Le Parfumerie de M. Piver. — Classe 25

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Le Parfumerie de M. Piver. — Classe 25

Message par worldfairs » 27 sept. 2018 02:28 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Le Parfumerie de M. Piver. — Classe 25 - parfumeriepiver.jpg

A cette place, et dans une remarquable revue générale de la classe 25, un de nos collaborateurs, obligé de passer rapidement sur les détails au bénéfice de l'ensemble, annonçait qu’un des chefs de l’industrie de la parfumerie, M. Piver, méritait un examen spécial.

Cet examen nous le donnons aujourd’hui, appuyé d’une poétique gravure, qui représente la vitrine de cet exposant et qui symbolise son industrie.
Certes, Balzac aurait beaucoup de mal à retrouver dans nos grandes usines modernes, des types semblables à son immortel César Birotteau et à son naïf successeur Papinot.

L’immense accroissement et la réelle importance que les théories hygiéniques ont donnés dans ces derniers temps à la parfumerie, en font aujourd’hui un des éléments commerciaux et industriels, les plus productifs de la France.

La vapeur est venue à son tour animer cette fabrication, jadis essentiellement manuelle, et l'un des premiers industriels qui aient su créer, pour ses besoins, des modèles mécaniques nouveaux, mus par la vapeur, est, sans contredit, l’exposant dont je vais étudier les produits.

Ceux qui, sur ce sujet, interrogeraient M. Piver et lui objecteraient qu’un des inconvénients de la machine est, en supprimant le travail des bras, de supprimer aussi le salaire qu’il représente, pourraient se convaincre, une fois de plus, que rien n’est plus faux que cette théorie. La machine, en diminuant les frais, crée de nouvelles ressources qui permettent aussi bien d’augmenter les salaires que le nombre des travailleurs eux-mêmes, auxquels incombe, en outre, un travail moins pénible.

Aussi quoique l’outillage complet de l’usine de M. Piver, établie à la Villette, remplace le travail de soixante-cinq ouvriers, et réalisé une économie de 25 pour 0/0, on constate que, malgré cette économie de main d’œuvre, le nombre des ouvriers de cet industriel s’est toujours accru, ainsi que leur salaire, sans accroître les prix de vente, et sans diminuer le gain légitime qui doit rémunérer tout travail consciencieux.

La production annuelle de M. Piver s’élève à 2 500 000 fr., dont les deux tiers sont pris par l’exportation.

L’une des branches de la grande parfumerie, qui doit à notre exposant ses progrès les plus réels, est la savonnerie de toilette.

J’aurai l’occasion de raconter certains détails de la fabrication du savon. Il me suffira de dire aujourd’hui que les inventions de M. Piver ont été adoptées par tous ses confrères.

Voici, du reste, les principales innovations de cet industriel.

C’est lorsqu’on broie le savon avant de le soumettre au pressoir hydraulique, qui a pour effet de l’amener à l’état de longue et épaisse baguette, que I on incorpore à la pâte la couleur et le parfum.

Les premières broyeuses perfectionnées faisaient sortir le savon à l’état de feuilles minces, qu’il fallait déchirer pour les rejeter ensuite dans les cylindres, afin d’obtenir le mélange le plus parfait possible en huit ou dix broyages.

Or, M. Piver a imaginé une raboteuse nouvelle, qui réduit le savon presque en poudre, rapproche, par conséquent, toutes les molécules et complète ainsi le mécanisme de la broyeuse.

Ce mécanisme lui-même comprend deux jeux de meules cylindriques, superposées, agissant comme des laminoirs et combinées avec la raboteuse, de telle façon qu’on termine en une seule fois le broyage qu’il faut réitérer avec les autres appareils. De là, économie de temps, perfection plus complète dans l’incorporation des parfums et des couleurs, et dans l’homogénéité de la pâte elle-même.

Voici un autre perfectionnement.

On sait que le savon, avant d’être livré aux dernières manipulations, doit subir, dans une étuve, une évaporation de l’excès d’eau qu’il peut contenir.

Pour une grande fabrication il faut de grands espaces et une grande dépense de chaleur.

M. Piver a imaginé une étuve automatique, où l’air chaud circule de la manière habituelle, mais dans laquelle il ne perd pas un seul centimètre cube d’air chaud et d’espace.

Un certain nombre de toiles sont superposées, et marchent comme une courroie sans fin; on dispose sur la première toile une quantité de savon qui passe ensuite sur la deuxième, puis sur la troisième toile, et ainsi de suite, jusqu’à la rencontre du récipient immobile du bas. Or, il suffit d’alimenter constamment la première toile pour arriver à sécher deux mille kilogrammes de savon, par jour, avec une évaporation de 25 pour 0/0.

Ici encore, économie de temps et de combustible.

Voici maintenant une autre économie de temps. Dix heures, au lieu de trente jours, suffisent à M. Piver pour saturer l’alcool des essences qu’on extrait du règne végétal.

L’alcool n’est pas un excellent dissolvant des parfums : il faut recourir à des huiles qui s’en saturent promptement, et qu’on mélange ensuite avec l’alcool ; or, ce mélange était difficile à cause des densités différentes des deux liquides, et il n’avait lieu que pendant l’agitation du récipient; cela nécessitait encore l’emploi d’un ouvrier qui, au minimum, agitait pendant vingt-cinq minutes, chaque jour, le mélange essentiel, et répétait ce travail durant vingt-cinq ou trente jours.

Le mélangeur de M. Piver consiste en une série de cinq vases cylindriques, portés sur un arbre horizontal et posés en biais. Le mouvement, une fois communiqué, se produit uniformément, sous la double forme de rotation et de cahotement, et épuise complètement le parfum con tenu dans l’huile, lequel passe entièrement dans l'alcool.

Ajoutons, pour terminer cette nomenclature de perfectionnements, que c’est M. Piver qui a rendu pratique le procédé, d’abord purement scientifique, du savant M. Millon, pour l’enfleurage et la saturation au moyen de l’appareil de déplacement par l’air corn-primé.

Toutes ces révélations scientifiques sont contenues, en réalité, dans la vitrine de M. Piver, mais, certes, il est bien difficile de les deviner sous la forme des petits flacons et des petites boîtes qui ornent cette vitrine.

On ne peut juger que d’une chose à l’Exposition, c’est de la suavité des odeurs qu’obtient M. Piver.

Par la pression d’un petit piston communiquant à un ventilateur, il sort d’une des parois de la vitrine une longue bouffée de parfum vaporisé; il y en a pour tous les goûts ; et noire dessinateur a justement représenté, dans notre gravure, une dame qui reçoit sur son mouchoir un de ces souffles odoriférants, mêlés d’une fine rosée aux exquises senteurs.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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