par worldfairs » 09 déc. 2023 12:19 pm
SECTIONS ÉTRANGÈRES.
La plupart des nations étrangères apportaient à la Classe 10 une importante participation. Toutefois quatre d’entre elles n’y figuraient pas & six ne comprenaient guère qu’une dizaine d’exposants. Dans ces manifestations restreintes, ni la Turquie, ni l’U. R. S. S. ne fournissaient d’éléments nouveaux. L’orfèvrerie populaire de la région d’Oustugue, par exemple, ne témoigne d’aucune des préoccupations esthétiques de l’Occident & l’on s’étonne que les formules si fortement affirmées dans les cercles intellectuels de la capitale n’aient pas encore modifié cet art du Moyen Age.
Des ateliers privés de Lettonie & la Ligue des femmes de Riga exposaient des objets d’orfèvrerie, pendentifs, insignes, présentant un savoureux caractère d’art populaire.
Le petit nombre des ferronniers de la Section Luxembourgeoise ne permettait pas d’en dégager un caractère bien marqué.
En Espagne, les ferronniers, les batteurs de métal, les émailleurs appliquent parfois encore leur grande habileté à des formes inspirées du XVIIIe siècle; Masriera y Carreras, Soldevilla manifestent, d’autre part, des velléités de modernisme.
Le mouvement de rénovation qui s’est produit en Pologne a transformé l’architecture & les arts populaires, si riches en enseignements & si fertiles en ressources. Il semble que les arts du métal, si toutefois les quelques éléments exposés permettent d’en juger, n’aient pas encore aussi largement participé à cette renaissance : dans le bronze cependant, les œuvres de Szukalski témoignaient d’une impeccable technique & d’une grande beauté de style.
Autriche. — Les arts du métal en Autriche présentent une grande unité. L’enseignement dispensé, depuis le début du siècle, non seulement par les écoles nationales, mais parles «académies» privées, détermine la formule actuelle : elle est tirée de l’œuvre du grand architecte Joseph Hoffmann, professeur à l’Ecole des arts & métiers de Vienne. « L’Ecole Joseph Hoffmann » apparaît même à titre de coopérateur d’un émailleur & d’un serrurier. Elle aurait pu revendiquer sa part dans l’œuvre des orfèvres, des bronziers & des fabricants d’objets en métal. Son style répudie formellement les réminiscences du passé; les proportions, l’aspect des surfaces, l’ornementation des formes manifestent un esprit dont l’inattendu séduit & dont la volonté subjugue.
Belgique. — Les arts du métal, dans la Section belge, consistaient surtout en orfèvrerie, en ferronnerie, en bronze d’éclairage. Les exposants ont fait preuve d’une véritable maîtrise. Encore les ferronniers restent-ils fidèles à la fois à une formule décorative où domine le goût du détail & à une technique de forge qui s’y adapte à merveille. Les orfèvres semblent posséder un esprit d’invention, une vive sensibilité, une large compréhension des phénomènes sociaux. Le goût contemporain, qui n’est pas une mode fugitive, mais répond à des conditions de vie stable, éveille chez eux l’initiative. Altenloh & Philippe Wolfers, praticiens émérites, sont aussi des artistes aux idées neuves. La salle à manger d’apparat du Pavillon national belge, conçue par P. Wolfers, se recommandait par l’unité de son style; les formes de l’orfèvrerie s’y harmonisaient avec celles des verreries, des céramiques & des meubles.
