La Galerie des Machines

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La Galerie des Machines

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 1 decembre 1900"

Nous disions l’autre jour que M. Arsène Alexandre nous paraissait bien cruel de supposer un noir complot contre cette pauvre galerie des Machines. Comme tous les bâtiments d’exposition, elle nous paraissait disposée à s’évanouir un jour ou l’autre, sans que cette triste fin eût rien de bien exceptionnel.

Quelques-uns de ces édifices ont été conservés cependant, lorsqu’ils avaient été construits en matériaux destinés à durer. Il n’y a pas toujours eu lieu de s’en réjouir outre mesure, car d’études trop hâtives il est rare que sorte un monument parfait. Tout au moins conservent-ils un aspect monumental qui manque forcément à la galerie de cent mètres. Celle-ci n’est qu’un immense vaisseau vitré, fort remarquable, tout le monde le reconnaît ; mais ce n’est toujours qu’un hangar. La vue latérale de ce long berceau cylindrique ne donnera jamais une impression majestueuse ni simplement agréable. Les façades ou pignons des extrémités ne sont que de grands vitrages encadrés de grosses poutres en tôle et cornières dont l’aspect n’a certainement rien de monumental. La faute n’en est ni aux architectes ni aux ingénieurs qui ont conçu et exécuté ce colossal berceau ; elle est inhérente à la nature même des choses.

Quelque admiration que l'on ait pour la tôle, pour le verre â vitre, pour le chiffre et le calcul, il faut cependant reconnaître que les constructions obtenues au moyen de la seule tôle et de la seule vitre n’ont qu’une apparence extérieure des plus maigres, des plus utilitaires, des plus froides. Tout édifice ainsi conçu ne peut avoir d’autre beauté que celle d’un hall ou hangar de chemin de fer, à moins que ce ne soit d’une serre.

La Galerie de cent mètres, fort belle à l’intérieur, n’échappe nullement à ce défaut extérieur, en raison même de sa parfaite sincérité. Pour sauver l’aspect du dehors il eût fallu se résigner à maquiller les diverses façades, les revêtir, comme avait fait M. Formigé, de terres cuites, de faïences, etc. Le résultat ainsi obtenu peut être fort agréable, nous l’avons constaté ; mais il ne faut pas en faire Déloge au nom de la sincérité dans l’art, ni prôner outre mesure les admirables ressources du métal, puisque celui-ci n’est devenu tolérable que grâce au plus savant maquillage.

De tout cela il faut donc conclure, une fois de plus, que le fer et l’acier ont certainement leurs mérites et trouvent un judicieux et utile emploi à l’intérieur des édifices ; mais qu’ils sont insuffisants à donner extérieurement un aspect quelque peu monumental.



En fait, nous croyons donc la Galerie des Machines inévitablement destinée à disparaître, tôt ou tard, pour une raison ou pour une autre. Elle a joué un rôle important et l’a fort bien tenu, â la satisfaction générale. Mais enfin le succès même des Deux Gosses finit par s’épuiser après un certain nombre de représentations aussi fructueuses que possible. Inévitablement il viendra un moment où ce berceau colossal deviendra très gênant, sera un sérieux obstacle à de nouveaux besoins, à des projets suscités par de nouvelles circonstances ; on l’a bien vu pour le défunt Palais de l’Industrie aux Champs-Elysées. De façon ou d’autre il devra céder la place ; et si la destruction nous laisse des regrets justifiés, ils seront loin d’être éternels, car cette galerie n’était après tout qu’un simple abri, malgré ses proportions extraordinaires; elle n’a jamais été destinée à devenir un édifice, et moins encore un monument.

Le projet préfectoral qui fait place nette au Champ-de-Mars, paraîtra peut-être prématuré ; il n’a certainement rien de criminel. Ce qui le prouve bien, d’ailleurs, c’est l’embarras même où se trouve M. Arsène Alexandre pour découvrir une destination sérieuse au palais vitré qu’il s’agit de sauver des atteintes du Vandalisme. Il n’y a, pense-t-il, que l’embarras du choix ; mais c’est ce choix qui nous paraît difficile.

