Le Palais des Armées de Terre et de Mer

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Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 02 févr. 2023 08:56 pm

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

Histoire du Palais des Armées de Terre et de Mer.

Primitivement chacun des ministères devait concourir à l’Exposition par une exhibition indépendante; c’est ce qui s’était produit en 1889, chaque département avait disposé d’un budget spécial et avait pu faire une exposition particulière. Les plans avaient été dressés, revus, visés et paraphés ; il avait été entendu que l'Etat prendrait à sa charge les trois millions nécessaires aux constructions; tout était prêt... ou du moins, il ne manquait plus que l’accomplissement d’une petite formalité, oh! bien petite : le vote des crédits par les Chambres; ce fut la pierre d’achoppement. Les députés qui avaient déjà voté tant de millions pour l’Exposition refusèrent l’argent pour la représentation des ministères. Il fallut s’incliner et les beaux projets furent enterrés.

Cependant le Commissaire général tenait absolument à un palais de la Guerre; il ne voulait point renoncer à l’idée qu’il avait eue de faire un grand palais pour les armées ; et, pendant qu’il aliénait, au bénéfice d’autres constructions, les terrains primitivement réservés aux différents ministères, il conservait intact celui de la Seine sur lequel devait s’élever le palais qui nous occupe ; il faisait étudier dans les agences une modification du projet initial, de façon à en diminuer les ^dépenses, d’autre part il cherchait à trouver l’argent nécessaire — deux millions — par des économies et des emprises sur les fonds disponibles.

Bref, le palais qui avait failli ne jamais voir le jour reçut son baptême au mois de septembre 1899 et sa construction fut confiée à MM. Umdenstock et Auburtin, les auteurs du projet primitif.

Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 18 janv. 2023 10:07 am

Article extrait du magazine "A l'Exposition" de 1900

M Félix Duquesnel a fait dans une des chroniques du lundi qu’il donne au Petit Journal une description vivante et colorée du Musée de l’Armée dont la reproduction ici sera agréable, espérons nous, à nos lecteurs.

Exposition militaire de la Roumanie
Exposition militaire de la Roumanie

Dans leur long Palais, s’étendent, sur les bords de la Seine, les expositions des Armées de terre et de mer. Ici, c’est le spectacle de la guerre moderne, avec des engins terribles. Mais si, quittant cet emmagasinaient immense de canons de toutes formes, les uns courts, trapus, larges, repliés sur eux-mêmes, les autres lisses, et s’allongeant à l’infini, ainsi que de monstrueuses couleuvres d’acier, on gravit l’escalier qui conduit au premier étage, on parvient alors au Musée de l’Armée. Là, c’est tout autre chose; le décor change, la vision est singulière et grandiose, et voici que paraît à nos yeux l’histoire militaire de notre pays, depuis bien des siècles.

Et devant nous se déroule le panorama héroïque, où chacune de nos gloires guerrières est représentée par un souvenir, une relique, mieux encore, une image, donnant l’épopée triomphale, avec ses éclats de victoire, et aussi ses douleurs, ses résignations sublimes, son mépris de la mort, et, avant tout, l’abandon de soi-même à la Patrie.

Exposition rétrospective de l'Armée allemande
Exposition rétrospective de l'Armée allemande

Je ne sais rien de plus beau, de plus saisissant, de plus émouvant que cette réunion artistement faite d’uniformes, d’armes, de drapeaux, de cuirasses, d’épaulettes; de harnachements, qui tous portent un nom historique, nom L’homme ou de bataille. Pour l’obtenir, il a fallu faire une battue aux; quatre coins de la France et frapper à toutes, les portes, Il est vrai que toutes les portes se sont ou-_vert es, et que chacun a tenu à honneur de figurer au Musée, en y apportant son contingent personnel.


Restait à faire l’arrangement de ces richesses historiques, leur groupement, la mise en scène, — si j’ose dire ainsi, — qui est leur présentation aux regards des spectateurs. Celle-ci a été faite, et avec un art inexprimable, par un grand artiste: j’ai nommé Edouard De-taille, le célèbre peintre militaire, qui n’a marchandé ni son temps ni ses peines. Il est vrai qu’il a été bien récompensé par le résultat obtenu, celui d’un spectacle unique au monde, qu’on n’a jamais vu, que certainement on ne reverra jamais, et qui est comme le monument superbe de la gloire nationale.

Je voudrais parler ici de tout ce que m'a montré une première promenade rapide à travers « le Musée de l’Armée. ». Pour faire cela, il faudrait des volumes, puisque nous commençons avec le quinzième siècle, pour en arriver à nos jours, — ou plutôt, je me trompe, car on a déchiré les dernières pages du livre, les plus récentes, celles lugubres, faites quand même d’héroïsme, mais qu'on ne saurait lire sans avoir les larmes dans les yeux. — Inutile de dire que les documents les plus nombreux et les plus complets se réfèrent aux vingt-cinq années de la Révolution et de l’Empire, un quart de siècle qui ne fut qu’une bataille, car on ne s’y arrêta guère que pour reprendre haleine !

La Section russe au Palais des Armées de Terre et de Mer
La Section russe au Palais des Armées de Terre et de Mer

En des vitrines s’accumulent, avec une ordonnance parfaite, logique en leur ordre de chronologie, les uniformes — combien troués par les balles! — les drapeaux, les armes, les insignes, tandis qu’en des montres à plat, fermées par des glaces, s’étalent, en vue, les objets de taille moindre, les épées d’honneur, voire les sabres — ceux donnés au cours de l’expédition d’Egypte, entre autres, bien curieux, recourbés, de forme orientale, avec leurs Ornements d’argent niellé — et les souvenirs sans nombre.

Voici le drapeau déployé du Ier grenadiers de la garde, qui porte inscrits les noms de toutes les capitales de l’Europe où il fut planté vainqueur, faisant claquer ses plis glorieux à tous les vents; les balles qui l’ont fouetté, en firent une « guipure »; et c’est ce drapeau là que le général Petit présenta à l’Empereur, dans la grande cour du château de Fontainebleau, alors que Napoléon, prêt à partir pour l’exil, embrassant tous ses soldats en un seul, fit ses adieux à la vieille garde.

Voici quelques objets moindres, mais d'intérêt pittoresque : la montre du capitaine Paulin, qui commandait les pontonniers de la garde à la Bérésina, celui qui, avec ses sapeurs, construisit le pont de bois par où s’opéra le sauvetage de l’armée. Comme il resta debout, dans l’eau glacée, jusqu’à mi-corps, pendant des heures entières, sa montre s’arrêta, « figée » dans son gousset ; elle marque encore aujourd’hui, à bien près d’un siècle, l’heure qu’il était ce jour-là. Le ressort de l’homme — chef-d’œuvre de l’horloger divin, — plus solide que celui de la montre, résista, alors que l’autre, — l’œuvre humaine, — avait succombé, car le brave Paulin ne mourut que cinquante ans plus tard, avec des épaulettes ornées de trois étoiles d’argent.

Cette pipe, au large fourneau en écume de mer, avec son tuyau de merisier, est celle du général Lasalle. Elle est historique, comme le fut la pipe de Jéan-Bart. Le général ne la quittait guère; on dit qu’il la fumait à Wagram et qu’elle était à ses lèvres, alors qu’il tomba raide mort, frappé d’une balle au front.

Et ces baguettes de tambour, en bois d’ébène, garnies d’argent, ce sont les « baguettes d’honneur », décernées par le général Bonaparte à Nicolas Laugier — le tambour d'Arcole — celui-là, presque un enfant, qui battit la charge au milieu du pont, seul, sous les balles autrichiennes, rappelant, du son de son tambour, les troupes d’Augereau qui pliaient devant la fusillade, battant toujours, sans relâche, battant quand même, battant enfin de son seul bras droit, quand le gauche eut été broyé d'un coup de feu!

Entrée du Palais des Armées de Terre et de Mer
Entrée du Palais des Armées de Terre et de Mer

Nous trouvons, plus loin, le sabre que portait Kléber à la bataille d’Héliopolis; — le sabre de Marceau, — et la carabine du chasseur tyrolien, dont la balle stupide donna la mort au poétique général de vingt-trois ans.

Plus près de nous, l’expédition de Crimée, ou plutôt le siège de Sébastopol, nous présente aussi son reliquaire : les épaulettes du colonel de Brandon, tué au parapet du Mamelon-Vert — le sang les macule encore. — la ceinture du général de Pontevès, tué à l’assaut de Malakoff, la tunique du général Mayran, mise en charpie par un obus.


