par worldfairs » 01 juin 2020 04:34 pm
Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 aout 1900"
Qu’on se rassure : sous ce titre, nous ne voulons pas nous lancer dans l’examen des dynamos à courants continus ou alternatifs, des moteurs synchrones ou asynchrones mono ou polyphasés; nous ne voulons pas davantage nous livrera l’étude de la télégraphie ou de la téléphonie avec ou sans fil, ni à celle de la traction électrique avec ou sans accumulateurs. Notre but est beaucoup plus modeste : c’est seulement d’indiquer à nos confrères, parmi les applications de l’électricité qui touchent de plus ou moins près è l’architecture, celles qui nous auront paru dignes d’attirer leur attention à des titres divers; tels sont, par exemple, l’éclairage et le chauffage électriques.
Eclairage électrique. — L’éclairage électrique se fait soit au moyen de lampes à arc voltaïque, soit au moyen de lampes à incandescence. Les premières sont divisées en deux classes : lampes avec régulateur et lampes sans régulateur.
Les lampes à régulateur sont essentiellement composées de deux crayons de charbon, placés, d’habitude verticalement l’un au-dessus de l’autre, au travers desquels on fait passer un courant électrique. Ces crayons, d’abord en contact, sont lentement éloignés de 5 à 10 ou 12 millimètres; à ce moment, « l’arc voltaïque » se produit dans l’intervalle laissé, tandis que l’extrémité des charbons (celle du charbon positif surtout) devient d’un blanc éblouissant. Les charbons s’usent peu à peu, et, si on les laissait en place, la lampe s’éteindrait par suite de l’augmentation de l’intervalle entre les charbons. C’est ici qu’intervient le régulateur qui a lait donner son nom à cette lampe; mais comme ce régulateur est formé de mécanismes plus ou moins délicats qui sortiraient de notre cadre, nous n’insisterons pas d’avantage.
Les lampes sans régulateur, que l’on appelle souvent bougies Jablochkoff, rentreraient mieux dans le cadre qui nous est imposé : les deux crayons, au lieu d'être bouté bout sur une môme ligne droite, sont placés cote à côte, parallèlement entre eux, à une distance de 3 ou 4 millimètres, cette distance étant comblée par une substance isolante fusible. Grâce à une traînée de charbon qui va d’une bougie à l’autre à leur partie supérieure, le courant passe, et la chaleur produite fait fondre l’isolant à mesure de l’usure des charbons. Mais ces bougies, qui ont généralement 0m,30 de longueur, ne durent guère que 2 heures, et il faut en rallumer d’autres automatiquement, pour que l’éclairage soit continu. De là encore des mécanismes dont nous ne saurions nous occuper ici.

- electriciteexposition-01.jpg (27.85 Kio) Vu 2406 fois
Les lampes à incandescence, quand elles sont en place et mises en communication avec un courant, n’ont plus besoin d’aucun mécanisme. C’est pour cela que nous nous étendrons un peu plus sur cette catégorie de lampes.
On sait en quoi elles consistent essentiellement : un filament, susceptible d’avoir une grande résistance électrique, est enfermé dans une ampoule de verre où l’on a fait le vide ; mis en relation avec un courant, le filament devient incandescent jusqu’au blanc éblouissant si ce courant est assez fort, donnant ainsi une lumière plus ou moins intense. Primitivement, on s’était servi de filaments de platine, métal dont le point de fusion est très élevé; mais on a dû y renoncer, parce que ce point de fusion n’est pas éloigné de la température d’incandescence, et un accroissement accidentel de l’intensité du courant pouvait le fondre.
Aujourd’hui, on n’emploie à peu près uniquement que des filaments de charbon, obtenus de façons très diverses, mais dont le principe de fabrication consiste dans la carbonisation, en vase clos, de fibres de cellulose naturelle ou artificielle. Tous ces procédés sont assez compliqués et délicats; nous ne nous attarderons pas à les décrire.
Nous ne dirons pas davantage comment les deux extrémités du filament charbonneux sont mises en relation avec les conducteurs métalliques du courant. Parfois une clef, placée sur la douille de la lampe même, éteint ou allume celle-ci, pareillement aux lampes à gaz. D’habitude on préfère, pour éteindre ou rallumer la lampe, se servir d’un commutateur placé, par exemple, sur le chambranle des portes d’entrée, ou dans un endroit de la pièce facilement accessible. Ici ce commutateur a uniquement pour mission de fermer ou d’ouvrir le circuit électrique, et il est facile d’imaginer comment on y arrive au moyen d’une simple clef.

