Les petits métiers

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Les petits métiers

Message par worldfairs » 13 août 2018 04:09 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Perles artificielles. — Tourneurs d’ivoire. — Fabrication des porte-monnaie. — L’éventail. — La sculpture sur bois. — La plomberie d’art.

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Les petits métiers - Fabrication de perles artificielles

Nous pouvons voir ici comment se font les perles que le plongeur ne va pas, au péril de sa vie, chercher au fond des mers. La matière première en est fournie par un petit poisson, Tablette, qui abonde dans nos rivières. C’est une invention toute française : elle date de moins de 200 ans. Un patenôtrier, c’est-à-dire un fabricant de chapelets, nommé Jaquin ou Jamin (l’histoire n’a pas la mémoire des noms d’hommes utiles), remarqua que les ablettes lavées dans l’eau abandonnent des particules argentines dont le lustre égale celui des plus belles perles. Il conçut aussitôt l’idée de s’en servir pour imiter celui-ci. Cette substance est connue dans le commerce sous le nom d’essence d'Orient. Le procédé du patenôtrier est encore, à peu de chose près, celui dont on se sert aujourd’hui. Il a donné naissance à une industrie florissante et qui mérite son succès. On fait des perles artificielles qu’un connaisseur même ne distinguerait pas aisément des produits naturels, et qui n’ont coûté la vie à personne; d’ailleurs tout le monde ne peut pas, comme ce schah de Perse avec qui le voyageur Tavernier fit affaire, payer une perle 275 000 francs.

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Les petits métiers - Tourneurs sur ivoire

L’ivoire est devenu l’objet d’un tel trafic, qu’on a peine à concevoir comment il peut être possible de répondre aux demandes indéfiniment croissantes qui sont faites de cet article.

Ainsi, pour citer un exemple, à la fin du siècle dernier, l’Angleterre employait chaque année, en moyenne, 192 600 livres d’ivoire; en 1827, elle en employait 564784; aujourd’hui, sa consommation s’élève à 1 million, ce qui nécessite la mort de 8333 éléphants mâles.

Une dent d’éléphant, pesant 70 livres et plus, est considérée par les marchands comme de première classe. Celles des éléphants d’Angola pèsent en moyenne 69 livres; celles du cap dé Bonne-Espérance et de Natal, 106; du cap Coast-Castle, de Layos et d’Égypte, 114. Récemment, une maison américaine a débité une dent qui n’avait pas moins de 9 pieds et demi de longueur sur 8 pouces de diamètre, et qui pesait 800 livres. La même maison avait envoyé à l’Exposition de 1851 le plus gros morceau d’ivoire qu’on eût jamais vu; c’était une barre de 11 pieds de long sur un pied de large.

On distingue plusieurs qualités d’ivoire ; celui de la côte ouest d’Afrique (le Gabon excepté), est un des moins élastiques et un de ceux qui blanchissent le moins par le travail; on s’en sert exclusivement dans la fabrication des manches de couteaux. Le plus cher est celui qu’on emploie à la fabrication des billes de billard.

L’hippopotame donne aussi de l’ivoire, mais beaucoup plus dur et beaucoup moins élastique que celui de l’éléphant ; il n’a jamais non plus ces grandes dimensions qui ajoutent tant au prix de ce dernier.

Le travail de l’ivoire remonte aux temps les plus reculés, et il serait difficile d’en déterminer l’origine. Les premiers hommes qui purent se procurer des défenses d’éléphant durent chercher à tirer parti de cette admirable matière; et privés d’outils en métal, ils utilisèrent sans doute la partie naturellement forée, comme le font encore de nos jours les sauvages de la côte de Zanguebar, qui, après avoir détaché de grossiers anneaux, en ornent leurs bras et leurs jambes.

Aujourd’hui, l’art de la tabletterie se divise en trois parties bien distinctes. La première consiste à découper de petites tablettes et à les juxtaposer en les opposant de nuances, de couleurs; la seconde comprend les objets sculptés, c’est la plus artistique et la plus importante. Les articles fabriqués au tour simple et au tour à guillocher forment la troisième partie, et c’est celle que représente notre dessin. Ici s’emploient de petits débris qui n’ont pu servir dans les autres industries. On en tire ces mille petits riens qui entrent dans le domaine de la mercerie, tels que les dés à coudre, les boules percées pour bracelets ou chapelets, les boutons doublés de chemise, les cure-dents, etc.

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Les petits métiers - Fabrication de porte monnaie

La fabrication du porte-monnaie est une branche à la fois nouvelle et importante de la maroquinerie ou de la gainerie comme on disait autrefois. Les gaineries du moyen âge et de la Renaissance nous ont laissé ces beaux spécimens de leur art qui était très-florissant. Ils savaient donner à leurs ouvrages une forme élégante et les enrichir d’ornements dont la délicatesse, la grâce et la variété nous étonnent et nous charment. Dès le neuvième siècle on taillait le cuir bouilli à l’outil, et Ton relevait les dessins en relief; au quatorzième siècle on travaillait le cuir au petit fer à froid, on le martelait, on l’imprimait; au quinzième siècle on le foulait, on l'estampait, art difficile; on gaufrait de larges surfaces dont la dorure, l’argenture et. la couleur embellissaient les décors.

La fabrication des articles de maroquinerie a pris un grand développement depuis vingt-cinq à trente ans; elle était jusque-là limitée aux portefeuilles. L’invention du porte-cigare qui date de 1830, et celle du porte-monnaie qui ne remonte pas au delà de 1840, l’extension donnée à l’emploi du maroquin, du cuir de Russie, ont transformé cette industrie, qui a pris une sérieuse importance en France, en Angleterre et en Allemagne. On cite un fabricant de porte-monnaies qui, en dix ans, a pris vint-cinq brevets , créé six mille modèles et introduit dans la confection de cet article tant de précision et d’économie que vingt-deux ouvriers différents et douze ou quinze machines concourent à la fabrication d’un porte-monnaie du prix de 25 centimes. Les petites machines en usage dans cette industrie ne sont pas l’œuvre de mécaniciens de profession; inventées par des fabricants ou des ouvriers, elles sont perfectionnées chaque jour par des hommes du métier.

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Les petits métiers - Fabrication d'éventails

L’éventail se compose d’une monture et d’une feuille. La monture s’appelle en terme de métier pied ou bois. Pour la faire on débite avec la scie dans un morceau de bois, d’os, de nacre ou d’ivoire, les brins qui forment le dedans et les deux panaches destinés à protéger la feuille, quand l’éventail est fermé. Cette feuille est quelquefois simple et le plus souvent double. Le vélin, le parchemin, le papier, le taffetas, le satin, le crêpe ou la gaze de soie en fournissent les matières premières. Les éventails ordinaires sont lithographiés ou gravés et coloriés; les éventails riches sont peints à la gouache ou à l’aquarelle par des artistes connus sous le nom de feuillistes et quelquefois même par des peintres renommés.

La fabrication de ce petit objet n’occupe pas moins de dix-huit à vingt ouvriers différents. Le pied est fait en général dans le département de l'Oise. C’est à Paris qu’on imprime ou qu’on teint la feuille et qu’on monte l’éventail. L’importance de cette fabrication est évaluée à plus do huit millions.

L’invention de l’éventail remonte à la plus haute antiquité ; son usage est très-généralement répandu. On le voit figurer sur les monuments égyptiens et assyriens, sur ceux des Aztèques; les Chinois le connaissaient onze siècles avant notre ère. Aujourd’hui la France, l’Espagne, l’Inde, la Chine et le Japon en approvisionnent le monde entier. Notre commerce en établit au prix de 5 fr. 50 la grosse (3 centimes la pièce), mais les Chinois dépassent encore ce bon marché : on trouve à Canton des éventails qui ne se vendent que 9 fr. le mille.

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Les petits métiers - Sculpteurs sur bois

L’art du sculpteur sur bois florissait au moyen âge ; mais si son application était alors fort répandue, il n’y avait parmi les milliers d’artisans qui se livraient à ce travail qu’un petit nombre de véritables artistes. Les grandes familles eurent le privilège de posséder quelques chefs-d’œuvre, du genre de ceux que le musée de Cluny étale dans leur savante naïveté.

Le goût moderne a su apprécier tout ce qu’on pouvait tirer de cet art merveilleux. Il n’est pas aujourd’hui un grand seigneur qui n’ait un salon , un boudoir, une chapelle dont le bois sculpté ne fasse tous les frais d’ornementation. Il n’est pas un artiste qui ne rêve la possession du classique bahut.

La sculpture sur bois appliquée aux objets de fantaisie et de petit ameublement, est une industrie toute récente. Les touristes qui ont parcouru la Suisse depuis une trentaine d’années, ont vu les pâtres de l’Oberland bernois chasser devant eux leurs troupeaux en taillant de la pointe d’un couteau rustique une foule de sujets recherchés des voyageurs. Cet art, maintenant très-cultivé dans les environs de Brienz, était resté fort arriéré au point de vue de la forme et du dessin. Il conservait un caractère trop primitif pour une époque où le goût a acquis une si grande pureté.

