Le Palais des Armées de Terre et de Mer

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Texte et illustrations de 'L'exposition en famille"

(Suite)

Je monte au premier étage où l’Exposition militaire se développe dans toute son ampleur.

La salle qui vient, longue et large, est de celles qui captivent le plus la foule. C'est le panorama militaire. Tous les types de l'armée française en uniforme approprié, grandeur naturelle, figures de cire, sont représentés devant une toile murale peinte, évoquant une campagne envahie par une armée en manœuvres. Il y a, au plan du début, une lente d’ambulance avec le soldat blessé couché, des médecins-majors, les infirmiers, puis le vélocipédiste militaire, des gendarmes, des gardes républicains, des enfants de troupe jouant au palet, des sergents instructeurs, des artilleurs alpins avec leurs mulets chargés de canons escaladant une montagne, des chasseurs à pied, des pompiers. Puis, au centre, sur une éminence, une tente où tousles officiers des principales armes françaises sont rassemblés autour d'une carte, tandis que d’autres officiers examinent l’alentour avec une longue vue, qu’un officier aérostatique pointe sa télégraphie aérienne, et qu’un général s’élance sur son cheval de guerre, suivi d’un escadron de dragons et de son état-major.

Un piquet de lignards en tenue de guerre se dirige vers un bivouac, et un estaffette, un papier à la main, remet des informations au groupe central. Au premier plan, trois élèves de nos grandes écoles, Saint-Cyr, Polytechnique, l'Ecole de guerre, causent entre eux. Et voici l’armée coloniale, un soldat tonkinois très martial, un zouave assis qui blague avec un chasseur d’Afrique, des spahis montés sur des chameaux, un tirailleur sénégalais, un turco aussi noir que brave, un officier en tenue blanche d’exploration et casque blanc ovale, un zéphir du « bat-d'Af », un soldat tunisien très imposant, des marsouins à la rude allure, encore des troupiers qui boivent du café devant un cantinier rigoleur, et au dernier bout, un homme, en tenue de manutentionnaire, retirant d'un four grossier un pain appétissant, tandis qu’à quelques pas, d’autres hommes apportent un blessé dans un brancard et que le chirurgien s'empresse. Et dans le fond, une batterie d'artillerie légère roule avec ses caissons et canons. Voilà le spectacle, esquissé à grands traits.

Voilà le brillant d’uniformes, l’épanouissement de galons, l'étincellement de décorations de l’armée française, le reluisement des armes. C’est beau d’une magnificence qui ravit l'œil, charme par la force plastique. Et cependant ce malade à l’entrée, ce blessé à la fin, tous deux vous serrent le cœur, vous font maudire la guerre, vous font désirer le désarmement que cette Exposition vous fait déjà souhaiter impérieusement par elle-même, puisqu’elle n'est qu’une œuvre de pacification et d'humanité.

Palais des Armées de terre et de Mer
Palais des Armées de terre et de Mer

Les vitrines, à droite, le long des murs, sont celles des industriels qui ont pour spécialité l'équipement, l'habillement et la décoration militaires. Les galons de la maison Borrel sont d’une richesse de tons, de nuances, d'une préciosité de fil d'or qui s'accuse encore dans l’écusson des Cent Gardes dessiné et exécuté en galons d’or et d'argent, en parements et passementeries militaires. Oh ! le galon, qui dira sa splendeur, qui dira le prestige qu’il a, qui dira la joie juvénile d’orgueil qu'il procure à qui, pour la première fois, le reçoit ! Mais qui dira aussi sa détresse, son inutilité profonde lorsqu’il s’effiloche sur une tunique d’officier vaincu, alors que l'ennemi envahit la ville, que la famine prend aux entrailles les habitants, les proches même de cet officier. Cette sensation d'angoisse devant le galon d’or, devenu brusquement râpeux au toucher, et sans aucune autorité devant la huche vide, je l’ai très nettement sentie en ma prime enfance. Et c’est pour cela que la profusion des chamarres me fait désirer vivement le règne de la paix afin de conservera tous les officiers le perpétuel aujourd'hui de leur bonheur. C’est que je n’ai plus beaucoup confiance dans les lendemains.

La maison Lemaître, fabricant de croix cl d’ordres, montre des croix de la Légion d’honneur avec les différents modèles usités depuis la création de notre ordre national.

A citer, en passant, la petite vitrine d'un brave cordonnier soldat, Marion, bottier au 141e de ligne, à Marseille.

La librairie militaire occupe une salle avec Berger-Levrault, Lavauzelle, les publications du Cercle militaire, les allas, cartes, hydrographie, instruments du service géographique de l’armée, géodésie, topographie.

Mais nous voici dans l'Exposition militaire rétrospective, une des plus importantes de tout cet immense ensemble d’histoire que sont.les galeries dites centennales, dont quelques-unes vous font remonter jusqu’à Jésus-Christ, et même avant.

Dans la grande salle centrale qui communique avec la salle des Comités, nous avons devant les yeux une assez colossale armure équestre : c’est celle que portail Galliot de Genouillac, grand maître de l’artillerie sous François Ier. Serait-ce lui qui inaugura l’organisation régulière de l'armée française? Peut-être bien! En tout cas son vêlement de fer doré domine d’autres armures équestres d'autres chevaliers du temps.

