L’Artillerie espagnole de montagnes

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worldfairs
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L’Artillerie espagnole de montagnes

Message par worldfairs » 13 nov. 2018 01:42 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - L’Artillerie espagnole de montagnes - artillerieespagnole.jpg

En regardant les remarquables modèles envoyés par les arsenaux espagnols, ces canons si courts et si légers pesant à peine cent kilogrammes, ces équipages aux formes singulières, ces petites roues et ces affûts que des mulets portent sur leurs dos, bien des gens se sont demandé si ce matériel de guerre était vraiment destiné aux combats et ne représentait pas un matériel qui ne devait être employé que pour les amusements d’une parade militaire.

Ceux-là n’ont jamais entendu les soldats d’Afrique raconter les longues courses de nos régiments dans les montagnes de l’Algérie, et ces rudes combats où parfois la journée entière se passait à disputer l’étroit sentier aux agressions des Kabyles se précipitant sur nos bataillons d’arrière-garde; ils sauraient que bien souvent la mitraille des petits canons avait refoulé l’ennemi et permis d’enlever les blessés — que, plus d’une fois, les obus fouillant au loin les épais buissons de lentisques qui le dérobaient à tous les regards, l’avaient délogé de positions dangereuses et assuré le passage de la colonne qui poursuivait péniblement sa marche ; et, parmi ces vieux routiers, il n’en est pas un qui n’ait gardé souvenir de l’un de ces moments terribles où les secondes paraissent aussi longues que les heures, et qui ne se rappelle le soulagement ressenti quand on apercevait les artilleurs accourant avec leurs mulets, et qu’on les voyait saisissant leur canon, déchargeant les roues et l’affût, remontant la pièce en quelques secondes, commençant aussitôt le feu.

Quand j’examinais ces modèles espagnols, la pensée d’un chasseur de Vincennes nous redisant comment, dans une de ces journée-que les Arabes nomment les journées noires, les petits canons du lieutenant de Berckheim qui maintenant, je crois, est devenu général, leur avaient à tous sauvé la vie, me revenait à l’esprit. A bout de forces, ayant épuisé leurs munitions, acculés devant un espace découvert qu’il fallait traverser, ils allaient être débordés par la multitude des Kabyles, quand, sans s’inquiéter des balles tombant comme la grêle autour d’eux, les artilleurs accourent avec leurs mulets, placent leurs pièces en batterie, et permettent, par la justesse et la rapidité de leur tir, à la compagnie qui, quelques instants plus tard, aurait peut-être été détruite, de franchir la clairière et de venir se reformer auprès d’eux.

Les intéressants récits de notre ami Ducuing dans la Revue des Deux-Mondes nous ont fait connaître les curieuses péripéties de ces luttes soutenues en Navarre et en Kabylie par Zumalacarregui et le maréchal Bugeaud, et en lisant ces pages émouvantes, l’on comprend les difficultés terribles de ces guerres de montagne et la nécessité de créer dans les deux armées un matériel à peu près semblable, unissant la légèreté et la mobilité à une solidité à toute épreuve, matériel à l’aide duquel on peut toujours atteindre l’ennemi sans jamais être arrêté dans les difficultés du terrain.

L’Espagne, au reste, est bien la terre classique de la guerre de montagne, et sans remonter aux temps héroïques de la lutte contre l’islamisme, qui de nous pourrait oublier les guérillas de la grande guerre d’Espagne? Plein de bravoure et d’énergie, actif et infatigable, remarquable par sa sobriété et sa constance, le soldat espagnol est un des meilleurs soldats du monde, et il possède des aptitudes merveilleuses pour cette guerre difficile et rude entre toutes; mais l’armée espagnole, très-instruite et renfermant un grand nombre d’officiers de mérite, ne nous a pas seulement envoyé les spécimens de ses canons de montagnes; les autres pièces d’artillerie, que l’un de nos dessins représente, sont également dignes d’attention, et en général les hommes spéciaux ont été frappés du discernement qui a présidé au choix des modèles adopté pour l’équipement et pour le matériel. Il y a là un élément de force incontestable, et, puisqu’au Palais du Champ de Mars les progrès accomplis dans les choses de guerre paraissent tenir autant de place dans la curiosité publique que les progrès de l’industrie, nous devions signaler d’une façon toute particulière les spécimens et les modèles de matériel de guerre qui font partie de l’exposition espagnole.
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