Pavillons des cachemires des Indes de MM. Frainais et Gramagnac

Paris 1867 - Architecture, pavilions
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worldfairs
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Pavillons des cachemires des Indes de MM. Frainais et Gramagnac

Message par worldfairs » 06 janv. 2019 08:33 pm

Texte et illustrations de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

Chacun sait quelles sont les beautés qui distinguent les châles de Cachemyre ; ils réunissent toutes les perfections: etran«eté et richesse de dessin, fraîcheur de coloris et finesse de tissus, ils n’ont pas de rivaux dans le monde. On dirait que le ciel de feu sous lequel on les met au jour leur fait don de qualités inimitables.

En effet, ils ne sont pas seulement le plus splendide tissu qui sorte de la main de l’homme, ils sont en même temps le plus solide et le plus inaltérable. A quoi tiennent ces vertus uniques ? nos lecteurs l’ignorent sans doute.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Pavillons des cachemires des Indes de MM. Frainais et Gramagnac - Pavillon de MM. Frainais et Gramagnac - pavilloncachemirefrainaisgramagnac.jpg
Pavillon de MM. Frainais et Gramagnac

Parmi les divers royaumes qui composent cette immense presqu’île indienne, aussi vaste que l’Europe entière, celui de Kaslimyr est un des plus célèbres.

Cette contrée est renommée par son climat doux et tempéré, par sa fécondité, par son haut degré de culture et par sa délicieuse position .

Les écrivains orientaux ont l’habitude de l’appeler le Paradis de l'Inde et le Jardin de l'éternel Printemps. Les habitants, au nombre d’un peu plus d’un million, sont d’origine indoue, quoiqu’ils se distinguent de cette race par une plus grande blancheur de peau. Ils parlent une langue dérivée du sanscrit et du persan.

Ce dernier idiome est généralement employé dans les transactions commerciales, et beaucoup professent l’islamisme. Cependant ils appartiennent pour la plupart au brahmisme, qui a chez eux de nombreuses pagodes et des lieux sacrés et pour qui Rashmyr est une terre sainte.

Des auteurs chrétiens ont voulu retrouver dans la vallée de Rashmyr l’emplacement du Paradis terrestre et le berceau du genre humain. A ces avantages, du reste fort problématiques, il faut en ajouter un plus réel qui fait la gloire et la richesse du pays.

C’est là que vivent ces petites chèvres dont nous avons des spécimens au Jardin d’acclimatation et dont le long poil recouvre un fin duvet qui sert à la fabrication des châles cachemyres.

Pour fabriquer ces châles, on commence par distribuer le duvet à des femmes qui le filent d’une certaine façon et qui livrent leur fil au teinturier ; celui-ci lui donne ces magnifiques nuances que nous admirons ; le tisserand s’empare de ce fil, l’établit sur son métier et tisse un morceau de châle conformément à un dessin qui lui est remis.

Quand les divers tisserands ont terminé les morceaux qui leur ont été confiés, ils les rendent à l’entrepreneur, qui les fait assembler par des hommes très-habiles nommés Rafu-gar et qui sont dirigés par le plus vieux et ordinairement le plus capable d’entre eux.

Le châle terminé, il est nettoyé à sec, enduit d’une colle forte dont la base est le riz, et livré à l’acheteur européen qui l’a commandé et en a dirigé la fabrication.

Pour expédier le châle en Europe il faut le débarrasser de son apprêt provisoire. Pour cela on le lave dans la rivière qui sort du lac de Kashmyr, et à l’eau de laquelle on reconnaît le grand mérite de conserver les couleurs. Te mérite est attribué aux plantes aromatiques qui croissent sur les bords du la et qu’on ne trouve dans aucun autre pays.

Paris 1867 - Architecture, pavillons - Pavillons des cachemires des Indes de MM. Frainais et Gramagnac - Robe en point d'Alençon, par MM. Frainais et Gramagnac - robepointalenconfrainaisgramagnac.jpg
Robe en point d'Alençon, par MM. Frainais et Gramagnac

Il semblerait de prime abord que tout cela n’est pas extraordinaire et qu’il n’y a là rien, la matière première étant donnée, que nos ouvriers européens ne puissent accomplir.

C’est pourtant ici que, pour les imitateurs de la fabrication de l’Inde, surgissent des obstacles insurmontables.

Les procédés de teinture employés par les Indiens sont des secrets. Nos chimistes les plus habiles en sont encore à rechercher, sans y réussir, la composition des couleurs de l’Orient, témoin le vert de Chine pour lequel un prix de cent mille francs est offert, depuis quinze ans, par la ville de Lyon et qui est encore à décerner.