- electriciteexposition-02.jpg (51.16 Kio) Vu 2406 fois
On demande aux lampes électriques de dépenser le moins d'électricité possible pour un même pouvoir éclairant, et aussi de durer le temps maximum. Les lampes placées dans une position inclinée auront une durée moindre, toutes choses égales d’ailleurs, que les lampes verticales, parce que, dans le premier cas, le fléchissement du filament sous son propre poids, tend à en amener la rupture. Mais, en général, on n’attend pas cette rupture, et l’on remplace les lampes quand leur lumière a baissé d’une manière sensible. Cet affaiblissement est dû à plusieurs causes : le noircissement de l’ampoule par la vapeur de carbone ; l’amincissement du filament; les rentrées d’air qui, favorisant le rayonnement, refroidissent le filament. La durée d’une lampe est naturellement liée à l’intensité de la lumière qu’on lui demande. Dans les circonstances moyennes, on peut estimer celle durée entre 200 et 300 heures.

Pour augmenter l’intensité de la lumière sans accroître sensiblement le voltage dépensé, on remplace le filament (1) en fer à cheval, par le filament (2) ou (3) portant une ou deux boucles. Le filament (1) a l'inconvénient de donner peu de lumière relative, dans les parties de la pièce à éclairer se trouvant dans son plan ; les boucles des filaments (2) et (3) [corrigent partiellement ce défaut.
Un autre moyen d’augmenter la lumière, mais, cette fois, sans nulle dépense supplémentaire d’électricité, c’est de munir le fil incandescent de réflecteurs. Les uns, comme la Société de la glow lampe ou comme M. Grivel, ont argenté (fig. 1) la partie supérieure de l’ampoule; d’autres ont placé au-dessus ou à côté de l’ampoule elle-même, des réflecteurs de substances très diverses et de formes où l’imagination a pu se donner libre carrière.
Pour diminuer l’éclat aveuglant des lampes à incandescence, on les enveloppe de verre opale, dépoli, etc. Comme on reproche à ces entourages de réduire considérablement la lumière, la Société de la glow lampe emploie le «diffuseur t ci-dessous (fig. 2). La Société des verres holophanes emploie le diffuseur (fig. 3). Ces « verres holophanes sont formés d’enveloppes de cristal moulées, portant intérieurement et extérieurement un réseau de cannelures prismatiques ». Par ces enveloppes, on ne perdrait que 10 à 15% de lumière, tandis qu’avec les verres opales ou dépolis, la perte serait de 40 à 50%.
(A suivre.)
Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 aout 1900"
Qu’on se rassure : sous ce titre, nous ne voulons pas nous lancer dans l’examen des dynamos à courants continus ou alternatifs, des moteurs synchrones ou asynchrones mono ou polyphasés; nous ne voulons pas davantage nous livrera l’étude de la télégraphie ou de la téléphonie avec ou sans fil, ni à celle de la traction électrique avec ou sans accumulateurs. Notre but est beaucoup plus modeste : c’est seulement d’indiquer à nos confrères, parmi les applications de l’électricité qui touchent de plus ou moins près è l’architecture, celles qui nous auront paru dignes d’attirer leur attention à des titres divers; tels sont, par exemple, l’éclairage et le chauffage électriques.
Eclairage électrique. — L’éclairage électrique se fait soit au moyen de lampes à arc voltaïque, soit au moyen de lampes à incandescence. Les premières sont divisées en deux classes : lampes avec régulateur et lampes sans régulateur.
Les lampes à régulateur sont essentiellement composées de deux crayons de charbon, placés, d’habitude verticalement l’un au-dessus de l’autre, au travers desquels on fait passer un courant électrique. Ces crayons, d’abord en contact, sont lentement éloignés de 5 à 10 ou 12 millimètres; à ce moment, « l’arc voltaïque » se produit dans l’intervalle laissé, tandis que l’extrémité des charbons (celle du charbon positif surtout) devient d’un blanc éblouissant. Les charbons s’usent peu à peu, et, si on les laissait en place, la lampe s’éteindrait par suite de l’augmentation de l’intervalle entre les charbons. C’est ici qu’intervient le régulateur qui a lait donner son nom à cette lampe; mais comme ce régulateur est formé de mécanismes plus ou moins délicats qui sortiraient de notre cadre, nous n’insisterons pas d’avantage.
Les lampes sans régulateur, que l’on appelle souvent bougies Jablochkoff, rentreraient mieux dans le cadre qui nous est imposé : les deux crayons, au lieu d'être bouté bout sur une môme ligne droite, sont placés cote à côte, parallèlement entre eux, à une distance de 3 ou 4 millimètres, cette distance étant comblée par une substance isolante fusible. Grâce à une traînée de charbon qui va d’une bougie à l’autre à leur partie supérieure, le courant passe, et la chaleur produite fait fondre l’isolant à mesure de l’usure des charbons. Mais ces bougies, qui ont généralement 0m,30 de longueur, ne durent guère que 2 heures, et il faut en rallumer d’autres automatiquement, pour que l’éclairage soit continu. De là encore des mécanismes dont nous ne saurions nous occuper ici.
