Le téléphone à l'exposition de Paris de 1878

Paris 1878 - Inventions, novelties and means of transport
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Le téléphone à l'exposition de Paris de 1878

Message par worldfairs » 27 nov. 2011 04:49 pm

Ce petit exposé a été réalisé grâce aux articles de l'hebdomadaire l'Exposition de Paris 1878.

On connaît bien ce vulgaire tuyau acoustique dont une extrémité pend à hauteur de la main, au-dessus du bureau du directeur, du gérant, du chef de bureau ou du patron, et dont l'autre est fixée au mur d'une pièce voisine ou située un étage au-dessus ou au-dessous : dans une espèce de petit entonnoir qui termine chaque extrémité du tuyau, l'un des correspondants parle, et aussitôt après qu'il a parlé il applique l'entonnoir à sa meilleure oreille pour entendre la réponse que l'autre ne peut manquer de lui faire — s'il est là.

 Le téléphone à l exposition de Paris de 1878 - Personne parlant
Personne parlant

Ces communications à courte portée, le téléphone les étend à des distances énormes : on parle de 500 kilomètres. II ne se borne pas à transmettre la hauteur des sons, mais jusqu'au timbre, de manière à faire reconnaître à la voix la personne qui parle de si loin à celui qui l'écoute. De même, et par les mêmes raisons, il peut faire assister à longue distance à un concert dont il recueille les notes jusque dans leurs nuances les plus délicates.

Le téléphone n'est pourtant pas un instrument compliqué. Il se compose, comme le tuyau acoustique, de deux petits appareils identiques. Une membrane de fer doux d'une extrême ténuité est placée dans l'entonnoir; vient ensuite une tige d'acier aimantée, placée derrière la membrane et perpendiculaire à celle-ci. Cette tige d'acier supporte une toute petite bobine de fil de cuivre qui se trouve ainsi tout près de la membrane. Une boîte de bois, plus ou moins élégante, enferme le tout : tel est l'instrument dans sa simplicité.

Les deux appareils sont reliés par un fil métallique auquel on peut donner la longueur qu'on voudra. Que si une personne porte l'un de ces appareils à sa bouche et parle, les vibrations sonores produites par sa parole se transforment dans l'appareil en vibrations magnétiques et électriques, puis, transmises au moyen du hl métallique à l'appareil opposé, se transforment à nouveau dans celui-ci en vibrations sonores que recueillera aisément la personne qui aura cet autre appareil, dans ce cas récepteur, appliqué à l'oreille.

 Le téléphone à l exposition de Paris de 1878 - Personne écoutant
Personne écoutant

Mais comment cette personne sera-t-elle avisée qu'il faut prêter l'oreille? Quant à ce point, nous devons avouer que, jusqu'ici, l'inventeur du téléphone n'a rien trouvé qui corresponde au sifflet d'avertissement du tuyau acoustique; cependant nous serions bien étonnés que ce perfectionnement nécessaire tardât beaucoup.

L'inventeur du téléphone est un savant écossais, M. Alexandre Graham Bell, fils du professeur Bell d'Edimbourg, avec lequel il s'est longtemps consacré à l'enseignement des sourds-muets. Dans cet ordre de travaux, M. Bell est parvenu à faire parler une sourde-muette, sa pupille, devenue sa femme; et c'est précisément par les expériences auxquelles le conduisit cette tentative audacieuse, couronnée de succès, que l'idée du téléphone lui fut inspirée.

M. Bell, aux États-Unis depuis 1871, était professeur de physique à New-York lors des fêtes du centenaire de l'Indépendance américaine et de la grande Exposition de Philadelphie, où figura modestement, dans le compartiment des appareils de transmission télégraphique de la section américaine, le téléphone sous sa première forme un peu abrupte, qui lui donnait un faux air de bilboquet. Mais, aux premières explications des effets de l'appareil, la curiosité était trop excitée pour que des expériences publiques n'eussent pas lieu.

Les premières expériences portèrent sur. un rayon peu étendu, assez toutefois pour surprendre, pour frapper d'admiration les témoins du phénomène : l'appareil transmetteur resté au centre de l'exposition, le récepteur fut emporté à l'autre extrémité de la ville et une conversation animée s'établit entre les personnes situées à ces deux points éloignés.

Une autre expérience eut lieu ensuite, au moyen d'un des fils du télégraphe qu'on détourna un moment de ses occupations habituelles, pour établir une correspondance entre Philadelphie et New-York, d'une station à l'autre. Elle réussit pleinement. Nous pouvons encore citer, parmi les expériences faites par M. Bellaux États-Unis, celle de Salem (Massachussetts) à Boston, dans laquelle une conversation s'établit de la manière la plus nette entre des personnes séparées par une distance de 22 kilomètres; enfin celle de Boston à North-Conway (230 kilomètres), dont le résultat ne fut pas moins merveilleux.

