Industrie du bronze — Imitations

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worldfairs
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Industrie du bronze — Imitations

Message par worldfairs » 12 déc. 2018 08:34 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Industrie du bronze — Imitations - Bronzes de Barbedienne - bronzesbarbedienne.jpg
Bronzes de Barbedienne

De toutes les industries parisiennes, celle du bronze est peut-être la plus considérable et c’est à" coup sûr une des plus intéressantes. Elle occupe de nombreux ouvriers, met en mouvement des capitaux énormes et donne lieu à des exportations dans tous les pays, pour un chiffre important. Ce n’est pas ici la place de descendre dans les détails de cette statistique, malgré tout l’intérêt qu’elle peut offrir, et il nous suffira de la signaler à l’attention de nos lecteurs.

L’industrie du bronze confine à la métallurgie d’un côté et à l’orfèvrerie de l’autre. Elle emprunte à l’une ses procédés de fonte, ses matières premières, principalement le cuivre et le zinc, et elle dispute à l’autre le goût artistique, le choix des sujets, le ciseau du sculpteur, le marteau du modeleur, la recherche de l’ornemaniste et l’application en grand des éclatantes couleurs de l’émail.

Avant d’aller à l’Exposition admirer les chefs-d’œuvre de cette industrie, nous avons voulu visiter un des principaux établissements d’où plusieurs et des plus remarquables sont sortis. C’est rue de Lancry que sont situés les ateliers de la maison Barbedienne qui occupe près de cinq cents ouvriers, dont quelques-uns sont de véritables artistes. Cependant les artistes créateurs ne figurent naturellement pas dans ce personnel. Des sculpteurs célèbres, des dessinateurs habiles, des peintres, des ciseleurs élaborent dans leurs propres ateliers, les œuvres qui doivent recevoir chez M. Barbedienne une exécution parfaite. Cette exécution nécessite encore des travaux très-compliqués et très-délicats.

A côté des œuvres magistrales, des statues, des groupes, des sujets compliqués, on exécute chez M. Barbedienne mille objets dont le prix est accessible aux fortunes modestes et qui concourent à l’ornement des intérieurs.

Ainsi, des pendules, des coupes, des garde-feu, des candélabres, des flambeaux, des accessoires de bureau, d’un dessin très-pur, d’un goût irréprochable, sortent de ces ateliers et font une heureuse concurrence aux lourds produits de la bimbeloterie et de la quincaillerie.

Au point de vue spécialement artistique, ce qui nous a le plus frappé chez M. Barbedienne, c’est la production de ces fameux émaux cloisonnés pour lesquels les Chinois se sont fait une si grande renommée. Nous avons vu presque entièrement achevé un grand vase étrusque auquel divers ouvriers travaillent depuis deux ans et demi. Il a fallu faire d’abord le moule de ce vase dont le dessin, si simple qu’il paraisse, a coûté quelque peine à l’artiste. On a ensuite coulé le bronze dans le moule, puis sur ce bronze on a, soit à l’aide du marteau, soit avec le ciseau, tracé les capricieux dessins destinés à recevoir l’émail. Enfin, dans les cloisons de ce dessin compliqué, on a versé les couleurs à base minérale qui doivent acquérir, au four, l’éclat et le poli de la porcelaine. Chaque nuance exige une cuisson séparée. Il faut donc faire passer par le feu ce vase autant de fois que le dessin comporte de couleurs différentes. Mais chaque fois qu’il entre dans le four et qu’il en sort, l’objet peut s’altérer. Quelquefois le feu sera trop violent, d’autres fois il sera trop faible, tantôt les lois de dilatation et de réfraction, agissant différemment sur le bronze et sur l’émail, feront éclater ou écailler celui-ci, tantôt un courant d’air froid produira le même effet. Plus la pièce à exécuter est grande, plus les dangers sont nombreux, plus le risque à courir est important. Mais grâce à la bonne disposition des lieux, grâce à un outillage excellent, grâce à la surveillance incessante du maître et à l’intelligence dévouée des ouvriers, ces difficultés sont surmontées, et elles sont presque sûrement évitées lorsqu’il s’agit de pièces ordinaires.

Maintenant que nous savons un peu au prix de quels soins, de quel travail et de quelles dépenses les belles pièces de bronze et les beaux émaux peuvent être fabriqués, voyons un peu à quels résultats les exposants français sont arrivés. Et d’abord, puisque nous venons des ateliers de M. Barbedienne, arrêtons-nous devant les œuvres qui en sont sorties.

