Taxidermie

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6431
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Taxidermie

Message par worldfairs » 16 sept. 2018 06:52 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Taxidermie - taxidermie.jpg

Voilà un mot bien savant, et c’est malgré nous que nous l’employons; mais le moyen de se servir du mot empaillage quand il s’agit de la préparation d’objets d’histoire naturelle dans laquelle il n’entre pas le plus petit brin de paille ! Taxidermie ne signifie pas non plus ce que nous voudrions indiquer, mais qu’y faire? sinon déplorer que la langue française soit si pauvre que, tant dans sa forme savante que dans sa forme usuelle, elle ne possède pas un seul mot pour indiquer l’ensemble des animaux préparés pour la conservation! Ce mot grec si rébarbatif signifie tout simplement : préparation des peaux. Il y a bien autre chose, vraiment, qu’une préparation de peau dans les admirables travaux de nos naturalistes, et nous ne serions pas surpris que les Verreaux, les Fairmaire, les Lefèvre, nous fissent mauvaise figure s’ils pensaient que nous pouvons les faire confondre un seul instant avec un tanneur ou un mégissier.

Ce que nous appelons Taxidermie est une partie seulement de ce que le catalogue a réuni dans la classe 22 sous le nom de produits de la chasse, de la pêche, et de ses cueillettes ; titre assez baroque, on en conviendra, et aussi peu exact que possible, rien n’est plus facile à démontrer, car, en fait de cueillettes, je ne puis comprendre le poil du lapin ou le crin du cheval, et j’aime mieux supposer qu’on a voulu baptiser ainsi les matières composant quelques herbiers marins et quelques mousses. Malgré toute notre bonne volonté, nous sommes obligé de reporter les fourrures à la chasse, les éponges et l’huile de foie de morue à la pêche. Enfin, passons sur le mot cueillette, il est drôle quand même, et revêt un petit air Watteau tout à fait agréable !

C’est à l’entrée de la salle surtout — entrée reproduite par notre gravure — que se groupent les plus beaux spécimens de l’art taxi-dermique, qui ne sont ni plus ni moins que des chefs-d’œuvre d’art et de science réunis. A droite, le lion de M. Ed. Verreaux nous étonne tout à la fois par le naturel de sa pose et par le modelé magnifique de ses membres. Il faut être tout à la fois artiste et naturaliste non-seulement pour produire une œuvre semblable, mais — permettez-moi cette fatuité! — pour bien en comprendre la portée et la difficulté. On dit vulgairement, dans les écoles et dans les ateliers, qu’il y a deux êtres difficiles à dessiner : le cheval et l’homme; et deux faciles : la génisse et la femme. Les deux premiers ne présentent autant de difficultés qu'à cause de la saillie des muscles qui s’accusent nettement chacun à leur place et qu’il ne faut pas attacher de travers. Les félins, et parmi eux le lion, doivent être ajoutés comme une nouvelle difficulté de dessin et de modelage, par suite de leur peau ressemblant à un paletot trop large ne collant pas sur les chairs, et enveloppant les muscles d’un voile flottant qui les accentue d’une manière molle, indécise, et cependant rigoureuse, toute particulière. M. Ed. Verreaux a rendu admirablement ce difficile effet. Son lion vit par la peau, et l’on n’y sent point trop qu’il est empaillé, puisqu’il faut, dire comme tout le monde!

Au-dessus de la cage du lion, des oiseaux étalent leurs brillantes couleurs; on y voit la pléiade des mieux favorisés; des perroquets et des perruches australiens, des paradisiers, le fameux coq de roche aux plumes de feu, puis, à côté de ces splendides animaux, la famille des incomparables oiseaux-mouches. Le ne sont que pierreries, que chatoiements, que reflets; il y a là des gorges de feu, de violette, d’émeraudes, de rubis : des queues bifides, en V, en flèches; on y trouve des becs de toutes les formes et de toutes les longueurs, pointus, crochus, en trompes, en suçoir de papillon plutôt qu’en bec d’oiseau. Certes, la nature a été bien prodigue dans la création des insectes diptères que nous nommons mouches. Elle en a créé de toutes les grandeurs, de toutes les formes, de toutes les couleurs. Elle en a semé les espèces avec tant de profusion dans tous les pays et dans tous les endroits, qu’il n’existe probablement pas à la surface de la terre un mètre cube d’air qui ne contienne au moins un de ces animaux. Eh bien! elle a été aussi prodigue envers les petits oiseaux auxquels nous avons donné le nom d’oiseaux-mouches. Les espèces y sont si nombreuses que, chaque année, on en découvre de nouvelles : parmi les mouches vraies, les espèces sont en nombre si énorme que les naturalistes reculent devant leur étude, eux si patients, — disons même si entêtés, — et que, sans doute, ils ne les connaîtront jamais entièrement!

