Exposition de Billancourt

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Exposition de Billancourt

Message par worldfairs » 31 août 2018 01:29 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

L'espèce porcine

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Ce concours a offert un très-grand intérêt, non pas tant à cause du nombre que par la variété des types. L’étude de cet ensemble a fourni aux naturalistes de curieux sujets d’observations, relativement à l’influence que l’homme peut exercer sur les races d’animaux domestiques.

J’ai déjà fait voir quelles modifications les éleveurs avaient apportées à la race mérine. Je veux aujourd’hui, en me basant sur les types exposés, montrer les changements que les procédés de multiplication et d’élevage ont fait subir à la constitution de l’espèce porcine.

Les individus qui composent cette espèce ont chacun des caractères et une physionomie qui leur sont propres. On ne retrouve pas ici cette homogénéité qui distingue certaines races de l’espèce bovine, comme, par exemple, le salers ou comme le mérinos d’Espagne qui diffère de toutes les autres races formant l’espèce ovine.

Les naturalistes prétendent que notre porc descend du sanglier et que tous deux nous viennent de l’Asie. Mais c’est là une erreur. Quels que soient les changements que l’acclimatation puisse apporter à une race, ils ne vont pas jusqu’à modifier sa constitution anatomique. Or, les études comparatives qui viennent d’être faites par M. André Sanson, établissent que le sanglier d’Europe a cinq vertèbres lombaires et dix-sept dorsales ; tandis que notre cochon a six vertèbres lombaires et quatorze dorsales. Il ne peut pas y avoir de parenté entre ces deux types. Il ne saurait y en avoir davantage entre notre porc indigène et le porc asiatique, qui n’a que quatre vertèbres lombaires et quatorze vertèbres dorsales. J’ajoute que des différences aussi grandes existent dans la conformation du crâne, du groin et des oreilles, ce qui devrait exclure toute idée de descendance commune.

Ce qui peut avoir induit les naturalistes en erreur, c’est la faculté que tous ces types si différents ont de se reproduire entre eux et de donner naissance à des êtres féconds comme leurs parents. Cette faculté semble n’appartenir qu’aux races émanant d’une même souche. Comment peut-elle exister entre des types qui, au point de vue anatomique, n’ont plus le même nombre de vertèbres, ni le même crâne ni le même groin ? C’est là certainement un fait curieux et qui mériterait bien d’être étudié, afin qu’on pût en découvrir la cause.

D’après M. Sanson, que je viens de citer, il y aurait trois types distincts dans l’espèce porcine. Le premier qui jadis appartenait au nord de l’Europe et dont le craonnais serait la plus haute expression. Le second qui peuplait l'Europe méridionale, la Grèce, l’Italie l’Espagne et la Gaule, par delà notre plateau central; le porc napolitain serait la plus haute expression de cette catégorie. Enfin le troisième nous viendrait des races de l’Inde, le tonquin, le siam, le chinois, etc. Chacun de ces types se fait surtout remarquer par des différences notables qui les séparent, quant à la conformation du crâne, du front et du groin, et quant à la forme et à la direction des oreilles.

J’ai essayé d’appliquer cette théorie aux porcs exposés à Billancourt. J’ai retrouvé le type asiatique chez un verrat new-leicester, présenté par M. Frédéric Hamot; le type napolitain chez les berkshire de M. Maisonhaute, et le type celtique chez divers sujets appartenant à la race craonnaise; mais je dois le dire, les individualités se rapprochant du type asiatique étaient rares. C’est avec ce dernier que les Anglais ont amélioré la race du comté de Leicester et en ont fait un animal qui n’a presque plus de jambes, dont la charpente osseuse est très-réduite et dont l’aptitude consiste à transformer très-rapidement en suif et en muscles les aliments qu’il absorbe.

Le type napolitain, que l’on retrouve pur en Corse, et dans nos départements du sud-ouest, a servi aux Anglais pour améliorer le porc du comté d’Essex ; son introduction remonterait au commencement du siècle ; elle serait due à lord Western. L’essex est la plus haute expression du type napolitain, comme le new-leicester est la plus haute expression du type asiatique. Mais il est probable qu’avant lord Western on connaissait le porc napolitain de l’autre côté du détroit, car le berk-shire et le hampshire, déjà anciens, sauf qu’ils ont plus de taille, présentent tous les caractères de l’ancienne race qui peuplait l’Europe méridionale.

