par worldfairs » 01 oct. 2018 01:20 pm
Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"
Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers

- Exposition de Billancourt - Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers
Quoique peu nombreuse, cette exposition offrait un vif intérêt, par la question d’histoire naturelle que le rapprochement de la mule, de la jument mulassière et du baudet soulève toujours. La première question est celle de savoir si les espèces qui forment le genre equus des naturalistes peuvent se reproduire entre elles. La seconde est relative au métissage et à l’hybridation, que bien des personnes confondent et qui sont des faits d’un ordre différent. Enfin, une autre question, tout aussi importante mais plus difficile à résoudre, concerne la priorité qu'il convient de donner, dans l’acte de la création, à celle des trois espèces qui composent le genre equus. L’examen de ces trois problèmes va nous fournir l’objet de cette étude, dont le dessin nous fait connaître les acteurs.
D’après les naturalistes, le genre equus forme trois grandes divisions qui comprennent: l’espèce asine, l’espèce innommée, encore sauvage, et l’espèce chevaline. La première, l’espèce asine, a plusieurs races distinctes d’ânes, ainsi que l’hémione. La seconde, l'espèce innommée, se compose du couagga, du dow et du zèbre, que l'on considère comme trois races distinctes ; enfin, la troisième, l’espèce chevaline, compte l'hémippe et les diverses races de chevaux.
Ce qui divise profondément les espèces, c’est qu’elles ne s’allient pas naturellement entre elles, et que de ce rapprochement, résultat de la surprise, il ne sort que des sujets ne pouvant se reproduire entre eux.
Lorsque, au contraire, des animaux appartenant à la même espèce s’unissent, les mariages ont lieu par le seul attrait des sexes, et les produits qui en naissent sont toujours féconds. Voilà les vrais principes qu’il est facile d’appliquer au sujet qui nous occupe : le mulet. Cet animal provient de l’accouplement du baudet et de la jument, qui appartiennent à des espèces différentes. Aussi le mulet est-il un hybride qui ne peut pas se reproduire. Il y a plus, le baudet n’éprouve qu’une très-faible attraction pour la femelle du cheval ; d’habitude on lui amène une ânesse, que l’on soustrait à sa vue, au moment favorable, pour le laisser en face de la jument. C’est en usant de supercherie que l’homme fait le mulet, ainsi que tous les hybrides.
Pourquoi le baudet n’éprouve-t-il pas pour la jument ce que lui fait éprouver l’ânesse? La Providence Ta ainsi voulu, afin que les espèces dont le globe est peuplé ne se mélangeassent pas entre elles. Il fallait conserver l’harmonie qui règne dans la création. Toutes les fois donc que des animaux de sexe différent ne s’unissent qu’à l’aide d’artifices et que ces unions, bien que fécondes, ne donnent que des sujets stériles, on peut affirmer que les père et mère n’appartiennent pas à la même espèce.
La présomption contraire doit être admise lorsque, de l’accouplement des deux animaux, il naît un produit qui peut lui-même se créer une postérité. Ainsi choisissons l’espèce bovine qui compte de si nombreuses variétés, depuis le zébus, depuis le yack, les deux races les plus incultes, jusqu’au durham, la race la plus perfectionnée; toutes ces diverses tribus se marieront très-bien entre elles et donneront des produits féconds.
Dans le genre equus, l’âne et l’hémione, accouplés ensemble au Jardin des plantes, ont donné des individus susceptibles de se reproduire. Ce fait est certain; mais on ignore si, dans l’espèce encore sauvage, en mariant ensemble une des trois races dont elle se compose, savoir, le couagga, le dow et le zèbre, on pourrait obtenir soit des hybrides, soit des métis. Quant à l’espèce asine, nous savons par une longue expérience que, aidée à l’espèce chevaline, elle ne donne que des mulets.
Ces résultats montrent tout de suite la différence qui existe entre un hybride et un métis. L’hybride est un être obtenu par une surprise faite à la nature. Il tient son existence d’un caprice de l'homme; mais comme nos caprices ne peuvent point changer les lois de la création, notre œuvre n’est qu’un accident qui ne doit avoir aucune suite. Aussi, par respect pour les espèces si sagement établies sur tout le globe, les hybrides demeurent stériles.
Il n’en est pas de même des métis. Ceux-ci proviennent du rapprochement de deux races qui appartiennent à la même espèce, ils peuvent donc, sans porter atteinte à l’harmonie naturelle, se reproduire. Il y a plus : on peut soutenir que, dès l’origine, chaque espèce animale se composait d’un très-petit nombre de types, et que c'est de leur croisement que sont sorties les races assez nombreuses qui composent certaines espèces. Partant de cette donnée, la Providence aurait fait les métis féconds, afin d’arriver à la multiplication des races, tandis qu’elle aurait rendu les hybrides inféconds, afin de conserver pures les espèces. Dans Tordre naturel les espèces sont tout, puisque de leur conservation dépend l’harmonie dans le règne animal; les races ne sont rien, puisqu’d suffit de deux types dans une espèce pour les multiplier à l’infini. Les croisements sont en effet toujours faciles, car ils entrent dans la vue de la nature.
Entre les métis et les hybrides la différence est donc profonde. Le métis est un agent qui sert à multiplier les races, tandis que l’hybride est un obstacle apporté au mélange des espèces. Aussi on peut tenir pour certaines les deux règles suivantes : tout résultat d’un accouplement qui ne peut pas lui-même se reproduire, provient d’un père et d’une mère appartenant à des espèces différentes. A l’inverse , tout résultat d’un accouplement qui peut lui-même se reproduire provient d’un père et d’une mère appartenant à la même espèce. Ainsi le mulet est infécond, parce que l’âne et la jument sont de deux espèces différentes. Au contraire, le produit de l’âne et de l’hémione est lui-même fécond, parce que ses parents se trouvent dans la même espèce.
La troisième question que les trois sortes de types exposés à Billancourt soulèvent, est celle de savoir quelle est des trois espèces dont se compose le genre equus, celle qui aurait précédé les deux autres dans l’ordre de la création? Si Ton admet que la nature, dans ses admirables conceptions, commence toujours par l’ébauche informe et finisse par le modèle parfait, on reconnaîtra sans peine que des trois divisions admises, l'espèce asine soit la plus disgracieuse. Ce serait donc l’âne qui aurait débuté dans cette création de types dont il n’existait point encore de précédents. Un ne peut point, en effet, comparer pour la correction des lignes et la régularité des formes, le cheval et même l’âne au chameau, à l’éléphant et aux autres quadrupèdes monstrueux qui ont dû précéder le genre equus sur le globe. L’âne, le type le plus incorrect du genre, a donc dû venir le premier.
Mais dans l’espèce asine se trouve l’hémione, bien supérieur à l’âne par l’élégance des formes et des allures. A la différence de taille près, l’hémione se rapproche plus du cheval que de l’âne. Ainsi, dans ses essais, la nature crée d’un seul coup deux types appartenant à la même espèce, mais qui offrent une conformation très-différente.
Comment la nature va-t elle procéder, avec ces deux types, pour arriver à l’espèce chevaline? Ede s’exerce d’abord à multiplier, avec certaines corrections, le type âne. De ces tentatives sont sortis le couagga, le dow, le zèbre. Mais les nouveaux venus avaient le double défaut d’être trop petits et de manquer de noblesse. La nature laisse donc de côté le type âne, dont elle ne peut rien tirer de satisfaisant, et revient à l’hémione. Ce type, beaucoup plus régulier, la conduisit très-probablement à l’hemippe, race à peu près perdue, et qui, selon toute apparence, doit avoir été la première ébauche du cheval. L’hémippe, en effet, est un cheval de la taille de l’hémione. C’est sur son modèle que doit avoir été formé le cheval arabe. Celte race incomparable aurait ainsi devancé toutes les autres. Elles ne seraient que les résultats des croisements survenus entre les types primitifs. Les différences qui séparent toutes les races qui existent aujourd’hui, proviendraient du climat, du sol, de la nourriture, des modes de reproduction et des circonstances économiques. A toutes les époques, ces circonstances ont joué, un très-grand rôle. Elles expliquent, en partie, les transformations successives, que depuis les temps anciens on a fait subir à l’espèce chevaline.
Quant à la question de savoir à quelle époque on aurait commencé à produire le mulet, on n’en peut lien dire, parce que l’antiquité est muette sur ce point. Aux savants seuls il appartient, par leurs recherches, de jeter quelque lumière sur un sujet aussi profondément obscur et qui, néanmoins, intéresse à un si haut degré l’histoire naturelle et l’agriculture pratique.
Texte de "L'Exposition Universelle de 1867 Illustrée"
Les Baudets, les Mules et les Chevaux mulassiers
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Quoique peu nombreuse, cette exposition offrait un vif intérêt, par la question d’histoire naturelle que le rapprochement de la mule, de la jument mulassière et du baudet soulève toujours. La première question est celle de savoir si les espèces qui forment le genre equus des naturalistes peuvent se reproduire entre elles. La seconde est relative au métissage et à l’hybridation, que bien des personnes confondent et qui sont des faits d’un ordre différent. Enfin, une autre question, tout aussi importante mais plus difficile à résoudre, concerne la priorité qu'il convient de donner, dans l’acte de la création, à celle des trois espèces qui composent le genre equus. L’examen de ces trois problèmes va nous fournir l’objet de cette étude, dont le dessin nous fait connaître les acteurs.
D’après les naturalistes, le genre equus forme trois grandes divisions qui comprennent: l’espèce asine, l’espèce innommée, encore sauvage, et l’espèce chevaline. La première, l’espèce asine, a plusieurs races distinctes d’ânes, ainsi que l’hémione. La seconde, l'espèce innommée, se compose du couagga, du dow et du zèbre, que l'on considère comme trois races distinctes ; enfin, la troisième, l’espèce chevaline, compte l'hémippe et les diverses races de chevaux.
Ce qui divise profondément les espèces, c’est qu’elles ne s’allient pas naturellement entre elles, et que de ce rapprochement, résultat de la surprise, il ne sort que des sujets ne pouvant se reproduire entre eux.
Lorsque, au contraire, des animaux appartenant à la même espèce s’unissent, les mariages ont lieu par le seul attrait des sexes, et les produits qui en naissent sont toujours féconds. Voilà les vrais principes qu’il est facile d’appliquer au sujet qui nous occupe : le mulet. Cet animal provient de l’accouplement du baudet et de la jument, qui appartiennent à des espèces différentes. Aussi le mulet est-il un hybride qui ne peut pas se reproduire. Il y a plus, le baudet n’éprouve qu’une très-faible attraction pour la femelle du cheval ; d’habitude on lui amène une ânesse, que l’on soustrait à sa vue, au moment favorable, pour le laisser en face de la jument. C’est en usant de supercherie que l’homme fait le mulet, ainsi que tous les hybrides.
Pourquoi le baudet n’éprouve-t-il pas pour la jument ce que lui fait éprouver l’ânesse? La Providence Ta ainsi voulu, afin que les espèces dont le globe est peuplé ne se mélangeassent pas entre elles. Il fallait conserver l’harmonie qui règne dans la création. Toutes les fois donc que des animaux de sexe différent ne s’unissent qu’à l’aide d’artifices et que ces unions, bien que fécondes, ne donnent que des sujets stériles, on peut affirmer que les père et mère n’appartiennent pas à la même espèce.
La présomption contraire doit être admise lorsque, de l’accouplement des deux animaux, il naît un produit qui peut lui-même se créer une postérité. Ainsi choisissons l’espèce bovine qui compte de si nombreuses variétés, depuis le zébus, depuis le yack, les deux races les plus incultes, jusqu’au durham, la race la plus perfectionnée; toutes ces diverses tribus se marieront très-bien entre elles et donneront des produits féconds.
Dans le genre equus, l’âne et l’hémione, accouplés ensemble au Jardin des plantes, ont donné des individus susceptibles de se reproduire. Ce fait est certain; mais on ignore si, dans l’espèce encore sauvage, en mariant ensemble une des trois races dont elle se compose, savoir, le couagga, le dow et le zèbre, on pourrait obtenir soit des hybrides, soit des métis. Quant à l’espèce asine, nous savons par une longue expérience que, aidée à l’espèce chevaline, elle ne donne que des mulets.
Ces résultats montrent tout de suite la différence qui existe entre un hybride et un métis. L’hybride est un être obtenu par une surprise faite à la nature. Il tient son existence d’un caprice de l'homme; mais comme nos caprices ne peuvent point changer les lois de la création, notre œuvre n’est qu’un accident qui ne doit avoir aucune suite. Aussi, par respect pour les espèces si sagement établies sur tout le globe, les hybrides demeurent stériles.
Il n’en est pas de même des métis. Ceux-ci proviennent du rapprochement de deux races qui appartiennent à la même espèce, ils peuvent donc, sans porter atteinte à l’harmonie naturelle, se reproduire. Il y a plus : on peut soutenir que, dès l’origine, chaque espèce animale se composait d’un très-petit nombre de types, et que c'est de leur croisement que sont sorties les races assez nombreuses qui composent certaines espèces. Partant de cette donnée, la Providence aurait fait les métis féconds, afin d’arriver à la multiplication des races, tandis qu’elle aurait rendu les hybrides inféconds, afin de conserver pures les espèces. Dans Tordre naturel les espèces sont tout, puisque de leur conservation dépend l’harmonie dans le règne animal; les races ne sont rien, puisqu’d suffit de deux types dans une espèce pour les multiplier à l’infini. Les croisements sont en effet toujours faciles, car ils entrent dans la vue de la nature.
Entre les métis et les hybrides la différence est donc profonde. Le métis est un agent qui sert à multiplier les races, tandis que l’hybride est un obstacle apporté au mélange des espèces. Aussi on peut tenir pour certaines les deux règles suivantes : tout résultat d’un accouplement qui ne peut pas lui-même se reproduire, provient d’un père et d’une mère appartenant à des espèces différentes. A l’inverse , tout résultat d’un accouplement qui peut lui-même se reproduire provient d’un père et d’une mère appartenant à la même espèce. Ainsi le mulet est infécond, parce que l’âne et la jument sont de deux espèces différentes. Au contraire, le produit de l’âne et de l’hémione est lui-même fécond, parce que ses parents se trouvent dans la même espèce.
La troisième question que les trois sortes de types exposés à Billancourt soulèvent, est celle de savoir quelle est des trois espèces dont se compose le genre equus, celle qui aurait précédé les deux autres dans l’ordre de la création? Si Ton admet que la nature, dans ses admirables conceptions, commence toujours par l’ébauche informe et finisse par le modèle parfait, on reconnaîtra sans peine que des trois divisions admises, l'espèce asine soit la plus disgracieuse. Ce serait donc l’âne qui aurait débuté dans cette création de types dont il n’existait point encore de précédents. Un ne peut point, en effet, comparer pour la correction des lignes et la régularité des formes, le cheval et même l’âne au chameau, à l’éléphant et aux autres quadrupèdes monstrueux qui ont dû précéder le genre equus sur le globe. L’âne, le type le plus incorrect du genre, a donc dû venir le premier.
Mais dans l’espèce asine se trouve l’hémione, bien supérieur à l’âne par l’élégance des formes et des allures. A la différence de taille près, l’hémione se rapproche plus du cheval que de l’âne. Ainsi, dans ses essais, la nature crée d’un seul coup deux types appartenant à la même espèce, mais qui offrent une conformation très-différente.
Comment la nature va-t elle procéder, avec ces deux types, pour arriver à l’espèce chevaline? Ede s’exerce d’abord à multiplier, avec certaines corrections, le type âne. De ces tentatives sont sortis le couagga, le dow, le zèbre. Mais les nouveaux venus avaient le double défaut d’être trop petits et de manquer de noblesse. La nature laisse donc de côté le type âne, dont elle ne peut rien tirer de satisfaisant, et revient à l’hémione. Ce type, beaucoup plus régulier, la conduisit très-probablement à l’hemippe, race à peu près perdue, et qui, selon toute apparence, doit avoir été la première ébauche du cheval. L’hémippe, en effet, est un cheval de la taille de l’hémione. C’est sur son modèle que doit avoir été formé le cheval arabe. Celte race incomparable aurait ainsi devancé toutes les autres. Elles ne seraient que les résultats des croisements survenus entre les types primitifs. Les différences qui séparent toutes les races qui existent aujourd’hui, proviendraient du climat, du sol, de la nourriture, des modes de reproduction et des circonstances économiques. A toutes les époques, ces circonstances ont joué, un très-grand rôle. Elles expliquent, en partie, les transformations successives, que depuis les temps anciens on a fait subir à l’espèce chevaline.
Quant à la question de savoir à quelle époque on aurait commencé à produire le mulet, on n’en peut lien dire, parce que l’antiquité est muette sur ce point. Aux savants seuls il appartient, par leurs recherches, de jeter quelque lumière sur un sujet aussi profondément obscur et qui, néanmoins, intéresse à un si haut degré l’histoire naturelle et l’agriculture pratique.