Les vitrines montrent des armes, des casques et cuirasses des XVe et XVIe siècles. Voici le brassard de fer de Pic de la Mirandole, des salades du XVe siècle, assez ouvragées d'ornements, des guisarmes de même époque, des hallebardes an fer de lance gravé et guillocbé, des lances de tout genre, toute longueur et toute pointure. Toutes ces vitrines appartiennent à des collectionneurs émérites. Il faut les suivre pas à pas. Celles qui retiennent l'attention, sont celles des armes de nos arrière-grands-pères, les mérovingiens. Elles sont presque rouillées, semblent avoir été retirées dans quelque vase fangeuse de la Seine. Il y a des scramasax, longues épées, des bagues d’archer, des flèches, des lances étrusques, des umbos, espèces de boucliers, des couteaux de guerre, des francisques, des framées, des angons, lances à longue tige de fer et douille, des boudes de ceinturon en Ier. Je médite longtemps devant ces vestiges de notre origine. Une autre vitrine à côté nous ramène au seizième siècle. Il y a déjà la boite à poudre, mais aussi la soutache, bouclier de cuir, et le morgenstern, énorme masse à pointes, à côté d’un marteau d’arme, hérissé aussi de pointes dangereuses.

Palais des Armées de terre et de Mer
Palais des Armées de terre et de Mer

La galerie suivante, très longue, est surtout un musée de peinture et de sculpture organisé par M. Edouard Detaille avec le concours de MM. l'amiral Duperré, le vicomte d’Harcourt, Maurice Levert, Paul Leroux, Allamberl, Millot et Cottreau. Cependant, dans chaque section des vitrines renferment les armes, modèles de costumes, costumes originaux du temps, dans lequel vivaient la plupart des personnages historiques dont les portraits tapissent la cimaise.

Voici des portraits du gentil seigneur de Bayard, un buste en faïence blanche de François Ier jeune, attribué à l’un des della Robbia, une peinture sur bois représentant en buste Gaspard de Coligny, le portrait de Montluc, qui partit arquebusier (soldat de 2e classe du temps) et devint Maréchal de France (XVIe siècle), et dont les mémoires sont si intéressants, le portrait de la Maréchale de Balagny, dont l'histoire mérite d'être contée en quelques lignes.


Son mari était maréchal de France. Etant assiégé dans Cambrai, il capitula. Mais sa femme, sœur du brave Bussy d’Amboise, immortalisé par Alexandre Dumas père, refusa de le suivre. Elle s'enferma dans la citadelle, y soutint un siège énergique. Ce n'est que lorsque les vivres et les munitions vinrent à manquer qu'elle comprit que toute résistance était impossible. Plutôt que de se rendre, elle se tua sur la brèche. La famille des Montesquiou-Balagny conserve pieusement sa mémoire. Son portrait est mis au lieu et place de son mari, au-dessous de son nom. A Versailles, il figure dans la Salle des Maréchaux. Le portrait que nous voyons appartient à la comtesse Odon de Montesquiou-Fezensac. Il représente la Maréchale de face à mi-jambes avec un grand chapeau à plumes d’autruche blanche et chaîne (le pierreries, en robe noire a manche de crevés, rehaussés d'orfrois d'or.

Armure de Galliot de Genouillac
Armure de Galliot de Genouillac

D'autres portraits se suivent : Bussy, Grillon, Sully, Biron, Lesdiguières, Caumont duc de la Force, de Luyncs, Saint-Phalle, le cardinal de Richelieu, par Phillippe de Champagne, le fameux duc de Nevers, par Lenain, les maréchaux de Guébriant, de Graminont, de Fabert, de Toiras, le colonel de Rambures sorti de la collection familiale de M. le marquis de Rambures. Et ici el là, deux bustes d'Henri IV à tête laurée et un épisode du siège de Chartres, Henri IV, au milieu de piquiers et de hallebardiers, désignant les travaux à exécuter. Le siècle de Louis XIV vient ensuite. Le grand roi figure avec un portrait de Rigaud el un buste d'après le Bernin. Et tousles généraux ont des tètes dans le genre du roi, des grandes perruques à boucles, des cuirasses, des habits de velours bleu ou brun, des collerettes de dentelles, des plaques du Saint-Esprit ou des cordons de la 'l'oison d’Or. C’est Turenne, par Nanteuil, le prince de Conti, François de Comminges, le comte de Guiche, le duc d’Antin, Cadet la Perle duc de Lorraine et comte d'Harcourt, les maréchaux de Clérembaut, la Motte-Hondacourt, de Villars, de Montesquiou-d’Artagnan, belle téte léonine, de Noailles, de Tessé, de Berwick, de Vauban, de Bouffiers, les lieutenants généraux de Pracontal, de Nettancourt d’Haussonville, de Putanges.

Une toile entr’autres, m’émeut, c’est le portrait en pied, de face, du jeune et joli Armand de Caulaincourt, en grand costume. Ce jeune page de Louis XIV si splendidement vêtu fut tué au siège de Maastricht. Et l’émotion est étrange de le contempler aussi vivant sur la toile s’en allant peut-être, si enfant qu’il soit, à quelque escapade dans les bosquets de Trianon parmi les demoiselles de la Reine.

Des bustes saillent au milieu des vitrines. Ceux du grand Coudé par le célèbre Coysevox sont d'autant plus regardés que l'un deux appartient à un jeune romancier populaire, M. Pierre Dccourcelle.