Reste le craonnais, qui existait déjà au temps des Celtes. Ce type a des différences qui le séparent profondément des deux autres. C’est un porc essentiellement pacager, qui a besoin d’air, de liberté et de soleil, et qui, livré à la vie vagabonde, se développe lentement. A l’abattoir, il donne, beaucoup de bonne viande, du lard ferme et mélangé de muscles, et du suif très-propre aux usages domestiques de nos campagnards.

C’est aux besoins pressants de la consommation que nous devons tous les efforts faits depuis un demi-siècle pour améliorer l’espèce porcine. De tous les animaux de boucherie, le porc est celui qui pousse le plus vite et qui est le plus fécond. Une truie ne fait pas en moyenne moins de quatorze à quinze petits chaque année. A dix ou douze mois on peut abattre les races précoces, telles que l’essex et le new-leicester et obtenir de 150 à 200 kilos de viande. Les races moins perfectionnées telles que le berkshire, le yorkshire se développent moins rapidement, il faut les attendre de quinze à dix-huit mois, mais elles laissent de 200 à 300 kilos à l’abattoir. Enfin la race craonnaise est encore plus tardive; mais lorsqu’elle est convenablement engraissée, elle fournit autant de poids que les grandes races anglaises.

Les trois types sont aujourd’hui mélangés à ce point, qu’en Angleterre, on les rencontre très-difficilement à l’état pur. Les grandes races comme le yorkshire et le berkshire, descendent bien du type celtique, mais on les a modifiées avec l’élément napolitain. La petite race blanche du comté de Leicester est en majeure partie composée de sang asiatique. La petite race noire du comté d’Essex n’est autre que l’ancienne race méridionale ; mais comme ces différentes races, qui ne sont elles-mêmes que des croisements, ont toutes été mariées entre elles, il en résulte que chez nos voisins, l’espèce porcine est dans un état de confusion indescriptible.

En France, ce qui domine encore dans le nord, c’est le type celtique, et dans le midi le type napolitain.

Jusque dans les derniers temps, les races du nord étaient restées les plus pures ; mais l’invasion des races anglaises tend chaque jour à jeter la confusion au sein de nos porcheries. Au train dont marchent les choses, la confusion sera bientôt tout aussi grande en France qu’en Angleterre.

Reste à savoir maintenant quel est celui des trois types qui fournit de la viande de meilleure qualité, la plus hygiénique et qui répond le mieux aux usages culinaires.

Pour résoudre cette question il faut tenir compte des modes d’élevage. Les types pacagers, comme le celtique et le napolitain, lorsqu’ils vivent en liberté, fournissent une dépouille excellente qui remplit toutes les conditions de l’hygiène et satisfait à nos besoins culinaires. Ils laissent beaucoup de viande maigre, du lard entremêlé de muscles qui ne se fond pas dans la marmite, du suif qui renferme très-peu d’huile; leur chair est ferme et savoureuse. Lorsque ces deux types sont soumis à la stabulation permanente, ils perdent de leur rusticité; ils deviennent lymphatiques, leur chair est moins ferme, leur lard moins entremêlé, le suif renferme beaucoup plus d’huile, la viande est moins bonne. Il est vrai qu’à dépenses égales la stabulation donne le double de produits que le pacage, mais ces produits sont de médiocre qualité.

Le type asiatique fournit de la viande plus molle, du suif en plus grande abondance, qui renferme une très-forte proportion d’huile. Sa chair est peu propre aux besoins de la charcuterie, elle ne répond pas aux usages culinaires de nos populations rurales, auxquelles il faut du lard qui ne fonde point dans la marmite et leur serve de pitance.

Les défauts qui caractérisent le porc de l’Asie s’aggravent encore par la stabulation permanente. En Angleterre et dans le nord de la France, le new-leicester, qui émane du type asiatique et l’essex, qui vient du napolitain, sont sujets aux douleurs rhumatismales et à la goutte. N’est-il pas à craindre que l’homme qui mange de ces viandes, ne devienne à son tour goutteux et rhumatisant ? Nous nous bornons, faute d’espace, à poser la question, laissant aux hygiénistes le soin de l’étudier et de la résoudre. Il est certain que les viandes produites en stabulation permanente ne doivent pas être aussi bonnes que celles provenant du pacage, et qu’elles doivent exercer une action plus ou moins pernicieuse sur la santé et le tempérament des personnes qui les absorbent.
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Re: Exposition de Billancourt

