une même sphère tous les détails géographiques suffisamment indiqués avec leur véritable mesure. Paris occupe à peu près un centimètre ; — on verra toutes les voies de communication maritimes et terrestres dont notre globe s’est couvert depuis 1789.

Puis viennent : le pavillon de la République de l’Uruguay, les bâtiments de la République Dominicaine, du Paraguay, de Guatémala, de la République d’Haïti :
Le pavillon indien, dont la charpente est arrivée d’Angleterre toute taillée, prête à être mise en place, comprenant vingt boutiques occupées uniquement par des exposants indiens, et où seront réunis tous les plus beaux produits de l’Orient :
L’exposition de la République de Saint-Marin ;
Le pavillons chinois;
Le pavillon indien ;
Le restaurant roumain ;
Le bâtiment du Maroc ;
Et enfin l’exposition égyptienne qui certainement excitera la curiosité et l’admiration de la foule des visiteurs.

Cette importante exposition, due à M. le baron Delort de Gléon, commissaire général, et dont les travaux ont été exécutés par M. Gillet, architecte, comprend deux parties :
1° Le bazar égyptien, composé d’un grand nombre de boutiques, installées dans le palais des expositions diverses;
2° La rue égyptienne, représentation exacte d’une rue du Caire, avec ses boutiques et cafés, ses maisons pittoresques, comportant aux étages supérieurs ces espèces de balcons si merveilleusement sculptés, connus sous le nom de moucharabiehs.

Cette rue sera habitée par plus de 200 Egyptiens. On y verra un superbe minaret, des boutiques de selliers, des fabricants de vitraux, des tisseurs de tapis d’Orient, des tourneurs sur bois, un grand café arabe avec musiciens, à l’entrée duquel est une. tente d’une extrême richesse empruntée au palais du Khédive, etc.

Puis, derrière les maisons, une écurie contenant cent petits ânes blancs qui, luxueusement harnachés, seront promenés, le jour, dans les allées du parc de l’Exposition par leurs ammars ou âniers.


CONSTRUCTIONS SITUÉES DANS LE JARDIN, A GAUCHE DE LA TOUR

De l’autre côté, dans le jardin situé entre la Tour et l’avenue de La Bourdonnais, se trouvent :
Le bâtiment des manufactures de l’État :
Le pavillon de la maison Eiffel, contenant des modèles de tous les grands ouvrages construits par cette maison ; entre antres, des réductions concernant le montage du viaduc de Garabit.

Après le pavillon de la maison Eiffel, le bâtiment de l’industrie du gaz. C’est une riche habitation moderne, style renaissance, comportant deux étages.

Cette exposition réunit toutes les applications du gaz. Dans le sous-sol sont placés les cuisines, la force motrice, tous les systèmes de chauffage domestique et industriel. Aux étages, dans les nombreuses pièces élégamment meublées, tons les appareils les plus variés et les plus perfectionnés pour le chauffage et l’éclairage. Une des salles du rez-de-chaussée est réservée à l’exposition rétrospective de l’art de l’éclairage.

Le bâtiment de la Société des téléphones, installé d’une façon remarquable et qui fait grand honneur aux administrateurs de cette Société et en particulier à M. Berthon.

Au premier étage, le pavillon renferme un bureau central du système multiple à double fil, destiné à desservir les abonnés an service spécial téléphonique de l’Exposition. A droite et à gauche, deux salles d’exposition affectées aux produits des importants ateliers de constructions de la Société et des usines de MM. Weiller et Cie d’Angoulême ;
Au rez-de-chaussée, dans les ailes du pavillon, quatre salles d’auditions théâtrales, où le soir soixante personnes pourront entendre à la fois l’opéra ou l’opéra-comique ;
Le chalet suédois, le chalet norvégien, le pavillon de M. Brault tout en céramique ;
Le bâtiment Kœffer ;
La taillerie de diamants de MM. Boos frères, bâtiment construit d’après le type des constructions hollandaises du xvi'1 siècle ;
Le restaurant Kuhn, le pavillon Humphreys ;
Puis, une construction d’apparence assez originale, où l’on exposera un peu de la bonne gaîté française dont les étrangers sont si friands, — le théâtre des Folies-Parisiennes!
Toute la partie de ce théâtre comprenant la scène et les services administratifs, construite par M.de Schryver, est complètement en acier depuis les fondations jusqu’à la couverture comprise ; c’est le théâtre incombustible par excellence.