Cependant, de place en place, dans l’axe médiale de la galerie, nous sommes arrêtés par des groupes en cire, par des soldats ou personnages historiques en cire, vêtus du costume militaire de leur époque. Tous les types du siècle sont représentés, depuis les grenadiers de la garde impériale qui firent le dernier carré de Waterloo jusqu'aux chasseurs d'Afrique du duc d’Aumale, lesquels eurent la gloire de prendre la smala d’Abd-el-Kader. Le maréchal Bugeaud, duc d’Isly, revit dans une maquette qui reproduit ses traits et arbore sa légendaire casquette. Puis ce sont les voltigeurs du second Empire, l’infanterie fameuse dont toutes les figures portaient avec la moustache l'impériale barbiche du menton, ce sont les carabiniers, les cent-gardes, puis les héroïques lignards de l'investissement de Paris.


Et l’on continue la suite des temps en se reportant aux peintures et aux vitrines: Le XVIIIe siècle, Louis XV et Louis XVI suivent. Les ministres de la guerre sont nombreux : Daniel François de Voisin; Victor le Tonnelier, marquis de Breteuil; le comte d’Argenson; des généraux; maréchaux, simples officiers et soldats ; le maréchal d’Harcourt, le maréchal de Roquelaure, Louis III de Bourbon, prince de Coudé, Frédéric de la Rochefoucauld duc d’Anville, le chevalier de Grassin, habit bleu brodé d'or des arquebusiers mais singulier bonnet à la hussarde, le maréchal de Saxe; le maréchal comte de Bercheny, fondateur en France du premier régiment de hussards ; le gouverneur de Paris, duc de Chevreuse et de Luynes, le mousquetaire Gaspard de Cugnac, le têtu maréchal marquis de Balincourt.

Deux jolis tableautins de Le Paon représentant deux revues au Trou d’Enfer de Nancy nous intéressent vivement, surtout celle de la Maison-Militaire de la Reine Marie Lecksinska. Un peu plus loin un sépia de Moreau le Jeune nous représente la mort du chevalier d'Assas.

Et les portraits continuent, miniatures, ovales, en pied, en buste, de trois quarts : le maréchal de Brancas par Van Loo, le maréchal de Richelieu, en perruque poudrée et en armure avec le cordon du Saint-Esprit, le lieutenant général Charles de Beauharnais, gouverneur du Canada; le marquis de Montcalm; le lieutenant général Michel-Laurent Le Pelletier, superbe tableau avec dans le fond un canon d’artillerie à vue de place forte; le maréchal de Chastenet, marquis de Puységur; les maréchaux de Mailly, de Filz-James, de Noailles, prince de Beauvau, de Rochambeau ; les amiraux de Castries, de Penthièvre, Dupleix. Puis encore des toiles : un heiducque de la reine Marie-Antoinette : habit rouge, la main appuyée sur son sabre, tandis qu’une petite fille tient une de ses fourragères, sabretache aux écussons de France et d’Autriche; des cadets de cavalerie, des officiers et cavaliers du régiment Mestre de Camp; le portrait de Thurel, doyen des vétérans pensionnés du roi au régiment de Touraine, et qui vécut sous trois siècles. Né en 1699, il monta trois gardes sous Louis XIV, fut blessé d’une balle au siège de Kehl, reçut sept coups de sabrc’à la bataille de Minden, fut décoré le 26 octobre 180’4, et mourut à Tours en 1807, âgé de 108 ans.
Un Grenadier de la Garde
Un Grenadier de la Garde

Mais voici la Révolution, l’Empire, Napoléon... le siècle que nous terminons...

Je ne sais si dans celte section les vitrines paraîtront plus intéressantes que les tableaux. Mais à moi, les mille petits riens qui s’étalent sur les tablettes : épaulettes, boutons de tunique, guêtres, galons, ganses, costumes authentiques, tricornes de garde-françaises, piques de sections, drapeaux de volontaires troués de balles, souillés de pluies, passés, brûlés par endroits, toutes ces choses mortes et qui ont vécu de la vie de ceux qui les portaient, tous ces vestiges d’une époque disparue, et glorieuse, et douloureuse aussi, tous ces objets m’émeuvent profondément. El pas seulement moi, mais tous les visiteurs. Voyez-le en constatant l’empressement avec lequel ils examinent les vitrines. En certaines places, c’est une cohue oil il faut jouer des coudes et où celui qui veut voir longtemps se sent énervé, celui qui veut méditer se trouve mal à l’aise. Il voudrait venir le matin. Mais s’il vient le matin, il trouvera même densité de foule. C’est que pour les Français la vénération curieuse qui s’attache aux reliques nationales est en quelque sorte incoercible.

Une gouache de Cornu (1790) nous évoque la Fêle de la Fédération à Besançon : garde-nationale et troupes de ligne prêtant serment sur l’autel dé la patrie. — Une toile de Watteau de Lille montre des canonniers volontaires du siège de Lille. — De nombreux sujets anecdotiques des guerres de la Révolution : Départ en hâte du 3e bataillon du Bas-Rhin où plusieurs ont mangé la soupe en marche; attaque de l’avant-garde française dans la vallée, près de Berg-Zabern ; le Kruskopf du 3e bataillon du Bas-Rhin au camp de Wissembourg ; la bataille d’Effingen, près de Landau, gagnée par la valeur des républicains français; traité de Leoben; prise de Charleroi avec un ballon surveillant les assiégés (déjà !); le passage du Saint-Bernard, très intéressant : le général Bonaparte et son état-major, devant le couvent, assiste au transport de l’artillerie.