Danemark. — Nation de céramistes, le Danemark est aussi une nation d’orfèvres. Ses premières recherches sont contemporaines des nôtres. Renonçant aux formules du XVIIIe siècle, les orfèvres danois ont appliqué leur esprit d’indépendance à une expérience dont ils pressentaient les suites. En 1900, l’art de Karl Michelsen se caractérisait par sa grande simplicité. « Par l’emploi d’une seule fleur, écrivait Henri Bouilhet, ou même par la disposition alternée d’un seul pétale, l’artiste a su donner naissance à des combinaisons du plus gracieux effet. »
Cet esprit de sobriété, de sélection, de pureté caractérise aujourd’hui l’orfèvrerie danoise, telle que nous la montrent les compositions de Fisker ou de Bindesböll réalisées par A. Michelsen. La nôtre affecte des plans simples & accuse des effets de volume ; celle de nos émules oppose à une masse importante des éléments précieux d’une grande légèreté : quatre menus rameaux d’argent soutiennent une haute coupe nue. Fjerdingstadt se plaît à conservera la feuille d’argent une certaine rusticité. Mais le style vraiment caractéristique de l’orfèvrerie danoise est celui qu’a créé Jensen. Sa formule fort heureuse unit le caractère brillant, la recherche délicate des chefs-d’œuvre de la Renaissance à la sobriété moderne. Cette tendance est celle de toute une école de praticiens comme Dragsted, Mogens Ballin, Just Andersen, Kaj Bojesen, Ewald Nielsen, Erik Magnussen.
Le Danemark possède aussi une antique & célèbre lignée de fondeurs de bronze que représentaient Rasmussen en ses sièges pliants, archaïques mais savoureux & Henningsen dont les appareils d’éclairage traversant, au moyen d’une forte ampoule, des réflecteurs métalliques superposés, répandent une lumière diffuse & discrètement atténuée.
Grande-Bretagne. — L’orfèvrerie britannique se caractérise par la recherche de la commodité & le soin de l’exécution, autant que par l’aspect même qu’elle sait donner au métal. Les larges surfaces chargent sont polies, nettes, unies, un peu froides, mais leur exceptionnelle pureté constitue une parfaite réussite technique. On n’en regrette que plus l’abstention de certains grands orfèvres, éloignés de l’Exposition de 1925, comme ils l’avaient été de celle de 1900.
Italie. — Deux métiers intéressants se partagent la faveur des artisans italiens : le travail du bronze & celui du fer forgé. Tous deux sont traités avec une brillante virtuosité. Il n’est pas une cire perdue, il n’est pas une œuvre de forge qui ne soit un morceau de bravoure. Si aucun procédé moderne n’a tenté l’ingéniosité des praticiens italiens, les exposants ferronniers & fondeurs de bronze, Mazzucotelli, Rizzarda, Arpesani, Wildt demeurent les représentants d’une tradition illustre.
Japon. — Les arts du métal sont de ceux que le Japon, à toute époque, a pratiqués avec éclat. Orfèvres & émailleurs, ferronniers & bronziers, gardent la virtuosité dont témoignaient dans le passé les chefs-d’œuvre que nos Musées se disputent à l’envi. Jusque vers 1900, les artistes s’étaient cantonnés dans la reproduction des modèles traditionnels; à partir de ce moment se manifesta une tendance au réalisme, qui s’affirma surtout après la création de cours de peinture & de sculpture occidentale à l’Ecole des beaux-arts de Tokio, en 1897 : le réalisme exerça une grande influence sur les bronzes.
Les anciennes techniques des métaux forgés ou repoussés ont pris un large développement, notamment dans l'application de la gravure & delà niellure.Le travail du métal ciselé s’était, sous le Shogounat, appliqué surtout aux garnitures de sabres. Depuis Père de Meiji, ces objets ciselés ont trouvé d’autres applications dans la parure & l’ameublement.
Toutefois, si les Écoles d’art de Kyoto & de Tokio dispensent un enseignement approfondi, où l’étude des vieilles & glorieuses formules nationales n’exclut pas celle des techniques importées de l’Europe moderne, il n’existe encore au Japon que peu de firmes industrielles; les artisans isolés travaillent dans leur atelier selon la coutume ancienne : de là le grand nombre d’exposants & l’extrême diversité de la Section. L’orfèvrerie est le métier préféré de Yasuyoshi Nakajima & de Kado Sugita, la fonte celui de Hakusaï Okuni, l’émail cloisonné celui de Schichiho Inaba. Des boîtes, des cassolettes, des surtouts, des étuis gravés, niellés, incrustés & patinés de mille manières témoignent d’un goût exquis digne des meilleures époques.
Les procédés spéciaux employés pour le cloisonné sont encore ceux qui furent inventés, il y a cent ans, par Tsounékitchi Kaji & perfectionnés vers 1880 par Ando de Nagoya. La production, exclusivement manuelle & très coûteuse, des objets en émail cloisonné, qui atteint une valeur manuelle de 700,000 à 800,000 yens, prendra un essor nouveau lorsque l’adaptation des objets à un usage pratique, conforme à la vie moderne, & l’introduction, dans certaines parties de la fabrication, du travail mécanique se seront développées.
Pays-Bas. — D’une manière générale, l'art hollandais nous révèle un souci d’originalité; la Hollande est un des rares pays où les essais d’un renouvellement artistique aient été, de prime abord, accueillis avec sympathie. Ici, c’est un effet de masse & de ligne que recherchent les artistes, plutôt qu’ils ne s’ingénient à interpréter par les formes la structure de l’objet. L’aspect décoratif prime l’effet constructif ; c’est là le trait essentiel qui différencie l’art hollandais des conceptions françaises, nordiques & germaniques. Au surplus, les techniciens néerlandais n’ont pas encore abandonné, pour les procédés mécaniques, les vieilles pratiques artisanes. Orfèvres & ferronniers constituaient l’apport des Pays-Bas à la classe du métal : ferronneries de forge telles que lanternes & consoles, d’une grande variété décorative; orfèvreries, dont certaines sont exécutées au marteau & à la lime, ce qui leur confère d’ailleurs une saveur singulière. Tandis que l’architecture hollandaise affirme de nos jours une nudité sévère, tous les arts qui la complètent apparaissent plus tourmentés.
Suède. — Peu de nations ont renouvelé, plus profondément que la Suède, leur esthétique traditionnelle. Ce pays qui, au cours des âges, a réalisé des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, de bronze & de ferronnerie, présentait, en 1925, une section très cohérente.
Si l’orfèvrerie suédoise s’apparente à l’orfèvrerie danoise, elle garde une réminiscence du glorieux XVIIIe siècle; elle n’en a que plus de mérite à trouver dans des œuvres sobres un accent original. A l’orfèvrerie d’argent, la Suède ajoute celle de l’étain; dédaignée au siècle dernier, elle n’en hérite pas moins d’une très longue tradition. Elle fut, au XVIIe siècle, la rivale de la «grosserie» d’argent; les praticiens suédois donnaient au métal précieux tout l’éclat & le poli, laissant à l’étain son aspect lourd, un peu terne. C’est en ce sens, mais avec un goût tout nouveau, que travaillent les potiers d’étain modernes. D’un objet destiné à des usages vulgaires, ils font un objet de beauté.
La Suède a rénové l’art de ce métal qu’elle emploie même dans le luminaire, de même qu’elle a rénové l'art de la fonte de fer appliqué à la décoration des jardins.
Suisse. — L’art du métal, en Suisse, comporte deux grandes catégories : l’horlogerie, qu’illustrent des noms comme ceux de Georges & Henri Ditisheim; l’orfèvrerie, représentée par des maîtres tels que Jucker & Knöll.
L’horlogerie suisse est une industrie nationale, pratiquée dans tout le pays. Naguère elle s’exerçait à domicile, dans les maisons paysannes, où la grange surmonte l’atelier. Puis elle s’est concentrée dans quelques villes : La Chaux-de-Fonds, Bienne, Le Locle, Saint-Imier. Le travail à la main fait place à la fabrication mécanique. Aujourd’hui, cinquante mille ouvriers, répartis en plusieurs centaines d’usines, fabriquent à la machine les pièces de la montre & de la pendule en quantité telle que la Suisse alimente le monde entier. Elle seule a su, depuis un quart de siècle, organiser sa production selon des méthodes rationnelles, utilisant les progrès de la science & de l’industrie. Toutefois l’outillage ne se perfectionne & même ne se maintient qu’au prix d’études ininterrompues. Tout un peuple d’ingénieurs & de mécaniciens est constamment occupé à l’améliorer. Une élite de chronométriers travaille à réaliser les mécanismes de précision que des ouvriers instruits, intelligents & zélés, dignes collaborateurs de ces maîtres, exécutent avec une perfection qui est l’honneur de la technique suisse. Il est à remarquer que le régime du travail, dans la république fédérale, est éminemment favorable à ces métiers supérieurs. La Suisse vit sous le régime du Werkbund, qui associe étroitement le laboratoire universitaire, l’atelier d’artiste & I usine. La prospérité d’une industrie qui régit actuellement toute la production horlogère atteste l’excellence de ce régime.
Tchécoslovaquie. — La République tchécoslovaque offre l’exemple des ressources industrielles & professionnelles qu’apportent à un Etat des établissements d’enseignement animés d’un esprit d’initiative. Sur cinquante exposants, quatre seulement étaient des industriels; les autres étaient des statuaires, des architectes, presque tous professeurs. La Section tchécoslovaque ne présentait ni quincaillerie d’appartement, ni bronze d’éclairage, ni orfèvrerie de table; outre quelques ferronneries décoratives & quelques bijoux, elle avait réuni surtout des bronzes d’art; citons le remarquable «Moto-cycliste» de Svec, coulé par Anyz, oeuvre d’expression saisissante & de parfaite exécution, ou encore le charmant «Génie» de Stursa, coulé par Bartak.
Yougoslavie. — Le principal intérêt de la Section yougoslave résidait dans les filigranes dont les orfèvres de Prizren sont probablement les seuls à perpétuer la tradition. On eût aimé retrouver, dans la forme & la technique, une plus grande curiosité de l’esthétique moderne.
Mais n’est-ce pas précisément l’intérêt des expositions internationales que de montrer aux bons ouvriers, instruits des techniques les plus variées, les ressources infinies qui s’offrent pour en renouveler les thèmes & les moyens d’exécution ?
SECTIONS ÉTRANGÈRES.
La plupart des nations étrangères apportaient à la Classe 10 une importante participation. Toutefois quatre d’entre elles n’y figuraient pas & six ne comprenaient guère qu’une dizaine d’exposants. Dans ces manifestations restreintes, ni la Turquie, ni l’U. R. S. S. ne fournissaient d’éléments nouveaux. L’orfèvrerie populaire de la région d’Oustugue, par exemple, ne témoigne d’aucune des préoccupations esthétiques de l’Occident & l’on s’étonne que les formules si fortement affirmées dans les cercles intellectuels de la capitale n’aient pas encore modifié cet art du Moyen Age.
Des ateliers privés de Lettonie & la Ligue des femmes de Riga exposaient des objets d’orfèvrerie, pendentifs, insignes, présentant un savoureux caractère d’art populaire.
Le petit nombre des ferronniers de la Section Luxembourgeoise ne permettait pas d’en dégager un caractère bien marqué.
En Espagne, les ferronniers, les batteurs de métal, les émailleurs appliquent parfois encore leur grande habileté à des formes inspirées du XVIIIe siècle; Masriera y Carreras, Soldevilla manifestent, d’autre part, des velléités de modernisme.
Le mouvement de rénovation qui s’est produit en Pologne a transformé l’architecture & les arts populaires, si riches en enseignements & si fertiles en ressources. Il semble que les arts du métal, si toutefois les quelques éléments exposés permettent d’en juger, n’aient pas encore aussi largement participé à cette renaissance : dans le bronze cependant, les œuvres de Szukalski témoignaient d’une impeccable technique & d’une grande beauté de style.
Autriche. — Les arts du métal en Autriche présentent une grande unité. L’enseignement dispensé, depuis le début du siècle, non seulement par les écoles nationales, mais parles «académies» privées, détermine la formule actuelle : elle est tirée de l’œuvre du grand architecte Joseph Hoffmann, professeur à l’Ecole des arts & métiers de Vienne. « L’Ecole Joseph Hoffmann » apparaît même à titre de coopérateur d’un émailleur & d’un serrurier. Elle aurait pu revendiquer sa part dans l’œuvre des orfèvres, des bronziers & des fabricants d’objets en métal. Son style répudie formellement les réminiscences du passé; les proportions, l’aspect des surfaces, l’ornementation des formes manifestent un esprit dont l’inattendu séduit & dont la volonté subjugue.
Belgique. — Les arts du métal, dans la Section belge, consistaient surtout en orfèvrerie, en ferronnerie, en bronze d’éclairage. Les exposants ont fait preuve d’une véritable maîtrise. Encore les ferronniers restent-ils fidèles à la fois à une formule décorative où domine le goût du détail & à une technique de forge qui s’y adapte à merveille. Les orfèvres semblent posséder un esprit d’invention, une vive sensibilité, une large compréhension des phénomènes sociaux. Le goût contemporain, qui n’est pas une mode fugitive, mais répond à des conditions de vie stable, éveille chez eux l’initiative. Altenloh & Philippe Wolfers, praticiens émérites, sont aussi des artistes aux idées neuves. La salle à manger d’apparat du Pavillon national belge, conçue par P. Wolfers, se recommandait par l’unité de son style; les formes de l’orfèvrerie s’y harmonisaient avec celles des verreries, des céramiques & des meubles.
Danemark. — Nation de céramistes, le Danemark est aussi une nation d’orfèvres. Ses premières recherches sont contemporaines des nôtres. Renonçant aux formules du XVIIIe siècle, les orfèvres danois ont appliqué leur esprit d’indépendance à une expérience dont ils pressentaient les suites. En 1900, l’art de Karl Michelsen se caractérisait par sa grande simplicité. « Par l’emploi d’une seule fleur, écrivait Henri Bouilhet, ou même par la disposition alternée d’un seul pétale, l’artiste a su donner naissance à des combinaisons du plus gracieux effet. »
Cet esprit de sobriété, de sélection, de pureté caractérise aujourd’hui l’orfèvrerie danoise, telle que nous la montrent les compositions de Fisker ou de Bindesböll réalisées par A. Michelsen. La nôtre affecte des plans simples & accuse des effets de volume ; celle de nos émules oppose à une masse importante des éléments précieux d’une grande légèreté : quatre menus rameaux d’argent soutiennent une haute coupe nue. Fjerdingstadt se plaît à conservera la feuille d’argent une certaine rusticité. Mais le style vraiment caractéristique de l’orfèvrerie danoise est celui qu’a créé Jensen. Sa formule fort heureuse unit le caractère brillant, la recherche délicate des chefs-d’œuvre de la Renaissance à la sobriété moderne. Cette tendance est celle de toute une école de praticiens comme Dragsted, Mogens Ballin, Just Andersen, Kaj Bojesen, Ewald Nielsen, Erik Magnussen.
Le Danemark possède aussi une antique & célèbre lignée de fondeurs de bronze que représentaient Rasmussen en ses sièges pliants, archaïques mais savoureux & Henningsen dont les appareils d’éclairage traversant, au moyen d’une forte ampoule, des réflecteurs métalliques superposés, répandent une lumière diffuse & discrètement atténuée.
Grande-Bretagne. — L’orfèvrerie britannique se caractérise par la recherche de la commodité & le soin de l’exécution, autant que par l’aspect même qu’elle sait donner au métal. Les larges surfaces chargent sont polies, nettes, unies, un peu froides, mais leur exceptionnelle pureté constitue une parfaite réussite technique. On n’en regrette que plus l’abstention de certains grands orfèvres, éloignés de l’Exposition de 1925, comme ils l’avaient été de celle de 1900.
Italie. — Deux métiers intéressants se partagent la faveur des artisans italiens : le travail du bronze & celui du fer forgé. Tous deux sont traités avec une brillante virtuosité. Il n’est pas une cire perdue, il n’est pas une œuvre de forge qui ne soit un morceau de bravoure. Si aucun procédé moderne n’a tenté l’ingéniosité des praticiens italiens, les exposants ferronniers & fondeurs de bronze, Mazzucotelli, Rizzarda, Arpesani, Wildt demeurent les représentants d’une tradition illustre.
Japon. — Les arts du métal sont de ceux que le Japon, à toute époque, a pratiqués avec éclat. Orfèvres & émailleurs, ferronniers & bronziers, gardent la virtuosité dont témoignaient dans le passé les chefs-d’œuvre que nos Musées se disputent à l’envi. Jusque vers 1900, les artistes s’étaient cantonnés dans la reproduction des modèles traditionnels; à partir de ce moment se manifesta une tendance au réalisme, qui s’affirma surtout après la création de cours de peinture & de sculpture occidentale à l’Ecole des beaux-arts de Tokio, en 1897 : le réalisme exerça une grande influence sur les bronzes.
Les anciennes techniques des métaux forgés ou repoussés ont pris un large développement, notamment dans l'application de la gravure & delà niellure.Le travail du métal ciselé s’était, sous le Shogounat, appliqué surtout aux garnitures de sabres. Depuis Père de Meiji, ces objets ciselés ont trouvé d’autres applications dans la parure & l’ameublement.
Toutefois, si les Écoles d’art de Kyoto & de Tokio dispensent un enseignement approfondi, où l’étude des vieilles & glorieuses formules nationales n’exclut pas celle des techniques importées de l’Europe moderne, il n’existe encore au Japon que peu de firmes industrielles; les artisans isolés travaillent dans leur atelier selon la coutume ancienne : de là le grand nombre d’exposants & l’extrême diversité de la Section. L’orfèvrerie est le métier préféré de Yasuyoshi Nakajima & de Kado Sugita, la fonte celui de Hakusaï Okuni, l’émail cloisonné celui de Schichiho Inaba. Des boîtes, des cassolettes, des surtouts, des étuis gravés, niellés, incrustés & patinés de mille manières témoignent d’un goût exquis digne des meilleures époques.
Les procédés spéciaux employés pour le cloisonné sont encore ceux qui furent inventés, il y a cent ans, par Tsounékitchi Kaji & perfectionnés vers 1880 par Ando de Nagoya. La production, exclusivement manuelle & très coûteuse, des objets en émail cloisonné, qui atteint une valeur manuelle de 700,000 à 800,000 yens, prendra un essor nouveau lorsque l’adaptation des objets à un usage pratique, conforme à la vie moderne, & l’introduction, dans certaines parties de la fabrication, du travail mécanique se seront développées.
Pays-Bas. — D’une manière générale, l'art hollandais nous révèle un souci d’originalité; la Hollande est un des rares pays où les essais d’un renouvellement artistique aient été, de prime abord, accueillis avec sympathie. Ici, c’est un effet de masse & de ligne que recherchent les artistes, plutôt qu’ils ne s’ingénient à interpréter par les formes la structure de l’objet. L’aspect décoratif prime l’effet constructif ; c’est là le trait essentiel qui différencie l’art hollandais des conceptions françaises, nordiques & germaniques. Au surplus, les techniciens néerlandais n’ont pas encore abandonné, pour les procédés mécaniques, les vieilles pratiques artisanes. Orfèvres & ferronniers constituaient l’apport des Pays-Bas à la classe du métal : ferronneries de forge telles que lanternes & consoles, d’une grande variété décorative; orfèvreries, dont certaines sont exécutées au marteau & à la lime, ce qui leur confère d’ailleurs une saveur singulière. Tandis que l’architecture hollandaise affirme de nos jours une nudité sévère, tous les arts qui la complètent apparaissent plus tourmentés.
Suède. — Peu de nations ont renouvelé, plus profondément que la Suède, leur esthétique traditionnelle. Ce pays qui, au cours des âges, a réalisé des chefs-d’œuvre d’orfèvrerie, de bronze & de ferronnerie, présentait, en 1925, une section très cohérente.
Si l’orfèvrerie suédoise s’apparente à l’orfèvrerie danoise, elle garde une réminiscence du glorieux XVIIIe siècle; elle n’en a que plus de mérite à trouver dans des œuvres sobres un accent original. A l’orfèvrerie d’argent, la Suède ajoute celle de l’étain; dédaignée au siècle dernier, elle n’en hérite pas moins d’une très longue tradition. Elle fut, au XVIIe siècle, la rivale de la «grosserie» d’argent; les praticiens suédois donnaient au métal précieux tout l’éclat & le poli, laissant à l’étain son aspect lourd, un peu terne. C’est en ce sens, mais avec un goût tout nouveau, que travaillent les potiers d’étain modernes. D’un objet destiné à des usages vulgaires, ils font un objet de beauté.
La Suède a rénové l’art de ce métal qu’elle emploie même dans le luminaire, de même qu’elle a rénové l'art de la fonte de fer appliqué à la décoration des jardins.
Suisse. — L’art du métal, en Suisse, comporte deux grandes catégories : l’horlogerie, qu’illustrent des noms comme ceux de Georges & Henri Ditisheim; l’orfèvrerie, représentée par des maîtres tels que Jucker & Knöll.
L’horlogerie suisse est une industrie nationale, pratiquée dans tout le pays. Naguère elle s’exerçait à domicile, dans les maisons paysannes, où la grange surmonte l’atelier. Puis elle s’est concentrée dans quelques villes : La Chaux-de-Fonds, Bienne, Le Locle, Saint-Imier. Le travail à la main fait place à la fabrication mécanique. Aujourd’hui, cinquante mille ouvriers, répartis en plusieurs centaines d’usines, fabriquent à la machine les pièces de la montre & de la pendule en quantité telle que la Suisse alimente le monde entier. Elle seule a su, depuis un quart de siècle, organiser sa production selon des méthodes rationnelles, utilisant les progrès de la science & de l’industrie. Toutefois l’outillage ne se perfectionne & même ne se maintient qu’au prix d’études ininterrompues. Tout un peuple d’ingénieurs & de mécaniciens est constamment occupé à l’améliorer. Une élite de chronométriers travaille à réaliser les mécanismes de précision que des ouvriers instruits, intelligents & zélés, dignes collaborateurs de ces maîtres, exécutent avec une perfection qui est l’honneur de la technique suisse. Il est à remarquer que le régime du travail, dans la république fédérale, est éminemment favorable à ces métiers supérieurs. La Suisse vit sous le régime du Werkbund, qui associe étroitement le laboratoire universitaire, l’atelier d’artiste & I usine. La prospérité d’une industrie qui régit actuellement toute la production horlogère atteste l’excellence de ce régime.
Tchécoslovaquie. — La République tchécoslovaque offre l’exemple des ressources industrielles & professionnelles qu’apportent à un Etat des établissements d’enseignement animés d’un esprit d’initiative. Sur cinquante exposants, quatre seulement étaient des industriels; les autres étaient des statuaires, des architectes, presque tous professeurs. La Section tchécoslovaque ne présentait ni quincaillerie d’appartement, ni bronze d’éclairage, ni orfèvrerie de table; outre quelques ferronneries décoratives & quelques bijoux, elle avait réuni surtout des bronzes d’art; citons le remarquable «Moto-cycliste» de Svec, coulé par Anyz, oeuvre d’expression saisissante & de parfaite exécution, ou encore le charmant «Génie» de Stursa, coulé par Bartak.
Yougoslavie. — Le principal intérêt de la Section yougoslave résidait dans les filigranes dont les orfèvres de Prizren sont probablement les seuls à perpétuer la tradition. On eût aimé retrouver, dans la forme & la technique, une plus grande curiosité de l’esthétique moderne.
Mais n’est-ce pas précisément l’intérêt des expositions internationales que de montrer aux bons ouvriers, instruits des techniques les plus variées, les ressources infinies qui s’offrent pour en renouveler les thèmes & les moyens d’exécution ?