Exposition de Billancourt

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worldfairs
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Exposition de Billancourt

Message par worldfairs » 10 mai 2018 04:50 pm

Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Exposition de Billancourt - Le débarcadère - expobillancourtdebarcadere.jpg
Le débarcadère

Nous voici sur le bateau à vapeur qui nous conduit à Billancourt. Nous partons de l’embarcadère situé en aval du pont Royal, et nous descendons rapidement le fleuve. Nous touchons au Champ de Mars vis à-vis la pointe de l’ile de Grenelle, et nous continuons notre route. Nous apercevons bientôt le magnifique viaduc du Point-du-Jour, sous lequel nous passons, et nous sommes en vue de Billancourt. Les entrepôts que l’île renferme du côté de Paris, les hangars qui abritent les concours d’animaux, l’installation des fabricants de pompes fuient comme un trait derrière nous.... La cloche sonne et nous prenons terre.

La première gravure représente le débarcadère. Le pont du bateau est encombré de visiteurs, qui se précipitent pour arriver les premiers, Cette foule se compose en majeure partie de gens sérieux qui viennent étudier. Entrons et suivons le courant qui se dirige vers l’Exposition d’animaux. Ce spectacle a toujours le privilége d’attirer le public distrait, parce qu’il trappe davantage que les échantillons de produits ou des machines inactives.

Le hangar, dont on voit ici la gravure, forme un carré long. Deux rues le séparent aux deux extrémités. Au centre se trouve une place vide sur laquelle on fait courir les chevaux. C’est là que le jury examine les sujets qui approchent le plus des récompenses et décide du mérite de chacun. Passons sous le hangar. Il est divisé en stalles ou boxes, qui peuvent loger une seule grosse tête, telles que bœufs et chevaux, ou plusieurs petites têtes à la fois, comme des moutons, des porcs, etc. Il y a un double rang de boxes qui sont parallèles. Au milieu se trouve un petit chemin de fer qui abrège le service. Tout le sol est couvert de bitume; celui des stalles est disposé en pente pour faciliter l’écoulement des urines. Des rigoles longitudinales reçoivent les liquides et les conduisent au dehors. Une propreté extrême règne dans tout l’édifice.

Cette construction, qui est en planches et dont les ouvertures se ferment au moyen de rideaux, est destinée à des concours de quinzaine. Il n’aurait pas été possible de réunir au Champ de Mars un très-grand nombre d’animaux; d’ailleurs cela aurait pu offrir des dangers au point de vue de l'hygiène. Il a donc fallu décentraliser cette partie de l’Exposition universelle; cette circonstance est cause que les concours ne sont pas ce qu’on en espérait. Ajoutons une autre circonstance : l’invasion du typhus contagieux des bêtes à cornes en Angleterre, en Belgique et dans les provinces rhénanes, qui a fait prohiber l’entrée en France de tous les ruminants. Celte prohibition, plus que l’éloignement de Paris, a peut-être contribué à réduire l’importance des concours d’animaux.

Quoi qu’il en soit, ceux qui ont déjà eu lieu, n’en ont pas moins offert un vif intérêt. Nous croyons devoir caractériser en quelques mots ces manifestations de notre agriculture nationale.

Quatre mois se sont écoulés depuis l’ouverture de l’Exposition universelle; c’est donc huit concours qui ont déjà eu lieu Le premier comprenait les races ovines de boucherie. On y a vu figurer, au premier rang, les deux races anglaises, le south down et le dishley, toutes deux de conformation irréprochable et d'une grande précocité. Ces animaux sont conduits à l’abattoir de 15 à 18 mois. Mais si précoces qu’ils puissent être, on peut douter que leur chair soit assez mûre et présente à l’estomac une nourriture suffisamment substantielle.

Après le south-down et le dishley venaient leurs croisements avec nos races françaises, savoir : les dishley mérinos, les south down-berrichons, etc. Comme nos troupeaux sont en général mal nourris, ils se développent lentement et ne fournissent pas beaucoup de viande. L’intervention du sang anglais a pour but de leur donner plus de précocité et d’accroître le volume de la dépouille à l’abattoir. Mais il ne faut pas que cet expédient nous fasse négliger nos races pures. Tous nos soins doivent tendre à les améliorer parla sélection, une bonne nourriture, et par des soins intelligents. Les métis, à quelque espèce qu’ils appartiennent, ne doivent être considérés que comme des animaux de service ou de boucherie. Si nous voulons éviter d’être déçus, il ne faut jamais les employer à la reproduction.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Exposition de Billancourt - Les étables - expobillancourtetables.jpg
Les étables

La seconde quinzaine d'avril réunissait les animaux de boucherie. La plupart des concurrents avaient déjà.figuré au concours de Poissy, qui venait d’avoir lieu. Ils furent présentés en majeure partie par des bouchers et non parles engraisseurs. Aussi celte exposition ne nous a-t-elle offert qu’un médiocre intérêt.