On en pourrait, dit-il, faire : Un laboratoire de mécanique ; Un abri pour les inventeurs ; Un palais des idées, ou bien ; Un refuge pour les détresses ; ou encore ; Un vaste logement de l’Imprévu (l’imprévu étant toujours ce qu’il est le plus facile de prévoir). — « On y pourrait aussi héberger des troupes à l’improviste, en cas de sinistre ; on y pourrait installer des hospitalités de nuit ».

En cherchant bien, on pourrait évidemment trouver encore d’autres emplois ; ouvrir là une succursale de l’Entrepôt de Bercy, des abattoirs de La Villette, du Salon annuel, du Dépôt des marbres de l'Etat, etc. Mais on remarquera que tous dérivent de la même conception : utiliser un simple abri. On voit apparaître successivement l’abri pour les gens mouillés quand il pleut, pour les détresses qui couchent sous les ponts sans sommier élastique, pour l’imprévu et pour l’improviste qui ne doivent pas avoir de bien grandes exigences confortables. Tout cela, c’est du simple hangar, de l’abri, du refuge.

Nous ne voyons apparaître le titre de palais qu’en faveur des seules Idées... — Palais des Idées? Cette conception est vague, il faut l’avouer. On a vu le palais des Illusions; mais que peut bien être celui des Idées ? Est-ce un simple symbole ibsénien ; un château en Espagne; un souffle, un rien, comme dit la romance?

On ne sait pas trop. Tout ce qu’on peut dire, c’est que les Idées ne seraient pas probablement beaucoup plus exigeantes, en matière de confortable, que l’Imprévu lui-même.

Ce qui ressort de tant de propositions ingénieuses, c’est que le bâtiment auquel on peut attribuer tant de vagues destinations, n’en a pas par lui-même une seule qui soit bien définie ; en un mot ce bâtiment n’est pas un édifice ; c’est une vaste couverture, originale, robuste, grandiose même ; mais rien de plus. Elle n’avait du reste pas d’autres fonctions à remplir; elle s’en acquitte de façon supérieure; mais si elle venait à subir le sort réservé à presque tous les bâtiments d’Exposition, pour des motifs que l’on aurait reconnus plausibles, on pourra regretter cette disparition, sans la traiter comme un acte de pur Vandalisme.


M. Arsène Alexandre termine par une comparaison entre la grande galerie d’il y a dix ans, et l’intérieur du grand Palais actuel aux Champs-Elysées. L’une montre, dit-il, l’emploi du fer en dehors de toute enjolivure et de toutes les ridicules conventions ornementales que produisent les constructions les plus récentes... Cette fière et rigide matière, ajoute-t-il, on la force, à l’intérieur du nouveau palais, à se montrer mignarde; on la découpe en puérils ajours ; on la contourne en mesquines volutes.

N’insistons pas davantage sur ces dernières critiques. M. Arsène Alexandre est partisan des fers à T, tôles et cornières, exposés au regard dans leur complète sincérité ; ennemi de tout ce qui cherche à donner quelque grâce à cette austérité utilitaire, à vêtir quelque peu cette nudité. On sait que nous ne discutons guère les impressions personnelles, parce que c’est bien inutile, et parce que chacun a le droit d’exposer ses préférences personnelles. Nous nous bornons à les enregistrer.

Il nous semble toutefois que, si l'on voulait discuter le mérite des robustes ferronneries de M. Louvet, ce n’est pas de mignardise ni de mesquinerie qu’il conviendrait de les accuser.