MM. Wirth, anciens élèves de Pradier, eurent l'heureuse inspiration d’apporter la science au milieu de ces ouvriers de la nature. Ils fondèrent une école de sculpture où leurs élèves firent les plus rapides progrès. Six ans suffirent pour créer une usine importante dans laquelle 400 artistes environ taillent, creusent et transforment le bois qui prend dans leurs mains habiles les formes les plus diverses.

C’est une rude concurrence pour la France où tout bûcheron, tout montagnard est plus ou moins sculpteur en bois en même temps que boisselier et tourneur; mais c'est une concurrence que, grâce à l’industrie parisienne, l’art français soutient avec honneur, ainsi que l’Exposition le prouve. La sculpture sur bois, au point où elle est maintenant parvenue, ne le cède en rien à la sculpture sur pierre et sur métaux. On n’a jamais été plus loin dans la vérité des formes, dans l’expression des physionomies, dans le fini des détails et dans l’harmonie de l’ensemble. Le ciseau du sculpteur uni au talent de l’ébéniste produit des miracles d’élégance et de légèreté.

N’oublions pas de noter le bon marché relatif auquel on parvient à établir ces objets d’art. Il s’explique par ce fait qu’on évite pour dégrossir le bois la longue opération du pointage. Les sujets sont dessinés, d’après le modèle, sur les faces d’une pièce de bois d’un cube régulier, de manière à ce que tous les tracés profilent entre eux. On dégrossit ensuite. Cette manière de procéder, bien plus rapide que le pointage, a pour résultat de faire de chaque création une œuvre originale plus ou moins différente de toutes celles qui ont été exécutées sur le même dessin.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Les petits métiers - Plomberie d'art - petitsmetiersplomberiedart.jpg
Les petits métiers - Plomberie d'art

Nous parlions de la perfection de la sculpture sur bois; ce qu’on croirait à peine, c’est que des ouvrages en plomb, métal en apparence si ingrat, peuvent ne point le céder en légèreté apparente à ceux dont le bois fournit la matière première. On en a la preuve dans l’atelier même que nous représentons; il y a là un bouquet d’une grâce, j’allais dire d’une fraîcheur incomparable. Il est vrai qu’il a pour auteurs les artistes à qui est due la flèche en plomb martelé de Notre-Dame de Paris.
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 31 août 2018 01:28 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Les fleurs artificielles. — La bijouterie. — La passementerie.— La chaussure mécanique.

Le premier de nos dessins représente un de ces aimables ateliers où le jasmin, le muguet et la rose naissent entre les doigts des jeunes filles. Cette gracieuse industrie remonte à une époque très-reculée. Pline nous apprend en effet que l’usage des couronnes artificielles fut importé d’Égypte en Grèce vers l’an 350 avant notre ère. A Rome, sous les Césars, les dames plaçaient dans leurs cheveux des fleurs artificielles odoriférantes faites d’écorce de papyrus et de soie de diverses couleurs; ces simulacres de fleurs avaient le parfum de celles qu’on avait imitées. Dès le troisième siècle, les Chinois employaient au même usage la moelle de certaines plantes, les plumes d’oiseaux et diverses espèces de soieries dont plusieurs étaient tissées exprès. Depuis longtemps en Italie et en Espagne on fait des fleurs avec les cocons, la batiste, la gaze et les étoffes de soie.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Petits métiers - Fleurs artificielles - petitsmetiersfleursartificielles.jpg
Petits métiers - Fleurs artificielles

C’est vers la fin du quinzième siècle que des Italiens introduisirent cette industrie dans notre pays, et c’est à Lyon qu’elle fit ses débuts. En France, comme dans les deux pays précités, elle fut exercée d’abord dans les couvents de religieuses. Les produits en étaient consacrés à l’ornementation des autels. On n’y employait guère alors que le parchemin, des étoffes grossières, du papier doré et colorié.

L’emploi des fleurs artificielles dans la parure ne s’est répandu en France que lorsqu’on eut appris à les faire légères et mignonnes : auparavant, celles que les femmes ne dédaignaient pas de porter nous venaient de l’Inde et de la Chine.

Jusqu’au siècle dernier, on ne produisit que des fleurs de fantaisie. En 1738 , un nommé Seguin, de Mantes, étant venu se fixer à Paris, eut l’heureuse idée d’appliquer ses connaissances en botanique et en chimie à l’imitation des fleurs. Il est le premier qui ait songé à prendre la nature pour modèle. Il découpait aux ciseaux tous les organes qui composent les fleurs et les coloriait au pinceau. En 1770, un Suisse imagina d’employer l’emporte-pièce, espèce de poinçon évidé avec lequel on découpe d’un seul coup six ou huit feuilles ou autant de pétales. Peu après, on se servit du gaufroir gravé et de sa cuvette, entre lesquels on place les feuilles découpées pour leur donner, à l’aide d’une presse, les nervures caractéristiques.

Aujourd’hui on peut dire que cette industrie a atteint la perfection ; nos fleuristes luttent de vérité avec la nature, et leurs produits n’ont pas de rivaux ; ils s’élèvent chaque année à une vingtaine de millions.

La bijouterie, après avoir été pendant longtemps une simple branche de l’orfèvrerie, a fini par former une industrie très-distincte. Elle s’applique à la production des menus ouvrages, tandis que les gros appartiennent à l’orfèvrerie. La bijouterie proprement dite a pour matières premières l’or et l’argent; on la qualifie souvent de bijouterie fine. Lorsqu’elle associe dans une notable proportion les pierreries aux métaux précieux, elle prend le nom de joaillerie. Intervient-elle pour orner les produits de certaines industries, tels que les flacons, les coffres, les armes, etc., on l’appelle bijouterie de garniture et damasquinerie. Viennent ensuite la bijouterie d'imitation, qui comprend le doublé et le doré ; puis la bijouterie d'acier et la bijouterie de deuil. Nulle part ces industries ne sont plus florissantes qu’en France ; nulle part la production des bijoux n’est divisée en un si grand nombre d’ateliers spéciaux que chez nous. Depuis l’affineur qui fournit la matière, jusqu’à la polisseuse ou la brunisseuse qui donne la dernière main aux ouvrages, quelle liste d’intermédiaires à parcourir! Ce sont les apprêteurs, les ciseleurs, les découpeurs, les émailleurs, les essayeurs, les estampeurs, les fondeurs, les graveurs, les guillocheurs, les lamineurs, les mécaniciens, les planeurs, les reperçeuses, les repousseurs et les tourneurs.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Petits métiers -  Bijoutiers - petitsmetiersbijoutiers.jpg
Petits métiers - Bijoutiers

Paris est en France le siège principal de la fabrication des bijoux en or; après cette capitale viennent Lyon, Marseille, Bordeaux, Toulouse, et bien d’autres villes, où sont établis des bureaux de garantie. Mais la somme des bijoux fabriqués à Paris l’emporte de beaucoup sur celle que produit tout le reste de la France.

La bijouterie d’imitation est comparativement récente chez nous. Elle a deux branches distinctes, le doublé et le doré, nées Tune et l’autre d’une idée juste; on s’est dit qu’un bijou de cuivre, s’il était également recouvert d’or, aurait l’inaltérabilité et l’éclat du métal précieux tout en restant à bas prix.

Une mince lame d’or soudée à une épaisse lame de cuivre fournit la matière première du doublé. Un bon doublé en beaucoup de cas durerait autant que l’or; mais la recherche du bas prix a placé les fabricants sur une pente fâcheuse; la mince couche d’or des bijoux en doublé est allée en diminuant d’épaisseur, à tel point qu’il n’existe plus guère entre le doublé et le doré que ces deux différences : dans le premier l’or, intervenant dès le commencement du travail, est fixé au cuivre par un procédé mécanique, tandis que dans le second , l’or n’intervenant qu’après l’achèvement du travail est fixé par un procédé chimique.

La bijouterie d’acier est d’origine anglaise. La bijouterie de deuil n’employait naguère que le jais ou jayet; le verre noir, l’émail noir, le vernis noir, ont en partie supplanté cette substance; puis est venue la bijouterie en fer de Berlin : le fer, en effet, ou plutôt la fonte de certaine qualité est assez fusible pour recevoir dans un moule les formes les plus délicates, et de là son emploi dans la confection des bijoux.

