Les Écoles impériales d'Arts et Métiers (Châlons, Angers, Aix)

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Les Écoles impériales d'Arts et Métiers (Châlons, Angers, Aix)

Message par worldfairs » 27 nov. 2018 03:55 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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Les écoles professionnelles avaient leurs places marquées à l’Exposition universelle. Celles de la France y sont presque toutes représentées dans la classe 90. (Ministère de l’instruction publique.)

Au premier rang de ces institutions, il faut mettre les Écoles impériales des arts et métiers de Châlons-sur-Marne, d’Angers et d’Aix. Ces trois établissements ont envoyé à l’Exposition des spécimens nombreux des travaux exécutés dans leurs ateliers, par les élèves, bien entendu.

Les pièces de forge, de menuiserie, d’ajustage, etc., sont groupées dans une large vitrine. Même examinées de près, elles feraient l’admiration d’un ouvrier vieilli dans les ateliers, surtout quand ce juge saurait que le plus ancien de ces jeunes travailleurs n’a pas trois ans d’établi.

Autant qu’il nous a semblé, les produits envoyés par l’Ecole de Châlons sont beaucoup plus variés que ceux d’Aix et d’Angers. Quant à la perfection des pièces et des outils, une comparaison ne serait possible qu’au moyen d’un examen, d’une vérification, auxquels il nous a été, bien entendu, impossible de nous livrer.

L’opinion générale que nous émettons sur l’habileté des élèves est établie sur une minutieuse visite faite par nous à l’Ecole de Châlons et un examen tout particulier des pièces exposées en 1861 lors de l’Exposition régionale tenue à Châlons.

Qu’on ne s’y trompe pas; il ne faut point apprécier ces produits perfectionnés au point de vue du prix de revient. Dans les écoles impériales on ne se préoccupe que d'une chose : faire bien, non pas telle ou telle pièce et toujours la même, comme dans les ateliers de fabrique, mais toutes les pièces qui peuvent se présenter, des plus simples aux plus compliquées.

Avant d’entrer plus avant dans la méthode d’enseignement, nous tracerons un historique rapide et sommaire de ces établissements que plusieurs nations nous ont empruntés, mais en restant toujours loin de nous.

On peut regarder en quelque sorte M. le duc de la Rochefoucauld Liancourt comme le premier fondateur des écoles professionnelles. En effet, ce grand citoyen avait ouvert à ses frais, dans sa ferme de la Montagne, une petite école pour les enfants de son régiment de dragons. Les élèves y recevaient une instruction primaire, en même temps qu’ils apprenaient un métier utile au régiment : tailleur, cordonnier, bourrelier, etc.

Cette école comptait 80 élèves en 1791. La révolution chassa M. de Liancourt; ses biens furent confisqués ; et l’école, transportée à Liancourt, devint une école militaire.

Comme on le voit, l’école Liancourt n’était que l’embryon des écoles professionnelles. Il appartenait à Napoléon Ier de les fonder réellement.
Sous le nom de Prytanée français, il existait en l’an XI (1803) trois collèges du gouvernement siégeant à Paris ( Louis-le-Grand ) Saint-Cyr et Compiègne. Ils étaient régis militairement ; on y enseignait tout ce qui se démontrait dans les autres collèges. Le premier consul visita un jour l’établissement de Compiègne et fut si mécontent qu’il résolut de tout changer. « L’État, dit-il, fait des frais considérables pour élever ces jeunes gens, et quand leurs études sont terminées ils ne sont, à l’exception des militaires, d’aucune utilité à leur pays…Il n’en sera plus ainsi. Je viens de visiter les grands établissements des villes du Nord, et les grands ateliers de Paris. J’ai trouvé partout des contre-maîtres distingués dans leur art, d’une grande habileté d’exécu tion, mais presque aucun qui fût en état de faire un tracé, un calcul le plus simple de machine, de rendre ses idées par un croquis, par un mémoire. C’est une lacune dans l’industrie. Je veux la combler. Ici plus de latin.
On l’apprendra dans les lycées qui vont s’organiser, mais le travail des métiers aura la théorie nécessaire pour leurs progrès. On formera d’excellents contre-maîtres pour nos manufactures. »