Message par worldfairs » 01 oct. 2018 01:20 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"


Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers

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Exposition de Billancourt - Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers

Quoique peu nombreuse, cette exposition offrait un vif intérêt, par la question d’histoire naturelle que le rapprochement de la mule, de la jument mulassière et du baudet soulève toujours. La première question est celle de savoir si les espèces qui forment le genre equus des naturalistes peuvent se reproduire entre elles. La seconde est relative au métissage et à l’hybridation, que bien des personnes confondent et qui sont des faits d’un ordre différent. Enfin, une autre question, tout aussi importante mais plus difficile à résoudre, concerne la priorité qu'il convient de donner, dans l’acte de la création, à celle des trois espèces qui composent le genre equus. L’examen de ces trois problèmes va nous fournir l’objet de cette étude, dont le dessin nous fait connaître les acteurs.

D’après les naturalistes, le genre equus forme trois grandes divisions qui comprennent: l’espèce asine, l’espèce innommée, encore sauvage, et l’espèce chevaline. La première, l’espèce asine, a plusieurs races distinctes d’ânes, ainsi que l’hémione. La seconde, l'espèce innommée, se compose du couagga, du dow et du zèbre, que l'on considère comme trois races distinctes ; enfin, la troisième, l’espèce chevaline, compte l'hémippe et les diverses races de chevaux.

Ce qui divise profondément les espèces, c’est qu’elles ne s’allient pas naturellement entre elles, et que de ce rapprochement, résultat de la surprise, il ne sort que des sujets ne pouvant se reproduire entre eux.

Lorsque, au contraire, des animaux appartenant à la même espèce s’unissent, les mariages ont lieu par le seul attrait des sexes, et les produits qui en naissent sont toujours féconds. Voilà les vrais principes qu’il est facile d’appliquer au sujet qui nous occupe : le mulet. Cet animal provient de l’accouplement du baudet et de la jument, qui appartiennent à des espèces différentes. Aussi le mulet est-il un hybride qui ne peut pas se reproduire. Il y a plus, le baudet n’éprouve qu’une très-faible attraction pour la femelle du cheval ; d’habitude on lui amène une ânesse, que l’on soustrait à sa vue, au moment favorable, pour le laisser en face de la jument. C’est en usant de supercherie que l’homme fait le mulet, ainsi que tous les hybrides.

Pourquoi le baudet n’éprouve-t-il pas pour la jument ce que lui fait éprouver l’ânesse? La Providence Ta ainsi voulu, afin que les espèces dont le globe est peuplé ne se mélangeassent pas entre elles. Il fallait conserver l’harmonie qui règne dans la création. Toutes les fois donc que des animaux de sexe différent ne s’unissent qu’à l’aide d’artifices et que ces unions, bien que fécondes, ne donnent que des sujets stériles, on peut affirmer que les père et mère n’appartiennent pas à la même espèce.
La présomption contraire doit être admise lorsque, de l’accouplement des deux animaux, il naît un produit qui peut lui-même se créer une postérité. Ainsi choisissons l’espèce bovine qui compte de si nombreuses variétés, depuis le zébus, depuis le yack, les deux races les plus incultes, jusqu’au durham, la race la plus perfectionnée; toutes ces diverses tribus se marieront très-bien entre elles et donneront des produits féconds.

Dans le genre equus, l’âne et l’hémione, accouplés ensemble au Jardin des plantes, ont donné des individus susceptibles de se reproduire. Ce fait est certain; mais on ignore si, dans l’espèce encore sauvage, en mariant ensemble une des trois races dont elle se compose, savoir, le couagga, le dow et le zèbre, on pourrait obtenir soit des hybrides, soit des métis. Quant à l’espèce asine, nous savons par une longue expérience que, aidée à l’espèce chevaline, elle ne donne que des mulets.

Ces résultats montrent tout de suite la différence qui existe entre un hybride et un métis. L’hybride est un être obtenu par une surprise faite à la nature. Il tient son existence d’un caprice de l'homme; mais comme nos caprices ne peuvent point changer les lois de la création, notre œuvre n’est qu’un accident qui ne doit avoir aucune suite. Aussi, par respect pour les espèces si sagement établies sur tout le globe, les hybrides demeurent stériles.

