Canons et Mitrailleuses

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worldfairs
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Canons et Mitrailleuses

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Parmi tous les produits du génie moderne, ceux qui excitent la plus vive curiosité du public, ce sont les engins de destruction. Les canons parlent beaucoup en ce moment, et très haut. Ils font aussi beaucoup parler d’eux.

Le Long-Tom anglais
Le Long-Tom anglais

Les usines françaises du Creusot, les usines allemandes de Krupp, à Essen en Saxe, les usines anglo-américaines Vickers Sons and Maxim, nous présentent avec un certain orgueil tout ce que le génie moderne a pu inventer jusqu’ici en fait de monstrueux agents de destruction; armes à feu, munitions et explosifs, poudres et poudrières, mitrailleuses automatiques, torpilles automobiles, etc., etc.

C’est à partir du XVIIIe siècle seulement queJean-Baptiste Vaquette de Grébeauval, général français, fit des réformes importantes et des perfectionnements dans la fonte des canons et dans l’organisation de l’artillerie légère, qui rendit de si grands services pendant les guerres de la Révolution et du premier Empire. Il effectua une réforme totale par une série de modifications dans les pièces, les affûts, les attelages, les caissons, en adoptant des types définis et uniformes qui durèrent jusque sous la Restauration.


Puis le général Treuille de Beaulieu inventa le canon rayé se chargeant par la culasse, qui reçut le baptême du feu lors de la campagne d'Italie de 1859.
Après 1870, les progrès furent plus rapides : on changea plusieurs fois le modèle en s’efforçant d’atteindre le maximum de puissance avec le minimum de poids, ce que permirent la fabrication des aciers Bessemer et Martin, les nouvelles méthodes de composition des aciers auxquels on ajouta des' traces de chrome, de nickel, de manganèse, qui augmentèrent sa force de résistance, puis les perfectionnements dans le recuit, la trempe des aciers, etc...

Section de l'artillerie de marine russe
Section de l'artillerie de marine russe

Aujourd'hui, le canon moderne est un instrument de précision. Les affûts eux-mêmes sont des merveilles de mécanique. On les munit de freins hydrauliques qui absorbent la force vive du recul ; on leur donne des récupérateurs qui ramènent la pièce en batterie.

La chimie a permis de faire des poudres sans fumée ni résidus. Voici l'obus à balles qui renferme de 200 à 600 balles, lesdites balles étant mises en mouvement par une charge placée de préférence dans toute la hauteur de l’obus et mélangée aux balles. L'obus à lyddite, un obus ordinaire mais chargé de cette substance si explosible; ses fragments sont animés d’une vitesse considérable et de tout ce qui l’entoure au moment de l’explosion, il fait des projectiles. L’obus à lyddite du canon de marine projette en l’air une colonne de débris qui a 50 mètres de hauteur. La secousse qu’il produit est assez forte pour tuer un homme.

M. Hudson Maxim, le constructeur, étudie le moyen de rendre l’obus encore plus dangereux. Avec le canon américain qu’il présente on lancerait des projectiles ayant une force explosive quarante fois plus grande que celle des explosifs actuels, et avec ses canons de forteresse on pourrait expédier des obus renfermant plus de 200 kilos d’explosifs. D’autres obus à fumée, comme ceux que l’école de pyrotechnie de Bourges préconise, serviraient à former un nuage de fumée devant l’ennemi pour l’empêcher de voir et d’agir. D’autres obus jetteraient dans les villes des pluies d'acide sulfurique, de cyanure d’arsenic, d'acide prussique, etc. Ce serait là sans doute l’obus « dernier cri ».

Vieux canons russes en bois et en bronze
Vieux canons russes en bois et en bronze

L’ensemble des usines Vickers-Maxim représente une des plus grandes industries du monde, parce qu’à la fabrication des canons, ils joignent celle des bateaux de guerre. A côté des Krupp et des Schneider, ce sont les rois de la métallurgie belliqueuse. Seulement, tandis que le Creusot français travaille aussi pour les œuvres de paix, chez MM. Vickers fils et Maxim, tout est pour la guerre et la destruction... Leurs usines se suffisent absolument à elles-mêmes; dans leurs établissements de Sheffield, d’Erith, de Barrow in Furness, elles réunissent : fonderies d’acier, forges, ateliers de tôlage et de blindage, de chaudronnerie, chantiers de constructions navales, polygones d’essais, poudrerie, cartoucherie, etc. Le fer brut vient de Suède; il sort des mains de ces fabricants à l’état de cuirassé tout armé, de paquebot tout gréé, de canon de n’importe quel modèle. MM. Vickers et Maxim n’ont recours à aucune industrie auxiliaire. Ils possèdent, en outre, une manufacture à Plasencia, près de Bilbao, en Espagne, et une autre à Stockholm, en Suède.

L’entreprise est toute privée. Qui veut peut commander et acheter à MM. Vickers et Maxim un de ces jolis joujoux qui expédient des obus de plus de 300 kilogr. à 12 ou 15 kilomètres, ou un de ces délicieux bateaux qui, en quelques minutes, peuvent réduire en cendres un port de commerce.

On voit dans le Pavillon Vickers et Maxim des canons de tous les types, depuis la monstrueuse pièce de 30 centimètres, jusqu’à la petite pièce de campagne, qui se démonte et se charge à dos de mulet, et la minuscule mitrailleuse Maxim qu’on peut porter sous son bras et presque mettre dans sa poche. C’est merveille de voir avec quelle facilité se manœuvrent tous ces engins.de mort : un enfant, sans déployer de force, peut ouvrir et fermer à l’aide d’une manivelle l’épaisse culasse du canon de 94 tonnes, et faire évoluer à droite et à gauche ce formidable tube d’acier. La percussion est faite avec un simple mouvement du doigt, qui actionne tin appareil électrique. Pour les pièces de campagne, on presse une détente qui n’est pas plus dure que celle d’un revolver.



Quant aux maxims, il faut se donner encore bien moins de mal. C'est la force du recul qui apporte la charge, tire le coup et actionne l’éjecteur. L’artilleur reste assis, tandis que sa pièce envoie à 4,000 mètres 300 projectiles à la minute. Sa seule peine est de ravitailler la pièce gourmande qui avale et crache si vite la mitraille. MM. Vickers et Maxim s’ingénient à la fois à trouver des projectiles de plus en plus perforants et des plaques d’acier de plus en plus résistantes aux projectiles. Ils exposent des plaques qui n’ont pas été traversées par des obus formidables. La victoire appartiendrait-elle donc à la défense contre l’attaque ?...

Culasse du gros canon de siège russe
Culasse du gros canon de siège russe

L’origine et le développement des usines Krupp, à Essen, forment un chapitre curieux de l’histoire de la métallurgie. Le grand-père du propriétaire actuel établit à Essen.en 1810, une petite fonderie; pendant seize ans, il eut beaucoup de mal à gagner sa vie. Son frère Alfred lui succéda en 1826 ; et, en 1832, il n’avait encore que neuf ouvriers. A partir de cette époque, sa fonderie prit une certaine extension, et en 1851, il exposa à Londres de l’acier et des canons qui commencèrent à attirer l’attention du public et ‘lui valurent quelques commandes des gouvernements.

Ce fut le point de départ de la prodigieuse prospérité des usines Krupp. Au 1er janvier dernier, 41750 personnes figuraient sur les rôles de paie, dont plus de 25.000 employées dans les seules usines d’Essen. On y compte 3.000 machines-outils ou appareils actionnes par 500 machines à vapeur d’une puissance collective de 40.000 chevaux. Il y a 64 kilomètres de courroies de transmission. On y brûle annuellement plus d'un million de tonnes de houille et de coke, et la consommation d’eau de l’usine est égale à celle de la ville de Dresde quia une population de 540.000 habitants. L’usine est desservie par 80 kilomètres de voies ferrées, parcourues par 36 locomotives et 1.300 wagons.

Le canon de 25 centimètres de la Tourelle du Creusot
Le canon de 25 centimètres de la Tourelle du Creusot

Quoique l’usine française du Creusot ne puisse être comparée à la formidable fonderie d’Essen, pour le nombre des hauts fourneaux et des ouvriers, elle ne laisse pas cependant d’être une des entreprises métallurgiques les plus considérables du monde. Avec ses nombreuses forges et fonderies d’acier pour canons, ses ateliers de tôlage, de blindage, de chaudronnerie, ses poudreries, ses cartoucheries, elle forme une véritable ville où plus de dix mille ouvriers sont occupés.


Le pavillon que la société Schneider a fait construire sur le quai d’Orsay, un peu en aval du pont d’Iéna, représente une tourelle-barbette de quarante-trois mètres de diamètre et de trente-sept mètres de hauteur, d’où émergent des canons de toute dimension, depuis le gros canon, genre « Long Tom » des Boërs, jusqu’au plus petit tout aussi meurtrier. Le « Long Tom » correspond à peu près à notre canon de marine de 305 millimètres. Pour le charger, il ne faut pas moins de 100 kilogrammes de poudre sans fumée dont la conflagration développe dans l’âme de la pièce une pression de 2.700 atmosphères, qui lance un projectile de 300 kilogr. avec une vitesse de 900 mètres à la seconde.

Intérieur de la Coupole du Creusot
Intérieur de la Coupole du Creusot

On devine l’effroyable marmelade humaine que fait un tel obus en éclatant au « bon endroit », c’est-à-dire sur un point suffisamment garni de troupes. Malheureusement, disent les artilleurs, les formations de combats modernes ont prévu ces terribles engins, de sorte que les hommes s’arrangent à ne plus offrir à ses coups que le minimum de surface possible.

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