Ce qui double l’intérêt des souvenirs sans nombre qui font de ce Musée comme le reliquaire français, c’est qu’aux murailles sont appendus les portraits précieux de ces aïeux illustres, ceux-ci recueillis partout.


Chacune de ces peintures a son histoire, et l’ensemble de ces histoires fait celle de notre pays.
Puis, n’est-ce pas un problème passionnant que de recomposer, d’après ses traits, le caractère du héros dont on voit l’image, et de le faire revivre par la pensée, comme le rêve d’une réalité entrevue?

Successivement, passent d’abord sous nos yeux, les figures de Bayard, le chevalier sans peur et sans reproche; François Ier, le roi galant homme; l’amiral de Coligny; Bussy d’Amboise, — qu’Alexandre Dumas a fait revivre dans son roman de la Dame de Montsoreau, — le brave Bussy, et sa sœur, bien digne de lui, l’héroïque maréchale de Balagny, dont l'effigie figure — seule de son sexe — à Versailles, dans la salle des Maréchaux, parce que c’est elle qui fut vraiment le « maréchal». Son mari, Jean de Montluc, gouverneur de Cambrai, ayant capitulé et livré la ville aux Espagnols : « Messire, vous vous êtes lâchement rendu, — lui dit-elle, — mais moi je suis libre et ne capitule pas! » Alors, s’étant réfugiée dans la forteresse avec quelques soldats, elle soutint un siège de plusieurs jours, faisant elle-même le coup de mousquet; puis, à bout de vivres et de munitions, elle se tua sur la brèche plutôt que de se rendre.

Le Tourelle cuirassée du Creusot
Le Tourelle cuirassée du Creusot

Et voici successivement le roi Henri IV; le brave Crillon ; Sully; le maréchal de Biron, — qui fut coupé en deux par un boulet de canon au siège d’Épernay,— le connétable de Les-diguières; et plus loin le masque implacable d’Armand du Plessis, cardinal de Richelieu, sur son lit de mort; plus loin encore, Turenne ; le grand Condé avec son profil busqué et ses yeux d’oiseau de proie; le duc d’Antin; le comte de Toulouse ; Vauban; le prince de Conti ; le maréchal de Boufflers; le chevalier de Grassin, commandant des arquebusiers de Grassin, — d’où descend directement le 4° de chasseurs à cheval,— le chevalier d’Assas; dont la mort héroïque au cri de : « A moi, Auvergne! » nous est contée dans une sépia de Moreau; le maréchal de Rochambeau dont on vient d’inaugurer la statue à Vendôme, et tant d’autres...

Dans la période révolutionnaire, le musée n’est pas moins riche et, là, ce ne sont plus seulement des portraits qui s’exposent, — comme ceux de Kléber, Desaix, Joubert, Leclerc, — mais aussi des sujets, des batailles, des revues, des épisodes.. .


Mais la partie la plus brillante, c’est sans contredit le premier Empire. Bonaparte y préside sous l’aspect d’un curieux portrait en pied qu’a prêté le musée de Liège: celui qui sera bientôt l’empereur Napoléon y est représenté sous l’habit de velours rouge incarnat du premier consul. La ville de Liège, en 1802, voulut avoir le portrait du général Bonaparte, envers lequel elle avait contracté une dette de reconnaissance. Or, la municipalité n’était pas riche et elle commanda la peinture «au rabais» à un tout jeune homme, un prix de Rome, « sans ouvrage » ; celui-là s’appelait Ingres et livra un chef-d’œuvre. C’est ce portrait que nous voyons aujourd’hui, et ce n’est certes pas la moindre des peintures nées du pinceau du célèbre artiste.

Autour de Bonaparte se groupe la pléiade des maréchaux, des généraux, des officiers de tous grades: c’est Murat, le beau Murat, dans son éclatant uniforme des chasseurs de la garde; Lasalle, le cavalier merveilleux; les maréchaux Victor, Davout, Latines, Lefebvre—et, Dieu me pardonne, la maréchale elle-même, « M™ Sans-Gène»; — Bernadotte, le grand-père du roi Oscar II, Suchet, Soult, Augereau, Ney... Je voudrais pouvoir tout citer et parler aussi en détail des périodes, de la Restauration, du gouvernement de Juillet avec ses guerres d’Afrique, du second Empire avec ses campagnes de Crimée et d’Italie; mais comment faire quand la place manque ? Je sens que le papier fuit sous ma plume et que je vais dépasser la limite normale d’une chronique...

Tous les souvenirs précieux de notre histoire militaire réunis en ce curieux musée s’en retourneront bientôt là d’où ils sont vernis, emportés aux quatre vents du ciel.



Hàtez-vous donc, vous tous que passionne l’histoire de nos fastes militaires, de faire le pèlerinage du « Musée de l’armée ». Ce sera pour vous comme un voyage dans le passé glorieux avec, pour épilogue, le retour au temps présent formulé par un grand panorama animé de l’armée moderne, et ils ont vraiment fait acte de piété envers la Patrie, ceux qui ont eu l’idée de constituer ce Panthéon inoubliable, au fronton duquel ils ont gravé la devise :

« Prœteriti Jides, exemplumque futuri ! »

C’est-à-dire que là « est la foi du passé, le culte du souvenir, et aussi l’exemple à suivre pour les générations qui viennent ! »

Exposition militaire allemande
Exposition militaire allemande

L’exposition rétrospective militaire, dont le musée de l’armée, décrit dans l’article qu'on vient de lire, forme la partie la plus pittoresque et la plus dramatique, constitue une innovation. Rien de semblable n’existait en 1889. Cette exposition a été organisée en dehors des six classes des armées de terre et de mer par les soins du Comité du Groupe XVIII que préside le général de la Noë.

Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 29 sept. 2022 09:53 pm

Le Palais des Armées de Terre et de Mer<br />©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900
Le Palais des Armées de Terre et de Mer
©Héliotypes - Exposition Universelle de 1900

Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 06 mai 2021 05:32 pm

Texte et illustrations de 'L'exposition en famille"

(Suite)

Je monte au premier étage où l’Exposition militaire se développe dans toute son ampleur.

La salle qui vient, longue et large, est de celles qui captivent le plus la foule. C'est le panorama militaire. Tous les types de l'armée française en uniforme approprié, grandeur naturelle, figures de cire, sont représentés devant une toile murale peinte, évoquant une campagne envahie par une armée en manœuvres. Il y a, au plan du début, une lente d’ambulance avec le soldat blessé couché, des médecins-majors, les infirmiers, puis le vélocipédiste militaire, des gendarmes, des gardes républicains, des enfants de troupe jouant au palet, des sergents instructeurs, des artilleurs alpins avec leurs mulets chargés de canons escaladant une montagne, des chasseurs à pied, des pompiers. Puis, au centre, sur une éminence, une tente où tousles officiers des principales armes françaises sont rassemblés autour d'une carte, tandis que d’autres officiers examinent l’alentour avec une longue vue, qu’un officier aérostatique pointe sa télégraphie aérienne, et qu’un général s’élance sur son cheval de guerre, suivi d’un escadron de dragons et de son état-major.

Un piquet de lignards en tenue de guerre se dirige vers un bivouac, et un estaffette, un papier à la main, remet des informations au groupe central. Au premier plan, trois élèves de nos grandes écoles, Saint-Cyr, Polytechnique, l'Ecole de guerre, causent entre eux. Et voici l’armée coloniale, un soldat tonkinois très martial, un zouave assis qui blague avec un chasseur d’Afrique, des spahis montés sur des chameaux, un tirailleur sénégalais, un turco aussi noir que brave, un officier en tenue blanche d’exploration et casque blanc ovale, un zéphir du « bat-d'Af », un soldat tunisien très imposant, des marsouins à la rude allure, encore des troupiers qui boivent du café devant un cantinier rigoleur, et au dernier bout, un homme, en tenue de manutentionnaire, retirant d'un four grossier un pain appétissant, tandis qu’à quelques pas, d’autres hommes apportent un blessé dans un brancard et que le chirurgien s'empresse. Et dans le fond, une batterie d'artillerie légère roule avec ses caissons et canons. Voilà le spectacle, esquissé à grands traits.