Une superbe toile de Carie Vernet vous déploie la bataille de Marengo : la division Boudel commandée par Desaix attaquant en tête la colonne de grenadiers hongrois que coupe en deux la brigade de cavalerie de Kellermann; on voit Desaix tomber de son cheval pendant qu’au centre Bonaparte s’élance au galop suivi d’Eugène Beauharnais, Mural, Duroc, Berliner.

Une autre bataille de Marengo par Bellangé ne montre que la brigade Kellermann prenant en flanc la brigade hongroise. — Une belle gravure de Pauquet, à l’état d’eau-forte pure nous fait vivre la revue de la garde dés consuls passée dans la cour du Carrousel par le Premier Consul et Lazare Carnot, ministre de la Guerre. Et ce sont les portraits : le baron Ternaux, député de Paris, en chasseur de la garde nationale du district des Filles-Saint-Thomas, le marquis d’Audiffred, en chef de bataillon de la garde nationale parisienne, les généraux de Custine, de Montesquieu, Thureau, Lespinasse, Kléber, Desaix, Leclerc, le ministre de la guerre Dubois-Crancé, en costume de membre des Cinq-Cents, le commandant Ravenau.

Un sapeur
Un sapeur

Ici, il est presque impossible de circuler. C'est un attroupement compact... Lui... Il... est là...

.Je tremble, et dans ma bouche abondent les paroles Quand son nom gigantesque, entouré d'auréoles Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.

Histoire, poésie, il joint du pied vos cimes.
Eperdu, je ne puis dans ces mondes sublimes Remuer rien de grand sans toucher à son nom;
Oui, quand tu m’apparais parle culte ou le blâme. Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme. Napoléon ! Soleil dont je suis le Memnon !
Tu domines notre âge; ange ou démon, qu’importe!
Tou aigle dans son vol, haletant, nous emporte.
L’œil même qui te fuit te retrouve partout.
Toujours dans nos tableaux lu jettes ta grande ombre;
Toujours Napoléon, éblouissant et sombre. Sur le seuil du siècle est debout.

Et il est là debout, en effet. Pensif et effrayant avec le froncement de ses sourcils qui rend plus perçante la dardée de ses prunelles fulgurantes vers une invisible tourmente d’idées. Son front large et obstiné, sous le plat bandeau de ses cheveux noirs, semble se propulser comme un bélier contre la muraille defer des routines et des résistances à l’avènement de son autoritarisme à base socialiste. Avec son costume rouge de premier consul, il donne l'immédiate sensation du jacobin volontaire qui espère le triomphe du progrès dans la seule poigne d’un maître qui serait lui. Celle toile du grand Ingres, faite en l’an 12, sur commande de la ville de Liège, et alors que le jeune artiste venait de gagner le prix de Borne, est d’une vie merveilleuse. Au bas du tableau, sur un socle, le chapeau de Napoléon appartenant au peintre Gérôme, trône avec sa funèbre allure légendaire qu’égaie à peine la cocarde tricolore faisant dans le noir du feutre comme un œil dominateur. — Et dans d’autres vitrines, qui s'assemblent à côté, c’est la tunique de Bonaparte, la longue-vue de l’Empereur découronné à Sainte-Hélène, des épées, des baudriers, des pistolets, des objets lui ayant appartenu ou dont il se serait servi dans ses campagnes. On voit aussi une mèche de ses cheveux.

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A côté de la toile impressionnante de Ingres, plusieurs têtes de Bonaparte : une par David, une par Gros, faite par l'artiste pour son tableau du passage du Pont d’Arçole, à Milan, en 1798, d’après nature; un petit crayon noir attribué à Prudhon; un ovale, deface, en costume de premier consul, appartenant à S. A. I. le grand duc Nicolas. Puis, un buste, de Corbet, an IX, commandé par le Directoire et qui figurait dans la salle de ses séances.

Et ce sont ses batailles : le passage du pont du Thabor, sur le Danube, par François Pils; le foudroiement delà place d’Ulm par l’artillerie de campagne de Bonaparte; l’entrée de Bernadotte à Munich; l’empereur commandant à Ney l’enlèvement de l’abbaye d’Elchingen; Napoléon forçant les positions de Michelsborg. Ces quatre tableaux peints par Kobell à la suite de l’état-major du général Berliner; le maréchal Gouvion-Saint-Cyr à la bataille de Tarragone ; la bataille de Sanmo-Sierra, par le baron Lejeune, colonel du génie et peintre; le bivouac de Napoléon la veille d’Essling, à minuit par Fr. Pils. Beaucoup de Pils, d’ailleurs, le maréchal Oudinot blessé, transporté parses aides-de-camp; une vue du pont de Dresde, la bataille de Lackun. — Et les maréchaux, les rois, tous ces soldats partis d'en bas, des plus extraordinaires conditions sociales et arrivant par l’audace, la bravoure, le génie quelquefois, mais surtout par leur fidélité prétorienne envers le grand Corse, aux plus hautes suprématies humaines. Voici le garçon d’écurie Murat, roi de Naples, en deux somptueux tableaux de Girodet et de Gérard. Ce dernier le représente au galop, de face, en cuirassier de Naples, suivi d’un autre cuirassier portant son casque, avec dans le fond, la baie de Naples et le Vésuve fumant. Voici les bustes des maréchaux Victor, Davout et Masséna, les portraits des maréchaux Lannes, Lefèvre, celui de sa femme, la fameuse princesse Sans-Gêne, ancienne cantinière des armées de la République. Elle est là en son costume de bal, bellement parée en duchesse de Dantzig qu’elle est. D’autres portraits: les maréchaux Bernadotte, Sachet, Soult, Augereau, Bessièrcs. Moncey, superbe étude de Prudhon qui me ravit. Kellermann, Oudinot, Gouvion-Sainl-Cyr. Joseph Poniatowski, Brune. Macdonald. Berliner. Et le maréchal Ney avec son 76e de ligne retrouvant ses drapeaux dans l’arsenal d’Inspruck.

