Les glaces de M. Alexandre - Le Mobilier - Classes 14 et 15

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Les glaces de M. Alexandre - Le Mobilier - Classes 14 et 15

Message par worldfairs » 30 nov. 2018 09:41 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

miroiralexandre.jpg

Il y a, dans le Palais du Champ de Mars, une salle où sont réunis les billards; cette salle est coupée par quelques cloisons qui forment alcôve, et l’on y aperçoit, parmi divers objets n’ayant entre eux d’autres liens que ceux de leur classification, sous le titre générique de mobilier, une glace obscurément appendue sur un fond sombre peu attrayant.

Il faut avoir une grande envie de signaler les objets réellement remarquables de l’exhibition de 1867, pour aller trouver dans ce coin égaré de l’immense dédale, les glaces de M. Alexandre.

Aussi notre dessinateur, qui a découvert cette œuvre digne d'attention, rend-il au visiteur un véritable service en fixant sur le papier une image dont il faut chercher si laborieusement le modèle.

Or, ce qui est à étudier sur ce modèle entièrement original, c’est moins le travail industriel du coulage ou de l’étamage, que le goût qui a été déployé dans son ornementation.

Bannissant hardiment l’éternelle dorure, qui recouvre habituellement le cadre de nos glaces, notre exposant a trouvé dans le ton de l’argent mat, un effet inattendu et artistique au plus haut degré.

Jamais je n’aurais cru que le brillant de l’étamage se fût si admirablement harmonisé avec le mat de l’argent rehaussé par la ciselure.
Dans cette juxtaposition neuve et charmante, se trouve tout le secret de l’aspect saisissant de cette œuvre d’art, et à cette trouvaille de l’homme de goût se joint une exécution sculpturale qui révèle un artiste de premier ordre.

S’inspirant des souvenirs de la renaissance italienne, sobrement et sans suivre les errements des complications décoratives de cette époque, l’artiste a composé un fronton plein de grâce et de naturel.

Un lustre vient en marquer le milieu.

Ce lustre, qu’une main banale aurait pu approcher grossièrement à un cartouche s’allongeant à droite et à gauche en rinceaux ridiculement surchargés d’attributs, M. Alexandre le fait soutenir élégamment par deux femmes admirablement modelées.

Couchées nonchalamment sur le fronton, leurs jolies épaules et leurs bras mignons s’unissent dans une seule étreinte pour supporter sans efforts le poids d’un lustre d’argent, qu’une galanterie de l’artiste a su rendre léger, sans nuire aux proportions commandées par l’architecture générale de l’œuvre.

A une distance sagement combinée, et sur les deux côtés de la glace, se trouvent encore deux cariatides fort bien réussies, qui utilisent leurs bras élégamment posés à soutenir un coquet candélabre.

Les sculptures en bronze argenté au mat sont d’un effet extrêmement harmonieux, et décorent le mieux du monde l’encadrement, sans le charger, comme cela arrive fréquemment.

Ajoutons que la grandeur de cette glace n’est pas moindre de 4m,50 de haut, sur 2m,15 de large.

Si du cadre nous passons à la glace elle-même, nous aurons à signaler une innovation dans ces filets brillants qui intriguent le regard et lui font chercher le secret de ce relief à l’aspect singulier qui rompt la monotonie de la surface polie.

Quels sont donc ces tubes éclatants que l’on dirait péniblement appliqués sur le cristal, et que l’on craint de briser au moindre contact? Rien ! car la main obéissant à la curiosité du regard ne palpera aucune proéminence en parcourant l’étendue du cristal ; cependant l’effet d’optique existe, et le procédé qui le produit est le secret de M. Alexandre : mais il paraît que son application industrielle, surtout aux grandes pièces, n’est pas sans difficultés.

Aucun précédent ne s’offre à ma mémoire dans ce genre de décoration du verre ou des glaces.

Aujourd’hui, l’Exposition de 1867 nous révèle dans l’ensemble des exposants miroitiers, et notamment liiez M. Alexandre, l’un des principaux d’entre eux, une tendance à sortir du luxe banal, pour obéir à des inspirations artistiques.

Un goût exquis y domine et nous les en félicitons sincèrement.
Aussi en consultant le mouvement commercial de cette fabrication supérieure qui est- une des gloires de la France, on verra sans peine combien les matières premières ouvrées par nos inimitables industriels commandent la production des autres nations.
En effet, pendant que l’exportation française pour les glaces, en y comprenant, il est vrai, la porcelaine et la faïence, considérées comme objets d’art et d’ameublement, ne s’est élevée qu’à trois millions huit cent mille francs pour le premier semestre de. 1867, les exportations de cette même série de produits se sont chiffrées par dix-huit millions deux cent mille francs, et offrent ainsi un excédent de trois millions environ sur le chiffre du relevé effectué à la fin du dernier semestre de 1866.

C’est évidemment à l’Exposition universelle qu’il faut attribuer cette plus-value des transactions commerciales, et c’est la meilleure preuve, — la meilleure récompense peut-être, qui puisse proclamer l’excellence de la fabrication française.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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