L'incendie

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Re: L'incendie

par Céline » 16 avr. 2021 07:22 pm

25 août 1910 - L'incendie de l'Exposition universelle de Bruxelles et ses conséquences (Illustri(e)rte Zeitung, n° 3504)

Les journaux ont donné ces jours-ci de nombreux détails sur le grand et terrifiant incendie qui a frappé l'Exposition universelle de Bruxelles au zénith de sa gloire et de sa popularité. Une description plus approfondie de la catastrophe est donc superflue ; il suffit d'y ajouter quelques notes marginales nécessaires, en tant qu'événement historique permanent. Il faut, par la force des choses, évoquer ce qui s’est passé et comment c’est arrivé.

Photo de la section française partiellement incendiée avec la statue "La France", qui a été épargnée par le feu.
Photo de la section française partiellement incendiée avec la statue "La France", qui a été épargnée par le feu.

Aujourd'hui, la direction de l'exposition et les compagnies d'assurance, les exposants locaux et étrangers, les autorités et le personnel qui a perdu son emploi sont susceptibles de débattre pour savoir qui en est responsable et qui doit payer pour ça. L'opinion selon laquelle, cette fois encore, il s'agissait d'un court-circuit - ce malheureux bouc émissaire doit être désormais évoqué si souvent depuis que les enquêteurs travaillant sur l'incendie ont terminé leur enquête - peut enfin être éliminée. La personne qui aurait vu que le feu, à peine découvert, se propageait aussi déjà sur l'immense surface du département belge, aurait su dès le départ que le feu couvait quelque part depuis la fermeture des halles. En l'espace de trois heures - les halles ferment à six heures, et le feu a été remarqué peu avant neuf heures - il a eu largement le temps de se propager. Il ne reste donc que quatre conjectures. Est-ce un cigare jeté qui a déclenché l'incendie ? Il était évidemment interdit de fumer dans les halles, mais vu la foule de dimanche dernier et la catégorie de visiteurs de l'exposition en ce jour fatidique, il était possible, au minimum, de se faufiler avec un cigare allumé. Des témoins oculaires ont même vu des superviseurs en train de fumer dans les couloirs. Ou, était-ce la faute d'une petite dynamo dans la section belge, sur lequel reposait un atelier de tournage de fils de soie ? L'incendie s'est-il déclaré dans le Vieux Bruxelles et a-t-il pénétré inaperçu dans la halle belge, qui jouxtait sans aucun mur de protection ce joyeux quartier ? Ou, enfin, l'incendie a-t-il été allumé pour couvrir des vols qui, comme les autorités ont pu le constater pendant l'incendie, étaient encore commis sans vergogne dans ces terribles moments de confusion générale ? Mais imaginer cette prémisse serait trop horrible, alors laissons tomber, en l'honneur de la petite part d'humanité qu'il y a même dans la personne que constitue un criminel. Disons plutôt, puisque, comme déjà dit, la cause de l'incendie ne peut plus rien changer au malheur qui s'est produit, que la propagation rapide du feu, alimentée par un vent assez violent, ne peut surprendre. Et il n'était que justifié que tous les équipages de la division allemande soient anxieux et préparés à repousser les flammes auxquelles il fallait s'attendre avec tous les moyens de défense à leur disposition. Les pompiers étaient bien sûr présents sur le site de l'exposition, mais qui les avait alertés et mobilisés de temps en temps à titre d'essai afin de s'assurer qu'au moment donné les robinets d'eau pouvaient être facilement ouverts, que les équipes étaient présentes et que la pression d'eau était suffisante ? Personne ne commandait les pompiers. Grâce à la décentralisation quasi intenable de l'administration de la capitale belge et de ses banlieues reliées localement, Bruxelles a dirigé ses pompiers présents à l'exposition, et Ixelles aussi ! Il était tout simplement incompréhensible de ne pas séparer le Vieux Bruxelles des halles industrielles, - ni ces dernières dans leurs compartiments individuels, - par des murs coupe-feu ; ensuite, de placer les bureaux administratifs avec leur important, et ancien, matériel ainsi que la caisse principale, le bureau de poste et le bureau de télégraphie précisément à l'intersection du Vieux Bruxelles et des halles ; puis, enfin, de ne doter le Vieux Bruxelles que de deux sorties étroites, ce qui aurait eu comme conséquence, qu'en cas de panique, des milliers de visiteurs du vieux quartier soient sacrifiés. C'était aussi se moquer de la moindre mesure de précaution que de laisser s'installer deux restaurants dans les couloirs en amande du Hall belge, avec, à l'arrière, un immense établissement du même genre, avec ses équipements. Les futures expositions universelles devraient nécessairement être basées sur le système du pavillon, et le commissaire du Reich, le conseiller privé Albert, a été bien conseillé lorsqu'il a décidé de choisir une bâtisse allemande au lieu de suivre l'exemple de la France et de l'Angleterre et d'exposer également dans les halls industriels généraux.

Les débris de l'exposition anglaise.
Les débris de l'exposition anglaise.
Bruxelles 2.png (211.31 Kio) Vu 5118 fois

Bruxelles se tient désormais devant les ruines de nombre de ses espoirs et le monde culturel tout entier se lamente avec elle devant ce chaos désolant. Que va-t-il advenir de l'exposition maintenant ? C'était la grande et très complexe question juridique. Fermer, c'était facile à dire, mais difficile à faire. Seul un huitième de l'exposition a été détruit par l'incendie. Les sept huitièmes restants ont conservé leur droit d'exister. Les dégâts doivent donc être remplacés, couverts, compensés d'une autre manière. Ça le sera bientôt. Avec un enthousiasme patriotique rarement vu ici, les différents groupes belges - avec en tête les bijoutiers et les orfèvres, dont les coffres ont pu être sortis intacts des décombres - et les grandes maisons de couture ont décidé de réorganiser leurs expositions, en partie dans la salle des fêtes, et en partie dans le pavillon des expositions temporaires. Ils seront suivis par l'Angleterre et la France, dès que ces pays auront obtenu certaines garanties du Comité de l'Exposition. Dans le Vieux Bruxelles, la place du marché et les maisons individuelles qui la bordent sont à peine endommagées. Autour d'elles, quelques façades supplémentaires seront bientôt construites, pour lesquelles de nombreux artistes belges ont proposé leur aide.

Les restes de la "Kermesse de Bruxelles" résultant de l'incendie de l'Exposition universelle de Bruxelles.
Les restes de la "Kermesse de Bruxelles" résultant de l'incendie de l'Exposition universelle de Bruxelles.
Bruxelles 3.png (436.09 Kio) Vu 5118 fois

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 10:26 pm

Bruxelles Kermesse avant l incendie
Bruxelles-Kermesse avant l'incendie

Bruxelles Kermesse après l incendie
Bruxelles-Kermesse après l'incendie

Bruxelles Kermesse Le cracheur
Bruxelles-Kermesse - Le cracheur

Bruxelles Kermesse La statue de Saint Michel
Bruxelles-Kermesse - La statue de Saint-Michel

Bruxelles Kermesse Les lions de la ménagerie Bostock
Bruxelles-Kermesse - Les lions de la ménagerie Bostock

Bruxelles Kermesse Les crocodiles de la ménagerie Bostock
Bruxelles-Kermesse - Les crocodiles de la ménagerie Bostock

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 10:25 pm

La section française seule la première travée est atteinte
La section française - La première travée est atteinte

 Le pont de l avenue du Solbosh qui mettait les sections anglaise et française en communication
Le pont de l'avenue du Solbosh qui mettait les sections anglaise et française en communication

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 10:22 pm

la section anglaise avant l incendie
La section anglaise avant l'incendie

la section anglaise après l incendie
La section anglaise après l'incendie

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 10:21 pm

la façade avant l incendie
La façade avant l'incendie

la façade après l incendie
La façade après l'incendie

la section belge après l incendie
La section belge après l'incendie

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 06:08 pm

Texte tiré du Livre Exposition Bruxelles 1910

TOUT SERA RECONSTITUE

La nouvelle façade.

Dans la séance qu’il a tenue mercredi matin, le comité exécutif a adopté le projet de façade qui avait été demandé à M. l’architecte Acker.

Cette façade, en treillage, aura aux angles 15 mètres de hauteur et aux ailes 9 mètres. Les travaux vont être entrepris d’urgence.


La reconstitution de la Section belge.

Mardi, à 6 heures, s’est tenue, à la direction de l’industrie, 19, rue de la Loi. une réunion des présidents de groupe et des présidents de classe de la section belge ; une soixantaine de personnes assistaient à cette réunion, qui était présidée par M. Hubert, ministre de l'industrie et du travail, assisté de MM. le duc d’Ursel, commissaire-général du gouvernement ; Gody, commissaire-général-adjoint ; Storms, secrétaire-général ; Amelin, directeur-général de l’industrie ; O. Mavaut, directeur ; Bastenier, directeur à la section belge, et Celle, architecte de la section belge.

M. Hubert, en ouvrant la séance, a déploré l'événement qui vient de se produire, mais il a ajouté aussitôt que l’heure n’était pas aux vains regrets, mais à une action prompte et énergique.

Le ministre annonce que divers exposants et non des moindres sont venus lui offrir déjà de reconstituer leur stand.

Il espère que tous les exposants feront un effort et, en dépit de la tristesse de l’heure présente, tiendront à honneur de travailler à la reconstitution de la section anéantie.

Les architectes du commissariat se sont mis immédiatement à l’œuvre pour dresser des plans d’aménagement et de lotissement de la nouvelle section belge, qui sera installée dans les halls des concours temporaires annexés au Palais de l’Agriculture.


La Section française.

La partie détruite de la galerie d’honneur de la section française va être reconstruite par les soins du comité exécutif et sera complètement terminée pour le 10 septembre. En attendant, une entrée spéciale sera faite près du salon d’honneur.


La Section anglaise.

Il a été décidé que la section anglaise serait reconstituée dans le palais des Fêtes.

La Collectivité de la Bijouterie.

Le bureau de la collectivité de la bijouterie et de l’orfèvrerie, composé de MM. Riziger, Hardt et Devos, et plusieurs exposants, sont allés, mercredi après-midi, parmi les décombres, procéder à l’ouverture des coffres-forts où étaient enfermés les bijoux exposés et qui étaient, depuis lundi matin, sous la garde de gendarmes.

Certains coffres-forts se sont renversés et des vases contenant des perles fines ont été brisés. On a pu retrouver cependant la plupart des perles et bijoux intacts.

L’hôtel de ville en brillants, qui a fait, depuis l’ouverture de l’Exposition, l'admiration de tous les visiteurs, a été légèrement oxydé par la fumée et la chaleur qui ont atteint le coffre-fort où il était enfermé. Mais ce joyau pourra être remis en état et sera réexposé.

A l’unanimité de ses membres, et avec un réel enthousiasme, la collectivité a décidé d'exposer à nouveau.

Elle sera prête pour le 3 septembre prochain, soit dans le beau pavillon des glaceries réunies, soit dans une annexe de la salle des fêtes.


La reconstruction de Bruxelles-Kermesse.

Le conseil d’administration de Bruxelles-Kermesse a convoqué, mercredi après-midi, tous les concessionnaires du vieux quartier à une réunion qui s’est tenue dans la grande salle du Chien-Vert.

Assemblée nombreuse et animée, que présidait M. Fritz Rotiers, ayant à ses côtés MM. Bogaerts, V. Reding et G. Garnir.
Il n’est pas un concessionnaire qui se soit abstenu de répondre à l’appel.

M. Rotiers a annoncé que le conseil d’administration a pris la résolution de reconstituer le quartier. Un entrepreneur a pris, en effet, l’engagement d’aménager à nouveau pour le Ier septembre, tout Bruxelles-Kermesse. On construira — jour et nuit - des maisons de bois qui remplaceront les demeures détruites ; on leur donnera l’aspect de vieilles habitations, et les concessionnaires pourront en reprendre possession au fur et à mesure de leur achèvement.

Il va sans dire que les locataires n’auront aucun bail nouveau à signer. Le conseil d’administration,- désireux d’être agréable à tous, facilitera, dans la mesure du possible, la réinstallation de chacun. Le déblaiement a commencé déjà et deux cents ouvriers vont être occupés dans le vieux quartier.

Quelques concessionnaires ont soulevé des points de détail, mais l’on a été unanime à signer la proposition du conseil d’administration, proposition qui est, en somme, des plus avantageuses pour les locataires.

M. Reding a annoncé que le conseil d’administration organisera, le plus tôt possible, dans Bruxelles-Kermesse, plusieurs grandes fêtes. Il est dès à présent décidé que prochainement une fête sera donnée avec le concours de Mlle Claire Friché et le corps de ballet du théâtre de la Monnaie.

En ce qui concerne le Luna Park, rien n’est décidé encore, M. Bostock ayant dû attendre l’arrivée de Londres de ses associés.

Toutes ces propositions ont été applaudies par l’assemblée et c’est plein d’espoir que l’on s’est séparé.

A la sortie de la séance, la musique de Bruxelles-Kermesse, placée sur la terrasse du Chien-Vert, avait repris son joyeux répertoire, et la foule se promenait dans le quartier, nombreuse, regardant les ouvriers qui, en maints endroits, sont occupés déjà au déblaiement.

Parmi cette foule, se trouvaient les sénateurs Vanderkelen et Mgr Keesen, les députés Nerincx, Masson, Levie, qui tous avaient tenu à venir se rendre compte des effets de l’incendie de dimanche.


Sursum corda !

M. Max, bourgmestre de la ville de Bruxelles, a félicité la population bruxelloise pour sa belle attitude en présence de la douloureuse épreuve.

Le public, en effet, a été admirable ; 250,000 personnes ont pénétré dans l'Exposition lundi et personne n’a touché à une clôture, et quelles clôtures, des petits fils de fer de rien du tout.

Les petits ont montré beaucoup de dévouement pendant l’incendie, sauvant des recettes, des objets précieux.

Mercredi, au sortir de la Section Française, le Roi a serré la main à M. Aug. Janssen, chef du service de surveillance, et l’a vivement remercié de la vaillance et du dévouement qu’il a montrés, lui et son personnel, au cours du sinistre. De même, il a vivement félicité le major Rimbaut et le commandant Clarinval, qui se sont prodigués dans ces derniers jours.

Avant de partir, le Roi a tenu à dire au baron Janssen qu’il n’était pas venu uniquement pour exprimer ses profonds regrets, mais aussi pour féliciter le Comité exécutif de l’énergie dont il a fait preuve, et il s’est déclaré heureux de ce qu’il n’y ait eu que des pertes matérielles en partie réparables.

On peut formuler des critiques, mais tout le monde le reconnaîtra, en ces difficiles circonstances, le comité exécutif a mérité tous les éloges. Il s’est réuni dimanche à 4 heures du matin dans le corps de garde, éclairé par un misérable lumignon et à l’unanimité on a décidé de laisser l'Exposition ouverte et de reconstruire les parties endommagées.

La douleur était sur tous les visages, mais il n’y a chez personne un moment de faiblesse ou de désespérance.

Sursum corda!

Le mal est grand mais presqu'entièrement réparable et avant un mois les nouveaux visiteurs qui continueront à affluer 11c découvriront même plus les traces du feu !

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 06:02 pm

Texte tiré du Livre Exposition Bruxelles 1910

EN REFERE!

La citation suivante a été signifiée à la requête du gouvernement britannique, représenté par M. Sidney-Brixton, président du Board of T rade, par M. Hubert-Henri Asquith, premier lord de la Trésorerie et premier ministre, et, pour autant que de besoin, par M. Ulrick-P. Winthour, à :
1° L’Etat belge, en la personne de M. le ministre de l’industrie et du travail ;
2° Pour autant que de besoin M. le duc d’Ur-sel, commissaire-général près de l’Exposition ;
3° La Société anonyme de l’Exposition de Bruxelles représentée par son président, M. le baron Janssen, et ses directeurs-généraux, MM. le comte A. van der Burch et Eugène Keym.

Attendu qu’un incendie vient de détruire presque complètement la section anglaise de l’Exposition de Bruxelles ;

Que le feu a été communiqué à la section anglaise par une section voisine ;

Que les causes de l’incendie sont, jusqu’ores, indéterminées ;

Qu’au surplus il ne pourrait être éventuellement établi que l’incendie a été causé par la faute d’un des cités ou leurs ayants-droits ;

Qu’il fut convenu entre les cités et le gouvernement britannique que le comité exécutif de l’Exposition appellerait en garantie ou en intervention les auteurs responsables des accidents ou dommages causés ;

Attendu qu’il y a urgence, les cités sont mis en demeure d’avoir à prendre toutes les mesures nécessaires pour que les dégâts ne s’aggravent point et pour empêcher que les objets sinistrés ne soient enlevés ;
D’avoir à mettre en cause ou appeler en garantie ou en intervention les auteurs responsables de l’incendie pour le cas où cette responsabilité ne leur incomberait pas à eux-mêmes et ce afin défaire statuer éventuellement par une seule décision entre tous les intéressés ;

Sous toutes réserves généralement quelconques, désigner trois experts, lesquels auront pour mission :
1. Décrire les lieux sinistrés ;
2. Relever les emplacements de chaque exposant de la section anglaise ; décrire les objets et matériaux subsistants et, si possible, en déterminer la valeur ;
3. Rechercher les causes du sinistre, et dire notamment comment et par quel côté ou voisinage le feu s’est communiqué à la section anglaise.

Le gouvernement britannique, dans cette instance, était représenté par Me G. de Le Val, avocat de la légation ; l’Etat belge et le duc d’Ursel par Mes Alph. Leclercq, Eug. Demoor et Albert Mestdagh de ter Kiele ; le comité de l’Exposition par Mes Emile De Mot et Francis Wiener, et le comité de Bruxelles-Kermesse, que les nécessités de la procédure, paraît-il, avaient fait appeler en intervention, par Me Paul Jamar.

Me De Le Val a fait valoir que la mesure réclamée par le gouvernement anglais doit être prise dans l’intérêt de tous les exposants de cette nation auxquels il se substitue pour leur épargner les frais et les lenteurs que leur vaudrait à chacun une intervention personnelle.

Les avocats des cités, quoique d’accord sur le principe de la désignation d’experts, ont cru devoir soulever certaines questions de compétence ; d’après eux, le litige est un litige commercial de la compétence non des juges civils, mais des tribunaux consulaires.

Après de longs débats, le juge des référés a décidé qu'il désignerait les experts au cours de l’audience de l’après-midi.

Ce qui a été fait.

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 05:46 pm

Texte tiré du Livre Exposition Bruxelles 1910

LES CONDELEANCES

De partout nous sont arrivées des marques de sympathies réconfortantes.

Le bourgmestre de Liège, M. Gustave Kleyer, a télégraphié à M. Max, bourgmestre de Bruxelles, la dépêche suivante :
La Ville de Liège s’associe de tout cœur aux sentiments de douloureuse émotion que provoque la nouvelle du terrible incendie qui vient de détruire une grande partie de l’Exposition de Bruxelles.

Les bourgmestres d’Anvers et de Blankenberghe ont également envoyé un télégramme de condoléances à M. Max.

L’empereur d’Allemagne a envoyé au roi des Belges, à Possenhofen, un télégramme de condoléances à .l’occasion de l’incendie de l’Exposition de Bruxelles.
Sa Majesté a fait exprimer au gouvernement belge, par un télégramme adressé par le baron von Jenisch au président du conseil des ministres de Belgique, la part qu’Elle prend au désastre national qui frappe la Belgique.

Voici le texte du télégramme que M. Fallières a adressé au roi des Belges :
J’apprends à l’instant la nouvelle du terrible incendie qui détruit votre Exposition. Je tiens à vous exprimer sans retard la part que je prends, comme toute la France, à cette catastrophe qui menace de faire complètement disparaître des trésors industriels et artistiques qui faisaient l’admiration du monde. Je m’associe de tout cœur à la tristesse de la nation belge.
(Signé) FALLIÈRES.

D’autre part, le président du conseil des ministres de la République française avait envoyé le directeur de son cabinet, M. Théodore 'Lissier, à la légation de Belgique à Paris, pour exprimer à M. le baron Guillaume et prier celui-ci de transmettre au gouvernement belge les sympathiques condoléances du gouvernement français à l’occasion de l’incendie de l’Exposition de Bruxelles.

Le bourgmestre de Berlin, M. le Dr Reicke, a adressé à M. Max, bourgmestre de Bruxelles, le télégramme suivant :
L’administration communale de Berlin exprime à la population de Bruxelles sa plus vive sympathie à l’occasion de la catastrophe qui a détruit hier de façon si lamentable la brillante manifestation pacifique des nations dans la capitale belge.

Bien que l’Angleterre ait été particulièrement éprouvée dans ce terrible désastre, elle a tenu à prendre sa part du véritable deuil qui frappe la Belgique. Et, au nom de lord Granville, absent, lundi matin, M. de Levai, conseiller de la légation d’Angleterre, est allé présenter ses condoléances au ministre des affaires étrangères.

De M. Bellan, président du Conseil municipal de Paris :
Avons appris avec infiniment tristesse incendie qui vient de détruire une partie de votre magnifique Exposition. Sommes de cœur avec vous dans cette épreuve et au nom population parisienne et de ses élus envoyons à généreuse population de Bruxelles expression fraternelle sympathie.

De M. Nathan, maire de Rome :
Profondément ému pour la catastrophe qui, en ravageant votre admirable Exposition, attriste votre ville, Rome envoie à Bruxelles l’expression de sa fraternelle sympathie.

De M. Corominas, président de l’Association de la presse de Barcelone :
L’Association de la Presse de Barcelone vous transmet son profond regret pour l’incendie qui a détruit, en même temps que d’autres compartiments, une partie du palais belge où s’affirmait la grande puissance de votre pays. Nous étions avec vous récemment dans les heures d’allégresse, nous voulons être avec vous dans les heures tristes. Nous vous envoyons l’expression de notre profonde sympathie.

Rappelant la visite qu’il a faite à la section belge, le tsar des Bulgares a exprimé au baron Janssen sa sympathie au comité exécutif et à tous les exposants.

De passage à San-Francisco, M. Ooura, ministre de Chine, qui est venu récemment à Bruxelles, a appris la nouvelle de la catastrophe et s’est empressé de télégraphier au comité exécutif.

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 05:40 pm

Texte tiré du Livre Exposition Bruxelles 1910

LE ROI ET LA REINE

Les télégrammes envoyés au Roi, des Belges à l’occasion de l’incendié de l’Exposition ne purent tout d’abord toucher Sa Majesté, qui excursionnait dans les montagnes du Tyrol.

La Reine télégraphia à M. Ingenbleek, secrétaire du Roi, pour lui dire combien elle avait été consternée en apprenant l’épouvantable catastrophe, et elle l’a chargé d’aller trouver le baron Janssen pour lui exprimer tous ses regrets et lui dire la part qu’elle prend au deuil national. Le secrétaire du Roi s’est acquitté immédiatement de sa mission et s’est fait donner par le baron Janssen, sur la catastrophe, tous les détails qu'il a immédiatement envoyés à Sa Majesté.

Sa Majesté la Reine a répondu en chargeant le secrétaire du Roi de dire au baron Janssen combien elle était profondément émue de tout ce qu’elle venait d’apprendre.

Mardi matin, le Roi a adressé au comité exécutif le télégramme suivant :
Toblach, 16 août.
J’apprends avec la plus grande affliction le terrible désastre survenu à notre magnifique Exposition.

Je regrette infiniment avec vous toute .la perte de tant de merveilles dues à l’art, à la science et à l’industrie de nos concitoyens et des nations amies.
Je tiens aussi à dire aux membres du comité exécutif, aux directeurs-généraux et. aux exposants combien je suis peiné du grand malheur qui a anéanti une partie de leurs efforts.

ALBERT.


D’autre part, M. le Bourgmestre a reçu de Sa Majesté la Reine Elisabeth le télégramme suivant :
Consternée par la terrible nouvelle de l’incendie de l’Exposition, je vous exprime ainsi qu’à la ville de Bruxelles la part profonde que je prends à ce désastre qui réduit à néant tant d’efforts et d’espérances.

ELISABETH.


Mercredi, à 1 h. 10, le Roi arrivait â Bruxelles, venant du Tyrol. Le souverain avait dû faire une partie du trajet en automobile pour rejoindre à Vienne l’Orient-Express.

Le Roi était accompagné par le commandant Tombeur.

Sur le quai de la gare attendaient M. Max, bourgmestre de Bruxelles ; le baron Beyens, ministre du Roi ; le grand-maréchal comte Jean de Mérode, le lieutenant Cattoir, officier d’ordonnance, et le commandant Blanpain.

Le Roi paraissait en excellente santé.

Le souverain s’entretenait quelques instants avec le bourgmestre :
— La Reine et moi, nous avons été très heureux, a-t-il dit, d’apprendre que les ravages causés par l’incendie ne sont pas aussi considérables qu’on le croyait tout d’abord. Si les flammes ont détruit la section belge et la section anglaise, notre magnifique Exposition n’en reste pas moins très attrayante et je suis persuadé que de nombreux étrangers viendront encore accentuer son succès. Nous avons maintenant de la besogne, et j’ai appris avec une très vive satisfaction que le comité exécutif et les directeurs-généraux ne se sont pas découragés, qu’au contraire ils se sont efforcés de réparer les pertes causées par l’incendie.

Le Roi se fit ensuite conduire au palais.

Dès 3 heures, le Roi était à l’Exposition. Le comte Jean de Mérode, grand-maréchal de la Cour, raccompagnait.

A l’entrée de l’Exposition, au 'bout de l’avenue des Nations, le Roi a été reçu par le ministre Hubert, le duc d’Ursel, le baron Janssen, les directeurs-généraux M. Keym et le comte Adrien van der Burch, le bourgmestre Max et les membres du comité exécutif. Le Roi s’est immédiatement informé de l’importance exacte des dégâts. Il a demandé les noms des personnes qui ont été victimes d’accidents. Puis il s’est dirigé vers Bruxelles-Kermesse. Il a pénétré dans Ce quartier de l’Exposition par la rue de l’Escalier. M. Fritz Rotiers a appris au Roi que.l’on allait s’efforcer de rendre à Bruxelles-Kermesse son entrain et sa gaieté.

Le Roi s’est déclaré heureux de cette bonne nouvelle.

Passant devant les ruines de la façade monumentale, le Roi a demandé aux directeurs-généraux de lui communiquer le plan du gabarit et de la façade cloisonnée qui seront construits incessamment.

Je sais, a-t-il dit à M. Van der Burch et Keym, que vous ne parlez pas beaucoup, mais que vous agissez rapidement quand c’est nécessaire. Je vous félicite du zèle que vous avez manifesté dans ces circonstances pour réparer les dégâts occasionnés par l’incendie.

Le Roi a gagné la Section française par . la rue des Nations et les jardins de la ville de Paris.

Il s’est fait présenter, dans la section française, MM. Sandoz, secrétaire-général ; Jansselme et de Montarnal, architectes.

- J’espère, messieurs, leur a dit le Roi, que bientôt la galerie d’honneur de votre admirable section sera complètement réparée.

Après en avoir reçu l’assurance, le Roi s’est arrêté un moment devant le pavillon italien. Il a eu un entretien avec MM. Gatti Cazazza, directeur de la section italienne, et Orlandi.

Le Roi a prodigué à tous les membres du comité exécutif des paroles d’encouragement et de réconfort.

Il a été l’objet de la part du public d’ovations émues. La foule voulait montrer au Roi qu’elle lui savait gré de s’être imposé les fatigues d’un long voyage pour se rendre compte -par lui-même de l 'importance des dégâts causés par l’incendie.

Le Roi a quitte l’Exposition à 4 heures.

Re: L'incendie

par worldfairs » 10 janv. 2016 11:02 am

Texte tiré du Livre Exposition Bruxelles 1910

L'INCENDIE

Jamais il n’y avait eu autant de monde à l’Exposition que pendant la journée de dimanche. La plus forte recette avait été jusqu’à présent de 60,000 francs. Or, on avait encaissé dimanche, à 6 heures du soir, 91,375 francs ! Ajoutez à cela les abonnés et vous aurez une idée de la foule qui se pressait dimanche soir dans les jardins. Tous les cafés regorgeaient de monde. On avait peine à avancer dans les allées. Dans les rues de Bruxelles-Kermesse, à Luna Park, partout, on s’écrasait littéralement.

Et dans cette foule joyeuse qu’animaient les fanfares et les flonflons des orchestres, un cri soudain vient jeter l’alarme : Au feu !

Il était alors 8 h. 3/4. Au dessus de l’aile gauche du palais de la section belge, du côté de Bruxelles-Kermesse, une langue de feu vient d’apparaître. La flamme lèche la corniche qui s’embrase. En quelques instants, l'incendie s’est propagé avec une telle rapidité que tout le monde en reste stupéfait. La foule, en présence de ce spectacle terrifiant, est comme atterrée.

Bientôt, toute l’aile gauche ne forme plus qu’un brasier. Un cordon de feu court en serpentant le long de la corniche de la façade monumentale. En moins d’un quart d’heure, c’est l’embrasement général de tout le vaste hall. Des flammèches emportées par le vent vont propager le sinistre. Pendant que d'un côté les flammes gagnent la section anglaise, une pluie de brandons s’abat sur Bruxelles-Kermesse.

Sous l’action de la chaleur, les poutrelles de fer qui forment l’ossature de la colonnade se tordent. Toute la façade s’écroule avec fracas, découvrant le brasier sur toute son étendue. En présence de ce spectacle, devant cette mer de feu, on comprenait quels efforts formidables allaient devoir être déployés par les pompiers qu’on voyait arriver de toutes parts avec des dévidoirs, des pompes à vapeur, des auto-pompes, des échelles Porta.

Un immense nuage de fumée planait au-dessus du Solbosch. Sur le ciel se détachait une large bande lumineuse, d'un rouge pourpre d’aurore boréale.

Le sinistre allait-il encore prendre des proportions plus vastes ? L’Exposition tout entière allait-elle disparaître ? C’était la question que se posaient les milliers de curieux qui assistaient de loin, derrière les cordons de policé qu’on avait aussitôt improvisés, à ce pénible spectacle.


Lorsque l'incendie éclata, il y eut dans les rues de Bruxelles-Kermesse un moment de panique folle. On se ruait en masse vers les sorties. Des femmes furent bousculées. Tout le monde croyait que le feu s’était déclaré dans le quartier même. Et c’est compréhensible, car le premier foyer de l’incendie se trouvait presque en face de l’entrée principale de Bruxelles-Kermesse.

Au fur et à mesure que les curieux qui sortaient de ce côté étaient rassurés, ils se massaient devant le bâtiment en feu. La gendarmerie, la garde militaire et la police eurent beaucoup de peine à refouler cette masse compacte. Mais bientôt arrivèrent des différentes casernes de la capitale de fortes escouades de soldats et grâce à ce renfort, les jardins de l’Exposition purent être évacués. Il y eut bien encore des bousculades, mais tout se passa dans un calme relatif.

La mesure était nécessaire. En effet, déjà des pillards profitant de la panique à Bruxelles-Kermesse et du désarrbi qui régnait du côté de l’avenue des Nations, se constituaient «sauveteurs ».


A 10 heures, le grand hall de la section belge, les bureaux attenants du comité exécutif et la section anglaise présentaient l’aspect d’une formidable fournaise, A tout instant, on entendait des détonations comme des coups de canon. C’étaient des compteurs à gaz et des bonbonnes d’acide carbonique qui faisaient explosion.

Mais le vent a tourné ; il souffle maintenant dans ' la direction de Bruxelles-Kermesse. La coquette petite ville est condamnée.

Les flammes attaquent les clôtures du côté de la place du Marché et en même temps les étincelles qui tourbillonnent par-dessus les installations de Luna Park y créent de nouveaux foyers d’incendie.

En dépit des efforts dés pompiers, la flamme avance. terrible et rapide. Le corps de garde s’embrase et un torrent de flammes balaie au bout de quelques minutes toute la place du Marché, où deux heures auparavant on dansait gaiement aux sons de l’orchestre rustique. Les jolies maisonnettes disparaissaient dans un ouragan de feu. Il n’y a plus que les carcasses et ces squelettes s’abattent bientôt à leur tour.

Mais dans le fond, du côté des attractions de Luna Park, on entend des rugissements épouvantables. Dans la foule qui de l’avenue du Solbosch contemple le désastre, c’est une nouvelle crainte. La ménagerie Bostock brûle ! Les fauves vont s’échapper.

Le personnel de la ménagerie a déjà sauvé tous les animaux inoffensifs. Bœufs, zèbres, rennes, éléphants, etc., sont en lieu sûr dans des écuries des environs. Il ne reste plus que les fauves. Les pauvres bêtes affolées par les lueurs de l’incendie bondissent dans leurs cages.

Elles sont vouées à la mort, Car des gendarmes, massés devant la ménagerie ont le mousqueton prêt. On ne tirera qu’à la dernière minute et si c’est d’absolue nécessité.

Les flammes dévorent la clôture de bois. On entend des rugissements, des hurlements, puis c’est le silence.

Les boiseries s’écroulent. Les cages- apparaissent au milieu d’un tourbillon de flammes. Tous les fauves ont péri asphyxiés.

Bientôt, de la vaste arène Bostock, il ne reste plus que les ferrailles rougies et tordues des cages et les corps carbonisés et recroquevillés des fauves. Trois crocodiles enfermes dans une caisse sont étendus sur le sol, à peu près intacts. Le feu qui détruit leur prison et les a fait mourir est resté presque sans action sur leur carapace écaillée.

Le scenic-railway et toutes les autres attractions de Luna Park flambent également. Le feu n’épargne de Bruxelles-Kermesse qu’une rangée de maisons de la rue de la Senne et le quartier situé en contrebas du Chien-Vert. Une nouvelle saute de vent s’est produite. C’est à cette circonstance que cette partie, ainsi que le restaurant du Chien-Vert doivent d’échapper à la destruction.


Mais l’incendie poursuit ses ravages. Le grand restaurant Duval, situé près du palais de l’alimentation française, devient la proie des flammes et celles-ci se communiquent, vers onze heures un quart, au palais de l’alimentation française. Au bout d’une vingtaine de minutes, de tout le bâtiment plus rien ne reste debout.

Pendant que le feu ravage le pavillon de la ville de Paris, contigu au pavillon de l’alimentation, le pont, qui sépare la section française du restaurant Duval, s’écroule, miné par les flammes. Des pompiers arrosent sans relâche les ruines du pont. L’incendie est arrêté de ce côté, mais un autre sinistre, tout aussi grave, est signalé. Quinze maisons de l’avenue du Solbosch, pour ainsi dire enclavées dans les terrains de l’Exposition, prennent feu. Et les pompiers doivent combattre ce nouveau désastre.

A l'avenue des Nations, où est massée une véritable armée de pompiers, l’incendie est coupé également. Quelques petits pavillons seulement sont réduits en cendres.

A 2 h. 1/2, tout danger d’extension du sinistre a disparu. La part du feu est faite.

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