La galerie de l'Empire s’allonge. Quand finira-t-elle? Je ne puis pourtant pas passer ainsi de l’une à l’autre, vous dresser une nomenclature de catalogue, d’autant que cette épopée impériale n’est qu’une longue période militaire, où le plus infime grognard se dresse comme un héros, de sorte qu’il est juste qu’un M. X..., vélite des grenadiers à cheval, figure à côté du mameluck Roustan, du simple officier Leroy et de généraux comme Louis Bonaparte, Eblé, Duroc, le comte Déjéan, Lelièvre, Jeannin, Junot, Drouot, Lasalle, les trois frères Barbanègre, le duc de Mortemart, Lazare Carnot, par le peintre général Lejeune; et des colonels, de Laborde qui fut tué à Wagram, Trouille de Beaulieu, Duchesnois, le comte de Montesquieu, de Belmat-Briançon, tué dans la charge de Reims (1814), le colonel Foy, qui devint général et devant les deux portraits de qui l’on médite en se remémorant l’incroyable manifestation qui eut lieu à ses obsèques pendant la Restauration; les colonels Manin, de Marbeuf, les capitaines la Hubaudière, Béteille. Et des généraux encore : Bertrand, Morand, Paulin, Grouchy.

Grouchy!... la chute du titan ! Et c’est dans le déroulement des salles le déroulement de l’histoire qui vient : la Restauration avec le duc d’Orléans, Louis Larochejaquelin, le duc de Clermont-Tonnerre, le comte d’Artois, le maréchal de Castellano, le comte d’Aboville, le comte de Bréon, le comte Curial, Chasseloup-Laubat, le marquis de Lauriston, le marquis de Nadaillac, le marquis de Talhouet, toute la noblesse revenue en France, et quelques soldats de l'Empire, les maréchaux Soult et Maison; puis le Gouvernement de Juillet avec la Revue des dix bataillons de chasseurs à pied passée par Louis-Philippe lors de la création du corps, la retraite de Constantine, le maréchal Gérard, par Horace Vernet, les ducs de Nemours, d’Orléans, d'Aumale, le prince de Joinville, le maréchal Bugeaud, très impressionnant, par Dusuzeau (1833), le comte de Laborde, le maréchal Clauzel, le sous-lieutenant Lahure, le comte Pajol; Lobau, en uniforme de commandant en chef des gardes nationales de la Seine, par Arry Scheffer; Lobau posant dans l’atelier Dantan en 1838; le général Marbol, le comte Walcwski. le général Cavaignac, par Horace Vernet, le général Changarnier, l’amiral baron de Mackau, etc.

Reliquaire contenant le coeur de La Tour d'Auvergne
Reliquaire contenant le coeur de La Tour d'Auvergne

Et c’est le second Empire : les maréchaux Harispe, Vaillant. de Saint-Arnaud, aquarelle de Ballet, de Castellano, Pélissier, Canrobert. Bosquet, Magnan, Niel, les généraux Oudinot, Appert, Espinasse, Bizot, Arrighi, duc de Padoue, Metman, Cousin Montauban, comte de Palikao, le baron Renault, surnommé Renault l’arrière-garde et qui fut tué à la bataille de Champigny, le général Chanzy, par Henner, le vice-amiral Courbet, les généraux Félix Donay, d’Aurelle de Paladines, de Miribel, le colonel de Brancion, tué à l’assaut du Mamelon Vert (1855). — D'ailleurs, la plupart de ceux que je cite et de ceux que j’oublie, furent de glorieuses victimes du courage militaire.

L'Epée de La Tour d'Auvergne
L'Epée de La Tour d'Auvergne

Dans celle salle de très palpitants tableaux de batailles retiennent dans une longue attention. Voici l'assaut de Zaatcha où le colonel de zouaves-Canrobert plante son fanion; la bataille de l'Alma, le siège de Sébastopol, la charge de l'artillerie de la garde à Traklir, la prise de Malakoff avec le général de Mac-Mahon sur la crête, les généraux Borel et Lebrun à côté de lui tandis qu'au premier plan le colonel de Latour du Pin repose blessé. Un officier anglais parle au général qui lui répond : « J'y suis, j'y reste ! »

Le Lange Kerl
Le Lange Kerl

Et c'est toujours les vitrines, toujours les modèles en cire, toujours des shakos, des noirs colbacks, des casques, des képis, des chapeaux de grande tenue, des sabres de cavalerie, des épées, des baudriers émaillés, des pistolets, des fusils, et des modèles de canons, toute l’artillerie depuis son origine. — Une vitrine, entr’aulres, est regardée avec respect, c’est celle qui contient les reliques de la Tour-d’Auvergne, une mèche de ses cheveux, la lettre qu’il portait sur lui lorsqu’il fut tué, sa tunique, son cœur enfermé dans une boîte d’argent avec le plastron de velours sur lequel il était attaché et que porta durant toutes les campagnes de l’Empire le fourrier des grenadiers du l"r bataillon du 46e de ligne.