Voilà le brillant d’uniformes, l’épanouissement de galons, l'étincellement de décorations de l’armée française, le reluisement des armes. C’est beau d’une magnificence qui ravit l'œil, charme par la force plastique. Et cependant ce malade à l’entrée, ce blessé à la fin, tous deux vous serrent le cœur, vous font maudire la guerre, vous font désirer le désarmement que cette Exposition vous fait déjà souhaiter impérieusement par elle-même, puisqu’elle n'est qu’une œuvre de pacification et d'humanité.

Palais des Armées de terre et de Mer
Palais des Armées de terre et de Mer

Les vitrines, à droite, le long des murs, sont celles des industriels qui ont pour spécialité l'équipement, l'habillement et la décoration militaires. Les galons de la maison Borrel sont d’une richesse de tons, de nuances, d'une préciosité de fil d'or qui s'accuse encore dans l’écusson des Cent Gardes dessiné et exécuté en galons d’or et d'argent, en parements et passementeries militaires. Oh ! le galon, qui dira sa splendeur, qui dira le prestige qu’il a, qui dira la joie juvénile d’orgueil qu'il procure à qui, pour la première fois, le reçoit ! Mais qui dira aussi sa détresse, son inutilité profonde lorsqu’il s’effiloche sur une tunique d’officier vaincu, alors que l'ennemi envahit la ville, que la famine prend aux entrailles les habitants, les proches même de cet officier. Cette sensation d'angoisse devant le galon d’or, devenu brusquement râpeux au toucher, et sans aucune autorité devant la huche vide, je l’ai très nettement sentie en ma prime enfance. Et c’est pour cela que la profusion des chamarres me fait désirer vivement le règne de la paix afin de conservera tous les officiers le perpétuel aujourd'hui de leur bonheur. C’est que je n’ai plus beaucoup confiance dans les lendemains.

La maison Lemaître, fabricant de croix cl d’ordres, montre des croix de la Légion d’honneur avec les différents modèles usités depuis la création de notre ordre national.

A citer, en passant, la petite vitrine d'un brave cordonnier soldat, Marion, bottier au 141e de ligne, à Marseille.

La librairie militaire occupe une salle avec Berger-Levrault, Lavauzelle, les publications du Cercle militaire, les allas, cartes, hydrographie, instruments du service géographique de l’armée, géodésie, topographie.

Mais nous voici dans l'Exposition militaire rétrospective, une des plus importantes de tout cet immense ensemble d’histoire que sont.les galeries dites centennales, dont quelques-unes vous font remonter jusqu’à Jésus-Christ, et même avant.

Dans la grande salle centrale qui communique avec la salle des Comités, nous avons devant les yeux une assez colossale armure équestre : c’est celle que portail Galliot de Genouillac, grand maître de l’artillerie sous François Ier. Serait-ce lui qui inaugura l’organisation régulière de l'armée française? Peut-être bien! En tout cas son vêlement de fer doré domine d’autres armures équestres d'autres chevaliers du temps.

Les vitrines montrent des armes, des casques et cuirasses des XVe et XVIe siècles. Voici le brassard de fer de Pic de la Mirandole, des salades du XVe siècle, assez ouvragées d'ornements, des guisarmes de même époque, des hallebardes an fer de lance gravé et guillocbé, des lances de tout genre, toute longueur et toute pointure. Toutes ces vitrines appartiennent à des collectionneurs émérites. Il faut les suivre pas à pas. Celles qui retiennent l'attention, sont celles des armes de nos arrière-grands-pères, les mérovingiens. Elles sont presque rouillées, semblent avoir été retirées dans quelque vase fangeuse de la Seine. Il y a des scramasax, longues épées, des bagues d’archer, des flèches, des lances étrusques, des umbos, espèces de boucliers, des couteaux de guerre, des francisques, des framées, des angons, lances à longue tige de fer et douille, des boudes de ceinturon en Ier. Je médite longtemps devant ces vestiges de notre origine. Une autre vitrine à côté nous ramène au seizième siècle. Il y a déjà la boite à poudre, mais aussi la soutache, bouclier de cuir, et le morgenstern, énorme masse à pointes, à côté d’un marteau d’arme, hérissé aussi de pointes dangereuses.

Armure de Galliot de Genouillac
Armure de Galliot de Genouillac

La galerie suivante, très longue, est surtout un musée de peinture et de sculpture organisé par M. Edouard Detaille avec le concours de MM. l'amiral Duperré, le vicomte d’Harcourt, Maurice Levert, Paul Leroux, Allamberl, Millot et Cottreau. Cependant, dans chaque section des vitrines renferment les armes, modèles de costumes, costumes originaux du temps, dans lequel vivaient la plupart des personnages historiques dont les portraits tapissent la cimaise.

Voici des portraits du gentil seigneur de Bayard, un buste en faïence blanche de François Ier jeune, attribué à l’un des della Robbia, une peinture sur bois représentant en buste Gaspard de Coligny, le portrait de Montluc, qui partit arquebusier (soldat de 2e classe du temps) et devint Maréchal de France (XVIe siècle), et dont les mémoires sont si intéressants, le portrait de la Maréchale de Balagny, dont l'histoire mérite d'être contée en quelques lignes.


Son mari était maréchal de France. Etant assiégé dans Cambrai, il capitula. Mais sa femme, sœur du brave Bussy d’Amboise, immortalisé par Alexandre Dumas père, refusa de le suivre. Elle s'enferma dans la citadelle, y soutint un siège énergique. Ce n'est que lorsque les vivres et les munitions vinrent à manquer qu'elle comprit que toute résistance était impossible. Plutôt que de se rendre, elle se tua sur la brèche. La famille des Montesquiou-Balagny conserve pieusement sa mémoire. Son portrait est mis au lieu et place de son mari, au-dessous de son nom. A Versailles, il figure dans la Salle des Maréchaux. Le portrait que nous voyons appartient à la comtesse Odon de Montesquiou-Fezensac. Il représente la Maréchale de face à mi-jambes avec un grand chapeau à plumes d’autruche blanche et chaîne (le pierreries, en robe noire a manche de crevés, rehaussés d'orfrois d'or.

Palais des Armées de terre et de Mer
Palais des Armées de terre et de Mer

D'autres portraits se suivent : Bussy, Grillon, Sully, Biron, Lesdiguières, Caumont duc de la Force, de Luyncs, Saint-Phalle, le cardinal de Richelieu, par Phillippe de Champagne, le fameux duc de Nevers, par Lenain, les maréchaux de Guébriant, de Graminont, de Fabert, de Toiras, le colonel de Rambures sorti de la collection familiale de M. le marquis de Rambures. Et ici el là, deux bustes d'Henri IV à tête laurée et un épisode du siège de Chartres, Henri IV, au milieu de piquiers et de hallebardiers, désignant les travaux à exécuter. Le siècle de Louis XIV vient ensuite. Le grand roi figure avec un portrait de Rigaud el un buste d'après le Bernin. Et tousles généraux ont des tètes dans le genre du roi, des grandes perruques à boucles, des cuirasses, des habits de velours bleu ou brun, des collerettes de dentelles, des plaques du Saint-Esprit ou des cordons de la 'l'oison d’Or. C’est Turenne, par Nanteuil, le prince de Conti, François de Comminges, le comte de Guiche, le duc d’Antin, Cadet la Perle duc de Lorraine et comte d'Harcourt, les maréchaux de Clérembaut, la Motte-Hondacourt, de Villars, de Montesquiou-d’Artagnan, belle téte léonine, de Noailles, de Tessé, de Berwick, de Vauban, de Bouffiers, les lieutenants généraux de Pracontal, de Nettancourt d’Haussonville, de Putanges.

Une toile entr’autres, m’émeut, c’est le portrait en pied, de face, du jeune et joli Armand de Caulaincourt, en grand costume. Ce jeune page de Louis XIV si splendidement vêtu fut tué au siège de Maastricht. Et l’émotion est étrange de le contempler aussi vivant sur la toile s’en allant peut-être, si enfant qu’il soit, à quelque escapade dans les bosquets de Trianon parmi les demoiselles de la Reine.

Des bustes saillent au milieu des vitrines. Ceux du grand Coudé par le célèbre Coysevox sont d'autant plus regardés que l'un deux appartient à un jeune romancier populaire, M. Pierre Dccourcelle.