Le mois de mai était consacré d’abord aux vaches laitières, ensuite aux moutons à laine fine. Parmi les races laitières, nous plaçons la hollandaise en première ligne pour la quantité. Mais son lait est peu riche en crème. La flamande n’est qu'un rameau de la hollandaise, son lait presque aussi abondant n’est pas plus gras. La vache normande donne moins que les deux autres, mais elle a beaucoup plus de beurre. La petite bretonne est aussi très-bonne beurrière. En général ce sont les herbages qui font les races laitières. Dans le centre, et dans le midi surtout, où les pâturages deviennent rares, les races sont surtout aptes au travail. On y rencontre aussi quelques tribus qui donnent du lait, par exemple les vaches des environs de Bordeaux et celles de Lourdes qui se trouvent dans la vallée supérieure du Gave, mais ce sont là des exceptions.

Le rêve des agronomes serait d’avoir des races possédant à la fois les trois aptitudes : lait, travail et viande. Ce rêve pourra-t-il jamais se réaliser? Je ne le pense pas. Chacune des trois aptitudes est en quelque sorte exclusive des deux autres. L’animal qui convertit sa nourriture en lait, ne peut pas la convertir en force ni en muscles. Il n’est pas possible de tirer trois moutures du même sac. Mais nous avons en France des races qui réunissent les trois aptitudes, bien que ce soit à un degré moindre que les races n’en ayant qu’une seule; par exemple, la charollaise donne du lait dans les herbages; elle est bonne travailleuse et ne manque pas de précocité. Toutefois la vache charollaise qui est excédée de travail ne pourrait pas donner du lait; elle ne s’engraisserait pas le moins du monde si on la conservait au delà d’un certain âge.

Les races bovines de travail ont eu leur tour durant la première quinzaine de juillet. C’était un fort bel ensemble. Le midi nous avait envoyé la béarnaise, la gasconne, la garonnaise, la limousine; l’ouest, la parthenaise et toutes ses variétés connues sous les noms de nantaise, cholletaise, maraîchine, marchoise, etc.-; le centre, le salers, l’aubrac, le charollais, le mezenc; l’est, la femeline, la comtoise, la vosgienne, etc. En général, les races laitières qui figuraient au concours de la première quinzaine de mai s’étaient abstenues.

Un autre concours qui sera des plus intéressants, doit avoir lieu la seconde quinzaine d’août. Il comprendra des bœufs de labour, divisés par paires, qui devront être harnachés suivant les usages focaux. Les uns auront le joug, les autres le collier. Ils seront appliqués au labourage, afin qu’on puisse juger de leur force et de leur travail.

La seconde quinzaine de mai était consacrée aux moutons à laine fine. J’ai parlé assez longuement de ce concours dans l’article que j'ai consacré aux mérinos négrettis de la Prusse; je n’ai donc pas besoin d’y revenir.

La première quinzaine de juin et la dernière quinzaine de juillet appartenaient à l’espèce chevaline : les races de labour et de trait ont ouvert celte série, puis sont venues les races de luxe, les chevaux de selle, les carrossiers, les chevaux de chasse et de guerre, les poneys, etc.

Paris 1867 - Informations, renseignements, discussions, questions - Exposition de Billancourt - La rue entre les deux ponts - expobillancourtrueentredeuxponts.jpg
La rue entre les deux ponts

Les races de labour et de trait comptent de nombreux types. Le boulonnais et le percheron offrent la plus haute expression du genre. Ce sont eux qui, à Paris, traînent les voitures des chemins de fer et les omnibus.

On les emploie aussi au roulage et aux messageries. Les chevaux de camion sont tirés de la Flandre, dont la race molle et lente entraîne de lourds fardeaux par la seule force de son poids; la Franche-Comté, la Lorraine, la Bretagne, le Poitou fournissent également des chevaux pour les omnibus et le roulage.

L’Exposition comprenait quelques spécimens des grosses races anglaises de la Clyde et du Solfolk. Ces animaux sont très-volumineux et très-lourds : nos percherons ont l’air de pygmées à côté d’eux; mais nos percherons sont bien plus rapides et bien plus alertes. Parmi ces derniers, j’en ai remarqué plusieurs qui avaient du pur sang. Ces mélanges on les reconnaît aux jambes qui deviennent plus minces et présentent ainsi une base moins solide à tout l’édifice. Je ne comprends pas le jury qui a décerné une récompense hors ligne à un percheron qui avait des jambes comme celles d’un cheval de selle.

Enfin la seconde quinzaine de juin appartenait aux animaux de basse-cour, il y avait là toutes nos races de volailles: la bressanne, la crève-cœur, la houdan, la poule de la Flèche, celle du Mans. J’ai constaté avec plaisir que les races étrangères étaient en moins grand nombre qu’autrefois. Les cochinchinoises, les brama-poutra, les dorking, etc., ont fait leur temps. Les poules de fantaisie telle que les padoue, les bentam, les siam ne sont guère plus de mode.

Il y avait encore des oies, des canards, des pigeons, des dindes, des lapins de toutes les sortes. Mais les éleveurs étaient en petit nombre, la majeure partie des exposants n’étaient que des marchands.

La troisième gravure représente l’entrée de la rue qui sépare les deux parties de l’île, avec tous les édifices en planches qui la bordent. Lorsque cette rue est remplie de voitures, de cochers et de visiteurs, elle offre une certaine animation, mais la foule n’est jamais trop grande à Billancourt, car on n’y va guère que pour étudier.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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