Les Ornements d’église

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worldfairs
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Les Ornements d’église

Message par worldfairs » 12 nov. 2018 09:02 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Monsieur le rédacteur en chef,

Vous avez désiré qu’un homme appartenant à l’Église traitât des ornements qui servent au culte catholique et que l’Exposition place sous les regards du monde entier.

Je remplis volontiers cette tâche et je jette sur le papier, avec mes impressions personnelles, les quelques renseignements techniques que j’ai pu recueillir.

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La mitre

De tout temps la forme des ornements sacerdotaux et les tissus qui entrent dans leur composition ont été l’objet du plus grand soin, d’un soin presque aussi minutieux que ce qui concerne le cérémonial liturgique.
C’est merveille de voir avec quelle sollicitude les industriels qui ont exposé au Champ de Mars de vrais chefs-d’œuvre de broderies religieuses, ont suivi les traditions des arts anciens en les relevant par les progrès auxquels la science moderne est parvenue.

Tous les comptes rendus ont été unanimes à cet égard. C’est bien à la broderie religieuse qu’il faut assigner le premier rang pour les travaux artistiques que l’aiguille ou le métier ont produits.

Il faut donc constater que le travail moderne surpasse, sinon en richesse, du moins en perfection, celui des anciens artistes, si grandes que fussent, d’ailleurs, leur adresse et leur patience p:ur peindre avec de la laine ou de la soie les sujets religieux dont ils décoraient les ornements d’église.

L’importance accordée, par le jury de l’Exposition, aux broderies religieuses appelle naturellement notre attention. Elles ont valu au représentant de la maison Biais aîné, fils et Rondelet, la croix de la Légion d’honneur.

La gravure qui est insérée dans ce numéro représente trois des principaux objets qu’on remarque dans la vitrine de ces exposants, ce sont : une chasuble de mariage, en moire antique blanche; une chape brodée à deux faces, et une mitre en drap d’or fin, du style gothique le plus pur du quatorzième siècle.

Il est plusieurs branches de productions artistiques chez lesquelles les secrets du passé se sont perdus. MM. Biais et Rondelet se sont chargés de nous prouver qu’il n’en est pas ainsi pour la broderie religieuse. La mitre épiscopale que nous venons de signale? est d’une exécution tellement hors ligne, qu’on la dirait plutôt destinée à figurer dans un musée qu’à ceindre le front de quelque prince de l’Église. Tel est, du reste, le sort des anciennes œuvres de ce genre, et l’on conserve encore, à l’abri de l’usage, à Saint-Étienne de Châlons, une mitre de saint Malachie, archevêque d’Armagh, primat d’Hibernie et ami de saint Bernard.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Ornements d’église - La chasuble - chasuble.jpg
La chasuble

Pour caractériser la délicatesse d’exécution de l’image du Sauveur brodée sur l’un des côtés de la mitre exposée par MM. Biais et Rondelet, nous ne saurions mieux faire que d’emprunter les expressions de Vasari décrivant une chape brodée par Paolo de Vérone, sur les dessins du peintre Antonio del Pollaiullo : « Le brodeur rendit les figures avec l’aiguille aussi bien qu’Antonio aurait pu le faire avec le pinceau. On ne sait ce qu’on doit le plus admirer du beau dessin de l’un^ ou de l’étonnante patience de l’autre. Cet ouvrage demanda vingt-six années de travail. »

Nous qui pouvons comparer dans les galeries de l’Histoire du travail les anciennes broderies avec les nouvelles, que dirons-nous à notre tour? sinon qu’avec une perfection plus grande, s’il est possible, MM. Biais et Rondelet mettent cinquante-deux fois moins de temps. Or, en voyant la mitre elle-même et non l’image que reproduit notre dessin, on oublie, en quelque sorte, la richesse des matières mises en œuvre, la splendeur et le prix élevé des tissus, et l’on se rappelle ces mots du poète décrivant le palais du Soleil :

Materiam superbat opus.

Dans la même vitrine se trouvent exposés divers types d’ornements d’Église de tous les temps et de tous les pays catholiques; la chasuble romaine en lame d’argent fin ; la chasuble d’Espagne, sans autre croix qu’une simple ligne droite sur le devant; l’amphibal des premiers temps de l’Église; la chape italienne de forme espagnole richement brodée à double face, réversible et sans envers; plusieurs bourses de salut et une bannière: tous ces objets d’un fini irréprochable.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Ornements d’église - La chape - chape.jpg
La chape

Il y a plus, certaines broderies de cette exposition attirent l’attention par une exécution toute nouvelle.

Nous en citerons une faite avec le point au passé, formant, sans qu’on puisse apercevoir les nœuds, un même dessin, apparaissant sur les deux faces avec des couleurs différentes. C’est là ce qu’on peut appeler un tour de force.

Une des bourses de salut dont nous avons parlé plus haut est brodée à l’aiguille, au vrai point des Gobelins. C’est en réalité la seule de cette sorte qui figure à l’Exposition.

Enfin, d’autres ravissantes broderies soit à couchure plate, soit en relief, indiquent qu’aucun genre n’est au-dessus de l’habileté de MM. Biais et Rondelet.

Maintenant, si nous devions toucher à l’économie’ politique, nous aurions bien des considérations à présenter sur les conditions de production qu’exige une industrie aussi développée et aussi délicate. Ce ne sont pas seulement, comme on se l’imagine par fois mal à propos, les grandes usines qui demandent un capital considérable. Il s’agit ici de fabriquer avec art, de manier des matières d’un prix élevé et d’attendre le résultat lointain, mais infaillible, d’un capital considérable de savoir, de goût et d’expérience.

Tels sont les enseignements qui résultent de l’Exposition de 1867 ; or la maison Biais et Rondelet, qui a pris part à toutes les grandes expositions depuis celle qu’organisa le citoyen François de Neufchâteau et qui y obtint sa première récompense, a cependant une certaine difficulté à exposer aux yeux du public ses plus belles œuvres.

Il est tel souverain qui se réserve la première vue de ses commandes. C’est ainsi que dernièrement, l’ambassadeur d’une reine catholique dérobait aux regards de la France de magnifiques ornements qu’on admire aujourd’hui dans une chapelle royale. Aussi n’est-ce pas au Champ de Mars qu’on peut trouver la représentation complète de l’industrie de ces exposants.

Ajouterons-nous en terminant que par la manière dont ils ont organisé leurs ateliers, MM. Biais et Rondelet ont résolu le problème économique, conforme à cette merveilleuse loi qui diminue le prix de revient, augmente la qualité du produit en l’améliorant, en raison de la puissance de la fabrication et de la sûreté des procédés?

Nous croirions manquer à ce qui est dû à la mémoire du respectable chef de la maison Biais, si nous ne rappelions ici qu’aux jours néfastes de la révolution, cet intrépide catholique exposait courageusement sa tête à l’échafaud en fournissant, malgré les édits, des vêtements sacerdotaux aux prêtres persécutés et forcés de célébrer dans l’ombre les mystères sacrés.

Les héritiers de cet homme vénérable n’ont pas eu, heureusement, à faire preuve d’un semblable héroïsme. Mais ils contribuent à leur manière, avec un zèle et une intelligence dont on ne saurait trop les louer, à rehausser, autant qu’il dépend d’eux, la majesté du culte, par l’exécution consciencieuse et la splendeur artistique de leurs remarquables travaux.

L’abbé E. Chirac.
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