Et c'est, au hasard, le sabre que portait Kléber à la bataille d’Héliopolis, le sabre de Marceau avec la carabine du chasseur tyrolien qui abattit le. brave capitaine. Une montre, celle du capitaine Paulin, indique encore l’heure où elle se figea dans la glace de la Bérézina pendant la construction des pontons. Ailleurs, des épaulettes tachées de sang, celles du colonel de Brancion tué au Mamelon Vert; la ceinture du général de Pontevès tué à Malakoff; la tunique du général Mayran tué devant Sébastopol avec le trou de l'obus qui le transperça...

Que de tués! Mon Dieu!

Et brusquement, comme je quitte cette dernière salle, me voici devant de superbes vitrines contenant de non moins superbes modèles en cire de superbes soldats aux uniformes brillants et variés.

C’est l’exposition rétrospective de l’Allemagne.

Il faudrait se procurer le catalogue pour connaître l’individualité de ces quatre-vingt-dix personnages, dont quelques-uns à cheval... Tous sont remarquables. Mais le plus curieux, c’est le lange. Kerl, le long garçon, soldat préféré de Frédéric-Guillaume Ier, d’une taille de 2m. 10. De nationalité anglaise, il vécut à Berlin jusqu’à près de cent ans... Et il est beau, en effet, grand et bien fait.

Mais que signifie ce fouet qu'il porte sur la poitrine ? Lui servait-il, lorsqu'il se trouvait dans des troupes en marche qu’il dominait et surveillait à vol d’oiseau, à fustiger ceux qui n’étaient pas au pas, s’écartaient de l’alignement, rechignaient ?

Etait-ce un sergent de recrutement, fouetteur de rebelles bêtes humaines? Cruelle énigme.

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Le Palais des Armées de Terre et de Mer<br />©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900
Le Palais des Armées de Terre et de Mer
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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

M Félix Duquesnel a fait dans une des chroniques du lundi qu’il donne au Petit Journal une description vivante et colorée du Musée de l’Armée dont la reproduction ici sera agréable, espérons nous, à nos lecteurs.

Le Tourelle cuirassée du Creusot
Le Tourelle cuirassée du Creusot

Dans leur long Palais, s’étendent, sur les bords de la Seine, les expositions des Armées de terre et de mer. Ici, c’est le spectacle de la guerre moderne, avec des engins terribles. Mais si, quittant cet emmagasinaient immense de canons de toutes formes, les uns courts, trapus, larges, repliés sur eux-mêmes, les autres lisses, et s’allongeant à l’infini, ainsi que de monstrueuses couleuvres d’acier, on gravit l’escalier qui conduit au premier étage, on parvient alors au Musée de l’Armée. Là, c’est tout autre chose; le décor change, la vision est singulière et grandiose, et voici que paraît à nos yeux l’histoire militaire de notre pays, depuis bien des siècles.

Et devant nous se déroule le panorama héroïque, où chacune de nos gloires guerrières est représentée par un souvenir, une relique, mieux encore, une image, donnant l’épopée triomphale, avec ses éclats de victoire, et aussi ses douleurs, ses résignations sublimes, son mépris de la mort, et, avant tout, l’abandon de soi-même à la Patrie.

Entrée du Palais des Armées de Terre et de Mer
Entrée du Palais des Armées de Terre et de Mer

Je ne sais rien de plus beau, de plus saisissant, de plus émouvant que cette réunion artistement faite d’uniformes, d’armes, de drapeaux, de cuirasses, d’épaulettes; de harnachements, qui tous portent un nom historique, nom L’homme ou de bataille. Pour l’obtenir, il a fallu faire une battue aux; quatre coins de la France et frapper à toutes, les portes, Il est vrai que toutes les portes se sont ou-_vert es, et que chacun a tenu à honneur de figurer au Musée, en y apportant son contingent personnel.


Restait à faire l’arrangement de ces richesses historiques, leur groupement, la mise en scène, — si j’ose dire ainsi, — qui est leur présentation aux regards des spectateurs. Celle-ci a été faite, et avec un art inexprimable, par un grand artiste: j’ai nommé Edouard De-taille, le célèbre peintre militaire, qui n’a marchandé ni son temps ni ses peines. Il est vrai qu’il a été bien récompensé par le résultat obtenu, celui d’un spectacle unique au monde, qu’on n’a jamais vu, que certainement on ne reverra jamais, et qui est comme le monument superbe de la gloire nationale.

Je voudrais parler ici de tout ce que m'a montré une première promenade rapide à travers « le Musée de l’Armée. ». Pour faire cela, il faudrait des volumes, puisque nous commençons avec le quinzième siècle, pour en arriver à nos jours, — ou plutôt, je me trompe, car on a déchiré les dernières pages du livre, les plus récentes, celles lugubres, faites quand même d’héroïsme, mais qu'on ne saurait lire sans avoir les larmes dans les yeux. — Inutile de dire que les documents les plus nombreux et les plus complets se réfèrent aux vingt-cinq années de la Révolution et de l’Empire, un quart de siècle qui ne fut qu’une bataille, car on ne s’y arrêta guère que pour reprendre haleine !

