Fontaine lumineuse de Coutan de l'Exposition de Paris 1889

Paris 1889 - Inventions, novelties and means of transport
Répondre
Avatar du membre
worldfairs
Site Admin
Messages : 6211
Enregistré le : 21 juin 2004 09:41 pm
Localisation : illkirch
Contact :

Fontaine lumineuse de Coutan de l'Exposition de Paris 1889

Message par worldfairs » 17 févr. 2011 08:30 pm

Voici un texte d'Arthur Good de 1889 présentant la fontaine lumineuse de Coutan lors de l'Exposition Universelle de Paris 1889.

Nous reproduisons et nous décrivons d'autre part la fontaine érigée par le sculpteur Coutan entre la Tour Eiffel et le dôme central, dans le parc de l'Exposition universelle. Notre gravure représente la fontaine au repos; elle donne ainsi une idée de l'œuvre du statuaire, mais ce qu'elle ne saurait rendre, c'est son aspect lorsque tous les sens : magnifique dans la journée, trois cents gerbes d'eau en jaillissent dans le spectacle devient, le soir, absolument prodigieux : éclairés intérieurement, ces trois cents jets d'eau deviennent incandescents; ils se projettent en gerbes de feu, retombent en une pluie d'étincelles, puis brusquement le décor change : de jaune d'or, il devient rouge, vert ou bleu, puis ces diverses teintes se transforment, se fondent les unes dans les autres, allant du rubis et de l'émeraude aux nuances opalines les plus délicates; c'est féerique, et la fontaine lumineuse sera un des enchantements inoubliables de l'Exposition.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan

Peut-être essayerons-nous quelque jour, en appelant à notre secours toutes les ressources do la polychromie moderne, de rendre l'impression de ces tableaux indescriptibles ; en attendant, nous allons expliquer par quels moyens, fort simples du reste, s'obtiennent ces effets prestigieux.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, Fig.1 Manoeuvre des glaces colorées dans les sous-sols de la fontaine
Fig.1 Manoeuvre des glaces colorées dans les sous-sols de la fontaine

Comme presque toujours, nous trouvons ici l'application ingénieuse d'un principe découvert depuis longtemps. C'est, en effet, dès 1841, qu'un physicien suisse, Colladon, imaginait la fontaine lumineuse représentée par la figure 2.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, explications figure 2
Fig.2

A est un vase dont les parois opposées sont percées de deux ouvertures : l'une par où s'écoule le liquide, l'autre où se loge un verre grossissant. Si l'on approche une lampe de celui-ci, les rayons lumineux, rendus convergents par la lentille, sont absorbés par le liquide et y restent emprisonnés, illuminant non seulement la veine principale, mais jusqu'à ses moindres gouttelettes, qui se transforment en autant d'étincelles. Notre figure montre la marche du rayon lumineux a b ainsi absorbé, qui, au lieu de sortir du vase suivant la ligne c o, comme si celui-ci était vide, est successivement réfléchi suivant les lignes o p, p q, q r, etc., d'où le nom de réflexion totale, donné au phénomène.
Nous venons de supposer le jet liquide projeté horizontalement; s'il est vertical, l'expérience réussit tout aussi bien; il suffit de placer le foyer lumineux sous l'ajustage, de manière à projeter les rayons verticalement aussi, et d'interposer une lame de verre entre le jet et le foyer; enfin, si au-dessous de la lame de verre incolore on en fait glisser une seconde, colorée en rouge ou en bleu, le jet d'eau se teintera de rouge, de bleu, ou de violet si les verres rouges sont superposés.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, explications figure 3
Fig.3

Remplaçons maintenant la lampe à huile de Colladon par un puissant foyer électrique renfermé dans un projecteur M, et nous pourrons éclairer non plus seulement un filet d'eau, comme dans une expérience de laboratoire, mais des jets de 20 mètres de hauteur, comme à l'Exposition.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, Figure 4 Intérieur du kiosque d observation
Fig.4 Intérieur du kiosque d'observation

Telle est la théorie : pour en comprendre l'application, entrons, d'abord, dans le kiosque vitré situé à quelque distance de la fontaine, et dont la figure 4 nous montre l'intérieur. Un opérateur y manœuvre des leviers analogues aux pompes à Lière des cafés-restaurants : ce sont les robinets modérant ou augmentant le débit des différents jets, de manière à varier les effets; en même temps que ces robinets, notre homme fait agir des signaux indiquant aux machinistes placés dans le sous-sol quelles sont les colorations à obtenir. C'est dans ce sous-sol que nous transporte notre figure 1. Au sommet des voûtes courent les fils électriques alimentant les lampes placées sous les jets d'eau; d'autres fils, passant sur des poulies, aboutissent à une série de leviers semblables à ceux des signaux de chemin de fer ; ces leviers et ces fils mettent en mouvement les glaces colorées.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, explications figure 5
Fig.5

Celles-ci peuvent entrer en jeu, soit séparément, soit en même temps ; certaines d'entre elles ont une position inclinée qui permet de ne colorer que la partie supérieure d'un jet, dont le bas est d'un ton différent; de là une variété infinie de combinaisons dans les couleurs, l'intensité et la force des jets, que l'opérateur, du haut de son kiosque d'observation, règle à sa guise comme un peintre fait ses tons sur sa palette, ou comme un organiste joue des registres de son instrument.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, explication figure 6
Fig.6

L'appareil rudimentaire de Colladon se transforme ici en une installation industrielle ; l'honneur d'avoir imaginé cette organisation revient à un Anglais, le colonel Bolton, dont la fontaine fonctionna en 1884 à Londres, puis à Manchester et à Glasgow. MM. Bochrnann et Meker, ingénieurs du service des eaux à l'Exposition, ont encore perfectionné le système du colonel Bolton en faisant passer le faisceau lumineux, non plus directement dans la masse du jet liquide, mais dans le vide formé au centre de ce jet par un entonnoir à parois réfléchissantes, A A, où les rayons sont renvoyés par un miroir concave R.
Quand la réflexion ne peut se faire directement, on emploie d'abord un projecteur M situé dans le sous-sol; les rayons qui en émanent sont projetés verticalement à travers les glaces colorées X Y, puis ils sont détournés à angle droit en b, pour entrer dans l'entonnoir et dans le jet. Telle est la disposition qui est adoptée pour les jets sortant de la gueule des dauphins. Elle est représentée théoriquement dans la figure ci-dessous.

 Expo Paris 1889 - Fontaine lumineuse de Coutan, figure 7 Disposition des projecteurs électriques éclairant les jets horizontaux
Fig.7 Disposition des projecteurs électriques éclairant les jets horizontaux.

Notre figure 7 la montre telle qu'elle existe au Champ de Mars. On y voit le projecteur placé dans le sous-sol; les rayons qui en émanent sont tellement aveuglants que l'ouvrier chargé de la manœuvre doit se protéger les yeux au moyen d'un verre noirci. Grâce aux perfectionnements de MM. Bochmann et Meker, on épargne une notable quantité de lumière; mais, malgré cette économie il faut encore plus de 300 chevaux-vapeur pour fournir l'électricité nécessaire aux 48 appareils qui illuminent la fontaine et pour transformer en une pluie de feu les 1260 mètres cubes d'eau qu'elle débite à l'heure.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
http://www.worldfairs.info

Répondre

Retourner vers « Paris 1889 - Inventions, nouveautés et moyens de transport »

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur enregistré et 0 invité