L’Imprimerie et la fabrication du papier

Paris 1900 - Innovations (techniques, transport ...)
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worldfairs
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L’Imprimerie et la fabrication du papier

Message par worldfairs »

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Le visiteur emporte certainement de ces deux sections une durable impression d'étonnement admiratif, mais ce sentiment ne va pas sans quelque mélancolie. A mesure, en effet, que le génie humain se dépense en inventions merveilleuses, à mesure que la matière inerte accomplit des travaux plus compliqués, la main d’œuvre ouvrière diminue, se raréfie, disparait.

Je n’en veux pour exemple que ceci :
La maison de construction d’Augsbourg-Nuremberg montre une machine qui est un véritable monument — quelque chose d’admirable d’ailleurs — et qui imprime sur les deux faces d’un rouleau sans fin de la typographie et de la photogravure, en six couleurs à la fois. En d’autres termes, une bande de papier engagée à l'une des extrémités de la rotative sort de l’autre coté couverte de dessins en six couleurs, et d’un texte typographique en six couleurs également. Elle est en outre découpée au format déterminé. G’est inouï et quelque peu ahurissant. Le monstre fonctionne sans bruit sans l’apparence d’un effort, sous l’impulsion d’un moteur électrique. Un enfant le. mettrait en marche et l’arrêterait d’une main. Il vomit soixante mille exemplaires à l’heure. Et autour, trois ou quatre hommes, des mécaniciens — des Français, je l’ai remarqué en passant — qui n’ont presque qu’à regarder faire. Quant aux placeurs de feuilles, aux margeurs dont l’office était si délicat, aux leveurs de feuilles, etc., il n’en est plus question. La machine fait leur ouvrage, avec précision, sans se tromper jamais, tout le long du jour et tout le long de la nuit si c’est nécessaire. Elle ne se fatigue pas; elle ne récrimine jamais; elle ne mange qu’un peu d’électricité. Le jour où son prix aura diminué et où toutes les ■ imprimeries pourront en acquérir une, c’est trois ou quatre professions qui disparaîtront. Et que mangeront ceux qui vivaient de ces professions ?

Ce n’est pas tout, au surplus. Le travail , mécanique tend en bien d'autres formes à remplacer le travail humain.

Machine à composer : c’est un clavier semblable à celui des machines à écrire, et sur lequel un homme joue rapidement, du bout des index. Chaque fois qu’il appuie sur une touche, une lettre tombe dans le composteur, jamais retournée, jamais la tête au fond, toujours comme elle doit être. La ligne terminée, une pince vient la saisir, l’enlève, suspendue, sans laisser échapper un caractère, et la transporte sur la galée, près de la ligne précédente. Si le texte doit être interligné, la machine s’en charge. Un coup de doigt : c’est fait. L’opérateur, s’il se presse un peu, commodément assis devant sa copie, doit composer dix ou douze lignes pendant qu'un typographe manuel en composerait une seule. Quand tout le monde aura des machines à composer, onze typos sur douze devront changer de métier. La perspective est faite, on l’avouera, pour donner à réfléchir à la corporation .

Machines à distribuer : ici, c’est presque de l’invraisemblable. La matière est devenue pour ainsi dire intelligente. Au moyen du clavier, du clavier qui paraît triompher de nos jours, les lettres tombent de la ligne à défaire dans un petit canal qui se balance sous elles. Suivant les touches actionnées par le distributeur, ce petit canal vient s’adapter à la casse où doit être rangé le caractère. Pour peu qu’ils soient versés dans l’art typographique, nos lecteurs savent que la plupart des coquilles (lettres substituées) viennent d’erreurs de distribution. Un caractère est tombé dans le cassetin voisin de celui qu’il devait occuper — car le distributeur est obligé de travailler vite — et à la composition nouvelle on le reprend comme s’il occupait sa place régulière. D’où coquilles, dont quelques-unes célèbres et véritablement malencontreuses. (Voyez l’article Coquilles du Grand Larousse.] La machine à distribuer se trompe beaucoup moins; pour ainsi dire jamais. En outre, elle travaille à peu près aussi vite que dix ou douze distributeurs à la fois. Le jour où toutes les imprimeries la posséderont, les typographes n’auront plus rien du tout à faire, • du moins en ce qui concerne l’imprimerie courante, c’est-à-dire le fort du métier.

Et si c’était tout ! Mais autour de ces grosses pièces, combien en a-t-on installées de plus petites, mais qui n’en font pas moins, et mieux, le travail de plusieurs personnes: machines à plier, machines à relier, machines à mettre sous bande, machines à brocher, machines à couper, machines pour tous les travaux et pour tous les besoins.

Quand on aura inventé la machine à lire son journal on s’arrêtera sans doute. Mais sera-t-il temps, et le progrès qu’on poursuit sans relâche n’aura-t-il pas causé plus de mal que la routine et les vieux procédés dont on se plaignait ?
Mais nous n’avons pas ici à résoudre ce grave problème économique: nous avons à constater les efforts et les succès de l’industrie humaine, et certainement ils sont incontestables. L’ingéniosité des inventeurs dépasse ce que pourrait rêver l’imagination des profanes, appelée à l’apprécier tous les dix ou onze ans. Les résultats obtenus sont littéralement merveilleux, et quelles que puissent être les préoccupations de chacun pour l’avenir de certains corps de métiers très intéressants, l’admiration s'impose ; il est réellement impossible de la refuser.

La fabrication du papier a pris aussi des développements et des perfectionnements devant lesquels l’esprit hésite et reste quelque temps confondu. Je conseille'à tous les lecteurs de ce journal, s’ils sont à Paris où s’ils ont plus tard l’occasion d’y venir, de ne pas manquer de visiter les machines de papeterie d’Herblay, d’Essonnes, qui est sans doute ce qu’on peut voir de plus parfait en ce genre. A la lettre, on met des bûches d’un côté de cette machine, et l’on reçoit de l’autre un journal. L’opération a duré quelques minutes. Cela lient du prodige.


Le bois est usé par des meules et transformé en une bouillie qui se nettoie, qui se blanchit, qui se liquéfie, qui s’étend en feuille, qui s épaissit, qui se sèche, qui s’enroule et qui s’imprime avant qu’on ait eu le temps seulement d’observer les diverses transformations. Un arbre devient de l’eau et devient du papier sous les yeux du visiteur, en quelques secondes. Une machine rotative Marinoni saisit cet arbre transformé en papier, et le débite en journaux. Et c’est d’une simplicité puissante.

Autour de la papeterie d’Herblay sont installées d’autres machines également fort intéressantes, et toute une série de vitrines où se voient des échantillons des papiers fabriqués dans le monde entier. Les énumérer seulement demanderait trois ou quatre numéros de ce journal. Mais c’est excessivement curieux.

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