 Le téléphone à l exposition de Paris de 1878 - Un téléphone
Un téléphone

 Le téléphone à l exposition de Paris de 1878 - Coupe  d un téléphone
Coupe d'un téléphone

De retour en Angleterre en 1877, M. A. Graham Bell adressait à la Société des ingénieurs civils et à l'Académie des sciences deux téléphones. En septembre suivant, M. Bréguet présentait à la docte assemblée un rapport enthousiaste sur cet appareil, tandis que M. Niaudet s'en constituait le parrain à la Société des ingénieurs civils. Des expériences nombreuses furent faites, notamment entre les stations de Paris et de Saint-Germain-en-Laye, puis entre Paris et Mantes, à l'aide d'un fil télégraphique. Ces expériences donnèrent d'excellents résultats.

On fit alors des conférences sur le téléphone, avec accompagnement d'expériences; mais ici, avec un auditoire assez nombreux et fort jaloux de ce « droit qu'à la porte on achète en entrant », il y eut généralement des mécomptes. De même dans les réunions de diverses sociétés scientifiques, soit par le défaut d'habitude des personnes se servant de l'appareil, soit par défaut de silence; car c'est un point qu'il ne faut pas oublier : le téléphone ne se fait pas entendre clairement à l'oreille des gens qui se disputent; les vibrations sonores qui se produisent dans le voisinage de la mince membrane métallique l'affectent aussi bien que celles qui lui sont transmises par le fil conducteur, et il en résulte une confusion de sons inintelligibles.

Dans sa séance du 2 novembre 1877, la Société de physique s'occupait du téléphone; un grand nombre de professeurs, et les plus éminents parmi ceux-ci, y assistaient. Le malheureux petit appareil éprouva-t-il quelque émotion en présence de cette assistance imposante? Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'il faillit se compromettre par la mollesse avec laquelle il s'exécuta pour transmettre simplement au premier étage les sons proférés au rez-de-chaussée. Bien entendu, il prit sa revanche dans les occasions qui lui furent offertes depuis.

De Paris, le téléphone se répandit dans les départements. Nous n'y insisterons pas. Mais nous devons rappeler les expériences de transmission électrique qui eurent lieu à travers la Manche en janvier 1878, lesquelles avaient été précédées d'expériences semblables entre Douvres et Jersey. Ces tentatives obtinrent un succès relatif, c'est-à-dire que le son de la voix est bien transmis d'un point à l'autre par le moyen du câble électrique sous-marin, mais il ne parvient que considérablement affaibli dans l'appareil récepteur. Cependant il y a là certainement l'indice que le téléphone sous-marin est mieux qu'un rêve et que son succès définitif n'est plus qu'une affaire de temps et de perfectionnements. Quelques-uns des perfectionnements nécessaires, ayant pour objet de renforcer le son, ont déjà été apportés à l'instrument, notamment par M. Pollard, officier de la marine française, et par MM. Sallet et Trouvé. Nous reviendrons sur cette question des perfectionnements et des modifications du téléphone Bell, dont quelques-uns extrêmement curieux, et nous examinerons par la même occasion dans quelle mesure les réclamations de priorité opposées à M. A. Graham Bell sont fondées, quant à l'invention de l'étonnant appareil dont il est bien l'inventeur dans tous les cas.

Constatons en terminant que l'usage du téléphone s'est répandu déjà avec une étonnante rapidité. Dès la fin de 1876, il y en avait cinq qui fonctionnaient en Amérique : une compagnie de bateaux à vapeur s'en servait dès lors pour la transmission des ordres à une distance de 5 milles. L’Angleterre, la France et l'Allemagne en ont consacré la pratique dans des circonstances où son utilité est d'autant plus grande qu'il ne saurait être remplacé par rien d'équivalent.

Voici à ce propos ce que nous lisons dans L’écho du Nord rendant compte d'expériences téléphoniques faites dans les mines de Ferfay le 5 mars 1878 :
« Il s'agissait principalement d'étudier l'emploi possible des téléphones dans les charbonnages. L'essai a pleinement réussi. Les interlocuteurs placés les uns
au haut, les autres au fond d'un puits, ont pu correspondre aisément à une distance de 350 mètres ; un air de musique a été joué et aucune note n'a échappé aux oreilles qui devaient le recueillir. Toutefois on a constaté qu'on entendait beaucoup mieux sur le sol que sous le sol. La cause de cette déperdition du son est expliquée par la submersion du câble qui, dans les mines, reçoit perpétuellement l'eau des cuvelages. »

Enfin, à la suite d'expériences faites le 31 mars dernier, la compagnie Paris-Lyon-Méditerranée décidait l'installation d'appareils téléphoniques dans toutes les gares importantes de son réseau.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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