Il n’en est pas de même des métis. Ceux-ci proviennent du rapprochement de deux races qui appartiennent à la même espèce, ils peuvent donc, sans porter atteinte à l’harmonie naturelle, se reproduire. Il y a plus : on peut soutenir que, dès l’origine, chaque espèce animale se composait d’un très-petit nombre de types, et que c'est de leur croisement que sont sorties les races assez nombreuses qui composent certaines espèces. Partant de cette donnée, la Providence aurait fait les métis féconds, afin d’arriver à la multiplication des races, tandis qu’elle aurait rendu les hybrides inféconds, afin de conserver pures les espèces. Dans Tordre naturel les espèces sont tout, puisque de leur conservation dépend l’harmonie dans le règne animal; les races ne sont rien, puisqu’d suffit de deux types dans une espèce pour les multiplier à l’infini. Les croisements sont en effet toujours faciles, car ils entrent dans la vue de la nature.

Entre les métis et les hybrides la différence est donc profonde. Le métis est un agent qui sert à multiplier les races, tandis que l’hybride est un obstacle apporté au mélange des espèces. Aussi on peut tenir pour certaines les deux règles suivantes : tout résultat d’un accouplement qui ne peut pas lui-même se reproduire, provient d’un père et d’une mère appartenant à des espèces différentes. A l’inverse , tout résultat d’un accouplement qui peut lui-même se reproduire provient d’un père et d’une mère appartenant à la même espèce. Ainsi le mulet est infécond, parce que l’âne et la jument sont de deux espèces différentes. Au contraire, le produit de l’âne et de l’hémione est lui-même fécond, parce que ses parents se trouvent dans la même espèce.

La troisième question que les trois sortes de types exposés à Billancourt soulèvent, est celle de savoir quelle est des trois espèces dont se compose le genre equus, celle qui aurait précédé les deux autres dans l’ordre de la création? Si Ton admet que la nature, dans ses admirables conceptions, commence toujours par l’ébauche informe et finisse par le modèle parfait, on reconnaîtra sans peine que des trois divisions admises, l'espèce asine soit la plus disgracieuse. Ce serait donc l’âne qui aurait débuté dans cette création de types dont il n’existait point encore de précédents. Un ne peut point, en effet, comparer pour la correction des lignes et la régularité des formes, le cheval et même l’âne au chameau, à l’éléphant et aux autres quadrupèdes monstrueux qui ont dû précéder le genre equus sur le globe. L’âne, le type le plus incorrect du genre, a donc dû venir le premier.

Mais dans l’espèce asine se trouve l’hémione, bien supérieur à l’âne par l’élégance des formes et des allures. A la différence de taille près, l’hémione se rapproche plus du cheval que de l’âne. Ainsi, dans ses essais, la nature crée d’un seul coup deux types appartenant à la même espèce, mais qui offrent une conformation très-différente.

Comment la nature va-t elle procéder, avec ces deux types, pour arriver à l’espèce chevaline? Ede s’exerce d’abord à multiplier, avec certaines corrections, le type âne. De ces tentatives sont sortis le couagga, le dow, le zèbre. Mais les nouveaux venus avaient le double défaut d’être trop petits et de manquer de noblesse. La nature laisse donc de côté le type âne, dont elle ne peut rien tirer de satisfaisant, et revient à l’hémione. Ce type, beaucoup plus régulier, la conduisit très-probablement à l’hemippe, race à peu près perdue, et qui, selon toute apparence, doit avoir été la première ébauche du cheval. L’hémippe, en effet, est un cheval de la taille de l’hémione. C’est sur son modèle que doit avoir été formé le cheval arabe. Celte race incomparable aurait ainsi devancé toutes les autres. Elles ne seraient que les résultats des croisements survenus entre les types primitifs. Les différences qui séparent toutes les races qui existent aujourd’hui, proviendraient du climat, du sol, de la nourriture, des modes de reproduction et des circonstances économiques. A toutes les époques, ces circonstances ont joué, un très-grand rôle. Elles expliquent, en partie, les transformations successives, que depuis les temps anciens on a fait subir à l’espèce chevaline.

Quant à la question de savoir à quelle époque on aurait commencé à produire le mulet, on n’en peut lien dire, parce que l’antiquité est muette sur ce point. Aux savants seuls il appartient, par leurs recherches, de jeter quelque lumière sur un sujet aussi profondément obscur et qui, néanmoins, intéresse à un si haut degré l’histoire naturelle et l’agriculture pratique.
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