Voici deux femmes style Renaissance en bronze, dont l’une est due au ciseau de M. Falguière, l’autre à M. Paul Dubois, comme nos lecteurs peuvent en juger par eux-mêmes. Ce dessin est très-pur et les lignes en sont harmonieuses. L’exécution ne laisse rien à désirer. Posées sur des socles de marbre et portant un candélabre, elles forment une belle paire de torchères et semblent destinées à orner un palais. Elles ont en effet été achetées par l’Empereur.

Nous avons retrouvé un beau groupe représentant l’épisode de Petus et d’Aria tiré de l’histoire romaine. Nous l’avions vu à Londres en 1862, mais depuis cette époque le bronze a pris une nuance, une patine qui rappelle les plus belles pièces de la Renaissance.

Des glaces dont la monture en bronze est un chef-d’œuvre, des lustres, des statues, quelques objets d’un usage plus bourgeois, par exemple une ravissante garniture de cheminée, des flambeaux, des coupes arrêtent à chaque instant l’attention. Les pièces capitales de l’exposition do M. Barbedienne sont une belle coupe et un coffret recouverts d’émaux cloisonnés, d’une merveilleuse harmonie de tons, d’une grande richesse de couleurs, sortis sans aucun défaut des nombreuses préparations qu’ils ont dû subir.

Il faut citer encore quelques pièces de haute orfèvrerie, des coupes en argent massif artistement ciselées et e fin un coffret de bronze rehaussé d’ornements d’or et d’argent qui est certainement l’œuvre la plus remarquable de cette magnifique exposition.

Assurément si M. Barbedienne par ses précédents succès n’avait pas été hors de concours, ses concurrents auraient eu beaucoup de peine à lui disputer le premier prix. Nous allons cependant noter tout à l’heure des œuvres recommandables sorties d’autres ateliers, mais comme ensemble de travaux, comme diversité, comme perfection dans chaque branche de son industrie, M. Barbedienne marche assurément au premier rang.

L’exposition de M. Denière est très-remarquable. Il faut noter surtout un groupe en cuivre fondu et ciselé représentant l’Amour qui se confie à l’Amitié. L’auteur, M. Carrié, a trouvé dans la maison Denière un habile exécuteur de sa conception.

Arrêtons-nous encore devant cette pendule qui supporte un joli buste de femme personnifiant l’automne avec deux enfants vendangeurs pour achever la garniture de cheminée. La tête de femme est de M. Carrié et les enfants sont dus au ciseau de M. Moreau.

Parmi les autres exposants nous avons à mentionner M. Lerolle dont les beaux produits en bronze couleur cuivre, les uns en style Renaissance, les autres en style Louis XVI sont des plus recommandables.

M. Gustave Levy a exécuté une figure de grandeur naturelle due au sculpteur Pollet et représentant la nuit. C’est un très-beau travail.
MM. Raingo frères ont divers objets très-remarquables. Il en est de même de MM. Julei Graux, Auguste Lemaire, Blot et Drunard, Charpentier, etc.
En somme l’ensemble de ces expositions diverses établit la supériorité de l’industrie toute parisienne des fabricants de bronze sur leurs compétiteurs étrangers.

Il y a cependant quelques belles pièces dans l’exposition prussienne et autrichienne, mais elles sont fort, loin de pouvoir rivaliser avec les produits français.

Pour que cette revue de l’industrie du bronze fût complète, il nous faudrait la suivre dans toutes les applications qu’on en fait dans d’autres industries, et notamment dans la fabrication des meubles, des lampes, 'et pour la monture des porcelaines. Il nous faudrait aussi parcourir ces belles galeries de l’Histoire du travail où tant de bronzes curieux et magnifiques sont exposés, depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à nos jours.

Mais l’espace qui nous est accordé ne nous permet pas de donner à notre travail un pareil développement.

Tout au plus pouvons-nous signaler comme digne d’attention et d’encouragement des imitations de bronze assez bien exécutées et qui, sans pouvoir aspirer à remplacer ce beau et sérieux mêlai, consolent les petites bourses de son absence, en mettant à leur portée des sujets gracieux et des copies des grands artistes.

On a également obtenu des résultats satisfaisants par un alliage de cuivre et d’aluminium. Mais, pour les œuvres d’art, ce composé ne saurait lutter avec le bronze, et pour les objets d’un usage journalier, on lui préfère toujours le métal argenté par le procédé électro-magnétique de la maison Christofle. En somme l’industrie du bronze a été, comme on le voit, largement et dignement représentée à l’Exposition dans toutes ses manifestations si multiples et si variées.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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