La rue de Flandre

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worldfairs
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La rue de Flandre

Message par worldfairs » 10 oct. 2018 01:52 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

rueflandre.jpg

La rue de Flandre est l’une des deux grandes voies exactement parallèles à la rue de Paris.

La porte Rapp donne directement accès à la rue de Flandre, située par conséquent au milieu même de la section française; si les merveilles n’y sont pas aussi nombreuses que dans la magnifique rue de Paris, on y rencontre pourtant assez do belles choses qui la font admirer même après celle-ci et qui la rendent digne de figurer à sa droite. Nous allons donc la parcourir tout entière, mais avec rapidité.

En pénétrant dans le Palais par la porte Rapp, nous nous trouvons dans la grande galerie des machines. Sur la gauche, divers sons argentins et rapides frappent notre oreille, c’est le bruit des carillons électriques.

L’électricité, qui dans une seconde peut parcourir des milliers de lieues, se borne à produire ici ses effets sur un espace de quelques mètres.

De même ce vaste réseau télégraphique qui relie aujourd’hui toutes les villes de France, les plus petites comme les plus grandes, ce vaste réseau figure sous les yeux des visiteurs sur une carte de quatre mètres carrés.

Cette carte donne cependant une idée parfaite de l’importance de nos lignes électriques. Chaque ville-station est épinglée, chaque ligne est représentée par un fil qui se rattache aux épingles, ainsi l’œil peut embrasser à la fois le réseau tout entier.

Quant aux appareils en usage, nous les retrouvons à peu près tous à l’Exposition, ce sont: l’appareil français, le Morse, le télégraphe Hugues, le pantélégraphe Caselli, la machine Lenoir.

Nous y trouvons également des sonneries électriques pour hôtels et pour appartements.

Un article spécial et détaillé sera sans doute consacré dans cette publication aux différents appareils usités dans le passé et dans le présent.

Passons maintenant à droite de la grande galerie des machines. Nous y rencontrons d’abord les vannes et fontaines employées par la ville de Paris pour le service de la distribution des eaux; puis les robinets de M. Herdevin, fondeur en cuivre. Ses appareils confectionnés avec science et dans d’excellentes conditions ont valu à M. Herdevin une médaille d’or.

A côté de lui, nous voyons les imprenables forteresses de M. Fichet, depuis longtemps célèbre dans la science de mettre les valeurs à l’abri des voleurs.

Arrêtons-nous un moment devant l’un de ces forts où M. Fichet a employé toutes les ressources d’une défense savante et qui doit faire échouer complètement l’ennemi ou les ennemis.

Les ennemis! car ils sont deux et le second plus redoutable que le premier, le Vol et l’Incendie.

M. Fichet pense, avec infiniment de raison, qu’il ne suffit pas de défendre l’or et l’argent renfermés dans les coffres, mais qu’il faut aussi se préoccuper des valeurs-papier, qui sont aujourd’hui si nombreuses et qui se trouvent dans toutes les mains. Un bon coffre-fort doit donc être établi dans des conditions telles que les voleurs et le feu ne puissent rien contre lui.

M. Fichet a réuni ces conditions dans le bel ouvrage que nous avons sous nos yeux.

Il consiste en une armoire en tôle qui renferme une seconde armoire également en tôle. Ces deux armatures très-épaisses sont d’une seule pièce pliée aux quatre angles; de plus, elles sont blindées de bandes en fer aciéré.
Cet ensemble défie toute espèce de tentative, d’effraction et surtout de déplacement. La porte est d’un seul morceau, et n’est ni percée, ni affaiblie par la pose de pièces ou de plaques de rapport, qui offrent aux voleurs des points d’attaque faciles à emporter. Quant à la serrure, elle est incrochetable, toute tentative pour l’ouvrir la ferme, au contraire, davantage, lorsqu’on ne connaît pas le mot de la combinaison qui peut l’ouvrir, et, détail curieux, l’oubli de la clef sur la serrure ne livre pas les sommes déposées dans le coffre, attendu que la porte se referme d’elle-même dès qu’elle n’est pas tenue par la main, et en se refermant, elle brouille la combinaison de lettres qui forment le secret pour ouvrir. Comme si ce n’était pas encore assez de précautions, l’intérieur du coffre est garni de matières réfractaires incombustibles, qui le mettent à l’abri de l’incendie.

Voici sur la droite, dans la galerie suivante, les caoutchoucs de M. Guibal. On sait que le caoutchouc se prête à de nombreux usages et nous le voyons affecté à la plupart de ces usages, dans les vitrines de M. Guibal.

Voici sur la gauche diverses statues de fonte, sorties du moule et sans retouches, elles sont exposées par M. Durenne, dont le chef-d’œuvre est une fontaine qui figure à l’entrée même de l’Exposition, devant le pont d’Iéna. Les fontes de M. Durenne, si justement admirées à la dernière exposition de Londres, ont acquis depuis 1862, non pas des qualités nouvelles, mais le perfectionnement de leurs grandes qualités; cette fonte est grasse, douce, fine, plastique, admirable pour la reproduction des œuvres d’art; aussi, M. Durenne a-t-il raison de s’en servir pour éditer les statues, les bustes, les vases, les coupes de nos meilleurs artistes.

