Les Charpentiers de Paris - Exposition de 1937

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Les Charpentiers de Paris - Exposition de 1937

Message par worldfairs » 22 janv. 2011 11:46 am

Les Charpentiers de Paris - Exposition de 1937
Editeur : Les Charpentiers de Paris
Année de sortie : 1937
Langue : Français

 Livre - Les Charpentiers de Paris - Exposition de 1937

Préface de Justin Godart, sénateur et ancien ministre :

Comme un mirage magnifique, L'Exposition a rempli nos yeux de ses splendeurs et a disparu. Beffrois, donjons, clochers, tours, façades superbes, ont dressé leurs profils sur l'horizon, ont reflété dans la Seine leurs lignes classiques, leurs courbes modernes. Le plus grand effort de construction a été accompli pour la plus courte durée. Il a fallu établir la fragilité des décors de toile peinte, de plâtre déguisé en granit ou en marbre, sur la solidité des poutres dressées et assemblées. Ce fut un des spectacles les plus impressionnants de la démolition de L'Exposition que celui des ossatures des Pavillons dépouillés de leurs luxueux revêtements. On eut, un instant, la vision d'un squelette immense, surprenant de grandeur et d'harmonie, révélant par sa nudité, son rôle caché, manifestant la puissance que donnent à de faibles éléments de bois ou de fer le support mutuel exact, le point d'appui précis, l'équilibre rigoureux.

C'est l'art traditionnel du charpentier qui a permis d'édifier, au cœur de Paris, la passagère cité d'architectures factices que fut L'Exposition.

Et les constructeurs hardis de la plupart des Palais que le monde entier a admirés, ont été LES CHARPENTIERS DE PARIS.

Leur technique éprouvée vient de l'expérience corporative la plus lointaine, transmise par des Maîtres ayant dégagé de la pratique du métier les règles qu'ils ont enseignées tout en continuant à œuvrer. L'école de trait et le chantier ont toujours été confondus: et, dans la même journée, l'apprenti manie le crayon pour tracer l'épure et l'outil pour dresser la matière.

Une telle formation, issue directement du travail, ne peut-être que forte et féconde. Elle prend une valeur incomparable lorsque le savoir, l'habileté, la force assouplie au service des rudes tâches, le courage, en bref, les intelligences et les corps, trouvent, dans la conscience professionnelle, l'armature qui ne faiblit point.

Aux CHARPENTIERS DE PARIS cette armature est donnée par la légitime fierté d'être des ouvriers finis, pouvant voir et comprendre ce qu'ils ont à mettre d'eux-mêmes dans la construction, sachant qu'une faute de leur part se traduirait en insécurité, voire en catastrophe, ayant, à chacun de leurs gestes, le sentiment de la responsabilité. Et si la personnalité ainsi façonnée par le métier se sent renforcée dans ses vertus par l'association, elle en acquiert un surcroit de possibilités et de dignité.

Les CHARPENTIERS DE PARIS sont unis par un double lien, celui du compagnonnage et celui de la coopération.

Certains s'étonnent de la survivance du compagnonnage. C'est un fait. Sa constatation révèle simplement la vitalité de cette forme de groupement. Elle mérite, par là, le respect. Et à d'autres titres aussi. A travers les siècles, malgré les poursuites, les condamnations, les interdictions, le compagnonnage, obligé à des rites secrets pour échapper à la police, a défendu ardemment la classe ouvrière et l'a amenée à trouver en elle-même les forces nécessaires à sa défense et à l'amélioration de son sort. Pour la cause du Travail, les compagnons ont lutté et souffert autant que n'importe quels militants syndicalistes. Et la même foi que par le passé les anime toujours.

La longue pratique de la solidarité qui donne aux Compagnons une âme commune pour l'aide mutuelle et le soutien moral, devait les amener à la coopération. C'est la pente qu'ont suivie les CHARPENTIERS DE PARIS qui sont une des plus anciennes Sociétés Ouvrières de Production.

Lorsqu'ils se sont constitués en 1893, ils avaient un modeste capital de 135.000 Frs. Quelle activité intelligente il leur fallut déployer pour pouvoir, dès la 3™° année, atteindre un million et demi de chiffre d'affaires. Ils n'eurent pas seulement à faire leurs preuves comme un entrepreneur : ils durent, de haute lutte, par l'exécution irréprochable, par la ponctualité, conquérir la confiance hésitante devant des ouvriers qui prétendaient être leur propre patron. Et puis, s'ils avaient leurs bras, leur volonté, leurs qualités, il leur manquait /''approvisionnement considérable en bois et en fer nécessaire à une entreprise comme la leur. A le rassembler, ils consacrèrent toutes leurs ressources, fixant avec la plus stricte économie leurs salaires et leurs dépenses. Cette politique de prévoyance poussée à l'extrême — on en croit généralement incapable une gestion ouvrière — permit aux CHARPENTIERS DE PARIS d'accumuler un stock de matériaux dont, au jour de la Guerre, l'importance rendit d'éminents services à la défense nationale.

Lorsque Paris fut au péril des Bombardements, c'est à l'habileté des CHARPENTIERS DE PARIS que la Ville eut recours pour mettre Monuments et Œuvres d'art à l'abri d'une ingénieuse et efficace protection.

Quand il a fallu, à l'intérieur et au front, accroître les ressources hospitalières les CHARPENTIERS DE PARIS multiplièrent les baraques confortables pour abriter les blessés.

Et le jour où le long des Champs-Elysées, se déroula le cortège de Victoire, ce fut grâce aux Charpentiers de Paris que tout un peuple ému et enthousiaste put s'entasser, sans accidents, sur des tribunes rapidement et solidement construites.

Avez-vous jamais visité avec un compagnon charpentier les combles d'une Cathédrale ou d'un vieil édifice ? Au-dessus de votre tête les pièces de bois forment des figures géométriques élégantes quoique trapues. Le compagnon vous explique comment tout cela tient, et souligne que cela tient depuis longtemps. Il énumère les entraits, les arbalétriers, les poinçons, les contrefiches, les jambettes et, tout d'un coup, sa voix devient grave lorsqu'il désigne « la poutre maîtresse », celle sur laquelle est réparti le lourd fardeau de la toiture, et qui le porte avec tranquillité.

Les institutions, quelles qu'elles soient, ont besoin d'une poutre maîtresse. Celle des Charpentiers de Paris a été FAVARON. Déjà ce nom est un appel sonore et entraînant. Sur FAVARON s'est fondée, s'est appuyée la République Ouvrière des CHARPENTIERS DE PARIS. Il pouvait commander car il était capable d'exécuter, à l'instant, ce qu'il ordonnait. Respecté, honoré par tous, il était resté du métier dans ses allures et dans sa vie. De quels plus beaux titres, d'ailleurs, pourrait-on se parer que de ceux de FAVARON, COMPAGNON, CHARPENTIER, COOPÉRATEUR?

Les travaux accomplis à L'EXPOSITION DE 1937 par les CHARPENTIERS DE PARIS ont montré que ceux-ci, sous une direction, inspirée, soutenue par la fidélité familiale à la pensée de FAVARON, ont su garder et accroître le patrimoine social sur lequel veille sa mémoire.

L'album que j'ai l'honneur de présenter par cette Préface est un témoignage illustré de l'évolution d'une grande Association Ouvrière ayant su, tout en restant attachée à la tradition, se renouveler, en formant dans son sein des élites de travailleurs. Il y a là, pour une démocratie, un bel enseignement de ce que peut le Travail devenant Maître du métier par l'intelligence, la discipline et la coopération.



Ce superbe livre montre de nombreux pavillons rarement présentés dans d'autres ouvrages, et montre aussi leur réalisation. Bref indispensable à tous passionnés de l'exposition de 1937.
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http://www.worldfairs.info

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