Après le théâtre des Folies-Parisiennes :
Le pavillon de M. Toché, destiné à une exposition de fresques;
Le pavillon Finlandais ; tout en bois, expédié directement d’Helsingfors, qui renfermera des collections intéressantes d’ustensiles et équipements de chasse en peau d’ours, des traîneaux, bateaux, etc., et de magnifiques échantillons de ce granit de Finlande qui, avec son feldspath d’un bleu aux reflets d’opale, est l’un des plus beaux granits que l’on connaisse ;
La maison Russe ;
Le pavillon céramique de M. Perusson;
La construction de M. Daval, composée de six colonnes d’ordre dorique, restaurée en ciment métallique ;
Le pavillon des marbreries et ardoisières de Laruns et Gère-Belestin;
Le pavillon de Monaco.
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Re: L'inauguration de l'Exposition

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 11 mai 1889"

LA FETE DE L'INAUGURATION

La presse et le télégraphe ont dit an monde entier le grand succès de la fête du 6 mai ; les détails en sont connus par toute la terre, et cette fois notre amour-propre national ne s’abuse pas, l’ouverture de notre Exposition intéressait tons les peuples ; car les sentiments que la France inspire aux nations peuvent être l’amitié, la jalousie, ou la haine, mais jamais l’indifférence. Et c’est avec un étonnement toujours nouveau que la vieille Europe contemple ces enfants terribles qui, par insouciance ou confiance en leur destinée, se livrent aux fêtes et aux plaisirs, en un moment si sombre pour le vieux monde.

Nous n’entreprendrons pas un récit déjà connu des deux journées des 5 et 6 mai ; nous voulons seulement attirer l’attention sur la partie décorative des fêtes qui viennent d’être données, et qui sont les premières d’une série. Dans de récents articles, notre directeur demandait à M. Alphand des fêtes dignes de Paris. Ses vœux ont été exaucés et le coup d’œil que présentait la capitale dans cette journée d’inauguration était merveilleux et grandiose.

Les maisons particulières, les édifices publics, les églises étaient pavoisés aux couleurs nationales. Les abords de l’Exposition surtout étaient décorés avec profusion par les habitants du quartier. C’est là en effet qu’était l’attraction principale de la journée. Le président de la République ouvrait officiellement Exposition, et pour la première fois le public y avait accès. Il tant avoir suivi pas à pas les travaux pour se rendre compte des prodiges accomplis dans les derniers jours. Les constructions se terminaient à vue d’œil, les échafaudages disparaissaient et laissent à découvert les façades. Le parc et les jardins se transformaient magiquement. Les pelouses et les corbeilles de fleurs poussaient là où la veille on ne trouvait que des fondrières et des matériaux amoncelés. Maintenant tout est prêt pour l’inauguration, les allées sont sablées, et l’on n’attend plus que le cortège officiel. Suivons le chemin qu’il va prendre tout à l'heure, et jetons un coup d’œil d’ensemble sur cette Exposition dont la Construction moderne aura à s’occuper longuement.

Après avoir traversé le pont d’Iéna couvert d’un vélum, on voit se dresser la masse immense de la tour Eiffel. Ses arceaux gigantesques forment une porte triomphale qui encadre merveilleusement les palais du Champ-de-Mars.