Cependant, de place en place, dans l’axe médiale de la galerie, nous sommes arrêtés par des groupes en cire, par des soldats ou personnages historiques en cire, vêtus du costume militaire de leur époque. Tous les types du siècle sont représentés, depuis les grenadiers de la garde impériale qui firent le dernier carré de Waterloo jusqu'aux chasseurs d'Afrique du duc d’Aumale, lesquels eurent la gloire de prendre la smala d’Abd-el-Kader. Le maréchal Bugeaud, duc d’Isly, revit dans une maquette qui reproduit ses traits et arbore sa légendaire casquette. Puis ce sont les voltigeurs du second Empire, l’infanterie fameuse dont toutes les figures portaient avec la moustache l'impériale barbiche du menton, ce sont les carabiniers, les cent-gardes, puis les héroïques lignards de l'investissement de Paris.


Et l’on continue la suite des temps en se reportant aux peintures et aux vitrines: Le XVIIIe siècle, Louis XV et Louis XVI suivent. Les ministres de la guerre sont nombreux : Daniel François de Voisin; Victor le Tonnelier, marquis de Breteuil; le comte d’Argenson; des généraux; maréchaux, simples officiers et soldats ; le maréchal d’Harcourt, le maréchal de Roquelaure, Louis III de Bourbon, prince de Coudé, Frédéric de la Rochefoucauld duc d’Anville, le chevalier de Grassin, habit bleu brodé d'or des arquebusiers mais singulier bonnet à la hussarde, le maréchal de Saxe; le maréchal comte de Bercheny, fondateur en France du premier régiment de hussards ; le gouverneur de Paris, duc de Chevreuse et de Luynes, le mousquetaire Gaspard de Cugnac, le têtu maréchal marquis de Balincourt.

Deux jolis tableautins de Le Paon représentant deux revues au Trou d’Enfer de Nancy nous intéressent vivement, surtout celle de la Maison-Militaire de la Reine Marie Lecksinska. Un peu plus loin un sépia de Moreau le Jeune nous représente la mort du chevalier d'Assas.

Et les portraits continuent, miniatures, ovales, en pied, en buste, de trois quarts : le maréchal de Brancas par Van Loo, le maréchal de Richelieu, en perruque poudrée et en armure avec le cordon du Saint-Esprit, le lieutenant général Charles de Beauharnais, gouverneur du Canada; le marquis de Montcalm; le lieutenant général Michel-Laurent Le Pelletier, superbe tableau avec dans le fond un canon d’artillerie à vue de place forte; le maréchal de Chastenet, marquis de Puységur; les maréchaux de Mailly, de Filz-James, de Noailles, prince de Beauvau, de Rochambeau ; les amiraux de Castries, de Penthièvre, Dupleix. Puis encore des toiles : un heiducque de la reine Marie-Antoinette : habit rouge, la main appuyée sur son sabre, tandis qu’une petite fille tient une de ses fourragères, sabretache aux écussons de France et d’Autriche; des cadets de cavalerie, des officiers et cavaliers du régiment Mestre de Camp; le portrait de Thurel, doyen des vétérans pensionnés du roi au régiment de Touraine, et qui vécut sous trois siècles. Né en 1699, il monta trois gardes sous Louis XIV, fut blessé d’une balle au siège de Kehl, reçut sept coups de sabrc’à la bataille de Minden, fut décoré le 26 octobre 180’4, et mourut à Tours en 1807, âgé de 108 ans.
Un sapeur
Un sapeur

Mais voici la Révolution, l’Empire, Napoléon... le siècle que nous terminons...

Je ne sais si dans celte section les vitrines paraîtront plus intéressantes que les tableaux. Mais à moi, les mille petits riens qui s’étalent sur les tablettes : épaulettes, boutons de tunique, guêtres, galons, ganses, costumes authentiques, tricornes de garde-françaises, piques de sections, drapeaux de volontaires troués de balles, souillés de pluies, passés, brûlés par endroits, toutes ces choses mortes et qui ont vécu de la vie de ceux qui les portaient, tous ces vestiges d’une époque disparue, et glorieuse, et douloureuse aussi, tous ces objets m’émeuvent profondément. El pas seulement moi, mais tous les visiteurs. Voyez-le en constatant l’empressement avec lequel ils examinent les vitrines. En certaines places, c’est une cohue oil il faut jouer des coudes et où celui qui veut voir longtemps se sent énervé, celui qui veut méditer se trouve mal à l’aise. Il voudrait venir le matin. Mais s’il vient le matin, il trouvera même densité de foule. C’est que pour les Français la vénération curieuse qui s’attache aux reliques nationales est en quelque sorte incoercible.

Une gouache de Cornu (1790) nous évoque la Fêle de la Fédération à Besançon : garde-nationale et troupes de ligne prêtant serment sur l’autel dé la patrie. — Une toile de Watteau de Lille montre des canonniers volontaires du siège de Lille. — De nombreux sujets anecdotiques des guerres de la Révolution : Départ en hâte du 3e bataillon du Bas-Rhin où plusieurs ont mangé la soupe en marche; attaque de l’avant-garde française dans la vallée, près de Berg-Zabern ; le Kruskopf du 3e bataillon du Bas-Rhin au camp de Wissembourg ; la bataille d’Effingen, près de Landau, gagnée par la valeur des républicains français; traité de Leoben; prise de Charleroi avec un ballon surveillant les assiégés (déjà !); le passage du Saint-Bernard, très intéressant : le général Bonaparte et son état-major, devant le couvent, assiste au transport de l’artillerie.

Une superbe toile de Carie Vernet vous déploie la bataille de Marengo : la division Boudel commandée par Desaix attaquant en tête la colonne de grenadiers hongrois que coupe en deux la brigade de cavalerie de Kellermann; on voit Desaix tomber de son cheval pendant qu’au centre Bonaparte s’élance au galop suivi d’Eugène Beauharnais, Mural, Duroc, Berliner.

Une autre bataille de Marengo par Bellangé ne montre que la brigade Kellermann prenant en flanc la brigade hongroise. — Une belle gravure de Pauquet, à l’état d’eau-forte pure nous fait vivre la revue de la garde dés consuls passée dans la cour du Carrousel par le Premier Consul et Lazare Carnot, ministre de la Guerre. Et ce sont les portraits : le baron Ternaux, député de Paris, en chasseur de la garde nationale du district des Filles-Saint-Thomas, le marquis d’Audiffred, en chef de bataillon de la garde nationale parisienne, les généraux de Custine, de Montesquieu, Thureau, Lespinasse, Kléber, Desaix, Leclerc, le ministre de la guerre Dubois-Crancé, en costume de membre des Cinq-Cents, le commandant Ravenau.

Un Grenadier de la Garde
Un Grenadier de la Garde

Ici, il est presque impossible de circuler. C'est un attroupement compact... Lui... Il... est là...

.Je tremble, et dans ma bouche abondent les paroles Quand son nom gigantesque, entouré d'auréoles Se dresse dans mon vers de toute sa hauteur.

Histoire, poésie, il joint du pied vos cimes.
Eperdu, je ne puis dans ces mondes sublimes Remuer rien de grand sans toucher à son nom;
Oui, quand tu m’apparais parle culte ou le blâme. Les chants volent pressés sur mes lèvres de flamme. Napoléon ! Soleil dont je suis le Memnon !
Tu domines notre âge; ange ou démon, qu’importe!
Tou aigle dans son vol, haletant, nous emporte.
L’œil même qui te fuit te retrouve partout.
Toujours dans nos tableaux lu jettes ta grande ombre;
Toujours Napoléon, éblouissant et sombre. Sur le seuil du siècle est debout.

Et il est là debout, en effet. Pensif et effrayant avec le froncement de ses sourcils qui rend plus perçante la dardée de ses prunelles fulgurantes vers une invisible tourmente d’idées. Son front large et obstiné, sous le plat bandeau de ses cheveux noirs, semble se propulser comme un bélier contre la muraille defer des routines et des résistances à l’avènement de son autoritarisme à base socialiste. Avec son costume rouge de premier consul, il donne l'immédiate sensation du jacobin volontaire qui espère le triomphe du progrès dans la seule poigne d’un maître qui serait lui. Celle toile du grand Ingres, faite en l’an 12, sur commande de la ville de Liège, et alors que le jeune artiste venait de gagner le prix de Borne, est d’une vie merveilleuse. Au bas du tableau, sur un socle, le chapeau de Napoléon appartenant au peintre Gérôme, trône avec sa funèbre allure légendaire qu’égaie à peine la cocarde tricolore faisant dans le noir du feutre comme un œil dominateur. — Et dans d’autres vitrines, qui s'assemblent à côté, c’est la tunique de Bonaparte, la longue-vue de l’Empereur découronné à Sainte-Hélène, des épées, des baudriers, des pistolets, des objets lui ayant appartenu ou dont il se serait servi dans ses campagnes. On voit aussi une mèche de ses cheveux.

Le Lange Kerl
Le Lange Kerl

A côté de la toile impressionnante de Ingres, plusieurs têtes de Bonaparte : une par David, une par Gros, faite par l'artiste pour son tableau du passage du Pont d’Arçole, à Milan, en 1798, d’après nature; un petit crayon noir attribué à Prudhon; un ovale, deface, en costume de premier consul, appartenant à S. A. I. le grand duc Nicolas. Puis, un buste, de Corbet, an IX, commandé par le Directoire et qui figurait dans la salle de ses séances.

Et ce sont ses batailles : le passage du pont du Thabor, sur le Danube, par François Pils; le foudroiement delà place d’Ulm par l’artillerie de campagne de Bonaparte; l’entrée de Bernadotte à Munich; l’empereur commandant à Ney l’enlèvement de l’abbaye d’Elchingen; Napoléon forçant les positions de Michelsborg. Ces quatre tableaux peints par Kobell à la suite de l’état-major du général Berliner; le maréchal Gouvion-Saint-Cyr à la bataille de Tarragone ; la bataille de Sanmo-Sierra, par le baron Lejeune, colonel du génie et peintre; le bivouac de Napoléon la veille d’Essling, à minuit par Fr. Pils. Beaucoup de Pils, d’ailleurs, le maréchal Oudinot blessé, transporté parses aides-de-camp; une vue du pont de Dresde, la bataille de Lackun. — Et les maréchaux, les rois, tous ces soldats partis d'en bas, des plus extraordinaires conditions sociales et arrivant par l’audace, la bravoure, le génie quelquefois, mais surtout par leur fidélité prétorienne envers le grand Corse, aux plus hautes suprématies humaines. Voici le garçon d’écurie Murat, roi de Naples, en deux somptueux tableaux de Girodet et de Gérard. Ce dernier le représente au galop, de face, en cuirassier de Naples, suivi d’un autre cuirassier portant son casque, avec dans le fond, la baie de Naples et le Vésuve fumant. Voici les bustes des maréchaux Victor, Davout et Masséna, les portraits des maréchaux Lannes, Lefèvre, celui de sa femme, la fameuse princesse Sans-Gêne, ancienne cantinière des armées de la République. Elle est là en son costume de bal, bellement parée en duchesse de Dantzig qu’elle est. D’autres portraits: les maréchaux Bernadotte, Sachet, Soult, Augereau, Bessièrcs. Moncey, superbe étude de Prudhon qui me ravit. Kellermann, Oudinot, Gouvion-Sainl-Cyr. Joseph Poniatowski, Brune. Macdonald. Berliner. Et le maréchal Ney avec son 76e de ligne retrouvant ses drapeaux dans l’arsenal d’Inspruck.

La galerie de l'Empire s’allonge. Quand finira-t-elle? Je ne puis pourtant pas passer ainsi de l’une à l’autre, vous dresser une nomenclature de catalogue, d’autant que cette épopée impériale n’est qu’une longue période militaire, où le plus infime grognard se dresse comme un héros, de sorte qu’il est juste qu’un M. X..., vélite des grenadiers à cheval, figure à côté du mameluck Roustan, du simple officier Leroy et de généraux comme Louis Bonaparte, Eblé, Duroc, le comte Déjéan, Lelièvre, Jeannin, Junot, Drouot, Lasalle, les trois frères Barbanègre, le duc de Mortemart, Lazare Carnot, par le peintre général Lejeune; et des colonels, de Laborde qui fut tué à Wagram, Trouille de Beaulieu, Duchesnois, le comte de Montesquieu, de Belmat-Briançon, tué dans la charge de Reims (1814), le colonel Foy, qui devint général et devant les deux portraits de qui l’on médite en se remémorant l’incroyable manifestation qui eut lieu à ses obsèques pendant la Restauration; les colonels Manin, de Marbeuf, les capitaines la Hubaudière, Béteille. Et des généraux encore : Bertrand, Morand, Paulin, Grouchy.

Grouchy!... la chute du titan ! Et c’est dans le déroulement des salles le déroulement de l’histoire qui vient : la Restauration avec le duc d’Orléans, Louis Larochejaquelin, le duc de Clermont-Tonnerre, le comte d’Artois, le maréchal de Castellano, le comte d’Aboville, le comte de Bréon, le comte Curial, Chasseloup-Laubat, le marquis de Lauriston, le marquis de Nadaillac, le marquis de Talhouet, toute la noblesse revenue en France, et quelques soldats de l'Empire, les maréchaux Soult et Maison; puis le Gouvernement de Juillet avec la Revue des dix bataillons de chasseurs à pied passée par Louis-Philippe lors de la création du corps, la retraite de Constantine, le maréchal Gérard, par Horace Vernet, les ducs de Nemours, d’Orléans, d'Aumale, le prince de Joinville, le maréchal Bugeaud, très impressionnant, par Dusuzeau (1833), le comte de Laborde, le maréchal Clauzel, le sous-lieutenant Lahure, le comte Pajol; Lobau, en uniforme de commandant en chef des gardes nationales de la Seine, par Arry Scheffer; Lobau posant dans l’atelier Dantan en 1838; le général Marbol, le comte Walcwski. le général Cavaignac, par Horace Vernet, le général Changarnier, l’amiral baron de Mackau, etc.

L'Epée de La Tour d'Auvergne
L'Epée de La Tour d'Auvergne

Et c’est le second Empire : les maréchaux Harispe, Vaillant. de Saint-Arnaud, aquarelle de Ballet, de Castellano, Pélissier, Canrobert. Bosquet, Magnan, Niel, les généraux Oudinot, Appert, Espinasse, Bizot, Arrighi, duc de Padoue, Metman, Cousin Montauban, comte de Palikao, le baron Renault, surnommé Renault l’arrière-garde et qui fut tué à la bataille de Champigny, le général Chanzy, par Henner, le vice-amiral Courbet, les généraux Félix Donay, d’Aurelle de Paladines, de Miribel, le colonel de Brancion, tué à l’assaut du Mamelon Vert (1855). — D'ailleurs, la plupart de ceux que je cite et de ceux que j’oublie, furent de glorieuses victimes du courage militaire.

Reliquaire contenant le coeur de La Tour d'Auvergne
Reliquaire contenant le coeur de La Tour d'Auvergne

Dans celle salle de très palpitants tableaux de batailles retiennent dans une longue attention. Voici l'assaut de Zaatcha où le colonel de zouaves-Canrobert plante son fanion; la bataille de l'Alma, le siège de Sébastopol, la charge de l'artillerie de la garde à Traklir, la prise de Malakoff avec le général de Mac-Mahon sur la crête, les généraux Borel et Lebrun à côté de lui tandis qu'au premier plan le colonel de Latour du Pin repose blessé. Un officier anglais parle au général qui lui répond : « J'y suis, j'y reste ! »

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Et c'est toujours les vitrines, toujours les modèles en cire, toujours des shakos, des noirs colbacks, des casques, des képis, des chapeaux de grande tenue, des sabres de cavalerie, des épées, des baudriers émaillés, des pistolets, des fusils, et des modèles de canons, toute l’artillerie depuis son origine. — Une vitrine, entr’aulres, est regardée avec respect, c’est celle qui contient les reliques de la Tour-d’Auvergne, une mèche de ses cheveux, la lettre qu’il portait sur lui lorsqu’il fut tué, sa tunique, son cœur enfermé dans une boîte d’argent avec le plastron de velours sur lequel il était attaché et que porta durant toutes les campagnes de l’Empire le fourrier des grenadiers du l"r bataillon du 46e de ligne.

Et c'est, au hasard, le sabre que portait Kléber à la bataille d’Héliopolis, le sabre de Marceau avec la carabine du chasseur tyrolien qui abattit le. brave capitaine. Une montre, celle du capitaine Paulin, indique encore l’heure où elle se figea dans la glace de la Bérézina pendant la construction des pontons. Ailleurs, des épaulettes tachées de sang, celles du colonel de Brancion tué au Mamelon Vert; la ceinture du général de Pontevès tué à Malakoff; la tunique du général Mayran tué devant Sébastopol avec le trou de l'obus qui le transperça...

Que de tués! Mon Dieu!

Et brusquement, comme je quitte cette dernière salle, me voici devant de superbes vitrines contenant de non moins superbes modèles en cire de superbes soldats aux uniformes brillants et variés.

C’est l’exposition rétrospective de l’Allemagne.

Il faudrait se procurer le catalogue pour connaître l’individualité de ces quatre-vingt-dix personnages, dont quelques-uns à cheval... Tous sont remarquables. Mais le plus curieux, c’est le lange. Kerl, le long garçon, soldat préféré de Frédéric-Guillaume Ier, d’une taille de 2m. 10. De nationalité anglaise, il vécut à Berlin jusqu’à près de cent ans... Et il est beau, en effet, grand et bien fait.

Mais que signifie ce fouet qu'il porte sur la poitrine ? Lui servait-il, lorsqu'il se trouvait dans des troupes en marche qu’il dominait et surveillait à vol d’oiseau, à fustiger ceux qui n’étaient pas au pas, s’écartaient de l’alignement, rechignaient ?

Etait-ce un sergent de recrutement, fouetteur de rebelles bêtes humaines? Cruelle énigme.

Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 01 mai 2021 05:03 pm

Texte de la revue 'L'exposition en famille" de 1900

Il m’a fallu toute une matinée pour visiter l’Asie chinoise et russe. L’heure de midi, la faim, me poussent vers un restaurant. Entre tant de maisons oit l’on déjeune, les établissements étrangers ont ma préférence parce qu'ils continuent l’illusion du voyage autour du monde que l’on fait à l’Exposition, nous initient à des plats inconnus d’une saveur qui ravit...

Puis, la pensée de l’actualité, la crainte de la guerre qui, sur cette manifestation de paix et d'amour, plane quand même, surtout avec les clameurs sensationnelles de certains journaux d’après-midi, cette pensée et cette crainte me portent au Palais des armées de Terre, sur la rive droite, au quai d'Orsay.

Par une passerelle qui débute au quai de Billy, je m’avance comme sur un pont-levis. L’impression est d’autant plus saisissante que le Palais s'est inspiré de l’époque du moyen-âge. Son caractère est d’une parfaite noblesse de lignes, mais on dirait une ville forte, comme l’enceinte de Coucy-le-Château. Au centre, c’est un donjon ouvert par une large arcature voûtée qui forme vestibule d’honneur.

Des statues de chevaliers bardés de fer semblent commander l’entrée, avec des lions sur piédestaux, à droite et à gauche. Du côté du pont d’Iéna, le bâtiment se termine par une tour carrée, couronnée par des chemins de ronde fortifiés, tandis que vers le pont de l’Alma, le hall cesse avec une rotonde de vingt mètres de diamètre achevée par un escalier à jour rappelant l’escalier de la cour d’honneur du château de Blois. Cette construction monumentale court ainsi sur 340 mètres de façade et domine la berge gauche de la Seine en face les pittoresques bâtisses du Vieux-Paris.

En passant par le vestibule, si l’on se dirige à gauche du palais, vers le Pont de l’Alma, on voit une petite partie des classes ressortissant au métier militaire, mais ensuite les sections se rapportent aux classes III (hygiène) et 74 (chauffage et ventilation). Celles-ci occupent un espace considérable. Chauffage par l’eau chaude, la vapeur, l’air chaud, les gaz, l’électricité, etc., procédés de répartition et de distribution; ventilateurs; foyers et générateurs, tous les systèmes de chauffage : poêles et cheminées fixes ou mobiles, fourneaux de cuisine de toutes sortes, cuisines en faïence, en terre de fer, en fonte anglaise, à vapeur, à gaz. C’est une collection aussi variée que compliquée d’immenses fourneaux, de tuyaux de tout diamètre et de toute longueur, de chaudières, de cabinets, thermomètres, pyromètres et manomètres. On voit les cuisines Egrot qui fonctionnent dans les hôpitaux de Paris, des cafetières thermostatiques qui conservent le liquide chaud pendant douze heures le laissant ainsi à la portée, des besoins les plus urgents. On voit surtout les trésors de cuisine rapide exposés par la puissante Compagnie Parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz : fours à gaz, plaques chaudes, étuves et réservoirs, rôtisseries à gaz, grillades à gaz, etc. On voit aussi des grès et céramiques servant à la décoration des poêles, cheminées et cuisines bourgeoises.

...Et je descends le large escalier. En bas, c’est la section d’Italie, canons, marine militaire, maisons Ansaldi et Irlando. Ensuite, les Etats-Unis, la merveilleuse marine américaine, de nombreux modèles de navires de guerre, de torpilles, de gunboat à dynamite, etc. Aux murs, des plans et vues de l’école des cadets (Naval Academy) à Annapolis, des coupes de vaisseaux.

Et c’est la Grande-Bretagne, l’Autriche, la Russie, l’Espagne, la Hongrie, la Turquie, la Norwège, le Portugal, l'Allemagne et ses cités ouvrières militaires de Spandau, la Belgique.

Je ne crois pas qu’on puisse, s’étendre sur chacune de ces sections, parce que partout c’est la même chose : des armes à feu et des armes blanches, tout l'attirail à tuer, toute la science de destruction. Certaines nations ne participent pas officiellement. Ce sont leurs industriels qui exposent. Oh! celte industrie qui fait vivre des millie d'ouvriers en fabricant des engins de mort !

Et nous autres, ce que nous en exposons: Des mitrailleuses, des canons, des batteries couplées, des caissons, des culasses et des affûts blindés. Ce sont les manufactures de Saint-Chamond, de Saint-Etienne, les chantiers de la Gironde, de la Loire, la maison Daydé et Pille, les forges de la Méditerranée, la Société de Commentry-Fourchambault, les usines Cail, etc.

Il y a aussi l’importante exposition de la maison Hotchkiss, avec ses projectiles, ses marques d’affûts, une épaisse plaque de fer montrant l'effet de chaque coup de canon.

Ici une intéressante exposition d’automobiles, destinées aux armées, de vélocipédie militaire.

Ici, colombier militaire avec pigeons voyageurs faisant le service des dépêches entre Vincennes et le quai d'Orsay.

Ici, observatoires cuirassés, projecteurs électriques de nuit.

Sortons. Derrière le palais, d’autres sections installées soit dans des baraques en bois, soit dans de jolis palais en ciment armé, se rapportent encore à l’art militaire, avec une annexe consacrée au chauffage et à fa ventilation. A côté, dans des baraquements militaires de campagne, les Sociétés île secours aux blessés militaires, la Croix Rouge française, les Dames Françaises, montrent leurs appareils, leurs pharmacies de campagne, leurs trousses, leurs nécessaires de pansement et de désinfection, leurs tentes d’isolement, leurs voitures à blessés. La manière dont le bandage, l’enroulement des linges est enseigné dans les cours crées par elles. Aux murs des graphiques indiquent les services rendus.

Puis, c’est le palais de la Russie, l’école des cadets de la marine, des modèles de costumes et d’armes, deux énormes canons de côtes sur affût à éclipses élastiques d'après le système du colonel Dourlarcher, des vues, photographies. des panoplies. Ensuite, la Grande-Bretagne, mais plutôt la puissante maison anglaise de Barrow-in-Furness, Wickers, Maxim and Sons avec ses canons gigantesques, dont l’un tient toute la longueur du hall et menace d’une gueule effrayante, ses mitrailleuses, des modèles de vaisseaux cuirassés et surchargés d’artilleries innombrables, entr’autres. la redoutable Amphitrite, et ce Mikasa, construit pour le compte du Japon. Enfin, c’est la Belgique, un petit palais au fronton décoré de scènes où le fusil joue son principal rôle : chasse, explorations, tir, etc. L’intérieur montre surtout l’armurerie de Liège, des vitrines de fusils de tout genre, des pistolets et revolvers, les maisons Pieper et Mauser, l’école professionnelle d'armurerie liégeoise.

Re: Le Palais des Armées de Terre et de Mer

par worldfairs » 14 juin 2020 07:35 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 13 octobre 1900"

Le Palais des Armées de terre et de mer fut mis au concours, longtemps avant l'Exposition, par les ministères compétents. Mais au moment d’engager les travaux, la participation officielle des administrations de la guerre et de la marine cessa d’exister. MM. Auburtin et Umbdenstock, qui avaient eu le premier prix au concours, durent, en conséquence, renoncer à l’exécution du projet primé.

L’administration de l’Exposition leur demanda alors un projet modifié, qui fut commencé quelques mois avant l’ouverture de l’Exposition, et qui. par un véritable tour de force, fut achevé en temps utile.

La façade monumentale de ce Palais, en bordure de la Seine, présente un grand caractère, qui en a fait l’une des œuvres d’architecture les plus remarquées de l’Exposition.

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Re: Palais des Armées de Terre et Mer

par worldfairs » 21 avr. 2020 10:06 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 18 décembre 1897"

LE FUTUR PALAIS POUR L’EXPOSITION DES ARMÉES DE TERRE & DE MER

Ayant, lors de la récente exposition du Concours dit « de la Guerre », résumé le programme et sommairement décrit l’impression produite par chacun des dix-neuf projets exposés, nous n’avons pas à revenir sur cet ensemble fort intéressant, sinon pour rappeler qu’après la première prime décernée par le Jury, au projet très goûté de MM. Auburtin et Umbdenstock — projet dont nous donnons aujourd’hui la reproduction — la 2e prime était attribuée au projet de M. Bertone, très élégant d’aspect et de dispositions commodes; la 3e au projet brillant et caractéristique de MM. Bréasson et Désert. Très remarqués, encore, les projets de MM. Joanny-Bernard et Robert, de M. Letrosne, de M. Bousson et de M. Prath, ont, comme on sait, été mentionnés par le Jury.

Cette fois, au moins pour ce qui est de la première prime, les préférences du public, fort nombreux, varié et renouvelé qui visitait l’exposition de ce concours, ont précédé et confirmé la décision des juges: l’aspect imposant de cette masse, bien ajourée cependant, à la coque brillamment striée de bossages; les belles proportions, la hardiesse de silhouette du motif central et l’originalité toute pittoresque des annexes pseudo-flotantes (frégate et cuirassé); ce quelque chose, enfin, de très ronflant et amusant en sa bonne tenue avait, dès le début, empoigné le public.

Palais des Armées de Terre et de Mer - Projet de MM. Auburtin et Umbdenstock
Palais des Armées de Terre et de Mer - Projet de MM. Auburtin et Umbdenstock

Et ce public-là, qu’on a vu et qu’on verra peut-être rarement circuler au devant des châssis de Salon, exposés aux Champs-Elysées, même au Champ de Mars, ce public-là tout le monde, n’importe qui — stationnait longuement devant les images du palais cherché de la Guerre pour 1900. Et ce n est point le côté martial de cette exhibition qui semble avoir fait entrer tant de curieux ou d’invités à l’Ecole des Beaux-Arts, car on ne compte pas moins de curieux aux expositions des concours académiques, des envois de Rome ou autres dont l’entrée ne coûte rien: le public s’intéresse plus sérieusement qu’on ne le pourrait croire aux choses ait décoratif ou d’architecture, mais ne veut point pager ce genie de curiosité comme il paierait le plaisir des spectacles amusants, de distractions visuelles; et lorsqu’il vient, comme aux Salons annuels de déguster, à pleins yeux, les friandises de la forme et de la couleur, ce public-là rechigne assez naturellement à l’indigeste examen de nos froides projections architectoniques.

Si vous voulez, confrères, exposer vos œuvres aux appréciations du grand public - au moins en ce qui concerne le côté intelligible pour ce juge incomplètement éclairé - exposez vos châssis loin, des peintres et dos sculpteurs, et cela gratis pro Deo; sinon vous continuerez, comme devant, si cela vous amuse, à exposer dans le désert.

Pour revenir de cette digression, au palais de MM. Auburtin et Umbdenslock, il est juste d’observer que le public susdit n’ayant guère pu juger qu’en façade, le Jury devait, au surplus, s’arrêter au plan le plus commode, à la construction la plus économique et devant produire — temporairement — le maximum d’effet décoratif sur les bords de la Seine: Le projet classé premier comporte une moitié, une aile, entièrement affectée à l’exposition des engins plus ou moins encombrants. C’est le « hall au poisson » ballon militaire; et sur toute la longueur des deux ailes, l’emplacement couvert est divisé en deux parts : l’une, couvrant en plate-forme le passage des trains et formant plancher pour l’exposition, prenant jour sur la promenade plantée; l’autre part, aire sur terre-plein, établie au niveau des berges de la Seine, recevrait les pièces lourdes, canons, plaques de blindage, etc. Au premier étage de l’aile gauche serait l’exposition rétrospective, le Musée des Souvenirs.

Palais des Armées de Terre et de Mer - Projet de MM. Auburtin et Umbdenstock
Palais des Armées de Terre et de Mer - Projet de MM. Auburtin et Umbdenstock

Un vestibule monumental, point brillant de l’ensemble, lieu de décor à trophées, artistement disposés, donnerait vue et accès, dans l’axe du palais et au moyen d’escaliers, de perrons et de larges arcades, au hall et aux diverses galeries de l’exposition. Ce coup d’œil jeté sur la plus grande partie de l’ensemble serait du meilleur effet et suffirait amplement à la satisfaction d’un bon nombre de curieux, dont la visite aux détails ne produirait, d’ailleurs, qu’encombrement banal.

Voilà pour ce qui semble avoir fait pencher la balance du jury compétent en faveur du plan Auburtin-Umbdenstock. La rareté et l’écartement des supports intérieurs, en laissant toute liberté aux dispositions d’aménagement exhibitoire ; l’épaisseur minima des murs et l’absence de toute recherche tic « point, de poché » bien inutile en l’espèce ; enfin la construction en fers du commerce, en briques, et le décor architectonique à ravaler en plâtre : Voilà pour ce qui était demandé au point de vue économique. — Architecture mariale et construction « passagère ».

Re: Palais des Armées de Terre et Mer

par worldfairs » 20 avr. 2020 07:25 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 4 décembre 1897"

LE CONCOURS POUR LE PAVILLON DE LA GUERRE ET DE LA MARINE EN 1900

En rendant compte de l’exposition du concours pour l'Exposition des Armées de terre et de mer, notre collaborateur a omis le nom de l’un des auteurs du projet auquel a été attribué le 3e Prix : c’est, en effet, à la collaboration de MM. Bréasson et Désert (comme il a été dit ici, en annonçant les décisions du Jury) qu’est dû ce projet. L’omission susdite s’explique d’autant plus facilement que la pancarte officielle ne portait qu’un seul nom attaché au projet en question : M. Bréasson seul ayant fait la demande du programme, et bien que le projet remis portât les noms de MM. Bréasson et Désert, et fût accompagné de deux états de service joints aux pièces exigées, l’administration n’a point voulu reconnaître la collaboration de ce dernier architecte.

Cette singularité obligatoire de soumission préalable se rencontre, pensons-nous, pour la première fois en matière de concours d’architecture; l’inscription primerait le mérite en cette occurrence.

Néanmoins, M. Désert est, pour nous, comme pour tous les connaisseurs, titulaire du 3* Prix avec M. Bréasson puisqu’il avait signé le projet à côté de ce dernier.

Re: Palais des Armées de Terre et Mer

par worldfairs » 20 avr. 2020 08:40 am

Texte et illustrations de "La construction moderne - 27 novembre 1897"

LE CONCOURS POUR LE PAVILLON DE LA GUERRE ET DE LA MARINE EN 1900

Rarement jusqu’ici les architectes avaient vu leurs chassis gardés par la troupe. Les dix-neuf concurrents au projet du Bâtiment pour l’exposition future des Ministères de la Guerre et de la Marine ont eu les honneurs de la garde mixte: Tricornes des Beaux-Arts et Képis de l’Infanterie entremêlaient leurs vigilances, pour préserver de toute critique trop violente les œuvres de nos confrères; et cela en attendant que, du sort des unes et de la fortune des autres, il soit décidé parle jury. J’allais dire le Conseil de Guerre; car la composition de ce jury, à majorité d’épaulettes dorées, nous est aussi peu familière que celle de la garde qui veillait, cette semaine, au portique de l’Ecole.

Sur la rive gauche de la Seine, entre les ponts d’Iéna et de l’Alma, doit, on le sait, s’élever le «palais» de la Guerre, qui devra offrir 14.000 mètres superficiels à l’exposition des engins modernes ou anciens, car une section de « rétrospective » sera installée parallèlement à la section « moderne ». Un hall de grande contenance abritera un ballon militaire et d’autres engins encombrants ; un terre-plein recevra, au niveau de la berge, les engins lourds (coupoles, tourelles, pièces de forteresse ou de marine, plaques de blindage, etc., etc.). Deux tronçons de vaisseau, l’un ancien, frégate Louis XIV; l’autre moderne, cuirassé dernier cri, trouveront place dans l’ensemble de l’exposition.

