Introduction à l'Exposition Universelle de 1900

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worldfairs
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Introduction à l'Exposition Universelle de 1900

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Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

L'Exposition vue du Pont Alexandre III
L'Exposition vue du Pont Alexandre III


Pendant de longs mois, il a régné sur les deux rives de la Seine, du pont de la Concorde au pont de Passy, une vie bruyante et tumultueuse. Des files de chalands, trainés par de noirs remorqueurs, apportaient incessamment des pierres de taille et des madriers que des grues enlevaient avec des grincements de chaines. Une armée de travailleurs s’agitait confusément sur les berges du fleuve, au milieu d’un amoncellement de matériaux de toutes sortes. Sur les quais, entre d’immenses échafaudages aux formes monumentales, des trains passaient en sifflant; de partout s’élevait un vacarme assourdissant où se mêlaient des halètements de Machines, des cris d’hommes et le fracas des marteaux frappant sur des charpentes métalliques. Le travail ne s’arrêtait ni jour ni nuit; le soir, d’énormes fanaux électriques s’allumaient soudain et à leur froide clarté le grand labeur se poursuivait.

Et voici qu’aujourd’hui l’affreux tumulte a cessé; aux bruits discordants des chantiers a succédé une rumeur de fête. Au coeur même de la vieille cité parisienne s’élève une ville nouvelle, arrondissant des dômes d’or et de cristal au milieu d’une forêt de tours, de flèches et de minarets; ville étrange, dont les palais, pavoisés de banderoles multicolores, appartiennent à tous les styles, à tous les siècles, à tous les pays; ville idéale, ou tous les peuples fraternisent dans l’amour du travail et du progrès.

Pavillon de l'Italie - Pavillon de la Turquie
Pavillon de l'Italie - Pavillon de la Turquie

« Les Expositions ne sont pas seulement des jours de repos et de joie dans le labeur des peuples; elles apparaissent de loin en loin comme des sommets d’où nous mesurons le chemin parcouru. L’homme en sort réconforté, plein de vaillance et animé d’une joie profonde dans l’avenir. » Tels sont les termes mêmes du décret présidentiel du 13 juillet 1892 par lequel M. Carnot institua l’Exposition de 1900. Il est impossible de mieux définir un des caractères les plus élevés de la fête à laquelle la France a convié les nations. En nous montrant en une sorte de raccourci les résultats réalisés pendant le siècle qui finit dans les diverses branches de l’activité humaine, l’Exposition doit nous inspirer une légitime confiance en nous-mêmes et un plus vif désir de progrès. Elle doit nous faire éprouver un juste orgueil, non seulement de la puissance productrice de notre pays, mais surtout de l’union dont il a été capable pour le succès d’une grande oeuvre nationale.

L’Exposition de 1900 a un autre caractère plus remarquable, plus fécond encore. Plus qu’aucune de ses devancières elle est universelle; tous les peuples y ont pris part; en les rapprochant les uns des autres, en leur apprenant à se mieux connaitre, à se comprendre, à s'estimer, en leur faisant oublier, dans une concurrence pacifique les vaines rivalités politiques et les querelles de races, elle leur apprendra peut-être à s’aimer. Le Ministre du Commerce, en inaugurant l’Exposition de 1900, a exprimé cette espérance : « Des types de toutes les architectures, groupés côte à cote sur les deux rives de la Seine, en un chatoyant et harmonieux désordre, captiveront l’imagination du visiteur en amusant ses yeux. Et par une naturelle association d’idées, ce décor fera naitre en son esprit cette réflexion, ou se résume comme la moralité de ces assises internationales, que, si éloignés qu’ils paraissent les uns des autres par l’éducation, la coutume et le préjugé, tous, fils de races variées, citoyens de nationalités diverses appartiennent à la même famille dom leur devoir comme leur intérêt est de travailler à grossir le commun patrimoine de science et de beauté. »

Palais des Congrès - Les Serres - Pavillon de la Ville de Paris
Palais des Congrès - Les Serres - Pavillon de la Ville de Paris

Les hommages qui, de tous les pays, ont été prêtés à l’Exposition dès son ouverture ont justifié ces paroles; elle est regardée par le monde entier comme la plus éclatante démonstration qui ait jamais été faite de la solidarité naturelle et nécessaire du genre humain; elle est la grande Fête de Ia Civilisation.

On en a la bienfaisante impression quand on contemple l’admirable perspective de palais dom la Seine éparpille le blanc reflet. Au-dessus de l’arche svelte du pont Alexandre-III se dressent les coupoles dorées du pavillon d’Italie, le dôme blanc des Etats-Unis, les flèches des pavillons d’Allemagne et de Belgique et, estompées dans le lointain, les deux tours du Trocadéro. Ainsi sont rassemblés dans un espace de quelques centaines de mètres les peuples les plus différents du Vieux et du Nouveau Monde. Les sociétés d’Orient et d’Occident sont harmonieusement confondues. Les antiques monarchies voisinent avec les jeunes républiques. Des Puissances ennemies hier, ou même actuellement aux prises sur quelque point du globe, mêlent dans les eaux du même fleuve les couleurs de leurs pavillons.