On comprend sous le nom de passementerie, les galons de toute espèce, les broderies, les effilés, les rubans de soie purs ou mélangés d’or et d’argent fin ou faux, de filoselle, de laine, de coton, de chanvre et de lin. Ces produits servent à l’ornementation des maisons, des églises, des vêtements militaires, des livrées, etc.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Petits métiers - Passementerie - petitsmetierspassementerie.jpg
Petits métiers - Passementerie

Quelque variée que soit aujourd’hui cette profession, elle l’était autrefois bien davantage; c’était l’un des vingt-quatre grands corps de métiers de Paris. Dans ce métier, rentraient ceux du brodeur, du boursier, du gibecier, du boutonnier, des fabricants de bonnets et de toques, d’affublement, d’éventails, de fleurs artificielles, de masques et enfin de dentelles.

Bien qu’il y ait, surtout en France, de très-importantes fabriques de passementerie, cette industrie n’emploie, pour ainsi dire, que des efforts individuels, et les progrès des arts mécaniques n’ont que fort peu modifié son outillage ; il n’y a guère que les galons qu’on soit parvenu à faire à la Jacquart, et encore ce métier n’est-il rien moins qu’automatique. L’ouvrier qui s’en sert en est juste où en était le fabricant d’étoffes façonnées, quand il remplissait à la fois l’office de liseur, de tireur et de tisserand. Voyez-le à l’Exposition étudier son modèle, compter les points, lever les fils, lancer tour à tour les nombreuses navettes qu’il a sous la main.

Il en est tout autrement de la chaussure, et rien de plus intéressant que cette fabrication telle que l’ont faite de récents progrès qui, conformément au sort de tous les progrès, furent longtemps jugés impossibles.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Petits métiers - Chaussures - petitsmetierschaussures.jpg
Petits métiers - Chaussures

A la chaussure cousue la chaussure clouée était venue faire concurrence; la chaussure vissée tend maintenant à remplacer les deux autres. Elle a sur celles-ci l’avantage de la rapidité de main d’œuvre et par suite du bon marché. Vous avez au Champ de Mars plusieurs ateliers de ce genre qui fonctionnent pour votre instruction ; divers systèmes de machines y sont en vigueur. Un, deux ou trois tours de manivelle, selon l’épaisseur de la semelle, suffisent pour faire entrer la vis à la profondeur voulue. Une paire de chaussures emploie en moyenne de six à dix centimes de laiton. En cinq minutes elle est vissée. Un bon ouvrier peut faire soixante paires par jour, tandis qu’un couseur n’en fait que trois dans le même temps.

Telle machine reçoit du fil de laiton lisse, elle le taraude, c’est-à-dire qu’elle le transforme en vis, introduit celle-ci dans la semelle et coupe la vis au ras du cuir. Telle autre laisse déborder le laiton, mais une cisaille d’abord, une meule ensuite, achèvent le travail, et c’est l’affaire d’un instant. Quel dommage que cette meule ne puisse agir ainsi à l'intérieur de la chaussure et empêcher qu’une pointe aiguë ne vienne endommager les bas ou les pieds du consommateur !
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 08 oct. 2018 10:33 am

Les machines à chocolat de M. Devink

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Les machines à chocolat de M. Devink - machineachocolat.jpg
Les machines à chocolat de M. Devink

La chocolaterie parisienne fabrique pour vingt-quatre millions de produits environ. Elle est donc une industrie importante, et qui prendra de plus en plus de l’extension, parce que le chocolat entre de plus en plus dans nos habitudes d’alimentation. Les deux principaux représentants de la chocolaterie parisienne sont MM. Devinck et Ménier.

Notre gravure représente l’exposition de M. Devinck, avec le moulin à broyer sur le premier plan, et sur le second plan la machine à envelopper les tablettes de chocolat.

M. Devinck fabrique à Paris même, dans une vénérable maison de la rue Saint-Honoré que la position de M. Devinck à la Commission municipale met à l’abri des expropriations de M. Haussmann, et où l’on peut voir fonctionner son moulin à broyer. Il n’emploie que le coke comme combustible, afin d’épargner à ses voisins les inconvénients de la fumée : mais le chocolat fabriqué dans ces conditions n’est pas seulement consommé à Paris ; il est exporté dans, toute la France et à l’étranger. M. Devinck, membre de la Commission municipale de Paris, me fera-t-il la grâce de me dire de combien les droits d’octroi qu’il paye pour le coke surchargent le prix du chocolat qu’il exporte hors Paris ?

On achète le chocolat de M. Devinck, quel que soit le prix, parce que le consommateur connaît cette précieuse marque de fabrique, qu’il est sûr de l’excellence du produit et de la sincérité du prix.

Mais qu’un fabricant de chocolat peu connu se mette à fabriquer dans les mêmes conditions que M. Devinck, et il sera inévitablement ruiné par la concurrence des chocolatiers hors barrière, qui n’auront pas à payer les droits d’octroi dont il reste accablé.

M. Devinck est l’honneur et le modèle du véritable bourgeois de Paris. La fortune indépendante qu’il a péniblement et honorablement acquise et la haute position où il est arrivé par son mérite, prouvent qu’avec de la probité, du travail et de l’intelligence on arrive à tout. Il n’est pas d’homme à Paris qui soit plus connu que M. Devinck, et salué avec un respect plus universel et plus sincère.

Ses ouvriers sont pour lui comme une famille ; son usine est, pour ainsi dire, leur patrimoine. Et cet homme de tout point excellent a été plus fier de la médaille d’argent accordée à son dévoué contre-maître, M. Armand Daupley, qu’il ne l’aurait été de la médaille d’or qu’on voulait lui accorder à lui-même, s’il n’avait pas été hors concours.

La machine à envelopper les tablettes de chocolat est une invention ingénieuse et l’un des grands succès de l’Exposition. Elle a été exécutée par M. Rouffet aîné, sur les indications de M. Devinck, ayant son contre-maître pour collaborateur. Cette machine, autour de laquelle la foule se presse sans relâche, est presque un être ; elle semble vivre ; elle a une physionomie. Cela est si vrai que nous avons entendu plus d’une fois les spectateurs lui adresser la parole, les uns disant : Est-ce que tu ne vas pas te hâter? les autres disant : Est- ce que tu ne vas pas te tromper, enfin ?

Cependant, le placide automate ne se presse ni ne se trompe; sans égard pour les gens qui l’interrogent, attendant la réponse à leur question indiscrète et familière, il va son petit train, posément., docilement et sans caprice.

Il a fort à faire, savez-vous? Son évolution comporte quarante-deux mouvements, soit alternatifs, soit simultanés. Nous allons les décrire pour l’amusement du lecteur.

Le premier mouvement fait arriver au bord du plateau la tablette de chocolat posée sur sa double feuille ouverte de plomb et papier. Tout aussitôt deux petits doigts de fer viennent assujettir la tablette sur une rainure qui, par un autre mouvement, la conduit au centre même du plateau, où l’opération du pliage s’exécute. Là, deux mouvements relèvent d’abord le papier de chaque côté de la tablette; puis, quatre mouvements sont combinés de façon à former un double pli sur l’enveloppe ; enfin, huit autres mouvements ont pour mission de relever le papier de chaque côté de la tablette et de le plier en forme triangulaire. Mais comment maintenir ces plis divers qui viennent d’être exécutés, si l’on ne parvient à cacheter chacun des bouts de l’enveloppe? Rassurez-vous : huit mouvements successifs amènent deux petites boîtes où se trouve de la cire en fusion. La cire est apposée; et aussitôt d’autres mouvements relèvent les cornes du papier que deux cachets fixent définitivement.

Voilà donc la tablette enveloppée. Mais tout n’est pas fini. Le petit paquet est conduit par une chaîne sans fin au bord opposé de la table où il vient s’empiler mécaniquement. Un mouvement de rotation est combiné de façon à ce que les paquets s’empilent par couples croisés à angle droit.
Lorsque vingt tablettes ont été ainsi empilées, un dernier mouvement les fait remonter et constate en même temps qu’elles ont le poids voulu, preuve qui se fait au moyen d’un contre-poids égal au poids que doivent peser les tablettes avec leur enveloppe.

Si l’on doutait que l’outil prenne toujours la physionomie de l’homme qui s’en sert, ce dernier trait de sincérité de la machine à envelopper le chocolat prouverait surabondamment que M. Devinck l’a inventée.
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 18 oct. 2018 12:59 pm

La fabrique de savon parfumé

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - La fabrique de savon parfumé - fabriquesavonparfume.jpg
La fabrique de savon parfumé

Éminemment française, la fabrication du savon de toilette est représentée à l’Exposition dans presque tous ses détails, depuis l’arrivée de la pâte incolore et inodore, jusqu’à la confection du pain coloré et parfumé.

Voici comment procède le fabricant qui opère sur la pâte arrivant de l’usine.

Par la cuisson et le séchage, elle prend la consistance solide d’une pâte blanche, fortement tassée; en cet état, elle est apte à recevoir le mélange parfumé et coloré, au moyen de la trituration.

La manipulation a substitué des cylindres agissant comme des laminoirs, mus par la vapeur, à l’antique pilon qui broyait les pâtes avec le parfum et les matières colorantes dans un mortier.