Entre les pieds du colosse on aperçoit les touffes de verdure du parc central, puis tout au fond le grand dôme, et sur les côtés les palais des Beaux-Arts et des Arts libéraux. Tout autour sont disséminés dans les jardins des pavillons aux styles variés, surmontés de dômes, de clochetons, de campaniles. Les constructions aux couleurs vives se détachent dans le feuillage, tandis que les dômes et les couronnements en céramique des palais étincellent an soleil. A cette distance les tons trop violents s’adoucissent, et l’ensemble, harmonieusement coloré, est d’un aspect plein de pittoresque et de gaieté.
Après avoir passé sous la tour, on peut examiner plus en détail les façades des palais. Le jardin, entouré de ces constructions polychromes et planté de beaux arbres, forme un décor charmant et plein de fraîcheur qui remplace heureusement le Sahara brûlant qui précédait le palais de 1878. Au milieu s’élève, adossée à une terrasse, la grande fontaine monumentale dont nous parlerons à propos des illuminations. Les palais bordent de trois côtés le rectangle formé par le jardin. Les portiques qui forment le pourtour abritent nombre de restaurants et de cafés. La foule la plus animée les encombre, pendant que dans le parc des Arabes, des Chinois, des nègres, des indigènes venus des cinq parties du monde, circulent en costume national an milieu des uniformes d’apjparat de nos officiers et des toilettes printanières des Parisiennes. Aussi beaucoup de visiteurs, retenus par l’animation du spectacle, par la beauté du cadre, se contentent ils de cette promenade à travers le parc. Les autres,

pins curieux, se dirigent vers le dôme central dont la décoration, tant extérieure qu'intérieure, brille des tons les plus chauds et les plus colorés Puis vient la galerie de 30 mètres, bordée de quatorze portes monumentales qui donnent accès aux expositions diverses, et enfin la grande galerie des machines qui se partage avec la tour Eiffel le succès de curiosité de l’Exposition.

La partie architecturale est due à M. Dutert, de même que l’architecte de la tour est M. Sauvestre, qu’il ne faut pas oublier dans le succès artistique de cette journée. Les grandes fermes de 110 mètres, d’une portée inconnue jusqu’ici, ont été imaginées et calculées par M. l’ingénieur Conta -min. L'aspect produit par cet immense vaisseau est des plus imposants. Que l’on songe à sa longueur qui atteint un demi-kilomètre, et à sa hauteur, qui est celle de la colonne Vendôme ! De la galerie du premier étage, on embrasse d’un coup d’œil la vaste nef dont le sol est occupé par des centaines de machines en mouvement. Des ponts roulants, mus à l’électricité, circulent à 10 mètres de hauteur en transportant lentement le long du palais les ouvriers de la galerie qui agitent des drapeaux de toutes couleurs en acclamant le président de la République qui vient d’arriver.

Nous ne parlerons pas de la visite officielle de M. Carnot, et nous retournerons au jardin, où les dîneurs s’emparent d’assaut des restaurants, afin d’être tout portés pour la fête du soir. C’est que les préparatifs de la journée annoncent pour Paris une soirée féerique, que la clémence du ciel promet de favoriser.

En effet, dès les premières ombres de la nuit, les illuminations des édifices et des maisons particulières commencent à étinceler dans la ville. Bientôt Paris entier s’embrase de feux de toutes couleurs: les lampions, les globes de gaz, les lumières électriques rivalisent pour éblouir les yeux et renvoyer vers le ciel la lueur rouge d’un vaste incendie.

Mais la véritable fête est au centre de Paris; c’est la Seine, le flumen nostrum, qui en est le théâtre. Quel plus merveilleux cadre imaginer? Depuis la Cité jusqu’au Champ de-Mars, la rivière est bordée de palais superbes et de monuments grandioses que des rampes lumineuses font briller du haut en bas. Les ponts, si rapprochés, sont couverts de lampions, de guirlandes de verres de couleurs, d’ifs étincelants. Sur les quais des ballons rouges, accrochés dans les arbres, forment une double haie de lumière le long du fleuve. Enfin des bateaux et des barques, illuminés avec goût, circulent lentement au son des orchestres qu’ils portent.

Le coup d’œil est réellement merveilleux. Les grandes lignes architecturales prennent des aspects nouveaux sous cet éclairage inusité, tandis que la verdure naissante paraît encore plus légère et plus fraîche. La Seine, entre le Pont-Neuf et la place de la Concorde, forme ainsi un spectacle inoubliable.