En conséquence de cette déclaration, et par acte du 6 ventôse an XI (25 février 1803), l’école des arts et métiers de Compiègne fut créée et organisée. L’enseignement y était théorique et pratique. Après trois ans d’études élémentaires, les élèves passaient, à leur choix, dans les ateliers ainsi divisés : Forgerons, limeurs, ajusteurs, tourneurs en métaux. — Fondeurs. — Charpentiers, menuisiers en bâtiment, meubles et machines. — Tourneurs en bois. — Charrons.

Les élèves étaient reçus à tout âge, le plus souvent comme boursiers, et au nombre de 500.

Un décret impérial, du 6 septembre 1806, transporta l’école de Compiègne à Châlons-sur-Marne, et aux ateliers déjà existants on ajouta des sections pour l’horlogerie (horloges de ville et de campagne), la ciselure, le moulage, la dorure. On y vit même de 1814 à 1815, une petite filature.

En 1811, l’Empereur avait créé une petite école de 150 élèves à Beaupréau dans le but de venir en aide aux manufactures et de donner une impulsion à la Vendée industrielle; mais les événements des Cent-Jours forcèrent cette école à se replier sur Angers où elle fut définitivement fixée.

Une troisième école devait s’ouvrir à Saint-Maximin (Var); mais il ne fut pas donné suite au décret.

Rappelons en passant que les élèves de Châlons se conduisirent vaillamment en 1814 et 1815.

Les deux écoles d’Angers et de Châlons furent conservées sur le même pied par la Restauration, puis une ordonnance du 31 décembre 1826 vint modifier leur organisation et mettre l’enseignement plus en rapport avec les progrès de l’industrie.

En 1832, les écoles qui avaient été placées maladroitement sous le régime militaire (1830) furent, grâce à M. Ch. Dupin, rendues à leur véritable destination, et le travail y fut réglé à nouveau comme suit: Un atelier de fonderies de fer et de cuivre; un atelier pour les modèles de fonderie et pièces de machines; un atelier de forge, d’ajustage, tours sur métaux et montage des machines.

En 1843, on créa une troisième école à Aix, sur les mêmes bases et pour un même nombre d’élèves (300).

L’enseignement théorique fut rendu plus spécial. Celui de mécanique industrielle particulièrement reçut de grands développements sous l’impulsion heureuse de M. le colonel Morin.

Le programme a subi dans ces derniers temps quelques changements qui tous ont été des améliorations ayant pour objet de rendre plus pratique encore l’instruction industrielle de l’élève.

On entre à l’école à quinze ans et par voie d’examen.

La durée des cours est de trois ans, avec onze heures de travail par jour, dont cinq consacrées aux études théoriques.

L’enseignement est simple, rationnel, gradué tout aussi bien dans la classe que dans l’atelier.

Pour le dessin, par exemple, on exige que l’élève exécute, aussi bien que possible, les premiers dessins: « car il ne s’agit pas de faire bien ou mal le cours entier, dit avec raison M. Lebrun, mais il faut le bien faire: et quand on est parvenu à faire bien ses premiers dessins on fait de même tous les autres. »

Dans le travail du bois on commence par de simples planches à dessiner, et on termine par les modèles pour fonderie les plus compliqués.

A la forge on débute par des lopins de ferraille et on achève le cours par les pièces pour machines.

Chaque élève est tour à tour forgeron et frappeur, et fait alternativement le service d’homme de peine et d’ouvrier, comme dans l’atelier de fonderie, il charge les fourneaux, manœuvre les grues, moule et coule; système excellent qui le façonne, le brise à toutes les exigences de l’atelier, et ne lui fait considérer aucune tâche comme au-dessous de lui.