Ce progrès, qui est dû à l’un de nos célèbres parfumeurs, M. Piver, permet, une incorporation plus intime du parfum et de la couleur dans la pâte.

Après avoir broyé la pâte, qui tombe à l’état de feuilles minces pour être de nouveau passée au laminoir, on la place dans un cylindre creux contenant un fort piston mû par une machine hydraulique.

La pâte comprimée dans ce cylindre est poussée vers une ouverture elliptique, de laquelle sort une épaisse baguette de savon; on coupe cette baguette par portions égales et on frappe chaque morceau d’un coup de balancier, pour lui donner sa dernière forme.

Jetons un coup d’œil sur le mouvement commercial du savon parfumé.
Dans le premier semestre de 1867, la France a exporté pour 7 717 715 fr., et l’importation ne s’est élevée qu’à 742 385 fr., pendant le même laps de temps. Cette différence ne donne qu’une faible idée de la production intérieure qui se chiffre par plus de quarante millions, et fait vivre des milliers d’ouvriers.

Certes, si on prenait pour axiome cet aphorisme de Liebig : « la quantité de savon que consomme une nation pourrait presque servir de mesure pour apprécier le degré de richesse et de civilisation auquel elle s’est élevée, » nous aurions quarante millions de raisons pour nous placer à la tête de toute civilisation.

Notons cependant que le savon parfumé ne représente qu’une faible portion de la savonnerie française, car Marseille en produit à elle seule soixante millions de kilogrammes par an.

Depuis que la soude artificielle, découverte par l’immortel Leblanc, a permis d’introduire l’huile d’œillette dans cette fabrication, Marseille n’est plus seule à fabriquer le savon. L’introduction d’une foule de corps gras, à bas prix, et avantageusement saponifiables, a beaucoup étendu l’exercice de cette industrie.

Qu’on juge par cet aperçu de l’importance de la fabrication savonnière française.

Plus que la concurrence, peut-être, les taxes municipales exorbitantes, ont fait naître la fraude.

Qu’on me permette de donner ici aux acheteurs un petit conseil.

Ce n’est pas le savon à meilleur marché qui coûte le moins cher, et voici pourquoi.

Le bon savon, le vrai savon, ne doit contenir que 33 % d’eau, 60 % de corps gras, et 7 % d’alcali.

Si l’on fait absorber plus d’eau à la pâte, il arrive que, pour un même volume, les matières utiles, celles douées de la faculté de nettoyer, diminuent en proportion. Ne mettre que de l’eau qui s’évapore et, en racornissant le savon, décèle la fraude, serait aujourd’hui une naïveté; on a donc remplacé l’excès d’eau par des matières inertes, pesantes, mais qui ne s'évaporent pas, et on a fait des savons au talc et au sulfate de baryte.

Les chimistes, les spécialistes, découvrent le procédé, et aussitôt les fraudeurs de s’écrier: «Mais nous avons réalisé un progrès! nous avons diminué le prix de revient d’une marchandise. » Oui, le même progrès en effet que de mettre de l’eau dans du vin, et de gagner ainsi 50% sur la vente.

Le savon de toilette devrait être moins sujet à ce genre de sophistication, car on le paye plus cher que les autres. Il n’en est rien. Aussi est-ce une grande sécurité que de s’adresser de préférence aux fabricants dont la vieille réputation est solidement établie.
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 22 oct. 2018 01:27 pm

LA VANNERIE FRANÇAISE.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Vannerie française - vannerie.jpg
Vannerie française

Le succès de l’Exposition, après avoir hésité cuire divers groupes, s’est définitivement fixé dans la galerie des machines, retenu par les établissements, si curieux et si intéressants, consacrés au travail manuel. Je n’ai pas besoin de rappeler aux lecteurs de l’Exposition Universelle, Illustrée, que c’est à l’initiative de M. Haas, à son intelligente et énergique persistance, que nous devons cette exposition sans précédents. Prêchant d’exemple, et installant lui-même une réduction microscopique de sa vaste usine, M. Haas a volontiers négligé ses propres intérêts pour donner plus d’éclat à l’exposition des exposants de son groupe. M. Haas a trouvé dans la croix de chevalier la juste récompense de ses travaux et de son dévouement à une innovation franchement démocratique.

C’est, en effet, principalement parmi les fabricants en chambre que s’est recruté le personnel de l’exposition du travail manuel. Je n’en veux pour exemple que la vannerie française, exposition intéressante à divers points de vue.

Le public connaît les divers produits de cette industrie, les paniers de toutes formes et de toutes grandeurs, les corbeilles, les
nattes porte-bouteilles, toute cette série de charmants objets qu’on obtient avec l’osier tressé. Au Champ de Mars, la vannerie fine est seule représentée, c’est celle qui n’emploie que l’osier fendu, celle enfin qui ne fabrique que les objets légers, élégants, qui relèvent autant de la fantaisie que de l’utilité réelle.

Cette petite industrie, qui n’emploie ni mécaniques, ni moteurs à vapeur, a cependant son importance. Son centre principal est à Origny-en-Thiérache, dans l’arrondissement de Vervins, et je vous étonnerai peut-être beaucoup, en vous apprenant qu’elle emploie, bon an mal an, 20 000 ouvriers (hommes, femmes, enfants), qu’elle représente un mouvement d’affaires annuelles de plus de 4 millions, sur lesquels 7 ou 800 000 francs au plus sont affectés à la matière première, laissant plus de 3 millions comme salaires.

Le travail n’a guère lieu que l’hiver, et les ouvriers peuvent, quand l’exige la saison, se livrer au travaux des champs. —Voyez-vous cette industrie qui, loin de prendre à l’agriculture les bras qui lui sont si nécessaires, leur donne du travail et de l’argent quand la terre se repose, et les laisse libres quand la terre les réclame? — Ici, pas d’ateliers, pas de patrons. Chaque ouvrier travaille en famille. Sept ou huit entrepositaires principaux achètent chacun le travail de 2000 ouvriers; une douzaine de maisons plus modestes se partagent le travail des autres. Les ouvriers restent donc maîtres de leur marchandise, maîtres de leurs prix, et peuvent s’établir, quand l’économie vient féconder leur travail. Ils n’ont à se pourvoir ni d’un métier coûteux, ni d’un local approprié. Un couteau, de l’osier et de l’adresse, — voilà les seuls outils indispensables. On a essayé de fendre l’osier mécaniquement, mais, jusqu’à présent, toutes les tentatives ont échoué, et le travail est resté purement manuel.

Pour ne compter les millions que par unités, la vannerie n’en est donc pas moins digne d’attention.

Un des principaux entrepositaires, M. Brizet, qui a déjà obtenu la médaille de 1re classe en 1855, a organisé au Champ de Mars un atelier où vingt ouvriers sont venus de Vervins donner aux visiteurs un aperçu du travail qui enrichit leur arrondissement. Les sacrifices que s’est imposés M. Brizet pour donner à cette exposition le développement convenable, l’élégance de ses produits, leur supériorité déjà consacrée par une haute récompense, permettent de prévoir que le jury de 1867 voudra confirmer la décision «lu jury de 1855.


LES FLEURS EN ÉMAIL.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Fleurs en émail - fleursemail.jpg
Fleurs en émail

C’est une création toute moderne, toute contemporaine; elle remonte à peine à trois ans et déjà elle prend toutes les allures d’une industrie centenaire. La province, l’étranger se disputent ses produits, et l’intelligent inventeur, M. Souchet, se voit entraîné dans un tourbillon de succès qu’il n’avait certes pas osé prévoir.

Vous avez certainement vu, dans la galerie des machines, deux jeunes filles assises devant une table et tournant, sous la chaleur d’un bec de gaz, des bâtons d’émail qui, sous leurs doigts habiles, se transforment en fleurs. Rien de plus délicat, de plus élégant que ce travail, et si le gaz dont la chaleur vive est nécessaire, si le gaz, qui n’a guère ses entrées dans les boudoirs, n’était pas indispensable, ce travail coquet deviendrait certainement la distraction des dames. Après avoir chiffonné la batiste, le papier, etc., pour composer ces charmants bouquets artificiels qui luttent de couleur, d’éclat, de fraîcheur avec les fleurs naturelles, elles auraient voulu fondre et modeler l’émail comme les demoiselles Souchet et voir naître en quelques instants ces fleurs qui ont toujours le double avantage de conserver longtemps leur brillant, et de ne pas redouter les accidents. C’est, en effet, une supériorité des fleurs en émail sur les fleurs en porcelaine. La porcelaine se brise, l’émail est résistant. Ce n’est pas la seule; les fleurs en porcelaine ont besoin d’être peintes, les fleurs en émail empruntent leur coloris à la matière première. En effet, l’artiste a sous la main des baguettes de diverses couleurs, et suivant qu’elle fait une rose, une jacinthe, un myosotis, elle emploie l’émail rose, l’émail blanc, l’émail bleu, etc. Le travail n’est cependant pas aussi facile qu’on pourrait le supposer. Le commerce ne donne guère de nuances dans les émaux. Pour obtenir les innombrables gradations de teintes qui sont la richesse de la flore naturelle, il faut fondre plusieurs couleurs, les assortir.