La noble bannière espagnole, écartelée des armes de quatre royaumes, flotte à côté du drapeau étoilé des Etats-Unis; le palais du Transvaal est porte à porte avec celui des colonies britanniques. Voilà, certes, un rare spectacle, bien propre à prouver que le commerce, loin d'être une cause de conflits sanglants, comme il l’a été trop souvent dans l’histoire, peut être un principe de concorde et de tolérance.

Palais des Congrès
Palais des Congrès

Ce sera là, sans doute, une des principales leçons qui se dégageront de l’Exposition et qui seront formulées au Palais des Congrès et de l’Economie sociale.

Ce monument, dont l’architecture est aussi sévère que la dénomination, dresse son grand cube de maçonnerie sur la rive droite de la Seine, à l’extrémité du pont de l’Alma. Quelques pylônes et quatre anges armés de trompettes, postés en sentinelles de chaque côté de la façade, essayent, sans y parvenir, de corriger par un peu de fantaisie ce que le bâtiment a d’austérité; ce sont des fioritures en marge d’un discours académique. Malgré son aspect ennuyeux, ce Palais mérite une attention respectueuse : il est le centre intellectuel de l’Exposition. Dans les galeries du Champ de Mars et de l’Esplanade des Invalides, aux Champs-Élysées et au Trocadéro, on peut s’émerveiller de la variété des richesses terrestres et des ressources infinies que les hommes savent en tirer selon les besoins que leur créent les différents climats. Au Palais des Congrès, on s’intéresse à l’homme lui-même; on étudie, non les formes diverses de son activité, mais ses instincts permanents, ses aptitudes sociales. Le XVIII° siècle nous a légué des principes de liberté et de fraternité; devant le panorama grandiose de l’Exposition Universelle de 1900, les premiers savants du monde diront dans quelle mesure nous avons su les appliquer; et les procès-verbaux de leurs séances mémorables seront les suprêmes leçons du siècle finissant au siècle qui s’approche.

Pour être d’un haut enseignement si l’on en cherche le sens profond, l’Exposition n’en est pas moins d’un spectacle extrêmement attrayant et gai. Elle est pleine d’ « attractions » surprenantes même pour les simples curieux de divertissements et de fêtes.

C’est un monde; la parcourir, ce n’est pas seulement visiter toutes les contrées du globe, c’est passer en revue tous les âges. Ses organisateurs, et on ne saurait trop les en louer, ont voulu montrer, dans notre civilisation, à la fois le résultat de l’association de toutes les nations dans une œuvre de progrès et la conclusion de l’effort continu des générations successives. L’histoire de chaque Science, de chaque art, de chaque métier, de chaque mode est reconstituée d’une façon pittoresque. A côté des produits les plus parfaits de Industrie moderne, à côté des lampes électriques des téléphones, des appareils de photographie en couleurs, des locomotives les plus rapides, on a réuni des collections montrant que rien ne s’invente et que les plus étonnantes découvertes procèdent de lents tâtonnements et d’améliorations successives.

On a fait mieux encore : grâce à une ingénieuse répartition de l’énergie électrique, on a pu présenter une démonstration animée des procédés industriels en usage aux différentes époques. Ce ne sont pas des objets inertes symétriquement disposés dans des vitrines, qu’on offre aux regards du public, mais des machines douées du mouvement qui leur donne leur signification et leur beauté particulières; le visiteur n’a pas devant lui des assemblages incompréhensibles de rouages et de pistons, il voit des organismes vivants transformant la matière brute en oeuvre d’art.

Ces leçons de choses, fort instructives, exigent, il faut le reconnaitre, un effort d’attention qui ne laisse pas, à la longue, d’être fatigant. L’Exposition offre mille moyens de se délasser. Théâtres, panoramas, cafés-concerts, reconstitutions splendides de villes anciennes attirent le visiteur de tous côtés.

C’est des musées et des divertissements si variés, dont la réunion à Paris en 1900 forme un spectacle unique, que, par le texte et l’illustration, nous voudrions conserver le souvenir. En une série d’études et de promenades, nous parcourrons tomes les parties de la ville merveilleuse formée par l’Exposition; nous assisterons à ses fêtes, nous nous mêlerons à la foule de ses visiteurs cosmopolites, nous nous pencherons au-dessus de toutes les vitrines, nous prendrons place à toutes les représentations, nous goûterons à toutes les cuisines et nous serons heureux si, après avoir intéressé et amusé nos lecteurs, nous pouvons leur laisser, de l’Exposition, sous forme d'un volume, Une description complète et vivante qu’ils prendront plaisir à feuilleter plus tard.

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