L’élève doit travailler de ses mains, à l’aide des outils et des tours seulement, sans avoir recours aux machines-outils, procédé qui lui donne une supériorité incontestable, soit pour apprécier le travail d’autrui, soit pour diriger un atelier ou simplement occuper la place à l’établi.

Cependant les machines à raboter, à mortaiser sont utilisées par les élèves les plus avancés de troisième année, et comme elles fonctionnent devant tous les élèves, tout l’atelier en connaît l’usage.

L’enseignement est donné par des chefs d’atelier, et chaque atelier reçoit des élèves de première, de deuxième et troisième années, de telle sorte que l’enseignement est mutuel.

Dans les ateliers ordinaires, un apprenti met cinq ans au moins pour s’ébaucher, et son apprentissage terminé, il lui faut encore plusieurs années pour devenir un ouvrier achevé. On voit quelle supériorité l’enseignement de l’École a sur celui de l’atelier.

A chaque fin d’année on distribue des prix consistant en livres spéciaux, médailles, ou fraction du prix de 3000 francs institué par Mme Ve Le Prince, et partagé entre les trois écoles. Depuis 1863, l’école de Châlons a été dotée de trois prix fondés par un ancien élève de l’école, M. Xavier Jourdain, manufacturier à Altkirch.

La réputation des écoles d’arts et métiers est tellement et si justement établie, que tout élève à sa sortie est certain de trouver une position, soit comme dessinateur, soit comme chef d’ateliers, conducteur dans l’industrie privée, la marine, les chemins de fer, les ponts et chaussées.

Ces écoles sont le point de départ de bien des fortunes. Ainsi, en 1865, sur la liste des 644 membres de la Société des anciens élèves des trois écoles, 106 étaient chefs d’ateliers de mécanique; 71 ingénieurs civils; 159 employés très-honorablement dans les chemins de fer; 78 dessinateurs; 140 contremaîtres; 20 conducteurs des mines ou des ponts et chaussées, etc. Sur ce nombre, 18 avaient été décorés comme industriels.

Les candidats à l’admission sont, on le comprendra, très-nombreux. Pour les 300 places disponibles chaque année, 100 par école, il y a en moyenne 1700 inscriptions.

Le succès des écoles de Châlons, d’Angers et d’Aix, autant que les besoins du siècle, ont amené la création de plusieurs autres écoles professionnelles, dont les principales sont représentées à l’Exposition. Mais tout en rendant justice aux excellentes intentions des directeurs, ces établissements sont à cent lieues des écoles impériales. L’enseignement y est surtout théorique, et l’atelier n’y joue qu’un rôle secondaire. Nous citerons l’École professionnelle de Mulhouse, l’École théorique et pratique de tissage mécanique aussi à Mulhouse, l’École centrale lyonnaise, l’établissement Saint-Nicolas, etc. Quant à l’École des arts et métiers de Paris, on sait qu’elle est purement théorique, et qu’elle consiste en cours de géométrie et de mécanique faits le soir aux adultes. Nous croyons qu’un vaste établissement privé sur le modèle de l’ École de Châlons, non-seulement rendrait de grands services à l’industrie, mais encore, dans un temps donné, serait une excellente affaire.

Nos écoles d’arts et métiers sont donc d’une utilité immense; elles contribuent pour une large part au progrès de l’industrie nationale. De plus, c’est souvent dans les rangs des anciens élèves que l’étranger vient recruter ses chefs d’usines.

Les directeurs actuels sont pour Châlons : M. Guy, ancien sous-chef professeur, ingénieur des travaux; pour Angers, M. Favier, lieutenant de vaisseau; pour Aix, M. Andrieux, ancien directeur à Châlons.

Ainsi dirigées, nos écoles d’arts et métiers ne peuvent que marcher, qu’avancer dans la voie utile où les avait lancées leur illustre fondateur.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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