Les petits Meubles

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worldfairs
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Les petits Meubles

Message par worldfairs » 10 déc. 2018 01:07 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits Meubles - Meuble de M. Tahan - meublestahan.jpg
Meuble de M. Tahan

La petite ébénisterie est le dernier mot de la tabletterie ; elle ne peut aller plus loin sans envahir le domaine des Fourdinois, des Roudillon et des Sauvrezy; et nous croyons que ceux qui Font amenée au point de développement où elle est parvenue aujourd’hui sont beaucoup trop habiles et beaucoup trop sages pour s’engager dans une lutte d’où elle ne pourrait sortir qu’à son dam.

La noble et sainte chose que le progrès! A l’ouvrier l’artisan succède, et peu à peu les artisans se font artistes; l’art qui aujourd'hui crée des chefs-d’œuvre et des merveilles a commencé par des ébauches informes et grossières, produits des premiers tâtonnements d’un travail sans méthode, d’une industrie toute personnelle qui n’était ni dirigée par l’expérience, ni éclairée par les procédés qui constituent les habitudes et les traditions du métier.

Le premier pas dans la voie du progrès est le plus difficile à faire; maté dès qu’on est en marche et que l’élan une fois donné est pris, on ne s’arrête plus ; il faut avancer, avancer toujours.

Quelle distance il y a entre la tabletterie autrefois renfermée dans la confection des menus objets de corne, d’os et d’ivoire, qui ne livrait à la consommation que des articles usuels et de fabrication courante, et l’industrie des Tahan, des Sormani, des Moreau et des Leuchars! Autrefois les tabletiers abandonnaient à des spécialistes, — ivoiriers, sculpteurs, graveurs, apprêteurs de laque et peintres, — l’exécution de toutes les pièces de luxe ; aujourd’hui tout s’exécute sous leur direction ; les artistes ne sont plus que les traducteurs intelligents et habiles d’une idée conçue par un autre, et leur travail consiste uniquement à donner un corps et une réalité à des créations dont ils ne connaissent que les côtés dont la mise en relief leur est confiée.

Dieu nous garde d’enlever aux artistes la part d’honneur qui leur revient dans les chefs-d’œuvre de la tabletterie moderne, et d’en attribuer tout le mérite aux grands industriels dont ils sont les indispensables coopérateurs ; loin de nous une pareille intention ; mais la grande harmonie qui règne dans toutes les parties de ces coffres à bijoux, de ces petits meubles coquets, de ces œuvres aux, détails infinis, prouve que les artistes qui ont concouru à leur exécution n’ont pas suivi leur fantaisie propre, mais qu’ils ont obéi à une direction qui a donné à l’ensemble cette variété de bon goût qui en constitue le caractère et le principal mérite.

M. Tahan, à qui nous devons de nombreux chefs-d’œuvre de tabletterie et qui est un des maîtres dans cette industrie de luxe, s’est
trouvé peu à peu à la gêne dans les limites où sa fabrication était enfermée : homme d’imagination et de goût, il se lassa de faire et de refaire des coffrets, des nécessaires de voyage, des caves à liqueur, des boîtes à cigares, des boîtes à jeux, à gants et des objets d’étagères, et se mit à dessiner et à faire exécuter ces charmants petits meubles qui sont devenus les compléments indispensables du salon et du boudoir.

Rien de plus merveilleux que les pièces dont son exposition se compose; ce sont autant de chefs-d’œuvre du goût le plus exquis et le plus pur qui semblent être l’extrême limite et le dernier mot de l’art.

Il y a là un petit guéridon en émail qui est une vraie merveille de coquetterie et de fantaisie élégante; un meuble Louis XVI en noyer, porte-cigares luxueux, offert par souscription à M. le baron Heeckeren ; ce meuble très-riche de fines sculptures, porte sur son panneau principal un paysage en marqueterie naturelle, remarquable travail de Wolker, un artiste très-éminent que par malheur nous avons perdu ; l’intérieur de ce meuble, porte-pipes et tiroirs destinés à recevoir le tabac, est du fini le plus merveilleux; près de là est une corbeille de mariage en ébène incrusté d'ivoire gravé; un bureau de femme en bois de rose avec garniture de bronze doré et médaillons peints par Fossey.

Ces petits meubles révèlent toute l’habileté de composition, le goût exquis et l’imagination inépuisable de M. Tahan auquel le jury ajustement accordé l’unique médaille d’or qui ait été donnée à la petite ébénisterie.
Mais la pièce la plus remarquable, un vrai bijou, de cette exposition si riche et si coquette, est le bureau à cylindre en bois de marronnier et violette que représente notre gravure : ce meuble Louis XVI, dont le cylindre est quadrillé de filets verts, nous semble le dernier effort de la petite ébénisterie. Il est impossible, en effet, de donner à un meuble une forme plus gracieuse et plus légère, de le parer d’ornements plus fins et plus habilement distribués et de mettre une plus heureuse harmonie dans les détails et dans l’ensemble.

Nous croyons qu’on ne peut mieux faire, concevoir et réaliser une œuvre plus remarquable et plus parfaite; mais avec M. Tahan, on n’est sûr de rien.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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