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

La Force Motrice à l’Exposition

Sous ce titre, Les travaux de l’Exposition de 1900, M. A. da Cunha, ingénieur des Arts et Manufactures, vient d’achever un des plus remarquables ouvrages auxquels l’Exposition ait donné occasion. L'auteur, qui a scientifiquement étudié l’aménagement de la ville merveilleuse élevée au milieu de Paris, nous décrit minutieusement les rouages de son mécanisme et nous instruit des progrès que son édification a fait réaliser à l'art de la construction. Nous ne croyons pas pouvoir mieux en recommander la lecture qu’en en extrayant l’étude suivante :

La geleire des machines
La geleire des machines

La classification générale des produits et leur répartition dans les différentes galeries adoptées pour l’Exposition ont entraîné l’étude d’un programme nouveau de la distribution de la force motrice nécessaire à la mise en marche des nombreuses machines apportées parles divers industriels.

Jusqu’ici, dans les différentes manifestations qui se sont produites, les exhibitions de machines se faisaient toutes en un même local dit Galerie des Machines, dans lequel on concentrait toute la partie mécanique; chaque exposant devait y faire ses installations d’après des données fixées d’avance, il prenait la force

dont il avait besoin sur des. arbres de couche mis en mouvement par des groupes de machines motrices, celles-ci étaient fournies par des constructeurs exposants ou louées par l’administration : l’inconvénient de ce système est de réunir en un même endroit des machines se rapportant à des objets différents.

Pour 1900, il a été décidé que chaque classe aurait toute son exposition en un même local ; on y voit les produits à l’état natif, puis à l’état de fabrication, ensuite à l’état d’objets fabriqués; enfin une dernière section se rapporte à la partie rétrospective, qui est l'histoire du produit dans les temps passés. Cette classification implique forcément l’existence des différentes machines de fabrication sur tous les points de l’Exposition.

Machines à tisser de la Section Suisse
Machines à tisser de la Section Suisse

Il n’y a donc plus de Galerie des Machines proprement dite, mais des groupes de machines situées un peu partout suivant les nécessités des différentes classes de produits; quelquefois ces nécessités sont très réduites et se limitent à une ou deux machines.

On conçoit que dans ces conditions, il était impossible d’adopter les dispositions anciennes pour la nouvelle Exposition. Il aurait fallu installer de tous côtés des générateurs de vapeur produisant la force motrice nécessaire à chacun des groupes de machines; il y aurait eu partout des ennuis les plus divers, bruit et trépidations, installations des cheminées pour l’évacuation des fumées, etc...

La disposition adoptée cette année était irréalisable il y a dix ans : en effet, à cette époque, les seuls moyens pratiques connus pour le transport de la force étaient les transmissions rigides et les transmissions télédynamiques ; ces dernières étant impraticables à cause de l’embarras qu’elles provoquent, il ne restait que les premières et c’est à elles qu’on a eu recours. On connaissait déjà les expériences de M. Marcel Desprez sur le transport de la force par l’électricité, mais on n’était encore qu’à l’enfance de cette science nouvelle. Aujourd’hui nos ingénieurs savent tous les secrets de ces moyens nouveaux de distribuer la force motrice; la fée Electricité qui a déjà rendu tant de services à notre civilisation, vient encore montrer sa puissance et ses ressources dans la répartition de la force nécessaire à la fabrication de mille objets qui nous entourent. L’installation de l’Exposition n’est assurément pas la première qui se fait dans ce genre, mais elle est assurément la plus importante qui ait jamais été tentée, puisqu’on ne dispose pas moins de 40.000 chevaux de force motrice.

Tout le secret de la nouvelle classification, si parfaite et si rationnelle, réside dans l’emploi de ce moyen de distribution d’énergie et fait le plus grand honneur à M. Delaunay-Belle-ville, le directeur de l’exploitation de l’Exposition.

C’est M. Bourdon, l’éminent ingénieur dont la compétence est absolue pour toutes les questions de mécanique moderne, qui a été chargé de l’installation de ce service; les difficultés matérielles qu’il a eu à vaincre sont innombrables et c’est à son expérience que nous devons de pouvoir admirer une installation de force motrice unique au monde.