Le rival le plus dangereux de M. Durenne, ou, pour mieuxdire, son digne émule, le voici: c’est M. Barbezat, ou le successeur de ce grand industriel. M. Barbezat, dont l’usine avait, depuis quelques années, accompli de rapides et nouveaux progrès, n'a pu recevoir la récompense due à ses nombreux travaux.

Il est mort quinze jours avant l’ouverture de cette exposition où six classes différentes recevaient ses produits et dans le jury de laquelle il avait une place bien méritée. Les fontes du Val d’Osne ont obtenu une médaille d’or, et ce n’est pas trop pour cet ensemble si vaste. Ajoutons que M. Barbezat, comme son rival, M. Durenne, a fait dresser à la porte d’Iéna une magnifique fontaine en fer.

A côté des grandes pièces de fer de MM. Durenne et Barbezat, voici les petites pièces et les treillages délicats de l’usine Tronchon dont les sièges sont si connus. Pour ma part, j’aime mieux ses cages et ses corbeilles de salon. Les Parisiennes, en général, ont deux passions charmantes, l’une pour les fleurs, l’autre pour les oiseaux; l’usine Tronchon leur fournit les plus gracieuses cages et les plus jolies corbeilles qu’elles puissent désirer. Les unes et les autres n’ont rien que de simple. Ce sont des treillages légers, peints en blanc et rehaussés de quelques ornements dorés, mais la forme en est élégante, et grâce à ces gentils ouvrages, la Parisienne la plus difficile peut, même devant ses visiteurs et ses visiteuses, rester en tête-à-tête avec ses oiseaux et ses fleurs.

A côté de M. Tronchon, nous rencontrons M. Lerolle, dont les bronzes ont été justement appréciés du jury; on leur a décerné une médaille d’or. Parmi ces bronzes, nous remarquons surtout une pendule et deux candélabres de grandes dimensions, dans le style Louis XIV. Nous ne saurions trop louer cette œuvre de goût. Le bronze employé est d’un vert olive pâle, d’une très-heureuse nuance, il est entièrement travaillé au repoussé et travaillé avec un soin, une perfection vraiment admirables.

Poursuivons noire marche et donnons un coup d’œil à l’exposition de M. Hallé, fournisseur de l’Opéra. C’est M. Hallé qui est chargé de confectionner les accessoires de ce théâtre, accessoires très-brillants, vus à distance et tout simplement en carton.

En face, nous voici devant les merveilles de la soie. Les étoffes de Lyon, Nîmes, Tours, Valence, brillent là de leurs mille couleurs. Pourquoi faut-il que cette magnifique industrie soit menacée aujourd’hui et que l’on ne puisse l’admirer sans trembler pour son sort?

Mais passons, il ne nous appartient pas d’apprécier en ce moment l’état présent et passé de la fabrication des soies en France. Cette appréciation mérite d’être traitée avec développement, elle le sera dans l’un de nos prochains numéros.

Voici, du reste, d’autres merveilles, et celles-ci sont trop prospères pour que nous ayons à trembler pour leur sort. Ce sont les magnifiques produits de la cristallerie de Clichy. On a dû mettre cette fabrique hors concours, attendu qu’elle a épuisé toutes les séries de récompenses aux diverses Expositions passées.

Je suis tout à fait de l’avis de M. Amédée Achard, qui, dans sa revue des cristaux de Baccarat, accorde au cristal blanc une grande supériorité sur le cristal de couleur. Dès que le cristal est coloré, il perd sa qualité principale, cette limpidité brillante qui le fait tant rechercher et qui fascine les regards.

Ce que j’admire donc davantage dans l’exposition de Clichy, ce sont les services de pur cristal; il est cependant, à côté de ces produits, certaines pièces où la couleur se mêle dans de faibles proportions, et que j’aime presque à l’égal des premières. J’ai vu, par exemple, un service à liqueur exécuté pour S. A. le vice-roi d’Égypte. Une bande de cristal vert enlace chaque carafon, chaque verre, et sur cette bande sont gravées les armes du prince : c’est très-joli, presque aussi joli que coûteux. J’aime aussi certains coffrets de cristal taillé dans lesquels paraissent incrustées des émeraudes : c’est gracieux. La cristallerie de Clichy exécute, du reste, avec ses cristaux de couleurs, de vrais tours de force. Ses craquelés sont très-beaux, ses flacons plats très-réussis. Ses imitations de Bohême, achetées par le musée de South-Kensington, sont également très-heureuses.

Maintenant il ne nous reste plus à voir que quelques photographies placardées sur les murs, et parmi lesquelles se font remarquer celles de M. Tespereau, de Bordeaux.

Avant de terminer cette revue, arrêtons-nous devant la vitrine d’éventails de M. Alexandre, digne fournisseur de leurs gracieuses Majestés l’Impératrice des Français et la reine d’Angleterre.

Ces éventails, que l’on peut facilement comparer avec les plus beaux que l’on connaisse du dix-huitième siècle (ils sont dans le Musée rétrospectif à deux pas de là), ces éventails sont décorés avec un goût très-délicat, et présentent en se développant des aquarelles ravissantes.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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