Les faïences Ginori

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Les faïences Ginori

Message par worldfairs » 05 sept. 2018 02:20 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

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Si jamais votre bonne étoile vous conduit à Florence, après avoir admiré le palais Pitti, la cathédrale Santa-Maria-del-Fiore, l’église Santa-Croce, où sont les tombeaux de Michel-Ange, de Galilée et de Machiavel, n’oublie pas de parcourir les environs. A quelques kilomètres au nord-est de la ville, à Doccia, vous trouverez la manufacture Ginori.

Elle a été fondée en 1735, sans subvention aucune, par un membre de la famille patricienne de Ginori, il marchese Carlo; elle a, sous ses héritiers, perfectionné ses procédés, porté à trois ou quatre cents le nombre de ses ouvriers, agrandi ses fours et ses ateliers de peinture, et quoique restant toujours un établissement particulier, c’est le Sèvres de l’Italie. Son exposition de 1867 offre un intérêt particulier, en ce qu’elle nous permet d’apprécier où en est la céramique dans cette contrée classique qu’ont illustrés tour à tour les potiers de l’Étrurie, ceux de Parthénope, puis ceux de Faenza, d Urbino, de Gubbio et de Pesaro.

C’est en Italie que s’est développé l’art de la majolique, d’après ce que dit Scaliger, dans ses Exotericæ Exercitaliones.

Cet art était né dans l’île Majorque, dont il a conservé le nom, avec une altération légère. Georgio Andreoli, Francesco Xanto, Rovigiese, Orazio Fontana d Urbino le portèrent à la perfection. Après avoir cuit leur terre au dégourdi, ils la plongeaient dans un mélange liquide d’oxyde de plomb, d’oxyde d’étain, de sable et de potasse broyés, et c’était sur cet enduit qu’ils peignaient tantôt des blasons et des arabesques, tantôt des compositions d’une ampleur raphaélienne. Ces maîtres ne désavoueraient pas les imitations qu’a faites de leurs ouvrages la manufacture Ginori ; les principales sont :
Deux vases dont les anses sont formées de serpents entrelacés, et dont les peintures représentent l’enlèvement d’Europe et celui des Sabines;
Deux coupes ornées à l’extérieur de pampres en relief sur fond bleu, et à l’intérieur d’excellentes copies d’originaux du seizième siècle;

Une table ronde en majolique. Elle a pour base un pied triangulaire, flanqué des statues de la peinture, de la sculpture et de l’architecture; des bas-reliefs s’enroulent autour du fût ; sur la plaque est peinte avec vigueur une Bacchanale, .d’après un magnifique tableau de Pietro da Cortona.

Le célèbre fondateur de la fabrique de Gubbio, maître Giorgio Andreoli, avait trouvé un rouge-rubis, dont il emporta le secret à sa mort en 1552. La manufacture Ginori entreprit de retrouver ce fameux rouge (rosso di rubino); et dès 1855, en accordant une médaille à M. le marquis Ginori, le jury dit: « Le marquis de Ginori s’est occupé de la reproduction des anciennes faïences italiennes; il expose plusieurs assiettes qui sont en quelque sorte des fac-similé provenant de la fabrication primitive. Il faut le louer pour l’ensemble de ses spécimens et pour les autres pièces aussi de la manufacture de Doccia. Plusieurs de ces pièces prouvent que les procédés qui permettent l’usage du rouge-rubis à reflets irisés, ne sont pas entièrement perdus ! »

Aujourd’hui, la manufacture Ginori est en pleine possession du rouge-rubis. Ce sont des reflets de cette couleur qui rehaussent le fond bleu de sa belle coupe à pieds, avec anses. Ce sont encore ces reflets, mêlés à ceux du jaune d’or qui chatoient sur les ornements en relief d’un grand plat, dont le fond représente Diane.

Un autre plat est dédié à Dante Alighieri; au centre est le portrait du poète, d’après une fresque de Giotto, qui existe encore, quoique détériorée, dans le Palazzo Pretorio de Florence. Sur la bordure sont représentés les plus intimes amis du Dante, et les principales scènes de sa vie.

Un autre grand plat rond porte le portrait de Victor-Emmanuel, entouré de figures allégoriques, qui rappellent la fondation du royaume d’Italie.

En porcelaine, la manufacture Ginori s’adonne à un genre particulier. Ses sculpteurs modèlent des bas-reliefs, que ses peintres colorient-, et qui sont éminemment propres à la décoration des meubles. Dans un grand coffre d’ébène, imité des anciens coffres florentins, les panneaux de bois sont remplacés par quatre compositions du sculpteur Soldani, les quatre Saisons. Les figures sont d’une gracieuse désinvolture, et les tons n’ont pas cette crudité qui est le défaut du biscuit peint. Un autre coffret, du style de la Renaissance, a sur ses faces : le mariage, la danse des noces, le sommeil et le lever de Vénus; des Amours voltigent aux quatre angles; au point culminant du couvercle d’ébène se dresse la statuette de l’Hymen.

C’est tout Un poème allégorique.

Parmi les grands vases curieux, sortis des ateliers de Doccia, les plus beaux sont deux vases de forme étrusque, en haut-relief, sur lesquels nous voyons triompher Neptune et la nymphe Galathée. Ils pourraient accompagner le service dont les assiettes sont des coquilles. Un autre service, un tête-à-tête, est enrichi de miniatures dont la finesse extrême rappelle les beaux temps de Capodimonte.

Citons encore deux amphores; un plat à bas-relief, imitation d’un plat en argent de Benvenuto Cellini, et deux grands plats Médicis de 60 centimètres de diamètre, dont les bas-reliefs coloriés représentent : l’un le Génie te l’Astronomie; l’autre le Génie des Sciences et des Arts.

La manufacture Ginori ne fait pas seulement de l’art; parvenue, depuis quelques années, à tirer toutes ses matières premières l’Italie, elle peut livrer à bon marché des porcelaines et des faïences, dont la cuisson est excellente, la pâte solide, le vernis net et dur. Le marquis Laurent Ginori-Lisci, qui est actuellement le propriétaire de ce vaste établissement, ne recule devant aucun sacrifice pour y réaliser des progrès, et il est merveilleusement secondé par l’habile directeur, M. Lorenzini.

Outre les produits de Doccia, nous avons remarqué, dans l’exposition italienne de la classe 17 :
Les services de table de M. Jules Richard, qui pourrait bien être Français, quoiqu’il soit depuis longtemps établi à Milan;

Les imitations chinoises, japonaises et étrusques, de M. Léopold Rampin, de Padoue;

Les faïences de M. Fanciullacci, d’Empoli, en Toscane;

Un plateau et une aiguière de terré cuite vitreuse, de M. Bernardin Pepi, de Sienne;

Des poteries vernies de MM. Fabri et Carocci, de Pérouse.

Il existe des fabriques de porcelaines et de faïence à Naples, à Nove, à Castelli, Pise, Udine, Savone, Bari, Sassuolo, Trévise, Salasco, etc. Les matières premières étant abondantes, l’industrie céramique pourrait prendre encore de l’extension, accroître les richesses de l’Italie et lui rendre, dans toute sa splendeur, un des rayons de sa couronne artistique.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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