Dynamos de la Société Electrique d'Augsbourg (1.900 chevaux)
Dynamos de la Société Electrique d'Augsbourg (1.900 chevaux)

Le Palais de l'Électricité qui, comme on le sait, se trouve placé au fond du Champ de Mars, entre les avenues de La Bourdonnais et Suffren, devrait plutôt se nommer le palais delà force électro-motrice. C’est, en effet, dans ce monument que se trouvent centralisées toutes les machines indispensables à la production de l’énergie nécessaire à la mise en marche des machines-outils et autres répandues sur toute la surface de l’Exposition et à l’éclairage électrique du soir.

Il existe deux grandes usines de-force motrice à l’Exposition, la. première, située du côté de l’avenue de La Bourdonnais, est réservée aux constructeurs français, la seconde, l’usine Suffren, est appliquée aux étrangers.

Chaque exposant a fourni ses types de foyers, de chaudières, de machines à vapeur,, de dynamos; ces appareils mis en fonctionnement sont considérés comme objets exposés et participent dès lors au concours des récompenses, mais ils sont tous réunis; c’est-à-dire que tous les générateurs envoient la vapeur dans des tuyaux appartenant à l’administration qui la distribue ensuite comme elle l’entend aux différentes machines à vapeur, lesquelles à leur tour doivent faire fonctionner les dynamos suivant les conditions exigées par le service mécanique à la tète duquel se trouve M. Bourdon.

Ces exposants ont à faire usage des conduites d’eau chaude et d’eau froide mises à leur disposition, ils doivent envoyer leurs eaux de condensation dans des tuyaux spécialement affectés, enfin ils sont tenus d’expédier leurs fumées dans des canaux communs.

Comme on le voit, le service mécanique est unifié; et bien qu’on ait eu recours à un grand nombre d’exposants pour la production de la vapeur, de la force motrice et de la force électro-motrice, on peut considérer les groupes de machines comme formant deux usines indépendantes et complètes.


Les générateurs sont placés entre le palais de l’Electricité et la galerie de 120 mètres, dans un bâtiment spécialement affecté aux chaudières; ce dernier, qui est composé de fermes de 28 mètres de portée, s’étend à droite et à gauche du Champ de Mars.

Il existe deux groupes de chaudières, l’un pour l'usine française (côté La Bourdonnais), l’autre pour l’usine des étrangers (côté Suffren). Dans chacune de ces usines, on a aménagé souterrainement des conduites en maçonnerie qui reçoivent les fumées et les expédient ensuite à la base d’une cheminée de 80 mètres de hauteur.

Pour l’alimentation des chaudières, voici comment on procède : au bord de la Seine, une compagnie anglaise a installé une usine qui prend l’eau du fleuve et la refoule au moyen de pompes dans des tuyaux de façon qu’elle puisse atteindre le bassin de déversement de la cascade monumentale placée sur le devant du palais de l'Electricité; cette usine peut débiter 72.000 litres par minute. Comme on le sait, l’eau de la cascade se répand dans un bassin inférieur; c’est de là qu’elle est distribuée pour l’alimentation et la condensation.

Le plus puissant électro-moteur de l'Exposition (2.400 chevaux)
Le plus puissant électro-moteur de l'Exposition (2.400 chevaux)

Cette eau est amenée dans des tuyaux de 500 millimètres de diamètre placés dans une galerie de 2m60 de hauteur construite à cet effet. Cette galerie sert également à contenir les conduites de vapeur qui vont porter la force aux groupes électrogènes. Ces dernières sont en acier; elles ont 250 millimètres de diamètre.

La vapeur est envoyée sous une pression de 10 k. 5 par centimètre carré dans les machines; celles-ci ont pour mission de mettre en mouvement les dynamos. Ces dernières donnent des courants continus d’une tension de 125, 250 et 500 volts et des courants alternatifs et triphasés de 2.200 volts.


Les fils qui transportent ainsi l’électricité en tous les endroits de l’Exposition sont accrochés aux fermes métalliques des palais à l’aide de supports en porcelaine et sont nus, de façon qu’on puisse recueillir le courant par une simple dérivation lancée sur les fils. Ce courant fait mouvoir les dynamos réceptrices placées un peu de tous les côtés; elles actionnent directement les machines-outils-auxquelles elles sont accolées.

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