Au Champ-de-Mars la fête n’est pas moins belle. Placé près delà fontaine monumentale située au milieu du parc, voici ce que l’œil découvre. En arrière le dôme central, illuminé avec le meilleur goût an moyen de lampes à incandescence à lumière dorée.Dans le jardin et tout autour des palais, des globes Jablochkoff et des ballons lumineux dans les arbres et les massifs. Les parterres sont entourés de cordons de lampes électriques qui en accusent le dessin.
La tour, dont les arcs et les plates-formes sont bordés de cordons lumineux, est embrasée de feux de bengale qui lui donnent un aspect fantastique et grandiose véritablement impressionnant. Le colosse de fer se dresse dans la nuit enveloppé de flammes sanglantes, tandis qu’au sommet brille le phare aux trois couleurs, et que des réflecteurs électriques projettent leurs rayons bleus sur Paris.

Sous la tour, entre les arcs immenses qui paraissent de métal incandescent, on aperçoit sur l’autre rive la masse imposante du Trocadéro, entièrement couverte de guirlandes de feu de tontes couleurs. Enfin, à côté de nous, les fontaines lumineuses lancent vers le ciel leurs gerbes étincelantes. L’eau emprunte tour à tour toutes les couleurs du prisme ; tantôt chaque gerbe présente un ton différent, tantôt le même ton les illumine toutes, tantôt enfin la même gerbe est éclairée dans sa hauteur de couleurs variées. Le bleu, le rouge, le vert se succèdent ou se mélangent. Puis la lumière blanche pénétrant seule dans la masse liquide la fait paraître de l’argent fondu qui retombe en gouttelettes dans le bassin. Enfin des rayons dorés transforment en pluie d’or les gerbes qui s’éparpillent et s’égrènent en paillettes brillantes, comme les fusées hautes du feu d’artifice que l’on tire en ce moment sur la Seine, et qui vient compléter la beauté du coup d’œil.

Tel était l’ensemble de cette journée de fête, journée qui est nu triomphe de plus pour la France. L’attitude de la foule était empreinte de ce caractère de joie sereine qui marque un orgueil légitime. Ce n’était pas l’exubérance factice des fêtes officielles à échéances fixes. On sentait la satisfaction d’un peuple qui a accompli une œuvre grande et belle devant le succès de laquelle toutes les nations sont forcées de s’incliner, et qui affirme sa grandeur par son génie artistique, sa science et sa richesse.
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Re: L'inauguration de l'Exposition

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 mai 1889"

A LA VEILLE DE L’INAUGURATION (suite)

CONSTRUCTIONS LE LONG DE L’AVENUE DE LA BOURDONNAIS.

Sur la terrasse du palais des Beaux-Arts, côté Seine, le pavillon des pastellistes français et le pavillon de la Société des aquarellistes.

Puis en remontant le long de l’avenue de La Bourdonnais, on voit:
Le pavillon de la Presse ;
La construction de la Compagnie des Forges-Nord dans laquelle il serait question de faire des expériences de soudure par l’électricité;
Le pavillon d’exposition des broderies anciennes, surmonté d'un dôme décoré à l’aide de boiseries habilement découpées;
Les écuries de MM. Milinaire frères, spécimen intéressant d’une écurie modèle ;
Le pavillon de la Société des Charbonnages de Marlemont et de Bascoup ;
La construction de MM. Solvay et Cie dont la façade est toute en granit belge ;
La Colonie du Cap, mines de diamants de Kimberley ; on assistera à toute la série des opérations par lesquelles passe le diamant depuis l’extraction de la mine jusqu'à sa livraison au joaillier ;
Le bâtiment de la Compagnie des forges de l’Horme ;
Le pavillon de la Société des anciens établissements Cail;
Le pavillon Royaux ;
Le pavillon Lacour ;
L’Union céramique Chaufournière ;
L’Exposition de Montchanin ;
Le bâtiment des forges de la Société de Saint-Denis : le pavillon Goldenberg, et la construction de la Compagnie générale des Asphaltes.