La Section russe au Palais des Armées de Terre et de Mer
La Section russe au Palais des Armées de Terre et de Mer

En des vitrines s’accumulent, avec une ordonnance parfaite, logique en leur ordre de chronologie, les uniformes — combien troués par les balles! — les drapeaux, les armes, les insignes, tandis qu’en des montres à plat, fermées par des glaces, s’étalent, en vue, les objets de taille moindre, les épées d’honneur, voire les sabres — ceux donnés au cours de l’expédition d’Egypte, entre autres, bien curieux, recourbés, de forme orientale, avec leurs Ornements d’argent niellé — et les souvenirs sans nombre.

Voici le drapeau déployé du Ier grenadiers de la garde, qui porte inscrits les noms de toutes les capitales de l’Europe où il fut planté vainqueur, faisant claquer ses plis glorieux à tous les vents; les balles qui l’ont fouetté, en firent une « guipure »; et c’est ce drapeau là que le général Petit présenta à l’Empereur, dans la grande cour du château de Fontainebleau, alors que Napoléon, prêt à partir pour l’exil, embrassant tous ses soldats en un seul, fit ses adieux à la vieille garde.

Voici quelques objets moindres, mais d'intérêt pittoresque : la montre du capitaine Paulin, qui commandait les pontonniers de la garde à la Bérésina, celui qui, avec ses sapeurs, construisit le pont de bois par où s’opéra le sauvetage de l’armée. Comme il resta debout, dans l’eau glacée, jusqu’à mi-corps, pendant des heures entières, sa montre s’arrêta, « figée » dans son gousset ; elle marque encore aujourd’hui, à bien près d’un siècle, l’heure qu’il était ce jour-là. Le ressort de l’homme — chef-d’œuvre de l’horloger divin, — plus solide que celui de la montre, résista, alors que l’autre, — l’œuvre humaine, — avait succombé, car le brave Paulin ne mourut que cinquante ans plus tard, avec des épaulettes ornées de trois étoiles d’argent.

Cette pipe, au large fourneau en écume de mer, avec son tuyau de merisier, est celle du général Lasalle. Elle est historique, comme le fut la pipe de Jéan-Bart. Le général ne la quittait guère; on dit qu’il la fumait à Wagram et qu’elle était à ses lèvres, alors qu’il tomba raide mort, frappé d’une balle au front.

Et ces baguettes de tambour, en bois d’ébène, garnies d’argent, ce sont les « baguettes d’honneur », décernées par le général Bonaparte à Nicolas Laugier — le tambour d'Arcole — celui-là, presque un enfant, qui battit la charge au milieu du pont, seul, sous les balles autrichiennes, rappelant, du son de son tambour, les troupes d’Augereau qui pliaient devant la fusillade, battant toujours, sans relâche, battant quand même, battant enfin de son seul bras droit, quand le gauche eut été broyé d'un coup de feu!

Exposition rétrospective de l'Armée allemande
Exposition rétrospective de l'Armée allemande

Nous trouvons, plus loin, le sabre que portait Kléber à la bataille d’Héliopolis; — le sabre de Marceau, — et la carabine du chasseur tyrolien, dont la balle stupide donna la mort au poétique général de vingt-trois ans.

Plus près de nous, l’expédition de Crimée, ou plutôt le siège de Sébastopol, nous présente aussi son reliquaire : les épaulettes du colonel de Brandon, tué au parapet du Mamelon-Vert — le sang les macule encore. — la ceinture du général de Pontevès, tué à l’assaut de Malakoff, la tunique du général Mayran, mise en charpie par un obus.


Ce qui double l’intérêt des souvenirs sans nombre qui font de ce Musée comme le reliquaire français, c’est qu’aux murailles sont appendus les portraits précieux de ces aïeux illustres, ceux-ci recueillis partout.


Chacune de ces peintures a son histoire, et l’ensemble de ces histoires fait celle de notre pays.
Puis, n’est-ce pas un problème passionnant que de recomposer, d’après ses traits, le caractère du héros dont on voit l’image, et de le faire revivre par la pensée, comme le rêve d’une réalité entrevue?

Successivement, passent d’abord sous nos yeux, les figures de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche; François Ier, le roi galant homme; l’amiral de Coligny; Bussy d’Amboise, — qu’Alexandre Dumas a fait revivre dans son roman de la Dame de Montsoreau, — le brave Bussy, et sa sœur, bien digne de lui, l’héroïque maréchale de Balagny, dont l'effigie figure — seule de son sexe — à Versailles, dans la salle des Maréchaux, parce que c’est elle qui fut vraiment le « maréchal». Son mari, Jean de Montluc, gouverneur de Cambrai, ayant capitulé et livré la ville aux Espagnols : « Messire, vous vous êtes lâchement rendu, — lui dit-elle, — mais moi je suis libre et ne capitule pas! » Alors, s’étant réfugiée dans la forteresse avec quelques soldats, elle soutint un siège de plusieurs jours, faisant elle-même le coup de mousquet; puis, à bout de vivres et de munitions, elle se tua sur la brèche plutôt que de se rendre.