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Les lampes à incandescence, quand elles sont en place et mises en communication avec un courant, n’ont plus besoin d’aucun mécanisme. C’est pour cela que nous nous étendrons un peu plus sur cette catégorie de lampes.
On sait en quoi elles consistent essentiellement : un filament, susceptible d’avoir une grande résistance électrique, est enfermé dans une ampoule de verre où l’on a fait le vide ; mis en relation avec un courant, le filament devient incandescent jusqu’au blanc éblouissant si ce courant est assez fort, donnant ainsi une lumière plus ou moins intense. Primitivement, on s’était servi de filaments de platine, métal dont le point de fusion est très élevé; mais on a dû y renoncer, parce que ce point de fusion n’est pas éloigné de la température d’incandescence, et un accroissement accidentel de l’intensité du courant pouvait le fondre.
Aujourd’hui, on n’emploie à peu près uniquement que des filaments de charbon, obtenus de façons très diverses, mais dont le principe de fabrication consiste dans la carbonisation, en vase clos, de fibres de cellulose naturelle ou artificielle. Tous ces procédés sont assez compliqués et délicats; nous ne nous attarderons pas à les décrire.
Nous ne dirons pas davantage comment les deux extrémités du filament charbonneux sont mises en relation avec les conducteurs métalliques du courant. Parfois une clef, placée sur la douille de la lampe même, éteint ou allume celle-ci, pareillement aux lampes à gaz. D’habitude on préfère, pour éteindre ou rallumer la lampe, se servir d’un commutateur placé, par exemple, sur le chambranle des portes d’entrée, ou dans un endroit de la pièce facilement accessible. Ici ce commutateur a uniquement pour mission de fermer ou d’ouvrir le circuit électrique, et il est facile d’imaginer comment on y arrive au moyen d’une simple clef.
[attachment=0]electriciteexposition-02.jpg[/attachment]
On demande aux lampes électriques de dépenser le moins d'électricité possible pour un même pouvoir éclairant, et aussi de durer le temps maximum. Les lampes placées dans une position inclinée auront une durée moindre, toutes choses égales d’ailleurs, que les lampes verticales, parce que, dans le premier cas, le fléchissement du filament sous son propre poids, tend à en amener la rupture. Mais, en général, on n’attend pas cette rupture, et l’on remplace les lampes quand leur lumière a baissé d’une manière sensible. Cet affaiblissement est dû à plusieurs causes : le noircissement de l’ampoule par la vapeur de carbone ; l’amincissement du filament; les rentrées d’air qui, favorisant le rayonnement, refroidissent le filament. La durée d’une lampe est naturellement liée à l’intensité de la lumière qu’on lui demande. Dans les circonstances moyennes, on peut estimer celle durée entre 200 et 300 heures.
[attachment=1]electriciteexposition-03.jpg[/attachment]
Pour augmenter l’intensité de la lumière sans accroître sensiblement le voltage dépensé, on remplace le filament (1) en fer à cheval, par le filament (2) ou (3) portant une ou deux boucles. Le filament (1) a l'inconvénient de donner peu de lumière relative, dans les parties de la pièce à éclairer se trouvant dans son plan ; les boucles des filaments (2) et (3) [corrigent partiellement ce défaut.
Un autre moyen d’augmenter la lumière, mais, cette fois, sans nulle dépense supplémentaire d’électricité, c’est de munir le fil incandescent de réflecteurs. Les uns, comme la Société de la glow lampe ou comme M. Grivel, ont argenté (fig. 1) la partie supérieure de l’ampoule; d’autres ont placé au-dessus ou à côté de l’ampoule elle-même, des réflecteurs de substances très diverses et de formes où l’imagination a pu se donner libre carrière.
Pour diminuer l’éclat aveuglant des lampes à incandescence, on les enveloppe de verre opale, dépoli, etc. Comme on reproche à ces entourages de réduire considérablement la lumière, la Société de la glow lampe emploie le «diffuseur t ci-dessous (fig. 2). La Société des verres holophanes emploie le diffuseur (fig. 3). Ces « verres holophanes sont formés d’enveloppes de cristal moulées, portant intérieurement et extérieurement un réseau de cannelures prismatiques ». Par ces enveloppes, on ne perdrait que 10 à 15% de lumière, tandis qu’avec les verres opales ou dépolis, la perte serait de 40 à 50%.
(A suivre.)