Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours

Paris 1867 - Discussions, informations, questions
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6428
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours

Message par worldfairs » 19 août 2018 10:19 am

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Imprimerie Mame - imprimeriemame.jpg
Imprimerie Mame

Il est une phrase qui circule depuis quelque temps dans toutes les bouches et qu'il faut enfin citer devant la barre de l’opinion publique, pour qu’elle rende compte de son véritable sens.

Cette phrase, la voici : l'Exposition de 1867 est la dernière exposition que nous verrons.

Tout le monde répète cela de confiance, et ceux qui 1 écoutent hochent la tête d’un air profond. Plus d’un pourtant de ceux qui se font les colporteurs de ce propos, serait embarrassé d’y attacher un sens précis ou d’en donner une interprétation claire. Il s’agi donc de revenir jusqu’à la source et de rechercher l'impression qui a pu faire formuler pareil jugement.

Et dès l’abord nous Pouvons que cette phrase remonte aux premiers jours de l’ouverture de l'Exposition, alors que les yeux éblouis, l’intelligence émerveillée du grandiose spectacle qui se déroulait au Champ de Mars, les sensations se pressaient tumultueuses et se produisaient par les idées les plus variées. Le premier mouvement a dû être un cri d’admiration, mais le second a été un sentiment de regret. On De fera plus rien de semblable, se disait-on; on est arrivé au nec plus ultra, et tant que la génération présente vivra, le souvenir qu’elle aura gardé de toutes ces merveilles empêchera que dans n’importe quelle capitale du monde on ose les ressusciter; et quand cette génération sera passée, notre livre—qu’on nous pardonne cet accès d’amour-propre que le succès justifie — notre livre sera là comme les annales d’or que tout le monde voudra consulter.

Et certainement les heureuses innovations mises en pratique au Champ de Mars devaient conquérir tous les suffrages. Le Parc et ses édifices reproduisant les architectures de tous les pays suffisaient déjà pour justifier l’engouement le plus accentué. Il y avait là de quoi frapper l’esprit des plus exigeants. Mais après qu’on eut eu le temps d’examiner plus au fond l’organisation même de l’Exposition, après qu’on se fut familiarisé avec le 10e groupe et sa haute signification morale, après qu'on eut compris toute la portée sociale de la création de ce groupe formé d’objets spécialement exposés en vue d’améliorer la condition physique et morale de la population,— on dut convenir qu’il était difficile de faire mieux à l’avenir, et qu’il fallait se borner à imiter et à égaler ce qui venait d’être fait.

Il y a certaines nations en Europe qui ne se résoudront jamais à pareil rôle; et voilà pourquoi il est possible de dire que l’Exposition de 1867 sera la dernière exposition que nous verrons.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Atelier de composition - ateliercompositionmame.jpg
Atelier de composition

La création du 10e groupe — et par là nous entrons dans le vif de notre sujet — eut pour corollaire nécessaire la formation d’un jury spécial chargé de rechercher et de signaler à la reconnaissance publique les établissements et localités où règnent à un degré éminent l’harmonie sociale et le bien-être des populations.

Sur un rapport de M. Rouher, ce jury fut institué par un décret impérial et prit le nom de jury spécial du nouvel ordre des récompenses.

Ce rapport établissait que les expositions précédentes n’avaient pas mis en lumière tous les mérites qui contribuent à la prospérité de l’agriculture et de l’industrie ; que cette prospérité n’était pas seulement établie parla bonne qualité d"s produits et par la perfection des méthodes de travail, mais qu'elle dépendait aussi de l’heureuse condition de tous les producteurs et des bons rapports qui les unissent. Le ministre proposait donc de décerner des récompenses aux personnes, aux établissements ou aux localités qui, par une organisation ou des institutions spéciales, avaient développé la bonne harmonie entre tous ceux qui coopèrent aux mêmes travaux, et avaient assuré le bien-être matériel, moral et intellectuel. Ce bien-être procure aux producteurs de tout rang et à la localité que leur travail enrichit, le bienfait ne la paix publique.

A la tête du jury, comme président, furent placés MM. Rouher, ministre d’Etat, de Forcade la Roquette, ministre des travaux-publics, et le maréchal Vaillant, ministre des beaux-arts. Vingt autres membres, parmi lesquels toutes les nations venues au Champ de Mars furent représentées, formèrent le comité, qui s'adjoignit deux secrétaires et trois secrétaires des enquêtes.

Nous avons publié dans notre numéro 18 le résultat des travaux de ce jury. Treize établissements furent récompensés, et entre autres la maison Mame de Tours, qui reçut, en outre, un grand prix pour ses produits d’imprimerie et de librairie.

A propos de ce grand prix, j’ai parlé longuement de la maison Mame, dans un précédent numéro. J'ai dit la beauté de ses éditions de luxe, la perfection de ses tirages, le modicité de prix de bon nombre de ses produits. Les Jardins, la Touraine et les Caractères de La Bruyère, sont des chefs-d’œuvre de typographie.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Atelier de reliure - atelierreliuremame.jpg
Atelier de reliure

Aujourd’hui nous donnons, pour expliquer la distinction accordée à cette maison par le jury spécial, trois vues de l’établissement de M. Mame à Tours.

Dès la fin du siècle dernier une imprimerie fut fondée à Tours par M. Amand Mame, père de M. Alfred Maine; mais ce n'est que depuis 1845 que ce dernier, résolu de donner à son industrie un développement qui la mît en rapport avec les besoins de son époque transforma complètement les vieux ateliers, et jeta les première* bases de l’établissement qui existe encore aujourd'hui et qui fui une dernière fois agrandi en 1859, alors que M. Paul Mame fut appelé à partager avec son père la responsabilité de cette vaste entreprise.

Par une heureuse combinaison MM. Mame ont réuni dans leur main les industries diverses qui doivent se mouvoir dans la même sphère d’activité; ainsi celles de l’imprimeur, de l'éditeur, du libraire, du relieur, du clicheur auxquelles viennent se joindre tout un monde de dessinateurs, de graveurs, etc. Us ont également voulu avoir chez eux toutes les matières premières qui concourent à la fabrication d’un livre; et une fonderie, une usine à encre, une papeterie, une peausserie se sont élevées à côté des ateliers de composition, d’impression et de reliure.

Chacun des services de la maison est placé sous la direction d’un chef spécial, assisté de plusieurs contre-maîtres. Ces différents services sont installés largement ; partout il y a de la place et de i’air. Les ateliers sont entourés de jardins, et l’enfant de l'ouvrier qui s’étiolerait dans le domicile paternel, s’épanouit en travaillant selon ses modestes forces, au milieu de l’excellent air qu’il respire et de la propreté minutieuse qu’on lui recommande.

Plus de mille ouvriers l'ont directement attachés à la maison, plus de mille autres travaillent au dehors pour elle. Les salaires sont élevés, le chômage n’existe jamais, et tout le monde se rappelé au prix de quels héroïques sacrifices M. Mame parvint en 1848 à ne point fermer sa maison. Dans les différents ateliers, il existe aussi des caisses de secours pour les malades, créées sous l’impulsion et placées sous la protection de M. Mame.

La population de Tours connaît M. Mame de longue date; elle sait que, dans le malheur, elle peut compter sur lui.

Dans l'atelier d’impression on a établi toutes les nouvelles machines qui, depuis quelques années, ont été inventées pour répondre au besoin de production toujours plus croissant de jour en jour. Et, dans la maison Mame, la production est énorme. Plus de vingt mille volumes sortent par jour de s s presses, ce qui élève le résultat de la production au chiffre prodigieux de six millions de volumes par an.

Son atelier de reliure est sans analogue en France. Plusieurs centaines d’ouvriers des deux sexes y trouvent une occupation quotidienne; une de nos gravures représente cette ruche d’abeilles. La promptitude dans l’exécution, l’élégance et le goût du travail, la modicité du prix, sont les mérites qu’il faut signaler dans cette branche de service.

L’atelier de composition et le magasin de librairie, dans lequel il règne une activité qui semble d’abord incompatible avec l’ordre qu’il faut pourtant y reconnaître, sont emménagés avec les même avantages.

Un esprit d’organisation hors ligne a veillé-et veille encore tous les jours à l’administration de cette ville du travail.

Non, le jury spécial ne s’est pas trompé en accordant une récompense supérieure à MM. Mame. Leur établissement peut servir de modèle pour avoir rempli toutes les conditions du programme, et il est édifiant qu’il en soit ainsi, pour l’honneur de la profession libérale qu’ils représentent, de cette profession qui, la première entre toutes, répand les lumières dans le peuple.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6428
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

La maison Alfred Mame à Tours

Message par worldfairs » 30 déc. 2018 08:03 pm

Texte et illustration de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

La maison Alfred Mame et Fils, fondée à Tours à la fin du siècle dernier, occupe aujourd'hui une position unique tant en France qu’à l’étranger. Ce n’est pas une imprimerie livrant sur commande au libraire ou à l'auteur les produits de ses presses; c’est une immense usine qui exécute de sa propre initiative les travaux ordinairement divisés de l’éditeur, de l’imprimeur, du relieur et du libraire, en même temps qu'elle remplit toutes les fonctions accessoires du dessinateur, du graveur, de l’imprimeur en taille-douce, etc. ; en un mot, le livre, entré à l’état de matière première, sort prêt à passer dans les mains de l’acheteur.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Maison Alfred Mame - maisonalfredmame.jpg
Maison Alfred Mame

Cette maison a obtenu à l’Exposition universelle de 1855 la seule grande médaille d’honneur qui ait été décernée à un établissement privé de cette nature; à Londres, elle a remporté deux prize-medals pour l’imprimerie et la reliure. Cette année, non-seulement elle a maintenu sa position exceptionnelle, mais elle s’est encore élevée en obtenant deux grands prix : l’un dans son domaine ordinaire, l’autre de 10 000 fr. (c’est un des dix qui formaient le « nouvel ordre de récompenses. »)

La maison Mame, qui produit actuellement plus de 20 000 volumes par jour, publie principalement des ouvrages destinés à l’éducation de la jeunesse, aux distributions de prix, aux étrennes, et des livres de piété ou de liturgie. Mais à côté de ces ouvrages de première utilité, quelle donne à très-bon marché, bien que les éditions en soient fort soignées, elle produit des livres du plus grand luxe.

Au premier rang se placent ces beaux ouvrages dont le mérite a été proclamé solennellement par les jurys dans tant de concours, en même temps que par le public éclairé. Plusieurs d’entre ces publications sont demeurées inédites jusqu’à l’ouverture de l’Exposition universelle de 1867.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Colonnade à Postdam - colonnadepostdam.jpg
Colonnade à Postdam

A la Touraine, ce magnifique in-folio qualifié de chef-d’œuvre par le jury international, a succédé un livre qui, par l’importance de son seul nom, comportait des illustrations monumentales : la Sainte Bible. Les grandes compositions de Gustave Doré forment un véritable musée biblique, où se déroulent dans toute leur sublimité les scènes grandioses de l’Ancien et du Nouveau Testament; et l’artiste, chez lequel la fécondité n’exclut pas la puissance, s’y maintient à la hauteur de son sujet. L’ornementation du texte par Giacomelli, à la fois élégante et sévère, consiste en légers rinceaux symboliques qui encadrent les colonnes de chaque page. C’était une entreprise hardie que cette immense publication ; y réussir était la plus grande gloire à laquelle pût aspirer un imprimeur-éditeur. La rapidité et l’universalité du succès attestent le rare mérite de ce livre.

Les Jardins, tel est le titre d’un splendide in-folio, où nos paysagistes en renom, Anastasi, Daubigny, Foulquier, Français, Freeman, Giacomelli, Lancelot, ont reproduit de brillants spécimens de tous les temps et de tous les pays.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Jardins suspendus de Babylone - jardinssuspendusbabylone.jpg
Jardins suspendus de Babylone

Nous donnons deux échantillons pris au hasard dans cette collection qui est un si doux régal pour les yeux. Ils suffiront à bien faire comprendre avec quel sentiment de la nature et de « l’architecture des jardins» (tel est le nom de l’art de le Nôtre), avec quelle entente du pittoresque, avec quelle souplesse de crayon les maîtres que nous venons de nommer ont su rendre tant de lieux charmants et divers. Ceux qui les connaissent en verront les images avec un bonheur que rehaussera encore l’interprétation intelligente et nouvelle qu’ils auront sous les yeux ; ceux qui ne les ont jamais visités, se sentiront comme transportés dans des lieux enchanteurs.