Là, se révèlent le goût et l’intelligence de l’artiste. J’engage les visiteuses de la dernière heure à ne pas quitter le Palais du Champ de Mars sans avoir été voir l’Exposition de M. Souchet. A côté d’une vitrine où sont exposés de délicieux bouquets, elles pourront voir le petit établi tout simple où naissent ces merveilles. Mlles Souchet préparent en ce moment, pour la fête des récompenses, un bouquet qu’elles destinent à l’Impératrice.
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Message par worldfairs » 10 nov. 2018 07:11 pm

Les souffleurs de verre. Les fabricants de thermomètres

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Les souffleurs de verre - souffleurverre.jpg
Les souffleurs de verre

Il est des industries auxquelles personne ne songe et qui semblent se cacher dans je ne sais quels recoins. Tout le monde possède un thermomètre dans les classes aisées, mais en interrogeant ce vigilant ami qui invite avec tant d’à-propos à se garantir du rhume, ou de la suffocation, quel est donc celui qui se demande à quelles mains, à quels soins il doit son excellent conseiller? Ah! que l’ingratitude est naturelle aux hommes !

A peine sait-on de par le monde que nous devons nos thermomètres, soit à Réaumur, soit à Fahrenheit, c’est déjà beaucoup que tout le monde ne rogne pas un peu de la gloire de ces savants, pour en revêtir un être imaginaire que quelques étourdis appellent M. Centigrade.

Quant à la fabrication des ingénieux appareils destinés à nous révéler l’état de l’atmosphère, personne, ou presque personne ne le connaît.

Il est vrai qu’elle est restreinte, attendu qu’un thermomètre dure de nombreuses années et qu’il durerait des siècles sans les domestiques et les enfants qui se font un plaisir de l’approcher du feu, pour le voir monter.... monter.... plus qu’il ne peut.

Cette fabrication n’occupe donc que très-peu d’ouvriers. Un thermomètre se compose, on le sait,
1° d’une planchette ou d’une plaque de cristal (qui permet de suspendre l’instrument à l’extrémité des fenêtres);
2° d’un tube de verre qui s’élargit vers le bas, en formant un réservoir;
3° de mercure ou d’alcool. Les planches sont fabriquées à part, et les fabricants de thermomètres les achètent par quantités; les tubes s’achètent également par quantités. Vaugirard renferme la fabrique la plus estimée de ces tubes difficiles à réussir, à cause du forage intérieur d’une extrême exiguïté.

L’ouvrier en thermomètres n’opère, lui, que le travail suivant: il le munit de tubes de la hauteur nécessaire pour les planchettes dont il dispose, il y verse la quantité voulue de mercure ou d’alcool, opération très-délicate et mathématique, puis, à l’aide d’une lampe à esprit-de-vin il opère la soudure du tube. Cette soudure est précédée d’un travail destiné à chasser l’air de l’intérieur du tuyau de verre, l’ouvrier approche de sa lampe et, mettant le liquide en ébullition, le fait monter jusqu’au sommet du tube; l’air est ainsi refoulé par la colonne de mercure ou d'alcool. C’est alors que l’ouvrier s’empresse d’opérer la fermeture de l'appareil; il ne lui reste plus qu’à le fixer a planchette avec de légers fils de fer.

Ce travail minutieux, que l’on peut suivre attentivement à l’Exposition universelle, s’opère ordinairement dans des ateliers composés d’un petit nombre d’ouvriers.
Il est payé à la journée, et, à cause des soins qu’il exige, il ne permet pas au meilleur ouvrier de livrer plus de douze thermomètres dans les dix heures. Ce travail n’en est pas moins rémunératoire et fait gagner à l’ouvrier de quoi être largement à l’abri du besoin.

Ajoutons que les fabricants de thermomètres construisent aussi les baromètres, les alcoomètres et tous les instruments de cette nature.
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 14 nov. 2018 09:18 am

LES PEIGNES EN ÉCAILLE.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Peignes en écaille - peignesenecaille.jpg
Peignes en écaille

Le succès qu’a obtenu l’intéressante exposition du travail manuel ne s’est pas démenti, et aujourd’hui, encore, que l’on peut compter les heures, les minutes presque qui nous restent pour donner un dernier coup d’œil aux merveilles du Champ de Mars, recueillir un dernier souvenir, c’est entre la galerie des Beaux-Arts et la galerie des Machines et du travail manuel que la foule se partage.

Parmi les ateliers qui attirent et retiennent le plus de visiteurs, je remarque celui de M. Cassella où se façonnent les peignes en écaille, en imitation d’écaille et en corne. La curiosité du public a du reste toute faculté de se satisfaire. En effet, toutes les opérations qui transforment la matière brute et grossière en un élégant objet de toilette se font sous les yeux du public. Ainsi, pour les peignes en corne, après avoir donné à la matière première par des préparations successives la forme qu’elle doit conserver, un ouvrier l’applique à une scie circulaire et découpe les dents. Ce travail très-rapide exige une grande sûreté de main. Ne faut-il pas, en effet, que les dents soient égales en épaisseur et espacées également? — Une fois divisé, le peigne est confié aux polisseurs qui donnent à la corne mate, l’aspect brillant et le poli nécessaire.

La division des peignes d’écaille s’obtient par des procédés analogues. Je n’ai pas besoin d’insister sur l’adresse que doit déployer l’ouvrier dans cette opération délicate. Il me suffira de constater que, pour les peignes fins, on est parvenu à diviser 27 dents sur une plaque d’écaille de 27 millimètres.

Il ne faut cependant pas croire que, malgré le petit nombre d’opérations qu’exige la confection d’un peigne d’écaille, ce produit soit, par son prix, à la portée de toutes les bourses.

L’écaille, même fort ordinaire, a toujours up prix assez élevé, en raison des frais de transport et de la production assez restreinte. Elle est empruntée, on le sait, à la carapace de certaines tortues, et elle nous arrive des Seychelles, de Bombay, d’Amérique et de Manille. Et, si l’on voit dans le commerce des objets, peignes, tabatières, bonbonnières, boîtes de toutes sortes en écaille à des prix à peine supérieurs à celui de la corne, on peut tenir pour certain que cette soi-disante écaille est une imitation dont l’atelier du Champ de Mars dévoile les mystères.

Sur une plaque de corne, une ouvrière trace à l’aide d’un pinceau des taches de forme et de grandeur diverses, qui rappellent les jaspures de l’écaille. Le pinceau est imbibé d’un mordant composé de chaux, de potasse et de minium. Ces dessins s’imprègnent fortement dans la corne. Et quand le poli a fait disparaître toute trace de l’opération, la corne présente les mêmes jaspures que l’écaille. Un œil exercé, ditron, aurait peine à reconnaître le vrai de limitation. L’œil, soit! Mais pesez l’objet, boîte ou peigne, soi-disant en écaille, et vous ne pourrez conserver le moindre doute. L’écaille est relativement très-légère.


LA TAILLERIE DE DIAMANTS.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Tailleurs de diamants - tailleursdiamants.jpg
Tailleurs de diamants

Je n’ai aucune peine à avouer la sympathie que m’inspire toujours l'homme assez courageux, assez désintéressé, assez ami des intérêts de son pays, pour tenter de le doter d’une industrie, au risque de ses propres intérêts, au détriment de son propre repos et de sa fortune. C’est l’œuvre qu’a tentée M. Bernard, en France, et de cela il faut le louer hautement.

Il peut sembler singulier que ces diamants qui doivent être vendus à Paris, se dirigent du Brésil sur Londres, de Londres sur Paris, puis se rendent à Amsterdam, où ils seront travaillés, pour revenir enfin à Paris, où ils seront montés et mis en vente. Pourquoi ce voyage à Amsterdam ?
Ce n’est pas qu’on n’ait tenté à plusieurs reprises de nous affranchir de ce tribut que nous payons sottement à la Hollande. Mazarin, qui aimait beaucoup les pierres fines et les diamants, — était-ce pour leur éclat, était ce pour la valeur considérable qu’ils représentaient sous un petit volume, peu importe, il les aimait, — Mazarin fit venir d’Amsterdam un certain nombre d’ouvriers en diamants et les installa à ses frais. C’est dans cet atelier improvisé que furent polis les beaux diamants connus sous le nom des Douze Mazarins. — Mais quand ce ministre mourut, l’atelier se ferma, les ouvriers se dispersèrent, et cette tentative resta sans résultat.