La splendide exposition particulière dont nous nous occupons est terminée, en hauteur, par des trophées de chasse destinés à orner les galeries et les salles à manger de nos sportmen-chatelains. Hures de sangliers, massacres de cerfs, têtes et armures de daims, de rennes, de chevreuils, de chamois, tout cela vit et semble mettre le nez à la lucarne de leur monture, regarder et menacer votre chroniqueur qui baye au-dessous d’eux. Au-dessus, tout en haut, plane un aigle royal enlevant un jeune halbran qu’il va dévorer.

Signalons, en terminant, une très-heureuse idée : celle de tableaux-trophées encadrés de chêne sculpté et destinés soit à une salle à manger d’été, soit au fumoir d’un chasseur.

De l’autre côté de la porte d’entrée, s’étale l’exposition de M. A. Lefèvre, au milieu de laquelle se montre un groupe de flamants aux ailes roses et noires, aux cous malheureusement rendus trop grêles par le naturaliste. Les poses sont bonnes. Son loup défendant est meilleur; le modelé en est vrai, mais nous sommes obligés, malgré nous, de constater que la difficulté n’est pas aussi grande que pour le modelage du lion son voisin. Quelques perdrix, un faisan, trois brillants paradisiers aux couleurs disparates, un lièvre au départ, un peu maigre de modelé, tel est le bilan de cette exposition remarquable à plusieurs points de vue. Les tableaux-trophées de M. Lefèvre sont assez bons, mais étriqués, ils n’ont pas l’ampleur de ceux que son concurrent expose en face. Terminons en remarquant également une grande différence entre les têtes exposées : ici nous avons des préparations moyennes, suffisantes pour le gros du public, en un mot, marchandes; l’autre est artistique. Cela se voit au premier coup d’œil quand les deux sont en présence.

Une dernière considération cependant doit être invoquée. Quels sont les prix? Ni l’un ni l’autre ne les ont affichés, ce qui est un grand tort. Il se peut fort bien que, pour leurs prix, les préparations de M. Lefèvre soient très-bien faites, de même qu’il peut très-bien se faire que celles de M. Verreaux soient inabordables. La Commission avait une bonne et utile pensée, lorsqu’elle engagea les exposants à indiquer leurs prix de vente: malheureusement un très-petit nombre ont répondu à cet appel, et le silence des autres laisse toujours planer sur leurs œuvres le soupçon qu’ils montrent des choses hors ligne, et non point des produits marchands auxquels le public s’intéresse surtout, puisqu’en définitive, ce sont ceux-là qu’il peut acquérir.

Or, ne le perdons pas trop de vue, c’est pour lui qu’est faite l’exposition.

Entrons dans la salle, en passant au-dessous de chapelets de coquilles nacrées d’haliotides, mélangées d’éponges ordinaires, de coraux; d’une carapace de tortue caret, le tout encadré de quelques bambous et rotins en somme peu artistiques. A l’intérieur, nous nous trouvons en face de l’exposition de Mme Fairmaire et de M. Coupri, cette dernière, assez bonne pour ses têtes préparées, mais quelle différence, — dès qu’il s’agit de modèles entiers et de modèles sérieux — avec le lion de la porte !

Signalons, en passant, une assez originale idée d’un M. Stenfort qui expose une très-belle collection d’algues de grands fonds collées sur papier, ainsi que la plupart des jeunes filles s’amusent à en faire dès qu’elles arrivent aux bains de mer et trouvent sur la plage ces délicates plantes arrachées par la lame après quelque coup de vent. Ce préparateur fait avec ses algues des bouquets et de véritables petits tableaux ; mais ce qui est original, c’est qu’il a imaginé d’appliquer ces algues en bouquets sur la mousseline de? parures de femmes, cols, manches, etc., ce qui produit une ornementation rose, ma foi très-originale et très-agréable. Il y a encore là des plumes de pieuvre qui sont tout à fait bizarres.

Un mot, en terminant, de la collection d’un abbé normand, M. Gallet, qui monte aussi ses algues avec une habileté remarquable et en a exposé quelques-unes collées depuis plusieurs années déjà (1852) et d’une excellente conservation. Il y a là — à propos de certaines espèces — des difficultés très-habilement vaincues. M. l’abbé devrait publier un manuel de ses méthodes de développement des larges feuilles des ulvées, sans omettre d’y joindre l'ensemble des procédés, et nous prédisons à -on petit volume un vrai succès auprès de notre jeunesse des bains de mer, surtout - il joint à ses explications quelques expériences.

Un mot aux pêcheurs ! Qu’ils aillent, dans cette petite salle, tomber en admiration devant des crins blancs comme on n’en voit guère, comme on n’en voit plus ! Qu’ils aillent s’enthousiasmer devant des soies de sangliers d’une longueur et d’un choix dont ils apprécieront toute la portée quand ils construiront leurs pater-noster!...

Quant aux poils de lapins tondus, non plus qu’aux poils de lièvres rangés par catégorie de finesse, de longueur, etc., nous n’avons rien à en dire, sinon qu’à une trentaine de coupeurs à Paris, ces messieurs font pour une vingtaine de millions d’affaires! Décidément il vaut mieux tondre les lapins que les nourrir, puisque ce dernier métier ne procure que trois mille livres de rente !
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité