Panoplie de l’Algérie

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worldfairs
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Panoplie de l’Algérie

Message par worldfairs » 11 oct. 2018 01:12 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Panoplie de l’Algérie - algeriepanoplie.jpg

La France est très-libérale envers les indigènes de l’Algérie, et l’ordonnateur de l’exposition de notre belle colonie a tenu, pour répondre au sentiment général de générosité qui nous anime tous, à ce que les Arabes et leur civilisation fussent représentés au Champ de Mars, de manière à ce que ceux de leurs chefs appelés à Paris pussent se déclarer satisfaits de notre hospitalité et de la mise en scène de leurs produits. L’intention était excellente, mais la tâche à remplir était difficile, pour ne pas dire impossible, car les envois des musulmans de l’Algérie, à l’exception de tentes qu’on a dû reléguer avec des chameaux et leurs gardiens dans l’angle sud-ouest du Parc, de quelques fioles d’huile et de quelques sacs de laine brute, de blés, d’orges, de maïs, de millets, de fruits secs, inférieurs en qualité aux similaires des colons, étaient nuls ou à peu près, et se prêtaient fort peu à constituer un étalage brillant. Tout au plus, pour suppléer à une infériorité réelle, l’art du décorateur pouvait-il mettre en relief un certain nombre d’étoffes aux couleurs éclatantes, mais peu variées dans leur matière, leur tissage et leurs formes; une série de vêtements de l’âge biblique, caractéristique, chez ceux qui les portent, d’une grande résistance à tout progrès; un assortiment assez mesquin de cruches, de vases en poterie de la même époque que les vêtements; quelques articles en sparterie à l’usage de la vie nomade et de populations très-pauvres; et, pour donner à cet ensemble son véritable cachet, disséminées par-ci, parla, des peaux de bêtes fauves : lion, panthère, once, hyène, chacal et autres, et encore, pour que ces peaux fussent présentables, fallait-il que la main de l’ouvrier français les eût préparées. Évidemment ce n’était pas avec ces éléments qu’on pouvait composer une exposition digne des destinées qu’on assigne au peuple arabe dans l’avenir de l’Algérie. Alors on a cherché un complément à ce qui manquait, et, comme on n’a trouvé rien de plus en fait de production, on a dû nécessairement se rabattre sur les instruments de destruction ; de là la magnifique panoplie qui décore un des principaux compartiments de l’exposition algérienne.

Puisqu’on s’est trouvé dans la nécessité — faute de mieux — de donner une place importante à l’arsenal de guerre des Arabes, parlons-en.

D’abord, disons qu’il y a de tout dans la panoplie algérienne : le changuermanguer, arme de jet des Tebous, peuplade de race nègre qui parcourt la partie du Sahara entre le Fezzan, le Wadaï et le Bournou; des lances à harpons, des javelots, des flèches avec leurs arcs, des boucliers, le tout appartenant à l’armement des Touaregs, nation berbère qui s’étend des confins méridionaux de l’Algérie aux rives du Niger; des armes turques, le yatagan, des sabres recourbés, entre autres, bien qu’il n’y ait plus de Turcs en Algérie ; des épaves de l’armement des anciens réguliers d’Abdel-Kader, dont les derniers survivants sont à Damas; quelques spécimens de l’armurerie tunisienne et marocaine importés en Algérie avant 1847, pendant les guerres de la conquête. Bref, le trophée représente plutôt l’ensemble des armes de guerre du nord de l’Afrique que la collection des armes de l’Algérie, et il y a une raison majeure pour qu’il en soit ainsi : c’est qu’il n’y a pas d’armuriers indigènes dans toute l’étendue de nos possessions; c’est qu’il n’y en a jamais eu, car on ne peut donner le nom d’armuriers à des ouvriers qui se bornent à monter des pièces tirées d’Europe ou à les réparer tant bien que mal.

Aux armes qui composent la panoplie, on a joint la partie complémentaire de l’équipement de l’Arabe et de son coursier : des selles de cheval et de dromadaire, des brides avec leurs mors et leurs rênes, des djebiras ou sacoches à nombreux compartiments, diverses musettes, des bottes molles de cavaliers, des éperons à pointes aiguës, le grand chapeau, medol, en palmier nain, du raia, et le même chapeau orné — on pourrait dire hérissé — de plumes d’autruche du grand seigneur, djouad ou douadi, etc., etc.

Tout ce bric-à-brac d’armes, d’objets d’équipement et d’instruments de musique, est appliqué sur un fond de tapis et d’étoffes de laine qui sont l’œuvre des femmes sous la tente.

Mais avant de quitter la panoplie, arrêtons-nous sur deux bustes en plâtre qui représentent l’un un grave magistrat musulman, l'autre un type de guerrier, dus tous deux au burin de M. Fulconis, un ancien Algérien, aujourd’hui sculpteur à Paris.

Ces deux modèles, dressés sur nature, sont d’une frappante vérité, car il nous semble avoir rencontré cent fois ces deux figures dans tous les coins de l’Algérie.

Pour nous, le trophée d’armes qui prend une si grande place dans la soi-disant exposition des indigènes n’est qu’un hors-d’œuvre, un effet de mirage, car, nous l’avons démontré, il ne représente ni l’armement de ceux que nous avons eu trop souvent à combattre comme ennemis ou révoltés, ni une industrie locale qui avait droit à une place dans un concours ouvert aux produits du travail de tous les peuples.

Si le décor de la panoplie plaît à la curiosité de la foule par son caractère étrange, l’attention des visiteurs sérieux est bien plus attirée par les matières premières des étagères, des vitrines et des châssis qui garnissent cette division de l’exposition algérienne.

Là sont : des masses de coton représentant presque toutes les variétés qu’on trouve dans le commerce, mais principalement les Sea-Island ou Géorgie longue soie; de grandes quantités de laines en toisons et en suin, ou lavées et peignées, parmi lesquelles on distingue deux types principaux : les laines dites de carde et les laines dites de peigne ; des fils, des tissus, de la bonneterie, des draps, des châles, quelques articles de fantaisie; enfin des cuirs préparés les uns par les indigènes, les autres par les tanneurs français établis dans la colonie.

Les colons algériens n’exposent que les matières premières entrant dans la fabrication des vêtements : coton courte soie, coton longue soie, lin, chanvre, laine, soie; les tissus ouvrés avec ces matières, et qui remplissent les vitrines en avant et au-dessous de la panoplie, sont le travail des manufacturiers de Mulhouse, de Logelbach, de Tarare, de Rouen, de Fiers, de Troyes, d’Arcis, de Bury, de Lille, de Cambrai, de Dunkerque, d’Elbeuf, d’Amiens, de Rethel, de Lyon, etc. Ces tissus démontrent que les produits algériens, notamment les cotons longue soie, les laines et les soies, supportent la concurrence avec les similaires les plus renommés des autres pays de production, quoique l’agriculture coloniale n’ait pas la prétention d’avoir encore atteint les derniers degrés du perfectionnement.

On le voit : l’Algérie pratique le principe fécond de la division du travail. Les colons produisent les matières premières, et la main-d’œuvre française les transforme en articles de commerce. Ainsi s’établit entre la colonie et la métropole un lien indissoluble plus puissant que les affirmations trop souvent éphémères de la loi écrite.

Le compartiment de l’exposition algérienne réservé aux fils et tissus de coton, lin, chanvre, soie, laine, a le privilège de provoquer l’attention des dames. C’est qu’en effet il y a de très-beaux fils et de très-beaux tissus dans les vitrines.
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