Les tissus de Roubaix

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worldfairs
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Les tissus de Roubaix

Message par worldfairs » 20 nov. 2018 12:53 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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En dehors de l’actualité que l’Exposition universelle donne aux questions de tissage, par l’exhibition des produits eux-mêmes, l’attention est appelée sur les questions économiques qui intéressent l’industrie lainière par la polémique récemment échangée dans nos journaux.
Un différend, qui date de longtemps, règne entre les fabricants de tissus, les imprimeurs sur étoffes et les teinturiers.

Ce différend est entièrement basé sur la plus-value acquise par le produit ouvré en deuxième main sur le produit transformé à son arrivée de l’importation.

Nous étions tributaires des pays étrangers, notamment de l’Australie, qui nous a fourni 23 millions de kilogrammes de laine en 1865, et aussi de Belgique, d’Espagne, d’Allemagne, de Turquie, d’Algérie, et de la Plata, qui nous en ont fourni pour 50 millions de kilogrammes environ; l’Exposition universelle de 1855 a diminué le rôle de ces approvisionnements extranéens.

En effet, notre production et notre commerce d’exportation ont puisé dans l’exposition de 1855 des perfectionnements et un développement nouveau.

Des méthodes de peignage et de filature, d’ingénieux moyens d’impression, l’introduction de la machine simplifiant le travail de l’ouvrier, la découverte des couleurs d’aniline, des procédés d’apprêts introduits en France, ont tendu constamment à abaisser le prix de nos productions, tout en conservant leur antique supériorité.

Le cadre de cette étude est restreint à la production française; car nous n’avons pour objectif de notre examen que la ville de Roubaix. C’est à la fois peu et beaucoup, et meilleur type ne pouvait être choisi.

Laissons donc de côté les centres de production : Reims, Amiens, St-Quentin, Mulhouse, Ste-Marie-aux-Mines, Rouen, Fourmies, le Cateau, Guise et enfin Paris, où sont spécialisées les laines peignées, les fils de laine peignée et cardée, les tissus de pure laine peignée, les flanelles et étoffes de fantaisie de laine cardée et légèrement foulée, et enfin les tissus de laine mélangée d’autres matières.

L’industrie roubaisienne résume à elle seule les produits de la classe 29 que nous venons d’énumérer, et elle s’est placée par ses progrès au premier rang. Il faut que ces progrès soient d’une nature bien sérieuse, pour qu’au milieu des catastrophes financières et politiques qui se sont succédé, elle ait su maintenir quand même sa vieille réputation.
Les filatures de laine et coton de Roubaix, ses tissages pour robes, jupons et ameublements, ses teintures et ses apprêts ont atteint un degré de perfection qu’exigeait, du reste, la lutte provoquée par le traité de commerce de 1860 contre les fabriques anglaises rivales de Bradford, de Leeds et autres.

Non-seulement Roubaix rivalise avantageusement avec l’admirable production anglaise, mais encore cette ville active est à même de suivre les caprices de la mode et du goût, ce qu’aucune ville étrangère ne peut lui disputer.

C’est là une des grandes forces de l’outillage roubaisien ; car le progrès moderne a vu quelques fabriques françaises rester stationnaires pour n’avoir pas voulu suivre les fluctuations de la mode et du goût. La véritable puissance et le grand élan de Roubaix sont donc dans l’immense variété de ses tissages pour robes.

Roubaix est dans l’art du tissage ce que fut, dans la littérature, le romantique au classique. On appelait, en effet, classiques les anciens tissus, et le mot romantique s’applique très-bien aux conceptions capricieuses qu’enfante la mode, conceptions dans lesquelles 1 industrie a trouvé une mine inépuisable.

Une des conséquences du traité de commerce que nous avons déjà cité, fut l’avènement de l’outillage mécanique.

Cet avantage est peut-être le plus important de tous ceux que prétend avoir introduits cette demi-réforme économique. Mais comme rien n’est absolument mauvais ni absolument bon, même dans les modifications commerciales, nous devons à notre impartialité de signaler que, tout en stimulant la concurrence française, le traité de commerce de 1860 n’a pas résolu les questions les plus épineuses des taxes douanières.

Un événement fâcheux pour l’industrie cotonnière est venu favoriser le développement de l’industrie roubaisienne, au détriment de l’industrie rouennaise : je veux parler de la guerre d’Amérique.

A ce moment, un véritable déclassement d’articles s’est produit; parmi les étoffes pour robes, l’indienne surtout a subi un sérieux échec au bénéfice de Roubaix. Nouvelle preuve que rien n’est absolument mauvais ; mais de peur de tomber dans les doctrines de Pangloss, nous persistons à croire que l’équilibre entre la prospérité des uns et la prospérité des autres eût été maintenu, si les réformes économiques, prenant un objectif moins spécial, eussent été complétées par des mesures plus libérales.
Le jury de l’Exposition universelle de 1867 a attribué à la classe 29 treize médailles d’or. Dix sont revenues à la France, deux à la Grande Bretagne, et une à la Saxe. Roubaix figure sur la liste pour quatre médailles d’or.

Il faut citer, parmi les fabricants les plus distingués, MM. Delàtre père et fils, pour leur peignage et leur filature de laine, leur filature de coton etleur fabrication de tissus M. 1 .ouis Cordonnier, pour sa filature et son tissage; M. Motte-Bossut, filateur de-coton; MM. Morel et Cie, dont le peignage de laine est très-apprécié; et enfin M. Lefèbvre-Ducateau, ainsi que M. H. Ternynck, tous deux filateurs et tisseurs de premier ordre.

Parmi les teinturiers et les apprêteurs, il faut signaler MM. Desca frères, ainsi que MM. Hannart frères, qui, à la teinturerie et à l’apprêt, ajoutent encore l’impression.

Les noms que nous venons de donner sont ceux des principaux industriels qui se sont mis à la tête du mouvement progressiste, et qui ont su obtenir à bas prix une fabrication accessible à toutes les bourses.

En effet, les prix des tissus de Roubaix varient depuis 75 centimes jusqu’à 6 francs le mètre.

Aussi voit-on que pour 10 francs, la femme pourrait se confectionner une bonne robe; mais il y a plus encore, car nous avons vu afficher, dans certaines maisons de détail, des robes de dix mètres pour la modique somme de 6 francs 50 centimes.

Qu’es-tu devenue, pauvre robe d’indienne de nos grand’mères, que Jouy fabriquait, et qui coûtais 20 et 30 francs?

Nous ne saurions mieux terminer cette analyse, qu’en jetant un coup d’œil sur la situation des ouvriers qui concourent à la fabrication roubaisienne. Il ne nous est pas possible de tenir compte ici des troubles récents qui ont ému cette laborieuse cité.

Nos renseignements particuliers posent devant nous un point d’interrogation.

C’est celui-ci : vingt mille ouvriers environ tissent à la main, neuf mille cinq cents tissent à la mécanique, et les salaires sont : pour les premiers 2 fr. 50 cent, par jour, pour les seconds 2 fr. 25 cent. Pourquoi cette différence?

Il y a donc vingt mille ouvriers qui gagnent 2 fr. 50 cent., et à peine dix mille qui gagnent 2 fr. 25 cent., alors que toutes les statistiques nous démontrent l’augmentation du salaire provenant de l’emploi des machines.

Le dernier mot n’est donc pas dit pour Roubaix. De nouveaux progrès doivent y marquer leur place, empêchant ainsi des troubles qui, entre nous, pourraient bien ne pas avoir d’autres causes que la différence des salaires que nous venons de signaler.

Nous sommes à même de résumer par un chiffre l’état commercial de Roubaix, en disant qu’en 1865 il s’est fait pour 451 millions d’affaires.

Nous regrettons vivement que les statistiques de 1866 et 1867 ne nous permettent pas d’établir des comparaisons dont nous aurions pu tirer des conséquences essentiellement pratiques et instructives.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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