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worldfairs
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Commentaires d'époque

Message par worldfairs » 13 févr. 2017 08:35 am

Texte extrait d’un CD de Expo 2000 Hannover – L’histoire des Expositions Universelles

Karl Pawek : l'architecture ' un numéro d'équilibre"L'architecture à l'Expo est-elle vraiment de l'architecture ? N'est-elle pas plutôt de l'acrobatie et un exercice d'équilibre ? Naturellement, elle est aussi un numéro de cirque, c'est dans la nature de l'exposition qu'elle produise sa propre architecture. Malgré tout, l'Expo montre des solutions architecturales qui semblent utilisables à l'avenir et permettent d'établir un certain bilan de la libre invention architecturale. La principale caractéristique des halls et des pavillons est leur « nature aérienne ». Ils semblent flotter, en état d'apesanteur, dématérialisés, ils sont suspendus, ils ne chargent pas, ils reposent sur un point, ils tiennent en équilibre. À l'ère des avions à réaction et des fusées spatiales, ils donnent l'illusion : détachons-nous de la Terre !"
Entre la peur et le souvenir

Les nations s'étaient mises d'accord pour montrer un visage souriant à Bruxelles, cacher la bombe atomique et faire comme si elles n'avaient jamais entendu le mot « armement ». Sur la totalité de l'industrie mondiale de la mort, les Russes exposèrent quelques vieux fusils de chasse avec lesquels on pouvait peut-être encore abattre quelques oiseaux. Il semblait que l'Expo 58 avait été inventée par des psychanalystes pour chasser la peur de « l'atome » chez les gens. Bruxelles entrera dans l'histoire de l'humanité avec le souvenir que c'est là que commença « le jeu avec l'atome ». Mais les gens savent encore faire des associations. Ils savent pourquoi les Spoutniks ont été envoyés dans l'espace. (...) Ils ne croient pas à la science pure. Le fond reste apocalyptique à Bruxelles également.
Source : Magnum. Juin 1958, H. 18, p. 20, 36.
Werner Hofmann : l'architecture, substitut de la réalité"La ville-exposition tente avec des moyens essentiellement plus radicaux ce que montrent les panoramas et les dioramas avec les possibilités de l'illusoire peinture panoramique : elle construit des mondes retirés, des paysages exotiques, des aquariums et des édifices cultuels, des forteresses et des palais devant les yeux des masses étonnées ; elle donne à leur illusion le caractère d'une réalité tridimensionnelle palpable. (...) En dépit de cette 'palpabilité', on ne devrait pas surestimer la référence à la réalité de ces expositions universelles : ce qu'elles édifient avec des gestes théâtraux est une architecture d'emblèmes et de façades spectaculaires qui se fait passer comme 'substitut' de la réalité profane. Chaque exposition universelle est un souvenir de la Tour de Babel et une annonce de la Nouvelle Jérusalem. Ce qu'elle offre au regard sont des rêves documentés qui ne ramènent pas au fond des choses, mais donnent au fictif la justification de la réalité. (...) De même 'l'Expo 58', consacrée au dogme de vouloir faire le bonheur de l'humanité, présuppose un monde artificiel dont on sort sans regret pour revenir à la réalité."
Source : Werner Hofmann, Emblematische Architektur der Weltausstellungen. In: Das Werk, Jg. 45, 1958, H. 10, p. 351.

"Rendre à ce monde son humanité"
C'est au plus tard après la Seconde Guerre mondiale que l'idée des précédentes expositions universelles de célébrer sans réserve le progrès technique fut soumise à la critique. La motivation pour l'organisation de ces grands projets à l'époque des médias dut être reconsidérée. Dans cet esprit, on tenta à Bruxelles, où devait avoir lieu en 1958 la première exposition universelle d'après-guerre de placer l'homme au centre d'intérêt, du moins au niveau rhétorique. Mais avec la seule déclaration d'intention, on n'avait pas encore trouvé de concept novateur ni développé une nouvelle fonction pour une exposition universelle. Sous la devise : "Le progrès et l'homme" , on devait stimuler un examen critique du progrès scientifique du point de vue anthropologique :
"Nous voulons présenter un bilan de l'action humaine sur tous les domaines du monde moderne : faire prendre conscience aux peuples de façon claire et dynamique que leur devoir est de rendre à ce monde son humanité. (...) 'Bruxelles 1958' veut donc exposer un bilan complet du monde moderne, prélever les éléments positifs de ce bilan, mettre en lumière les grands courants qui mènent aujourd'hui l'humanité et, en partant de cette synthèse, donner une nouvelle orientation à l'activité humaine. Nous souhaitons avant tout que cette rencontre soit placée sous le signe d'une gaieté franche et paisible."
L'hôtel de ville de Bruxelles montrait le signe de reconnaissance graphique de ce concept au centre d'une étoile qui, par ses cinq branches irrégulières, projetait de la lumière sur un globe terrestre représenté à proximité.Ce glissement d'orientation, dont les premiers signes furent déjà formulés dans le programme de l'exposition universelle de Paris en 1900, conduisit cependant à une vision partiale et embellissante des choses. La plupart des exposants se gardèrent de discuter de conséquences négatives de développements techniques ou d'informer sur tout l'éventail des motifs du progrès des sciences. Ainsi, l'Exposition ne mit en scène que « l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire », alors qu'en 1957 précisément, les "Göttinger 17" - un groupe de scientifiques allemands avait mis en garde contre l'usage militaire d'armes nucléaires et ainsi déclenché de violents débats politiques. Selon les sources de l'époque, de telles positions critiques furent plutôt négligées à Bruxelles. Les contributions architecturales devinrent le centre d'intérêt et le principal pôle d'attraction très controversé de l'Exposition, qui entra dans l'histoire des expositions universelles en tant que "Foire de l'ère atomique".
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

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