L’eau de mélisse de M. Boyer

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6495
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

L’eau de mélisse de M. Boyer

Message par worldfairs » 18 oct. 2018 12:46 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - L’eau de mélisse de M. Boyer - eaudemelisse.jpg

Comment l’eau de mélisse des Carmes est-elle devenue la propriété de M. Boyer? Le monopole n’existe légalement aujourd’hui que sous la forme temporaire de brevet d’invention. Or, M. Boyer n’est pas l’inventeur de l’eau des Carmes. Le précieux cordial est connu depuis le moyen âge; et les moines qui lui ont transmis la recette l’avaient peut-être reçue eux-mèmes de l’antiquité : car Pline parle des propriétés merveilleuses de la mélisse. C’est un miracle que la recette de ce cordial, conservée à l’état de secret, ne se soit pas perdue; et nous n’avons pas à rechercher à quel titre M. Boyer l’a recueillie. Il nous suffit de constater qu’il la possède; et qu’aucune contrefaçon n’a pu remplacer la marque d’origine !

Tout le mérite de M. Boyer consiste à avoir fait servir la science moderne à rendre infaillible le dosage dont il a le secret, c’est-à-dire à fabriquer mieux et plus économiquement le mystérieux cordial qu’on ne le faisait autrefois.

Certes, la chimie analyse admirablement tous les éléments qui composent une substance; mais quand il s’agit des dosages, c’est-à-dire de la proportion et de la quantité selon lesquelles des milliers de corps ayant les mêmes bases entrent dans la combinaison organique, la chimie est impuissante à rien préciser.

Les plantes qui parfument l’eau des Carmes sont chimiquement des corps composés.

Par l’analyse, on en découvre bien toutes les bases simples, mais quand il faut ensuite les grouper pour nommer les plantes elles-mêmes, on ne sait plus comment procéder. Là est la meilleure garantie du propriétaire de la recette.

Un exemple fera mieux saisir notre observation : l’eau, nous le savons tous, est un composé d’oxygène et d’hydrogène, tenant en dissolution quelques sels calcaires; or, quoique l’on connaisse très-bien les éléments dont elle se compose, jamais on a reproduit artificiellement de l’eau semblable à celle de nos sources; l’eau artificielle est fade, lourde, et certainement beaucoup trop pure. L’eau de source est légère, douce, et possède une certaine saveur indéfinissable dépendante du sol, du climat et de la situation géographique.

Il en est de même pour l’eau des Carmes; la nature du terrain, la culture des plantes, l’époque de leur cueillette, leur préparation, leur distillation, tout donne lieu à des qualités que l’on est impuissant à contrefaire. Le parfum peut trahir le nom de quelques-unes des plantes employées, et on appellera eau de mélisse tout liquide qui en contiendra, mais ce ne sera pas de l’eau des Carmes ; pas plus que le haschich fait à Bicêtre ne sera le haschich fait dans l’Inde, ou l’eau de rose française ne sera la célèbre essence africaine.

Est-ce la perfection des recettes chimiques dont se servent les Arabes qui fait leur supériorité? Rien n’est naïf comme leur laboratoire.

Il y a bien des cas où l’empirisme domine la science. On est appelé à constater souvent les effets merveilleux de la médecine des sauvages, dont la pharmacopée est toute écrite au livre divin de la nature, dans lequel ils savent mieux lire que nous.

Or l’ancienneté de l’eau de mélisse des Carmes déchaussés de la rue de Vaugirard est un fait historique ; et quoique le laboratoire des Carmes ne date que de 1610, il est certain qu’ils ont perfectionné dans ce produit quelque ancienne recette de l’Orient; du reste, l’instruction, concentrée jadis dans les cloîtres, y a développé le germe de presque toutes nos sciences modernes; en outre, les religieux, privés de tout autre plaisir, n’ayant que celui de la table, durent chercher plus spécialement les digestifs et les antiapoplectiques, en vertu de l’axiome : Prima sibi, caritas; témoins la Chartreuse et la liqueur des Bénédictins; enfin, dans le moyen âge, les moines étaient les meilleurs médecins, leur prestige s’en augmentait, — et peut-être aussi un grand nombre de leurs miracles en dépendait-il.

Quoi qu’il en soit, ce que les pratiques empiriques des Carmes nous apprennent sur les propriétés médicales de la mélisse, Pline et Galien l’avaient dit dans leurs livres, et la thérapeutique moderne le constate scientifiquement en lui donnant les titres de céphalique, antispasmodique, cordial, emménagogue, diurétique, sudorifique, etc. Pour nous qui ne voulons pas parler grec, nous dirons simplement que l’eau de mélisse préparée suivant la formule primitive, qui exige une foule de soins, est un excellent cordial, très-favorable contre l’apoplexie, les maux de cœur, les atteintes cholériques et autres phénomènes produisant les mêmes effets.

En 1862, les jurys récompensaient ce produit comme possédant d’excellentes qualités médicales et hygiéniques; M. Boyer a su donner à sa fabrication un essor nouveau en mettant au service de la formule originale les ustensiles dont dispose l’industrie contemporaine.

Aussi a-t-il admirablement perfectionné la distillation, ce qui a pour conséquence immédiate une production plus rapide, et, ce qui ne surprendra personne, une consommation de plus d'un million de francs par an, dont un bon tiers provient de l’exportation.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité