par worldfairs » 27 déc. 2023 08:19 am
SECTIONS ÉTRANGÈRES.
La Classe II était une des rares classes dans lesquelles toutes les nations avaient exposé : toutes s’adonnent, en effet, aux arts de la terre.
Le public a été attiré par les céramiques populaires de l'Europe Centrale, nombreuses & peu connues; on ne saurait nier l’intérêt de ces oeuvres souvent charmantes & toujours originales. Aucune d’elles toutefois ne dépasse la facile technique du grès rustique ou de la poterie vernissée. Entre les faïences lettonnes & les poteries tchécoslovaques, il n’y a d’autre différence que le caractère du décor.
Les participations de la Chine, de la Finlande, du Luxembourg, de la Principauté de Monaco, de la Turquie, n’apportaient guère d’élément permettant de constater une évolution moderne.
Les céramiques lettonnes, plats, assiettes, tasses, soucoupes, se caractérisaient par un décor soit géométrique, soit figuratif, mais systématiquement stylisé.
En Pologne, c’est dans les écoles d’industrie artistique que se propage le mouvement d’art décoratif dont Georges Warchalowski fut, il y a vingt-cinq ans, le précurseur. Toutefois la grande industrie est encore rebelle à la collaboration des artistes.
Dans l’U. R. S. S., la fabrique d’Etat est devenue, depuis 1917, le centre des recherches tentées par les jeunes artistes tels que Serge Tchékhonine, qui transpose sur porcelaine l’ornementation typographique en noir & blanc, Chtéchtine & Malentich qui y appliquent les principes de la peinture arbitraire, Mme Nathalie Danko, créatrice d’un jeu d’échecs ou les rouges s’opposent aux blancs, Matvéév, modeleur de sensibles figurines. La fabrique d’Etat de Léningrad n’est pas seule à tenter l'expérience d’un renouvellement de l’industrie par les décorateurs. Les fabriques de Novgorod, de Dmitrov & de Doulévo travaillent dans le même sens. Est-il possible de mettre ainsi la porcelaine d art à la portée, non plus d’un public restreint, mais des masses, alors que la difficulté du travail de la matière empêche de faire de la porcelaine au prix de la poterie? En fait, la porcelaine & la faïence russes nouvelles sont décorées sur émail : c’est le décor qui préoccupe les artistes appelés à régénérer la céramique. De même qu’en notre pays à la fin du XVIIIe siècle, il emprunte ses motifs à la mystique révolutionnaire; il croise la faucille & le marteau parmi les guirlandes ou dans un encadrement de grosses fleurs épanouies. Des artistes excellents développent ce thème limité ou appliquent un décor de cercles & de rectangles qui lutte, contre toute logique, avec la forme des vases.
Espagne. — S’ils étaient en nombre restreint, les Espagnols donnaient la preuve que, sans être encore libérée de ses illustres traditions, la céramique accomplit les efforts les plus méritoires pour renouveler ses formules. La signature de José Guardiola montre nombre de vases, de plats, d’aiguières, de buires en faïence, dont le décor est emprunté aux faïences de la Renaissance, mais où le dessin des guirlandes & celui même des figures ont des accents originaux. Les fils de Daniel Zuloaga affirment une forte personnalité dans leurs diverses produirions qui vont du revêtement mural aux objets de pur ornement.
Autriche. — L’Autriche était assez largement représentée; tout l’intérêt se portait vers les poteries d’origine populaire, d’inspiration peu moderne. D’autre part, les produirions industrielles marquaient une hésitation à adopter des formules neuves. Contrairement à ce qu’ont fait d’autres industries autrichiennes, il ne semble pas que la céramique ait réalisé la liaison entre artistes & fabricants.
Belgique. — La céramique belge offrait des œuvres choisies pour exprimer les propriétés de fa matière. C’est le grès de grand feu que traitent avec prédilection les céramistes belges, notamment Paulus & Charles Catteau. Le premier présentait des pièces aux formes harmonieuses, aux couvertes lisses & grasses & de décor stylisé. Le second, ancien élève de l’Ecole de céramique de Sèvres, est le collaborateur de la Faïencerie de Kéramis, installée à la Louvière & dans laquelle il a créé une fabrication importante de grès-cérame. II arrive, par des moyens simples, à reproduire en grand nombre les modèles qu’il compose, tout en leur conservant la saveur de pièces uniques. C’est aussi des ateliers de la Société Kéramis que sortait un curieux service en faïence, de forme octogonale, composé par Wolfers pour la riche salle à manger du Pavillon belge. Dans ce grand centre industriel s’élaborent, non seulement des œuvres d’exception, mais toute la fabrication de la faïence & du grès, depuis la vaisselle de table jusqu’aux décors d’architecture.
Danemark. — Dans tous les domaines, porcelaine, grès, faïence, le Danemark a présenté non seulement des idées & des formes intéressantes, mais de véritables solutions artistiques & techniques. Mieux, il a produit une matière céramique nouvelle, cette roche céramique, réalisée par Jean Gauguin, fils du grand peintre français. C’est une composition d’argile & de substances réfractaires très plastiques, facile à modeler & de rétraction très faible. Toute altération de la forme par le feu se trouve conjurée. Matière extrêmement dure, elle convient à l'architecte & au décorateur de plein air.
Dans ses figures humaines, dans sa représentation de l’animal & de la flore, Jean Gauguin s’inspire de notre Moyen Age, de cet art du Ce XIIIe siècle, si large, si sobre d’effet : des nus aux mouvements simples, aux formes pures, aux gestes discrets, sans emphase, autour d’un arbre stylisé, selon les méthodes des vieux maîtres.
Attaché à la Manufacture de Bing & Gröndahl, il voisine avec une pléiade d’artistes dont chacun à sa spécialité : Mmes Hegermann-Linden-crone, Jo Hahn Locher & Mlle Fanny Garde travaillent la porcelaine sculptée; Axel Salto, les pâtes tendres; Valdemar Jorgensen, la décoration sous émail ; Mme Jo Locher & Mllc Krebs, l’émail mat; Mlle Camille OIsen & Knud Kyhn, le grès; enfin, le regretté Kai Nielsen, mort en 1924, la porcelaine glacée dont il a réalisé le chef-d’œuvre, l'Amphitrite couchée, dans un volume jusqu’alors interdit à cette difficile matière. Dans la porcelaine sculptée & décorée sous émail, la profondeur & le grand caractère des entailles, le style large & gras du dessin ajoutent leur intérêt à celui de la difficulté vaincue. L’émail mat est une autre création de Bing & Grôndahl : les formes des petites pièces légères que revêt cet émail ne sont pas moins heureuses, élégantes & rares, que n’est précieux l’épiderme délicat, généralement blanc de neige, parfois veiné d’ombres légères dues aux reliefs du décor gravé, parfois décoré sous émail d’une fleur ou d’une silhouette.
Les collaborateurs de la Manufacture Royale de Copenhague ne sont ni moins habiles ni moins originaux. Leur maîtrise s’affirme en des œuvres caractéristiques telles que les vases à décor peint sous émail de Th. Fischer. Elle n’est pas moins remarquable dans les coupes, assiettes & plats de V. Tidemand, sur la porcelaine craquelée desquels s’inscrit, en quelques accents, le mouvement d’un lion, d’une biche ou d’une antilope. L une des trouvailles de la Manufacture Royale consiste en un ton vieil or, à la fois doux & chaud, qui sert de fond à des notes plus vives, & s’obtient par la volatilisation de l’or soumis au grand feu. La Manufacture Royale pratique aussi l’art du grès de grand leu : de ses ateliers sortent, signés par Jais Nielsen, des vases & des figures au style savamment primitif, de Knud Kyhn des animaux rendus avec une parfaite justesse.
Depuis peu d’années, Copenhague a vu se développer une troisième fabrique de céramique : la Manufacture de faïences, dont les produits se caractérisent, les uns par une décoration polychrome, de dessin très écrit & riche de palette, les autres formant la série appelée Trankebar, dont Joachim a créé la plupart des modèles, par une interprétation spirituelle des formules chinoises, en bleu d’ardoise sous émail gris. Enfin, renouvelée par le génie de Th. BindesböII, la fabrique de Næstved, en Seeland, prend une part importante à ce grand mouvement d’art. Continuant la tradition du maître & de Herman A. Kähler & Hammershöi, ses collaborateurs, un jeune artiste, Jens Thirslund, a créé des poteries de formes puissantes qu’épouse un libre décor. Dans tous les ateliers de céramique, dans les grands établissements comme dans les laboratoires se manifeste un esprit nouveau, caractérisé par la recherche du décor & la personnalité de l’artiste.
Grande-Bretagne. — Une absolue fidélité aux traditions caractérisait la céramique britannique. La perfection technique si vantée en 1878, en 1889, en 1900, n’était pas moins remarquable en 1925, & les hautes récompenses qu’emportent les George Jones, les Mintons, les Worcester Royal Porcelain, les Doulton de Burslem & les Josiah Wedgwood attestent la haute estime que mérite cette probité de métier. Dans certaines pièces décoratives, telles que les statuettes de Miss Gwendolen Parue!!, dans certains services de table, l’habileté professionnelle s’appliquait à des formules conformes aux tendances modernes.
On ne saurait reprocher aux céramistes britanniques de se souvenir avec trop de respect de leurs grands devanciers du début du XIXe siècle, car les pièces de faïence fine qui figurent dans nos musées, par la sobriété de leurs décors linéaires, par les procédés mécaniques de leur réalisation, sont peut-être celles qui se rapprochent le plus de l’esthétique & de la technique actuelles des pièces usuelles.
Italie. — L’héritage d’un glorieux passé pèse sur les céramistes italiens. Ils s’écartent timidement d’une voie si bien tracée. Les pots de pharmacie de Cantagalli sont à l’image de ceux des faïenciers de la Renaissance.
II faut noter toutefois l’effort de la Société Richard Ginori de Milan qui, dans ses faïences de la Manufacture de San Cristoforo & dans ses porcelaines de la fabrique de Doccia, a réalisé des pièces peut-être un peu trop littéraires, mais infiniment spirituelles, grâce à la collaboration de deux excellents artistes : l’architecte Gio Ponti & le sculpteur Saponaro. Dégagées à la fois du traditionalisme qui marquait en général l’exposition italienne & du futurisme outrancier des décors de théâtre, les œuvres de Gio Ponti révélaient un goût très net & une précieuse nouveauté.
Japon. — Les centres de fabrication, Nagoya Seto le plus ancien, Kyoto le plus illustre depuis le XVIIe siècle, Kanazawa, le plus récent, ont chacun leur style traditionnel propre & l’on ne saurait s’étonner de les voir tenir à ces traditions, dont le succès dans le monde est attesté par une exportation, en 1924, de 25 millions de yens, qui représentait 40% de la production totale de la céramique japonaise.
Si la fabrication de Nagoya Seto est la seule à évoluer, sous l’influence occidentale, vers des articles d’utilité courante, les ateliers isolés, répartis sur le reste du territoire, ne sont pas liés par une tradition aussi impérieuse que les grands centres; mais il semble que les artistes japonais pensent faire œuvre moderne en retournant aujourd’hui à leurs traditions nationales. C’est l’influence européenne qu’il leur faut éliminer pour retrouver la vieille sève. L’exposition de céramique, d’une technique supérieure, marquait le retour très net aux formules du passé. L’un des maîtres de la jeune école nationale est Miyagawa Kozan, de Yokohama, qui s’est toujours montré réfractaire à l influence européenne. Potier de porcelaine, praticien émérite du grand feu, il sait aussi tirer parti des ressources du feu de moufle, &, dans tous les domaines de la céramique, il enseigne la tradition.
Ce point de vue paraît d’ailleurs légitime; c’est en développant leurs traditions particulières que les pays peuvent évoluer vers des conceptions modernes, excluant la banalité des formules internationales.
Pays-Bas. — La céramique hollandaise témoigne d’une conception décorative plus neuve. Si certains de ses praticiens, disciples des Japonais, restent trop strictement fidèles à la leçon de leurs maîtres, la plupart se sont détachés de tout système de décoration traditionnel. Aux flancs de leurs faïences & de leurs grès s’enroule en un mouvement tumultueux un décor touffu, de couleur hardie & d’une audace moderniste, autant qu’on en peut juger par une exposition restreinte. II ne semble pas que la céramique hollandaise ait obtenu dans la technique des résultats importants. L’esprit décorateur l’anime ou plutôt un expressionnisme plein d’intentions psychologiques & d’inspirations littéraires.
Suède. — C’est l’attachement au passé que révèle la Section suédoise; mais elle fait un choix sévère parmi les formules anciennes. L’art suédois contemporain opère une sorte de filtrage & son expression plastique rappelle notre style Directoire & celui de Louis-Philippe. La fermeté du dessin s’unit à une réelle distinction. Une érudition choisie, une haute culture président à cette élaboration d’un goût sobre & discret. Qu’elles soient de Wilhelm Käge ou de Böckman, d’Ivar Johnsson ou de Karl Lindström, d’Edward Hald ou d’Arthur C. son Percy, faïences & porcelaines sont blanches d’un blanc d’ivoire, souvent de plan polygonal & n’ont pas d’autre décor qu’un rang de perlettes, un motif en léger relief, ou quelque ornement peint : monogramme, emblème ou fleur.
II convient de remarquer la fabrication savante de la céramique suédoise. C’est à la manufacture de Wedgwood qu’il y a quelque cent ans, celle de Gustavsberg a emprunté ses méthodes, comme l’ont fait, à cette époque, nombre de fabriques françaises, notamment Sarreguemines & Creil. Depuis, la poterie suédoise a suivi ses destinées propres. Elle s’est composé une pâte rendue plus dure & plus blanche que la faïence anglaise par l’addition de quartz & de feldspath; c’est une matière très résistante que façonne un outillage mécanique perfectionné & que décore la chromolithographie sous vernis en deux ou trois couleurs.
Suisse. — La Suisse présentait diverses fabrications de vases & de vaisselle en faïence & en porcelaine, mais c’étaient plutôt des œuvres de statuaire en terre cuite qui retenaient l’attention. On ne saurait oublier que les traditions des grandes fabriques de porcelaines, telles ?[ue celle de Nyon, s’étaient éteintes à la fin du XVIIIe siècle & que la fondation d’une nouvelle fabrique de porcelaines à Langenthal ne date pas de vingt-cinq ans.
Tchécoslovaquie. — La Section tchécoslovaque était une des plus importantes par le nombre des exposants. Mais les porcelaines sorties des grands ateliers de Bohême ne marquaient pas un effort en vue du rajeunissement du décor. La technique est excellente, mais les fabricants, trop souvent, se contentent de répondre aux goûts de leur clientèle. Leur production n'était pas marquée par l’originalité locale & savoureuse des poteries populaires : parmi celles-ci on remarquait une série de figurines d’animaux & de personnages qui, conçues avec malice ou en forme de caricature, manifestaient la vigueur d’un art nouveau, plein de sève.
Yougoslavie. — La céramique yougoslave semblait plus pénétrée de la formule qui unit l’art & l’industrie. Elle nous présentait des œuvres d’une sensibilité propre à l’amalgame des races anciennes : il y a, dans ce pays, dont les artistes ont peut-être, plus que d’autres, tourné leurs études vers l’Occident, des tendances pleines de promesses.
SECTIONS ÉTRANGÈRES.
La Classe II était une des rares classes dans lesquelles toutes les nations avaient exposé : toutes s’adonnent, en effet, aux arts de la terre.
Le public a été attiré par les céramiques populaires de l'Europe Centrale, nombreuses & peu connues; on ne saurait nier l’intérêt de ces oeuvres souvent charmantes & toujours originales. Aucune d’elles toutefois ne dépasse la facile technique du grès rustique ou de la poterie vernissée. Entre les faïences lettonnes & les poteries tchécoslovaques, il n’y a d’autre différence que le caractère du décor.
Les participations de la Chine, de la Finlande, du Luxembourg, de la Principauté de Monaco, de la Turquie, n’apportaient guère d’élément permettant de constater une évolution moderne.
Les céramiques lettonnes, plats, assiettes, tasses, soucoupes, se caractérisaient par un décor soit géométrique, soit figuratif, mais systématiquement stylisé.
En Pologne, c’est dans les écoles d’industrie artistique que se propage le mouvement d’art décoratif dont Georges Warchalowski fut, il y a vingt-cinq ans, le précurseur. Toutefois la grande industrie est encore rebelle à la collaboration des artistes.
Dans l’U. R. S. S., la fabrique d’Etat est devenue, depuis 1917, le centre des recherches tentées par les jeunes artistes tels que Serge Tchékhonine, qui transpose sur porcelaine l’ornementation typographique en noir & blanc, Chtéchtine & Malentich qui y appliquent les principes de la peinture arbitraire, Mme Nathalie Danko, créatrice d’un jeu d’échecs ou les rouges s’opposent aux blancs, Matvéév, modeleur de sensibles figurines. La fabrique d’Etat de Léningrad n’est pas seule à tenter l'expérience d’un renouvellement de l’industrie par les décorateurs. Les fabriques de Novgorod, de Dmitrov & de Doulévo travaillent dans le même sens. Est-il possible de mettre ainsi la porcelaine d art à la portée, non plus d’un public restreint, mais des masses, alors que la difficulté du travail de la matière empêche de faire de la porcelaine au prix de la poterie? En fait, la porcelaine & la faïence russes nouvelles sont décorées sur émail : c’est le décor qui préoccupe les artistes appelés à régénérer la céramique. De même qu’en notre pays à la fin du XVIIIe siècle, il emprunte ses motifs à la mystique révolutionnaire; il croise la faucille & le marteau parmi les guirlandes ou dans un encadrement de grosses fleurs épanouies. Des artistes excellents développent ce thème limité ou appliquent un décor de cercles & de rectangles qui lutte, contre toute logique, avec la forme des vases.
Espagne. — S’ils étaient en nombre restreint, les Espagnols donnaient la preuve que, sans être encore libérée de ses illustres traditions, la céramique accomplit les efforts les plus méritoires pour renouveler ses formules. La signature de José Guardiola montre nombre de vases, de plats, d’aiguières, de buires en faïence, dont le décor est emprunté aux faïences de la Renaissance, mais où le dessin des guirlandes & celui même des figures ont des accents originaux. Les fils de Daniel Zuloaga affirment une forte personnalité dans leurs diverses produirions qui vont du revêtement mural aux objets de pur ornement.
Autriche. — L’Autriche était assez largement représentée; tout l’intérêt se portait vers les poteries d’origine populaire, d’inspiration peu moderne. D’autre part, les produirions industrielles marquaient une hésitation à adopter des formules neuves. Contrairement à ce qu’ont fait d’autres industries autrichiennes, il ne semble pas que la céramique ait réalisé la liaison entre artistes & fabricants.
Belgique. — La céramique belge offrait des œuvres choisies pour exprimer les propriétés de fa matière. C’est le grès de grand feu que traitent avec prédilection les céramistes belges, notamment Paulus & Charles Catteau. Le premier présentait des pièces aux formes harmonieuses, aux couvertes lisses & grasses & de décor stylisé. Le second, ancien élève de l’Ecole de céramique de Sèvres, est le collaborateur de la Faïencerie de Kéramis, installée à la Louvière & dans laquelle il a créé une fabrication importante de grès-cérame. II arrive, par des moyens simples, à reproduire en grand nombre les modèles qu’il compose, tout en leur conservant la saveur de pièces uniques. C’est aussi des ateliers de la Société Kéramis que sortait un curieux service en faïence, de forme octogonale, composé par Wolfers pour la riche salle à manger du Pavillon belge. Dans ce grand centre industriel s’élaborent, non seulement des œuvres d’exception, mais toute la fabrication de la faïence & du grès, depuis la vaisselle de table jusqu’aux décors d’architecture.
Danemark. — Dans tous les domaines, porcelaine, grès, faïence, le Danemark a présenté non seulement des idées & des formes intéressantes, mais de véritables solutions artistiques & techniques. Mieux, il a produit une matière céramique nouvelle, cette roche céramique, réalisée par Jean Gauguin, fils du grand peintre français. C’est une composition d’argile & de substances réfractaires très plastiques, facile à modeler & de rétraction très faible. Toute altération de la forme par le feu se trouve conjurée. Matière extrêmement dure, elle convient à l'architecte & au décorateur de plein air.
Dans ses figures humaines, dans sa représentation de l’animal & de la flore, Jean Gauguin s’inspire de notre Moyen Age, de cet art du Ce XIIIe siècle, si large, si sobre d’effet : des nus aux mouvements simples, aux formes pures, aux gestes discrets, sans emphase, autour d’un arbre stylisé, selon les méthodes des vieux maîtres.
Attaché à la Manufacture de Bing & Gröndahl, il voisine avec une pléiade d’artistes dont chacun à sa spécialité : Mmes Hegermann-Linden-crone, Jo Hahn Locher & Mlle Fanny Garde travaillent la porcelaine sculptée; Axel Salto, les pâtes tendres; Valdemar Jorgensen, la décoration sous émail ; Mme Jo Locher & Mllc Krebs, l’émail mat; Mlle Camille OIsen & Knud Kyhn, le grès; enfin, le regretté Kai Nielsen, mort en 1924, la porcelaine glacée dont il a réalisé le chef-d’œuvre, l'Amphitrite couchée, dans un volume jusqu’alors interdit à cette difficile matière. Dans la porcelaine sculptée & décorée sous émail, la profondeur & le grand caractère des entailles, le style large & gras du dessin ajoutent leur intérêt à celui de la difficulté vaincue. L’émail mat est une autre création de Bing & Grôndahl : les formes des petites pièces légères que revêt cet émail ne sont pas moins heureuses, élégantes & rares, que n’est précieux l’épiderme délicat, généralement blanc de neige, parfois veiné d’ombres légères dues aux reliefs du décor gravé, parfois décoré sous émail d’une fleur ou d’une silhouette.
Les collaborateurs de la Manufacture Royale de Copenhague ne sont ni moins habiles ni moins originaux. Leur maîtrise s’affirme en des œuvres caractéristiques telles que les vases à décor peint sous émail de Th. Fischer. Elle n’est pas moins remarquable dans les coupes, assiettes & plats de V. Tidemand, sur la porcelaine craquelée desquels s’inscrit, en quelques accents, le mouvement d’un lion, d’une biche ou d’une antilope. L une des trouvailles de la Manufacture Royale consiste en un ton vieil or, à la fois doux & chaud, qui sert de fond à des notes plus vives, & s’obtient par la volatilisation de l’or soumis au grand feu. La Manufacture Royale pratique aussi l’art du grès de grand leu : de ses ateliers sortent, signés par Jais Nielsen, des vases & des figures au style savamment primitif, de Knud Kyhn des animaux rendus avec une parfaite justesse.
Depuis peu d’années, Copenhague a vu se développer une troisième fabrique de céramique : la Manufacture de faïences, dont les produits se caractérisent, les uns par une décoration polychrome, de dessin très écrit & riche de palette, les autres formant la série appelée Trankebar, dont Joachim a créé la plupart des modèles, par une interprétation spirituelle des formules chinoises, en bleu d’ardoise sous émail gris. Enfin, renouvelée par le génie de Th. BindesböII, la fabrique de Næstved, en Seeland, prend une part importante à ce grand mouvement d’art. Continuant la tradition du maître & de Herman A. Kähler & Hammershöi, ses collaborateurs, un jeune artiste, Jens Thirslund, a créé des poteries de formes puissantes qu’épouse un libre décor. Dans tous les ateliers de céramique, dans les grands établissements comme dans les laboratoires se manifeste un esprit nouveau, caractérisé par la recherche du décor & la personnalité de l’artiste.
Grande-Bretagne. — Une absolue fidélité aux traditions caractérisait la céramique britannique. La perfection technique si vantée en 1878, en 1889, en 1900, n’était pas moins remarquable en 1925, & les hautes récompenses qu’emportent les George Jones, les Mintons, les Worcester Royal Porcelain, les Doulton de Burslem & les Josiah Wedgwood attestent la haute estime que mérite cette probité de métier. Dans certaines pièces décoratives, telles que les statuettes de Miss Gwendolen Parue!!, dans certains services de table, l’habileté professionnelle s’appliquait à des formules conformes aux tendances modernes.
On ne saurait reprocher aux céramistes britanniques de se souvenir avec trop de respect de leurs grands devanciers du début du XIXe siècle, car les pièces de faïence fine qui figurent dans nos musées, par la sobriété de leurs décors linéaires, par les procédés mécaniques de leur réalisation, sont peut-être celles qui se rapprochent le plus de l’esthétique & de la technique actuelles des pièces usuelles.
Italie. — L’héritage d’un glorieux passé pèse sur les céramistes italiens. Ils s’écartent timidement d’une voie si bien tracée. Les pots de pharmacie de Cantagalli sont à l’image de ceux des faïenciers de la Renaissance.
II faut noter toutefois l’effort de la Société Richard Ginori de Milan qui, dans ses faïences de la Manufacture de San Cristoforo & dans ses porcelaines de la fabrique de Doccia, a réalisé des pièces peut-être un peu trop littéraires, mais infiniment spirituelles, grâce à la collaboration de deux excellents artistes : l’architecte Gio Ponti & le sculpteur Saponaro. Dégagées à la fois du traditionalisme qui marquait en général l’exposition italienne & du futurisme outrancier des décors de théâtre, les œuvres de Gio Ponti révélaient un goût très net & une précieuse nouveauté.
Japon. — Les centres de fabrication, Nagoya Seto le plus ancien, Kyoto le plus illustre depuis le XVIIe siècle, Kanazawa, le plus récent, ont chacun leur style traditionnel propre & l’on ne saurait s’étonner de les voir tenir à ces traditions, dont le succès dans le monde est attesté par une exportation, en 1924, de 25 millions de yens, qui représentait 40% de la production totale de la céramique japonaise.
Si la fabrication de Nagoya Seto est la seule à évoluer, sous l’influence occidentale, vers des articles d’utilité courante, les ateliers isolés, répartis sur le reste du territoire, ne sont pas liés par une tradition aussi impérieuse que les grands centres; mais il semble que les artistes japonais pensent faire œuvre moderne en retournant aujourd’hui à leurs traditions nationales. C’est l’influence européenne qu’il leur faut éliminer pour retrouver la vieille sève. L’exposition de céramique, d’une technique supérieure, marquait le retour très net aux formules du passé. L’un des maîtres de la jeune école nationale est Miyagawa Kozan, de Yokohama, qui s’est toujours montré réfractaire à l influence européenne. Potier de porcelaine, praticien émérite du grand feu, il sait aussi tirer parti des ressources du feu de moufle, &, dans tous les domaines de la céramique, il enseigne la tradition.
Ce point de vue paraît d’ailleurs légitime; c’est en développant leurs traditions particulières que les pays peuvent évoluer vers des conceptions modernes, excluant la banalité des formules internationales.
Pays-Bas. — La céramique hollandaise témoigne d’une conception décorative plus neuve. Si certains de ses praticiens, disciples des Japonais, restent trop strictement fidèles à la leçon de leurs maîtres, la plupart se sont détachés de tout système de décoration traditionnel. Aux flancs de leurs faïences & de leurs grès s’enroule en un mouvement tumultueux un décor touffu, de couleur hardie & d’une audace moderniste, autant qu’on en peut juger par une exposition restreinte. II ne semble pas que la céramique hollandaise ait obtenu dans la technique des résultats importants. L’esprit décorateur l’anime ou plutôt un expressionnisme plein d’intentions psychologiques & d’inspirations littéraires.
Suède. — C’est l’attachement au passé que révèle la Section suédoise; mais elle fait un choix sévère parmi les formules anciennes. L’art suédois contemporain opère une sorte de filtrage & son expression plastique rappelle notre style Directoire & celui de Louis-Philippe. La fermeté du dessin s’unit à une réelle distinction. Une érudition choisie, une haute culture président à cette élaboration d’un goût sobre & discret. Qu’elles soient de Wilhelm Käge ou de Böckman, d’Ivar Johnsson ou de Karl Lindström, d’Edward Hald ou d’Arthur C. son Percy, faïences & porcelaines sont blanches d’un blanc d’ivoire, souvent de plan polygonal & n’ont pas d’autre décor qu’un rang de perlettes, un motif en léger relief, ou quelque ornement peint : monogramme, emblème ou fleur.
II convient de remarquer la fabrication savante de la céramique suédoise. C’est à la manufacture de Wedgwood qu’il y a quelque cent ans, celle de Gustavsberg a emprunté ses méthodes, comme l’ont fait, à cette époque, nombre de fabriques françaises, notamment Sarreguemines & Creil. Depuis, la poterie suédoise a suivi ses destinées propres. Elle s’est composé une pâte rendue plus dure & plus blanche que la faïence anglaise par l’addition de quartz & de feldspath; c’est une matière très résistante que façonne un outillage mécanique perfectionné & que décore la chromolithographie sous vernis en deux ou trois couleurs.
Suisse. — La Suisse présentait diverses fabrications de vases & de vaisselle en faïence & en porcelaine, mais c’étaient plutôt des œuvres de statuaire en terre cuite qui retenaient l’attention. On ne saurait oublier que les traditions des grandes fabriques de porcelaines, telles ?[ue celle de Nyon, s’étaient éteintes à la fin du XVIIIe siècle & que la fondation d’une nouvelle fabrique de porcelaines à Langenthal ne date pas de vingt-cinq ans.
Tchécoslovaquie. — La Section tchécoslovaque était une des plus importantes par le nombre des exposants. Mais les porcelaines sorties des grands ateliers de Bohême ne marquaient pas un effort en vue du rajeunissement du décor. La technique est excellente, mais les fabricants, trop souvent, se contentent de répondre aux goûts de leur clientèle. Leur production n'était pas marquée par l’originalité locale & savoureuse des poteries populaires : parmi celles-ci on remarquait une série de figurines d’animaux & de personnages qui, conçues avec malice ou en forme de caricature, manifestaient la vigueur d’un art nouveau, plein de sève.
Yougoslavie. — La céramique yougoslave semblait plus pénétrée de la formule qui unit l’art & l’industrie. Elle nous présentait des œuvres d’une sensibilité propre à l’amalgame des races anciennes : il y a, dans ce pays, dont les artistes ont peut-être, plus que d’autres, tourné leurs études vers l’Occident, des tendances pleines de promesses.