Les châles pliés avec grand soin reçoivent une feuille de papier spécial dans chaque pli, puis ils sont serrés et ficelés dans trois ou quatre enveloppes et emballés avec les précautions les plus minutieuses.

Le mode de fabrication ne diffère pas moins de nos moyens usuels. Les fleurs et arabesques qui jouent si capricieusement et avec tant de délicatesse sur le tissu du fond sont brochés à la main. Les fils sont entrelacés et enchevêtrés les uns dans les autres et finissent par former un tout dont on ne pourrait détacher la moindre partie.

Ce travail si délicat et si minutieux ne peut être accompli que par des ouvriers exercés dès leur plus tendre enfance et qui, vivant d’une poignée de riz, se contentent du salaire le plus modique. Les meilleurs ouvriers de la vallée de Kashmyr ne gagnent que quinze a vingt centimes par jour. Ce bas prix de la main-d’œuvre, incompréhensible dans nos climats, rend et rendra toujours l’Europe tributaire de ce pays.

Un châle de l’Inde qu’on achète deux mille francs dans la vallée de Kashmyr ne coûterait pas moins de vingt-cinq à trente mille francs de fabrication en France.

C’est à Kashmyr ainsi qu’à Umritsir, dans le Punjâb, autre grand centre de fabrication , que la maison Frainais-Gramagnac, la plus considérable de l’Europe pour l’importation directe de ces riches produits, a établi des agents français qui occupent un nombre immense d’ouvriers, et qui expédient les merveilles que nous admirons dans l’élégant kiosque que nous avons reproduit plus haut.

La dentelle est une des gloires de l’industrie française. Deux cent mille femmes en fabriquent pour cent millions par an, et cette production
énorme est recherchée sur tous les marchés du monde, aux États-Unis, au Brésil, en Russie, en Allemagne, en Italie, en Angleterre, en Orient et dans les Indes.

Les principaux centres dentelliers sont l'Auvergne, dont les dentelles et les guipures du Puy sont renommées pour leur bas prix; Mirecourt, dans les Vosges, est célèbre pour la nouveauté continue île ses créations; Bailleul (Nord) fait de la Valenciennes ; Lille et Arras tissent au fuseau les dentelles à fonds clairs; Chantilly, Bayeux, Caen donnent entre autres points à l'aiguille les dentelles en soie noire de grande dimension pour robes, châles, volants, voiles; enfin c’est à Alençon que se font à l’aiguille et sur parchemin ces magnifiques points, qui le plus souvent sont de véritables œuvres d’art (nous ne nous occupons pas ici de la dentelle à la mécanique, qui est loin de valoir la dentelle à la main).

On ne sait guère à quelle époque ni dans quels lieux on a fabriqué pour la première fois de la dentelle ; mais c’est de Belgique que cet art nous est venu.

Avant le dix-septième siècle on ne confectionnait encore chez nous que des dentelles grossières qui ne servaient qu’à orner les habits d’église. C’est Colbert qui en 1660 ou 1666, ayant envoyé chercher des ouvriers à Venise et a Gênes, introduisit en France le point de Venise, en fondant à Alençon, sous la direction de la dame Gilbert, la première manufacture de dentelles qui prirent d’abord le nom de point de Rance, puis celui de point et Alençon.

Cette dentelle toutefois ne ressemble pas plus au point de Venise qu’aux autres : elle est unique ; ainsi, tandis que dans les autres fabrications, une ouvrière suffit à exécuter la pièce la plus riche, le point d’Alençon demande le concours de quatorze ou seize personnes, ne fut-ce que pour vingt-cinq centimètres du modèle le plus simple.

C’est aussi la seule dentelle qui se fasse avec le fil de lin pur filé à la main (ce fil coûte entre cent et trois mille francs la livre).

La robe en point d’Alençon dont nous donnons ici le dessin est réussie d’une manière remarquable comme effets ombrés dans les fleurs, et MM. Frainais-Gramagnac, par cette heureuse innovation, ont fait faire un grand pas à l’industrie qui nous occupe en ce moment.

Personne, jusqu’à ce jour, n’avait tenté la fabrication d’une pièce de cette importance. Pour la produire, il a fallu diviser le dessin en un nombre infini de petits morceaux confiés aux mains habiles de nombreuses ouvrières; puis, à un moment donné, réunir toutes ces pièces isolées pour former un tout d ensemble parfait.

Rien n’est plus admirable que la beauté du dessin, combinée à la pureté du travail, et la délicatesse de la contexture.

Le prix de vente de cette pièce unique, fixé à 25 000 francs, n’est pas de nature à nous étonner, quand on songe que ce travail a nécessité 10 500 journées d’ouvrières.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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