L’emplacement choisi est, comme on sait, une sorte de boulevard planté, sur plan curviligne; les arbres sont à conserver, au moins en partie, ainsi que la circulation de l’allée centrale; la zone restant disponible entre cette allée et la berge de la Seine n'est large que de 27 mètres. Et de plus, le chemin de fer des Moulineaux recoupant en sa longueur celle zone déjà réduite, il faudra couvrir le chemin de fer d’un plancher métallique devant fournir une plate-forme utilisable pour l'exposition ; et l’on prendra encore le sur plus de surface nécessaire sur la berge dont le sol constituera le terre-plein demandé.

Eclairer largement et complètement les galeries, le hall et le terre-plein, sans trop compter sur les jours à prendre en la façade méridionale, que masquent de grands arbres à conserver; donner aux deux façades et principalement à celle qui, s’élevant sur la berge, sera vue de loin avec sa réflexion dans l’eau, un caractère monumental, festival, une silhouette mouvementée, grandiose; enfin concevoir ce petit chef-d’œuvre en vue de l’effet à produire, autant que pour la commodité, réalisable avec économie, et à l’aide de matériaux facilement revendables: telles étaient les diverses difficultés que comportait le problème posé aux concurrents. Des architectes, au nombre de plus d’une centaine, dit-on, s’inscrivirent pour tâter le morceau; dix-neuf vaillants, restés sur la brèche, ont fait œuvre de maître; tous ont montré un courageux mépris des chances pécuniaires, étant donnée la modestie des primes allouées aux projets classés, pour ne songer qu’à la possibilité de réalisation d’un projet caressé avec ferveur.

Nos concurrents, cette fois, se nomment par leurs noms, sans le petit masque de la «devise». Nous allons, suivant l’ordre d’imposition, relire ici les notes prises, en passant, devant chaque projet.

MM. Auburtin et Umbdenstock: grand vestibule central avec escalier d’honneur ; hall au ballon (forme poisson) dans l’aile droite; terre-plein, rez-de-chaussée, un étage; façade à bossages, très caractérisée, martiale, d’ensemble très brillant ; proue et arrière de navire, à droite et à gauche, pour le plus grand pittoresque de la silhouette.

M. Benouville : économie; matériaux revendables (pans-de-bois et combles de même nature, fers à T du commerce, vitrages verticaux en briques de verre, murs en meulière, etc.); disposition en gradins sous combles en appentis, pour l’éclairage pris du côté fleuve ; deux bâtiments séparés par un bassin de radoub, avec ses deux tronçons de navire.

M. Biquet: hall à ballon au centre; façades à grands vitrages d’ateliers; parti pris d’expression « Vulcanique», pourrait-on dire. Et, de fait, la Guerre n’est-elle pas aujourd’hui œuvre de marteau-pilon, de forge cyclopéenne?

MM. Jounny Bernard et Robert: grand hall, bien monumental, comme, d’ailleurs, l’ensemble des façades, au centre de l’édifice; deux galeries doubles on ailes; quatre salons et quatre grands escaliers; grandes baies d’éclairage, à toute hauteur, en façade sur Seine; pour éclairer, galeries montant de fond de ce côté ; et cela sans préjudice du jour fourni par des lanternes de combles.

M. Bertone : très grand hall (un tiers de l’ensemble) ; galeries latérales bien arrangées, terre-plein très ouvert sur la berge, et traité en grotte à l’italienne ou en crypto-portique; façades élégantes.

M. Bousson: plan très simple; espaces libres, sans points intermédiaires au rez-de-chaussée ; façade très vitrée et rappelant, un peu, le palais de 1889 et ses pyramides (porte Saint-Denis).

M. Bréasson : un grand hall et six petits; le grand montant de fond en combles, et les autres formés par des lanternes d’éclairage trouant les planchers du 1er étage, pour éclairer les parties reculées du rez-de-chaussée. Façades à trois grands arcs pour le grand hall central; le reste percé de baies nombreuses entre trumeaux, piles; et le tout, à bossages, nerveux et brillant.

M. Constant Bernard: plan à pavillons et à points de poché; galeries-nefs à bas-côtés.

M. Devillard : plan très simple; grand hall, façade à tourelles flamandes du moyen âge.

M. Brevet : projet exprimé en schéma; à plusieurs étages.

M. Esnault-Pelterie : façade d’un grand effet et grande d’échelle ; rez-de-chaussée éclairé par baies ; Ier étage à murs pleins en façade, éclairé par des combles vitrés.

M. Henelle: façade empreinte d’une grande sobriété de décor.

M. Letrosne: Sur un plan très simple, façade (côté Seine) absolument originale — chose plus que rare par ce temps d’érudition artistique ;— ateliers cyclopéens, aux immenses vitrines; palais où Vulcain forgeait, fort à l’aise, les armes terribles de la guerre moderne.

M. Marchal: plan polygonal économique, au milieu de la courbe adoptée par presque tous les concurrents ce qui ne faciliterait guère une exécution obligatoirement économique.

M. Mayeux : fort joli pavillon aux bossages plus riants que sévères ; proue en trompe sur le portail d’entrée que surmonte encore une mâture légère; joli kiosque à musique (car le kiosque à musique militaire cl le colombier pour les pigeons voyageurs faisaient partie du programme); aquarelles friandises.

M. Nadaud et fils: frégate et cuirassé échoués, ou près de foire, sur des récifs modernes et d’autres plus âgés (d’après les ogives qui caractérisent ces derniers); sorte de Nymphée apothéolique ; coupe de frégate Louis XIV et ruines de monastère : Projet symbolique.

M. Henri Picq: plan à pans coupés ou polygonal; étude très poussée au point de vue spécial de la structure métallique dont l’auteur, depuis quelques années, s’est créé une spécialité intéressante.

M. Prath: grand hall sur plan rectiligne ; ailes courbes; deux annexes-galeries détachées au delà de l’allée centrale plantée; façade principale brillante (palais); frégate et cuirassé piqués en éperons à la culée d’une passerelle jetée sur la Seine, en face du portail d’entrée centrale.

Enfin, le meilleur plan, peut-être, parce qu’il serait le plus simple, et parce que son auteur montre là une expérience de la chose que ses concurrents ne peuvent affirmer; parce que ce plan n’est ici qu’un simple tracé de clôtures du bâtiment, un parallélogramme, sans points intermédiaires ; un simple local libre pour toutes sortes d’installations et de division légère, par cloisons paravents : c’est le plan de M. Walwein, l’architecte du pavillon de la Guerre en 1889. Sa façade de Trianon, distinguée, fine et tranquille, produirait-elle assez d’effet au bord de l’eau ?

Encore un beau concours et fort honorablement couru.

Les concurrents ont bien mérité de la Patrie; et la tâche du Jury n’a point dû être exempte de peine ni de perplexité.

Palais des Armées de Terre et Mer

par worldfairs » 19 avr. 2020 10:47 pm

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 novembre 1897"

La composition du jury du concours pour la construction de ce bâtiment à l’Exposition vient d’être arrêtée. Elle a pour président M. le général de la Noc, sous-chef d’état-major général de l’armée, président de la commission de l’Exposition, et pour secrétaire M. Chabbert, faisant fonction de sous-chef de bureau, secrétaire de la même commission.

Elle comprend, en outre, conformément au règlement, quatre militaires nommés par le ministre de la guerre : le général de Torcy, l’intendant militaire Simon, le chef de bataillon du génie Boulanger, le contrôleur-adjoint de l’administration de l'armée Alomber-Goget, et trois représentants désignés par le ministre de la marine : M. Clément, directeur des constructions navales, Crahay de Franchimont, ingénieur en chef des Ponts cl Chaussées, et Perrin, capitaine de frégate.

De plus le ministre a désigné, pour représenter «les éléments artistique et rétrospectif militaires», M. Edouard Détaillé, et pour représenter « l’élément industriel militaire et de la marine» le général Sebert, de l'Institut, administrateur de la Société des Forges et Chantiers de la Méditerranée.

Enfin, le jury se complète par trois membres élus par les concurrents et qui sont: MM. Raulin, architecte, Vaudremer et Guadet, membres de l’Institut.

M. Pascal est nommé juré suppléant.

L’Exposition des projets commence aujourd’hui, 20 novembre, à l’École des Beaux-Arts.

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