CONSTRUCTIONS SUR LA BERGE DE LA RIVE GAUCHE DE LA SEINE

Si du champ de Mars nous nous rendons au Trocadéro, nous apercevons, en passant sur la berge de la rive gauche de la Seine, entre autres constructions :
L’exposition de l’industrie du pétrole, conçue et organisée par notre collègue M. H. Deutsch. Dans un des énormes réservoirs en fer, de 18 mètres de diamètres et de 8 mètres de hauteur, que cette industrie utilise, est installé un panorama représentant les principaux gisements pétrolifères d’Amérique et de Russie. — Ce réservoir contiendra, en outre, tous les documents concernant l’exploitation, le raffinage et le transport des pétroles. A côté, une galerie vitrée, et un pavillon spécial dans lesquels figureront les industries de l’éclairage, du chauffage et de la force motrice par les huiles et essences minérales.

Le bâtiment de l’ostréiculture et de la pisciculture ;
Ee bâtiment des Chambres de commerce maritime ;
Le grand panorama de la Compagnie transatlantique. — Là, le spectateur se trouve en rade du Havre, sur le pont de la Touraine, nouveau bâtiment transatlantique, actuellement en construction, qui aura 160 mètres de longueur et 11,000 chevaux-vapeur de force. Le spectateur voit au loin la pleine mer, et autour de lui les plus grands paquebots de la Compagnie : la Normandie, la Gascogne, la Bourgogne et la Bretagne. L’illusion est complète et d’un grand effet. Ce spectacle attrayant montrera les progrès immenses que la Compagnie a réalisés depuis dix ans dans la construction, l’aménagement et le confort de ses superbes paquebots, et qu’elle possède aujourd’hui une flotte de navires transatlantiques de premier ordre.

Le palais des produits alimentaires, immense construction qui, comme je l’ai dit plus haut, sera éclairée le soir à la lumière électrique et desservie spécialement parle chemin de fer intérieur. Il se compose, dans son ensemble, de deux galeries superposées : l’une sur la berge, qui a l’aspect d’un chai où sont groupés tous les échantillons de notre production vinicole, de notre industrie des liquides; l’autre au niveau du quai, où seront exposés les produits : conserves, pâtisseries, etc.


TROCADÉRO

Le parc du Trocadéro, avec son palais vu du Champ-de-Mars, dont il est en quelque sorte la continuation, forme, sous les immenses arceaux de la tour, un fond de tableau des plus décoratifs.

Il est destiné principalement à l’exposition d’horticulture, c’est-à-dire à tout ce qui se rapporte au groupe IX. Cette exposition occupe une surface de 40,000 mètres.

Indépendamment des riches collections d’arbres, d’arbustes, de fleurs, établies en plein air, il y a vingt-cinq serres plus élégantes les unes que les antres, quatorze pavillons et kiosques et deux grandes tentes qui seront prochainement installées, sous lesquelles seront les expositions des fruits.

Comme constructions offrant un intérêt tout spécial, je citerai :
Un abri mexicain en maïs où l’on vendra tous les produits alimentaires tirés du maïs ;
Le pavillon du gouvernement de Victoria ;
Le pavillon des travaux publics,
Et le bâtiment des forêts. On se rappelle que l'exposition de l’administration des forêts en 1878 eut un grand succès ; celle de 1889 s’annonce comme devant lui être supérieure. Toutes les essences qui croissent dans les forêts de France figurent dans la construction même du bâtiment. La façade est entièrement formée de panneaux constitués par la juxtaposition et l’assemblage de bois de formes et de couleurs diverses. Les colonnes intérieures et extérieures sont constituées par des arbres séculaires, non écorcés.

La galerie principale contiendra la plus belle collection d’échantillons de bois que Ton ait jamais réunie, et qui depuis plusieurs mois est en préparation à l’Hôtel des Invalides. Dans une salle annexe à cette galerie sera placée l’exposition spéciale des travaux de reboisement présentée sous la forme de trois vues dioramiques des Alpes.
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