Exposition militaire de la Roumanie
Exposition militaire de la Roumanie

Et voici successivement le roi Henri IV; le brave Crillon ; Sully; le maréchal de Biron, — qui fut coupé en deux par un boulet de canon au siège d’Épernay,— le connétable de Les-diguières; et plus loin le masque implacable d’Armand du Plessis, cardinal de Richelieu, sur son lit de mort; plus loin encore, Turenne ; le grand Condé avec son profil busqué et ses yeux d’oiseau de proie; le duc d’Antin; le comte de Toulouse ; Vauban; le prince de Conti ; le maréchal de Boufflers; le chevalier de Grassin, commandant des arquebusiers de Grassin, — d’où descend directement le 4° de chasseurs à cheval,— le chevalier d’Assas; dont la mort héroïque au cri de : « A moi, Auvergne! » nous est contée dans une sépia de Moreau; le maréchal de Rochambeau dont on vient d’inaugurer la statue à Vendôme, et tant d’autres...

Dans la période révolutionnaire, le musée n’est pas moins riche et, là, ce ne sont plus seulement des portraits qui s’exposent, — comme ceux de Kléber, Desaix, Joubert, Leclerc, — mais aussi des sujets, des batailles, des revues, des épisodes.. .


Mais la partie la plus brillante, c’est sans contredit le premier Empire. Bonaparte y préside sous l’aspect d’un curieux portrait en pied qu’a prêté le musée de Liège: celui qui sera bientôt l’empereur Napoléon y est représenté sous l’habit de velours rouge incarnat du premier consul. La ville de Liège, en 1802, voulut avoir le portrait du général Bonaparte, envers lequel elle avait contracté une dette de reconnaissance. Or, la municipalité n’était pas riche et elle commanda la peinture «au rabais» à un tout jeune homme, un prix de Rome, « sans ouvrage » ; celui-là s’appelait Ingres et livra un chef-d’œuvre. C’est ce portrait que nous voyons aujourd’hui, et ce n’est certes pas la moindre des peintures nées du pinceau du célèbre artiste.

Autour de Bonaparte se groupe la pléiade des maréchaux, des généraux, des officiers de tous grades: c’est Murat, le beau Murat, dans son éclatant uniforme des chasseurs de la garde; Lasalle, le cavalier merveilleux; les maréchaux Victor, Davout, Latines, Lefebvre—et, Dieu me pardonne, la maréchale elle-même, « M™ Sans-Gène»; — Bernadotte, le grand-père du roi Oscar II, Suchet, Soult, Augereau, Ney... Je voudrais pouvoir tout citer et parler aussi en détail des périodes, de la Restauration, du gouvernement de Juillet avec ses guerres d’Afrique, du second Empire avec ses campagnes de Crimée et d’Italie; mais comment faire quand la place manque ? Je sens que le papier fuit sous ma plume et que je vais dépasser la limite normale d’une chronique...

Tous les souvenirs précieux de notre histoire militaire réunis en ce curieux musée s’en retourneront bientôt là d’où ils sont vernis, emportés aux quatre vents du ciel.



Hàtez-vous donc, vous tous que passionne l’histoire de nos fastes militaires, de faire le pèlerinage du « Musée de l’armée ». Ce sera pour vous comme un voyage dans le passé glorieux avec, pour épilogue, le retour au temps présent formulé par un grand panorama animé de l’armée moderne, et ils ont vraiment fait acte de piété envers la Patrie, ceux qui ont eu l’idée de constituer ce Panthéon inoubliable, au fronton duquel ils ont gravé la devise :

« Prœteriti Jides, exemplumque futuri ! »

C’est-à-dire que là « est la foi du passé, le culte du souvenir, et aussi l’exemple à suivre pour les générations qui viennent ! »

Exposition militaire allemande
Exposition militaire allemande

L’exposition rétrospective militaire, dont le musée de l’armée, décrit dans l’article qu'on vient de lire, forme la partie la plus pittoresque et la plus dramatique, constitue une innovation. Rien de semblable n’existait en 1889. Cette exposition a été organisée en dehors des six classes des armées de terre et de mer par les soins du Comité du Groupe XVIII que préside le général de la Noë.

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Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Histoire du Palais des Armées de Terre et de Mer.

Primitivement chacun des ministères devait concourir à l’Exposition par une exhibition indépendante; c’est ce qui s’était produit en 1889, chaque département avait disposé d’un budget spécial et avait pu faire une exposition particulière. Les plans avaient été dressés, revus, visés et paraphés ; il avait été entendu que l'Etat prendrait à sa charge les trois millions nécessaires aux constructions; tout était prêt... ou du moins, il ne manquait plus que l’accomplissement d’une petite formalité, oh! bien petite : le vote des crédits par les Chambres; ce fut la pierre d’achoppement. Les députés qui avaient déjà voté tant de millions pour l’Exposition refusèrent l’argent pour la représentation des ministères. Il fallut s’incliner et les beaux projets furent enterrés.

Cependant le Commissaire général tenait absolument à un palais de la Guerre; il ne voulait point renoncer à l’idée qu’il avait eue de faire un grand palais pour les armées ; et, pendant qu’il aliénait, au bénéfice d’autres constructions, les terrains primitivement réservés aux différents ministères, il conservait intact celui de la Seine sur lequel devait s’élever le palais qui nous occupe ; il faisait étudier dans les agences une modification du projet initial, de façon à en diminuer les ^dépenses, d’autre part il cherchait à trouver l’argent nécessaire — deux millions — par des économies et des emprises sur les fonds disponibles.

Bref, le palais qui avait failli ne jamais voir le jour reçut son baptême au mois de septembre 1899 et sa construction fut confiée à MM. Umdenstock et Auburtin, les auteurs du projet primitif.

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