Plus tard, un homme de goût et d’esprit, M. de Calonne, alors au ministère, renouvela l’essai de Mazarin. Sous sa haute protection, un atelier s’organisa et commença à travailler. Mais des préoccupations plus graves devaient bientôt faire perdre de vue à l’élégant ministre son essai d’acclimatation. Devant la tempête qui se préparait, les Hollandais quittèrent en toute hâte la France, fort heureux de se voir encore libres de regagner leur pays.

Depuis cette époque, la taillerie de diamants était monopolisée par Amsterdam, quand en 1857, M. Bernard essaya de délivrer la France de l’impôt qu’elle paye annuellement à la Hollande. Il fit venir successivement d’habiles ouvriers qu’un salaire excellent détermina à s’installer en France. En présence des efforts énergiques de cet industriel, le gouvernement voulut donner à l’établissement naissant un appui moral qui le recommandât aux commerces français. Le titre de taillerie impériale donné à l’usine du boulevard des Fourneaux n’a pas été sans influence sur la rapidité de son développement. Aujourd’hui, une centaine d’ouvriers à Paris travaillent le diamant. Quelques-uns sont établis chezeux et travaillent à leur compte. Ils apprennent à leurs enfants leur industrie et préparent ainsi .ne génération d’artisans intelligents et habites qui appartiendront réellement à la France et qui concourront à sa richesse et à sa prospérité! Les salaires sont assez élevés pour que les ouvriers ne manquent pas. Payés aux pièces, ils peuvent gagner de 10 à 30 francs par jour. Les personnes qui ont vu fonctionner au Champ de Mars l’atelier de M. Bernard se rendront compte de cet écart. Tout dépend de l’habileté de l’ouvrier, et un peu du travail qui lui est confié. Ainsi, étant admis que tout diamant taillé en brillant doit avoir 64 facettes, il est facile de comprendre qu’il y a plus de facilité à travailler un diamant gros comme un pois qu’un diamant gros comme une tête d’épingle.

Aux difficultés, aux entraves, aux ennuis de toutes sortes qui ont assiégé cette œuvre à ses débuts, aux injustices qui, dernièrement encore, venaient frapper M, Bernard, l’homme industriel peut opposer comme consolation la conscience du devoir accompli et d’un grand service rendu à son pays.


LES BIJOUX EN CHEVEUX.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Bijoux en cheveux - bijousencheveux.jpg
Bijoux en cheveux

On étonnerait, je crois, bien des gens, en leur apprenant qu’en France, une quarantaine de maisons se font un petit revenu annuel d’une vingtaine de mille francs, en façonnant les cheveux et en les appliquant à la bijouterie.

Depuis la célèbre Bérénice qui fournissait des constellations à l’observatoire de son temps, les cheveux ont eu de nombreux et singuliers emplois. Ils ont servi, chez les peuples poétiques, de gages d’affection ou de souvenirs. Chez les Romains, peuple plus positif, plus pratique, on avait tenté de les utiliser dans la fabrication des armes de guerre. On les tressait et on les substituait à la corde de l’arc. Leur souplesse et leur élasticité se prêtaient à cet usage, mais leur trop vive sensibilité hygrométrique les fit bientôt repousser. Au surplus, dès cette époque la coquetterie féminine commençait à les utiliser, et si l’art du «posticheur» n’avait pas atteint la perfection qui fait la gloire du dix-neuvième siècle, il rendait déjà quelques services. Il est permis de croire, cependant, que la «perruque» n’était encore qu’à l’état rudimentaire. Autrement, César eût-il été obligé de conquérir les Gaules pour cacher sous les couronnes de lauriers sa précoce calvitie? A quoi tiennent cependant les destinées des empires.

Vous savez ce qu’est devenu, grâce aux progrès modernes, cet art, qui s’est fait industrie, et dont les produits appartiennent à la catégorie des objets de première nécessité. Auprès de cette industrie s’en est élevé une autre, plus modeste, moins utile, mais plus sentimentale. Je ne sais comment dire autrement. C’est la bijouterie en cheveux. Si je ne considère que les tableaux, les portraits, les fleurs, les chiffres, les tombes avec saules et inscriptions, etc., que l’on obtient avec les cheveux, j’avoue que cette façon d’envisager l’art d’imitation me sourit assez peu. Mais sous ces petites œuvres d’un goût au moins singulier, se cache une main d’œuvre dont le salaire s’élève annuellement à près d’un million. Ceci déjà devient intéressant. Mais si j’ajoute que ce salaire appartient en grande partie à des femmes, qui gagnent au minimum quatre francs par jour, et dont la semaine s’élève parfois à 30 ou 36 francs, j’avoue que je ne me sens guère le courage de railler les gens qui ornent leur glace et leur cheminée de ces bijoux. 40 maisons en France, dont 20 à Paris, et les autres à Tours, Lyon, Nantes, Chambéry, occupent 50 dessinateurs environ et 500 ouvrières. C’est peu, mais trouvez-moi beaucoup d’industries, parmi celles qui emploient des femmes, qui donnent de pareils salaires! La bijouterie en cheveux a donc droit à l’attention de l’économiste. Elle a à sa tête des industriels fort sérieux, et je n’en veux pour preuve que les médailles décernées successivement à M. Beaufour-Lemonnier, en 1855, à Paris, en 1862, à Londres. M. Lemonnier dont vous pouvez voir l’atelier dans la galerie du Travail manuel, paye annuellement pour soixante mille francs de main d’œuvre, ce qui représente un chiffre total d’affaires de deux cent mille francs. Voilà des chiffres qui doivent entrer en ligne de compte dans le travail que le jury de cette classe va publier vers la fin du mois prochain.
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Message par worldfairs » 20 nov. 2018 12:52 pm

LES TÊTES D'ÉPINGLES NOIRES.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Fabrication de têtes d'épingles - teteepingle.jpg
Fabrication de têtes d'épingles

Légèrement penchée, sans être courbée d’une façon incommode, une jeune fille roule avec une adresse merveilleuse une vingtaine de tiges d'épingles, entre le pouce et l’index de chacune de ses mains.

Devant elle est un chalumeau à gaz dont la flamme aiguë vient lécher une baguette d’émail noir posée horizontalement sur un pied mobile situé à une distance raisonnable du chalumeau.

La jeune ouvrière présente successivement, en alternant les deux mains, les tiges des épingles à l’émail fondant comme la cire, et à l’instant on voit comme une véritable pluie de petites boules rouges, emmanchées de tiges, tomber dans un petit creux ménagé sur la table. Avec le refroidissement, qui est instantané, apparaît la tête noire et brillante des épingles désormais coiffées de leur émail.

40 000 têtes d’épingles sont ainsi fabriquées par jour et par ouvrière. Or, figurez-vous 200 enfants installés dans une grande salle, et vous aurez l’aspect de la manufacture d’épingles noires de M. Neuss à Aix-la-Chapelle.

Nous sommes en Prusse, en effet; le petit métier que nous représentons est placé contre la cloison de l’enceinte du Palais, entre la rue de Prusse et la rue de Belgique.

J’ai dit plusieurs fois petit métier : en conscience peut-on appeler petit métier une fabrication de deux millions d’épingles par semaine, dont sept ou huit cent mille sont hebdomadairement expédiées en France en payant un droit de douane de 50 fr. les 100 kilogrammes? L’Autriche est aussi un centre de la même fabrication. Mais l’émail fabriqué par M. Neuss est très-fusible, d’excellente qualité et obtenu très-économiquement, de sorte que malgré le droit d’entrée, le fabricant prussien livre des épingles à l’Autriche à prix plus bas que celle-ci ne peut les fabriquer elle-même.

En Prusse, le nombre de jeunes filles et d’enfants de 13 ans employés par ces manufacturiers, est immense. Le salaire y varie de 0 fr. 75 à 3 fr., ce qui, au dire des Prussiens, représente un travail équivalant à un salaire de 4 fr. et 16 fr. par jour en France. Les campagnes fournissent un contingent énorme de ces' enfants qui font souvent cinq ou six lieues pour se rendre à leur ouvrage.

Chose admirable, les manufacturiers ne peuvent prendre ces jeunes ouvriers que lorsqu’un inspecteur de l’État a certifié qu’ils savent lire et écrire. On est à cheval sur ce sujet en Prusse; aussi lorsque le roi Frédéric-Guillaume est venu à l'Exposition et s’es* arrêté devant notre petite fabricante, sa première question a été celle-ci : Savez-vous lire et écrire?
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 28 nov. 2018 09:19 am

LES DENTELLES.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Les dentelles - dentelles.jpg
Les dentelles

La dentelle au fuseau, la dentelle noire est une industrie essentiellement française.

La maison Lefébure et fils, qui a placé parmi les petits métiers à l’Exposition universelle quatre ouvrières dentellières et une ouvrière faisant du point d’Alençon, est, sans contredit, une des premières maisons de France, comme elle est une des plus anciennes. Elle a obtenu successivement toutes les récompenses qu’il était possible d’obtenir, et toujours les premières dans sa spécialité. Depuis 1819, les médailles de bronze, d’argent et d’or, les premières médailles d’or et médailles d’honneur en 1855 et 1867, ont confirmé sa supériorité toujours maintenue. M. Lefébure père, décoré en 1849, a, d’ailleurs, bien mérité du monde industriel, par la façon paternelle dont il a compris sa mission, s'intéressant aux colonies ouvrières dépendant de lui, comme à des fractions de sa famille, et ne négligeant aucune occasion de mettre en évidence les mérites de ses coopérateurs. Il est ainsi que dans la campagne industrielle de 1867, 17 récompenses ont déjà été adjugées à ses principales ouvrières ; son dessinateur a obtenu une médaille d’argent, et des médailles de bronze ont récompensé les heureux résultats obtenus par son école de dentellières et par la direction de ses ateliers. C'est encore à lui que la ville de Bayeux doit sa haute réputation en ce genre. Lorsque la grande médaille fut donnée à la fabrication de Bayeux pour les dentelles noires fines, la maison Lefébure était, pour ainsi dire, la seule maison importante qui y entretînt des ateliers. Aussi, dans cette partie de la Normandie, l’influence de ce travail, largement rémunérateur, a-t-elle été bienfaisante et moralisatrice. Les liens de la famille s’en sont serrés. Le niveau de l’éducation, grâce aux écoles, s’est élevé. Et le soir, dans la principale pièce de chaque maison, il faut voir réunies autour de la lampe aux reflets verts1, la mère, les filles et les servantes faisant courir le fuseau, tandis que le père fait quelque lecture intéressante.

On a souvent reproché à l’industrie de la dentelle de compromettre la vue des ouvrières. A ce propos, une simple observation. Ce n’est pas le travail raisonnable et normal, c’est l’excès de travail né du désir de gagner davantage qui a pu avoir ce triste résultat. M. Lefébure en a fourni une preuve des plus concluantes en présentant cette année au jury de sa classe 4 ouvrières âgées de 60 ans, 2 ouvrières de 50 ans et 1 âgée de 40, qui toutes travaillent pour sa maison depuis leur plus tendre enfance, et qui jouissent actuellement d’une excellente vue.


LES PIPES EN ÉCUME DE MER.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Les petits métiers - Les pipes en écume de mer - pipes.jpg
Les pipes en écume de mer

Quel est le fumeur qui ne s’est pas arrêté quelques minutes au Champ de Mars devant l’atelier où les sculpteurs et tourneurs de MM. Cardon et Illat travaillent l’écume de mer? Et celte station est d’autant plus intéressante que, comme pour la plupart des métiers qu’a si ingénieusement installés M. Haas, on peut suivre la série d’opérations qui font d’un bloc informe de terre blanche l’élégante pipe ornée d’un bout d’ambre, que les fabricants vendent 15, 20, 30 et 40 francs. A l’aide du tour, un ouvrier dégrossit ce bloc, et dessine d’abord le fourneau et le tuyau ; le forage se fait de la même façon; quand la
forme est à peu près donnée, le coupeur dégage la partie qui relie le fourneau au tuyau, travail qui ne peut se faire au tour. La pipe est ensuite remise aux presleuses qui, à l’aide d’une herbe rugueuse appelée presle, frottent l’écume et lui enlèvent ses aspérités. Il ne reste alors qu’à tremper la pipe dans un bain de cire blanche pour lui donner de la solidité et à la soumettre à un dernier polissage, qui s’obtient à l’aide de chaux de Vienne porphyrisée. Un bout d’ambre tourné et poli vient compléter la pipe. Mais ceci constitue le produit ordinaire. En général, l’écume est sculptée; en raison de sa nature friable, elle doit être plongée dans l’eau; elle devient facile à travailler et se prête à toutes les fantaisies du burin. Vous pouvez voir à l’Exposition de jolis modèles très-finement sculptés, et qui ont le mérite d’être forcément originaux.

La fabrication des pipes en écume de mer est une conquête toute contemporaine que nous avons faite, il y a quelques années, sur le monopole autrichien, grâce aux efforts et à l’habileté de plusieurs industriels, à la tête desquels il est très-juste de placer M. Gardon, l’exposant de la classe 95. —En 1855, en pleine exposition, M. Cardon quittait sa maison, fondée depuis trois ans, pour aller chercher en pleine Asie Mineure, en Anatolie, une mine d’écume de mer qu’on lui avait indiquée. Sans se laisser arrêter par les frais, les fatigues, les dangers d’un tel voyage, M. Cardon arriva en Anatolie et reconnut un gisement considérable de cette terre précieuse. Au bout de quelques mois, il revenait en France, rapportant de son excursion une industrie encore inconnue en France. Il fit venir d’Autriche des tourneurs, des coupeurs, des presleuses, et monta un atelier auquel il adjoignit des sculpteurs français. Aujourd’hui, à côté de M. Cardon, qui emploie une vingtaine d’ouvriers, se sont élevées plusieurs maisons qui ont profité de ses efforts et de sou initiative. Les sculpteurs gagnent de 15 à 20 francs par jour, les tourneurs et les coupeurs, de 7 à 10 francs, les presleuses 5 à 6 francs, et voilà, grâce à la hardiesse d’un industriel français, une nouvelle industrie acclimatée en France. Elle est aujourd’hui en pleine prospérité.

M. Cardon a voulu faire profiter tout le monde de son voyage en Anatolie. — Sous le titre «Musée du Fumeur», il a réuni quelques notes sur l’histoire du tabac et ses souvenirs d’Orient. Ces pages, écrites sans prétention, se lisent de la première à la dernière, comme tout ce qui est marqué au coin de l’esprit et du bon sens.


LES LORGNETTES.

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Les lorgnettes

Voici une industrie exclusivement française et même parisienne. A Paris, seulement, en effet, se fabriquent les lorgnettes de théâtre, de marine et de voyage. Vous savez déjà de quoi se compose la jumelle: une armature de cuivre ou d’aluminium recouverte d’ivoire, de nacre, d’écaille, d’émail, ou simplement de chagrin. Dans cette armature composée de deux tubes, se placent à chaque extrémité des lentilles destinées à grossir les objets. Jusqu’à ces dernières années la science en était restée là, arrivant à augmenter un peu la force des lentilles, mais sous la condition d’élever considérablement le prix de la lorgnette. Aujourd'hui, on obtient une puissance, considérable à l’aide de trois verres superposés et soudés ensemble par une sorte de gomme nommée Baume du Canada. La jumelle possédant quatre lentilles, on appelle jumelle de 8 ou 12 verres celle dont chaque lentille a été doublée ou triplée. Un opticien, M. Lemaire, est parvenu à donner à ses lorgnettes une qualité nouvelle. Autrefois, le théâtre, la campagne, la marine demandaient des lorgnettes particulières. A l’aide d’un procédé très-simple, parfaitement solide, M. Lemaire donne à la même jumelle les trois degrés de force. Trois lentilles biconcaves placées dans le petit bout de sa lorgnette se succèdent à la simple pression d’un bouton. Grâce à cet ingénieux système dont l’application est encore facilitée par une inscription placée sur la branche qui rejoint les deux tubes, la même jumelle sert aussi bien pour les vues à longue portée que pour les perspectives rapprochées de la scène. Au surplus, vous pouvez voir au Champ de Mars les divers procédés employés pour la préparation de l’ivoire, de la nacre, etc., et l’ingénieux mécanisme inventé par M. Lemaire pour le creusement et le polissage des verres.

Mais, après une visite à l’atelier du Champ de Mars, je vous conseillerais volontiers une promenade dans l’usine que M. Lemaire a fondés rue Oberkampf. La récente distribution des récompenses aux chefs d’ateliers qui s’attachent à améliorer la condition morale et physique des apprentis et à leur préparer un bon avenir, donne un certain intérêt à une particularité qui m’a frappé dans l’organisation de cette importante maison. Quand vous aurez parcouru les nombreux ateliers où se préparent ces excellentes jumelles qui sont devenues un meuble indispensable par ce temps de féeries, demandez quelques renseignements sur les salaires et la condition des ouvriers et apprentis. En l’absence de M. Lemaire, c’est M. Daumas qui se mettra à votre disposition avec une complaisance qui indique le dévouement qu’il apporte dans l’accomplissement d’une œuvre d’avenir et de progrès. Il vous montrera le dortoir, le réfectoire, la chambre de toilette, la terrasse où trente apprentis prennent leur récréation, leur repas et leur repos; il vous montrera aussi une vaste salle meublée de bancs, de tables, de pupitres, de tableaux, etc., où chaque soir un professeur vient leur donner des leçons d’orthographe, d’arithmétique et de dessin. Il vous montrera le modèle du bulletin que chaque dimanche l’apprenti emporte chez ses parents, et qui indique quels ont été sa conduite et son travail pendant la semaine, ainsi que sa situation financière, caries apprentis gagnent une somme proportionnée à leur degré d’instruction professionnelle. Sur la somme allouée, une partie est remise chaque semaine, l’autre est réservée pour constituer une masse que l’apprenti touche en prenant son livret et qui lui permet de s’acheter les meubles nécessaires pour éviter le logement garni. On me citait un apprenti qui, dans sa cinquième année, avait économisé cinq cents francs ! — Je n’ai pas besoin d’insister sur cette excellente organisation qui nous prépare des ouvriers instruits et intelligents, des citoyens formés à l’école du travail et du devoir.
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Re: Les petits métiers

Message par worldfairs » 19 déc. 2018 08:57 am

La fabrique de dragées

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La fabrique de dragées

C’est par un tapage assourdissant que s’annonce cette fabrication.

La première chose qui nous frappe est une bassine en cuivre tournant sur un axe incliné mû par une manivelle, et qui sert de séchoir aux dragées déjà presque achevées. Un courant d’air y est ménagé au moyen de trous pratiqués sur les parois. Quelques bassines sont construites de façon à recevoir par une bouche de chaleur un air brûlant qui souffle constamment sur les dragées, pendant la rotation de l’appareil.

Mais procédons par ordre.

L’antique dragée à noyau d'amande est bien détrônée aujourd’hui : nos friands n’ont plus les dents assez solides pour les croquer; il faut que, immédiatement après l’enveloppe du sucre, leur palais savoure une crème ou une liqueur douce; et puis l’amande rancit; — et les amandes amères! — N’oublions pas la belle grimace que nous faisions enfant, quand par malheur il nous en tombait une sous la dent.

Or, comment introduit-on dans cette petite coque blanche de sucre la délicieuse ; pâte ou les sirops que nous y découvrons? Il est bien juste que l’Exposition nous apprenne au moins ce détail curieux d’une fabrication dont tous les baptêmes et tous les mariages rendent obligatoire la consommation.

J’ai moi-même divisé les dragées modernes en deux genres; celles qui contiennent des pâtes fondantes et celles qui contiennent des sirops ou des liqueurs.

Voici les procédés qui nous sont dévoilés par l’Exposition.

On commence par préparer la pâte devant composer le cœur de la dragée. Elle se fait comme toute crème que l’on rend consistante. On roule ensuite mécaniquement ou avec des moules, cette pâte fortement sucrée pour lui donner la forme cylindrique qui sera, sauf un léger aplatissement, celle de la dragée terminée.

En cet état, on place les petits cylindres dans la bassine en cuivre déjà mentionnée, en arrosant avec quelques cuillerées de sirop de sucre très-concentré, coloré ou non, et on tourne la manivelle — ici commence le bruit. — L’air chaud fait son œuvre de dessiccation et bientôt la dragée s’entoure d’une mince pellicule de sucre durci. On ajoute une nouvelle proportion de sirop et on tourne encore. Après quelques heures, la dragée est terminée.

Je ne sais si, seul des spectateurs, j’ai été intrigué par le désir de connaître le procédé employé pour introduire des liqueurs dans les dragées; on cherche souvent bien loin ce qui est bien près, et rien n’est plus simple.

Un phénomène qui s’appelle en physique l’état sphéroïdal, est toute la base du procédé.

Avez-vous jamais remarqué qu’une goutte d’eau tombant dans une poudre fine, ne s’aplatit pas, mais au contraire s’arrondit en se recouvrant d’une légère couche de la poudre en question ! Eh bien ! tout est là.

Dans du sucre réduit en poussière impalpable, on laisse tomber quelques gouttes de la liqueur sirupeuse; à l’instant il se forme une petite boule entourée de sucre; un mouvement imprimé au récipient augmente cette couche, et en cet état on procède comme pour la pâte dont j’ai déjà indiqué la manipulation.

Faut-il ajouter que la confiserie a comme toutes les industries de manipulation, ses petites roueries; on a, en effet, constaté à la suite du bas prix que ses produits atteignent aujourd’hui, que beaucoup de dragées, spécialement, étaient vendues à peine un peu plus cher que ne le serait le bon sucre raffiné et moins cher que les amandes employées : les dragées à la pistache, à l’amande ou au chocolat sont les plus chères.

D’où vient ce mystère ?Mon Dieu ! l’amidon n’y est pas étranger et le sucre n’est pas toujours à son poste. Frères par la couleur, ils le sont par le dévouement, ils se remplacent, — l’amidon surtout — car le sucre ferait un métier de dupe s’il voulait remplacer son complaisant compagnon.

Or, en chimie même, rien ne ressemble au sucre comme l’amidon. Qu’on me permette de placer en regard les deux formules chimiques de ces substances. Pour le sucre : carbone 12 ; hydrogène 11 ; oxygène 11. Pour l'amidon: carbone 12; hydrogène 10; oxygène 10. Différence : une molécule d'eau.

Si l’iode ne décelait pas l’amidon par la couleur bleue qu’il développe dans l’eau amidonnée à un millième, on ne saurait en vérité en reconnaître la présence, surtout si la dose est inaccessible à la sensibilité du palais.

Heureusement, il n’y a rien de nuisible dans cette addition un peu,... hardie, et en définitive elle met à la portée des petits sous, qui n’y regardent pas de si près, une innocente jouissance.



Les Filets.

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Les filets de pêche

Un des premiers fabricants de filets de Paris, M. Gérard Thibaut, entretient à l’Exposition trois ouvrières habiles qui chaque jour sont entourées d’une cour nombreuse de curieux des deux sexes qui ne semblent pas se lasser d’admirer leur habileté. C’est du filet à la main qu’elles fabriquent, car les procédés mécaniques n’ont pas apporté de progrès réels dans cette industrie. Le filet mécanique est moins solide, il ne peut s’exécuter qu’en pièces de grandes dimensions et pour les résilles, par exemple, il serait impossible, il est impossible jusqu’à présent, veux-je dire, d’obtenir l’arrondissement progressif si nécessaire pour que la résille emboîte convenablement les cheveux qu’on lui confie.

Au premier abord, l’industrie des filets paraît bien peu de chose. L’origine se perd dans la nuit des temps. Le procédé est élémentaire. C’est le même qu’emploie le pêcheur pour confectionner ses nasses. Une navette, un moule et de la ficelle, il ne lui faut rien de plus. Ici, au lieu de ficelle, on emploie de la soie, du cordonnet de soie, mais si la matière diffère, l’ouvrage reste absolument le même, à la taille près. Et cependant celte industrie se chiffre par un total considérable. Il y a à Paris une vingtaine de maisons importantes exploitant la même industrie. On comprend dès lors qu’il ait paru nécessaire de faire figurer à l’Exposition quelques ouvrières qui représentent cette spécialité.

Pour bien se rendre compte de l’importance sociale des industries de cette nature, il faut savoir à qui elles profitent. M. Thibaut et ses confrères ne tiennent pas en ville ou dans nos faubourgs, dans des ateliers placés sous leur direction immédiate, les deux ou trois mille ouvrières qui travaillent pour chacune de ces maisons. Non, c’est en Normandie, en Alsace, dans nos campagnes, dans nos villages, aux champs, à la veillée que sont disséminées les ouvrières qui ont confectionné, mesdames, ce filet de foie qui contient votre opulente chevelure. C’est un appoint que le luxe de la ville paye à la vie des campagnards. Tout en faisant ses devoirs de femme de ménage, en soignant les enfants, en veillant à la soupe, Mathurine ou Jaquette gagne, selon son habileté, de 1 fr. 50 à 2fr. 50 par jour à faire du filet. Les jeunes filles elles-mêmes sont de bonne heure aptes à gagner ainsi leur vie, et c’est la meilleure des dots à apporter à un mari cultivateur que cette habileté d’ouvrière qui peut, sans négliger les soins de l’intérieur, augmenter bon an mal an de six à huit cents francs les recettes du petit ménage.

L’industrie du filet comporte trois articles : le miton et gant de filet, le châle, la résille. Les châles et les gants se brodent â la main après coup, et c’est à ce travail de broderie que sont alors employées les ouvrières parisiennes. Les résilles s’agrémentent de cent façons variées, surtout pour satisfaire aux besoins de l’exportation. Ce sont des perles souillées, des perles taillées, en verre de toutes couleurs, c’est le jais sous ses mille formes, c’est enfin une quantité innombrable d’ornementations en cuivre, en acier, en argent, en or, des sequins, des pendeloques, des boules, des grelots, etc., etc., sans compter les agréments de soie, de ruban, de velours, les garnitures de chenille et jusqu’aux franges dorées, fort goûtées au Brésil et dans les républiques espagnoles de l’Amérique du Sud.
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