Citons encore trois beaux volumes grand in-8° jésus : les Caractères de la Bruyère, avec dix-huit eaux-fortes de V. Foulquier, d’une finesse admirable, véritable joyau d’exposition, tant pour le texte que pour l’illustration; — l’Imitation de Jésus-Christ, traduite par Lamennais, texte magistral, magnifiques gravures sur acier d’après L. Hallez ; — les Résidences royales et impériales de France, par M. Bourassé, ouvrage également intéressant par les descriptions historiques qu’il renferme et par les vignettes dont Français et R. Girardet l’ont orné.

Enfin, comme couronnement de ce trophée typographique, nous signalons une collection d’exemplaires uniques sur peau de vélin, de la Sainte Bible, de la Touraine, de la Bruyère, des Bibliophiles Tourangeaux, et des grands in-8° illustrés, qui sont tous admirablement venus ; or on sait qu’une peau de vélin unique et réussie est une rareté inappréciable.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6428
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Re: La maison Alfred Mame à Tours

Message par worldfairs » 26 janv. 2019 05:04 pm

Texte et illustration de "Les merveilles de l'Exposition de Universelle de 1867"

L'art des jardins remonte à la plus haute antiquité. Le désir d’embellir la nature, de la façonner à sa guise et de l’approprier à ses goûts, a été de tout temps pour l’homme une source de jouissances. Cet art, a fait naître, à toutes les époques et chez tous les peuples, principalement chez les modernes, de nombreux ouvrages didactiques; il a inspiré des poètes ; il a eu ses idylles et ' ses épopées. Mais il lui manquait un historien; le tableau de ses progrès, de ses variations suivant les pays et les climats, ce tableau restait à faire.

C’est l’histoire des jardins que vient d’entreprendre M. Arthur Mangin, secondé par cette érudition et ce talent descriptif dont il a donné des preuves dans plusieurs ouvrages scientifiques, et qui l’ont classé parmi nos meilleurs écrivains. La tâche était ardue : il ne s’agissait pas seulement de choisir parmi les parcs existant de nos jours les spécimens les plus remarquables (et ce choix était déjà d’une nature assez délicate), il fallait aussi, chose plus difficile, reconstruire, à l’aide de matériaux épars ou défectueux, de souvenirs de voyageurs ou de documents archéologiques, des monuments de l’art des jardins dont parfois la description était à peine indiquée. Grâce à des recherches infatigables et à d’heureuses découvertes, M. Arthur Mangin a pu accomplir son labeur, rude quoique attrayant.

Mais un pareil livre fût demeuré fort incomplet, si le crayon n’eût prêté à la plume un large concours, si en regard du récit historique le lecteur n’avait eu la représentation artistique de l’objet décrit, s’il n’avait en quelque sorte vu s’agiter le feuillage des arbres. Cette partie de l’ouvrage, confiée à un groupe de nos plus célèbres paysagistes, exécutée avec cette généreuse émulation qui enfante les chefs-d’œuvre, et habilement reproduite par la gravure, nous promène successivement à travers les jardins de l’antiquité, ceux du moyen âge et de la Renaissance, et nous présente l’art moderne dans toute sa splendeur.

La typographie, chargée de mettre en œuvre ces précieux éléments, ne devait pas manquer à sa mission et rester inférieure à son rôle. Le magnifique volume que MM. Alfred Mame et fils viennent d’offrir aux juges de l’Exposition et au public connaisseur a été réputé digne des grandes productions de leurs presses qui l’avaient précédé; il a concouru, comme nous l’avons dit au commencement de cet ouvrage, à leur faire décerner le grand prix, cette récompense unique dans leur industrie.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les Récompenses du jury spécial. La maison Alfred Mame à Tours - Parc de Rambouillet par Daubigny - Alfred Mame, les Jardins - parcrambouilletmame.jpg
Parc de Rambouillet par Daubigny - Alfred Mame, les Jardins
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Répondre

Retourner vers « Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité