Arts décoratifs et industriels modernes
Posté : 25 nov. 2023 11:05 am
Texte du "Rapport Général de l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes Paris 1925"
La Classe 10 comprenait les diverses applications du métal au mobilier. De l’orfèvrerie à l’armurerie, du bronze d’art à la médaille, son domaine était très vaste. Des recherches d’art raffinées aux réalisations strictement utilitaires, elle groupait tous les modes d’emploi de l’or, du fer, du bronze, de l’argent, du platine & de la tôle. L’Exposition entendait présenter les solutions esthétiques & techniques des problèmes sociaux d’aujourd’hui; la réalisation d’un fusil ou d’une batterie de cuisine intéresse l’homme moderne autant que celle d’un chenet ou d’une bassinoire a intéressé nos pères. Nous admirons avec raison la grâce des objets usuels d’autrefois; nos Musées recherchent à l’envi les serrures du Moyen Age, les bronzes de l’Empire, les fourchettes du grand siècle ou les antiques pots d’étain. Avec la même piété, nos arrière-neveux, à leur tour, recueilleront nos bronzes d’éclairage ou nos argenteries de table, car ces pièces familières, qu elles soient simples ou luxueuses, évoqueront à leurs yeux l’image même de notre vie.
Les matières & les techniques grâce auxquelles se réalise la ferronnerie de luxe sont souvent encore aujourd’hui celles mêmes qu’avaient consacrées les traditions des vieux maîtres; des découvertes récentes les ont parfois enrichies. Pour les objets usuels on peut dire que tout est nouveau dans la matière, tôle, aluminium, fonte émaillée, ainsi que dans la technique des laminoirs ou des presses. C’est l’un des grands intérêts que nous offrait la Classe 10, rapprochant les uns des autres tous les artisans du métal.
LES FERRONNIERS.
Jusqu’alors, la ferronnerie appliquée au mobilier n’avait pas évolué comme celle qui s’applique à l'arcnitecture. Les ferronniers les plus modernes demeuraient traditionnels, attachés à la technique du travail de la forge, des assemblages à trous renflés, a colliers ou par soudure.
Aujourd’hui le fer laminé intervient comme le cuivre étiré dans la construction du mobilier métallique & la presse à chaud, d’un seul coup, peut donner le galbe des éléments de répétition d’un motif.
Dans le travail de la ferronnerie, la soudure autogène au chalumeau oxhydrique ou à l’arc électrique permet d’assembler aisément des motifs d’exécution séparée : cette facilité d’assemblage pourrait devenir un danger si elle devait faire oublier que la légèreté demeure la première qualité de tout ouvrage métallique.
C’est précisément en raison de son poids que la fonte de fer est difficilement utilisable dans le mobilier : elle garde son rôle dans la poterie de cuisine où les formes traditionnelles des coquelles & des marmites, rehaussées de quelques nervures, font valoir le métal uni.
LES BATTEURS DE MÉTAL.
Le travail du martelage, du repoussage, de l’emboutissage qui s’est toujours appliqué, depuis l’Antiquité, aux vases de cuivre, d’argent ou d’or, a, depuis le XVIIIe siècle, utilisé aussi la tôle, tout d’abord pour l’ornement des ouvrages de serrurerie, puis pour la grosse chaudronnerie. Aujourd’hui la tôle a sa place dans les oeuvres les plus précieuses au même titre que le cuivre : le disque de métal est relevé & rétreint au marteau ou sur le tour; la presse permet d’obtenir un certain nombre de formes simples dites «de dépouille»; le relevage du métal donne naissance à des surfaces continues dont l’ampleur peut se prêter à la riche décoration des laqueurs, des incrusteurs & des émailleurs.
LES INCRUSTEURS. LES ÉMAILLEURS. LES LAQUEURS.
L’incrustation des métaux de couleur & d’éclat variés dans un métal de support fut la tradition de l’Orient de même que l’émail cloisonné fut celle de l’Extrême-Orient, de même que les émaux peints, champ-levés & de basse taille firent la gloire de nos artistes du Moyen Age & de la Renaissance.
Les artistes français ont, de tout temps, pratiqué la gravure du métal, que ce fût ou non en vue de l’émaillage; au XVIIe siècle, ils avaient enrichi la gravure par le nielle, intermédiaire entre l'émaillage & l'incrustation; de nos jours ils ont recherché l’effet des décors de surface en juxtaposant des métaux différents au moyen de l’insertion ou de la galvanoplastie.
Ils se sont souvenus aussi de la tradition des décors réalisés par des vernis & ont, avec un grand succès, appliqué le laquage au métal; ils n’ont pas négligé non plus l’héritage qu’ils avaient reçu des émailleurs limousins. Si la préciosité des émaux translucides fondus dans des cloisons à jour ne rencontre plus la faveur dont elle jouissait il y a vingt ans, l’émail appliqué aux objets usuels leur confère, en même temps que la richesse de la matière, l’avantage d’un entretien facile.
LES ORFÈVRES.
L’art des orfèvres modernes résume toutes les industries du métal. Les pièces uniques sont, pour la plupart, fabriquées par les procédés traditionnels du planeur & du ciseleur, tandis que les pièces d’édition relèvent de l’estampage à la presse, de l’emboutissage au tour, du laminage & même, pour certaines parties, de la fonte. Les couverts de table, des plus simples aux plus luxueux, sont exécutés, soit entre les laminoirs avant d’être cambrés, soit entre deux matrices à la presse.
Il semble que les nécessités du travail rationnel des machines, l’obligation de calculer avec précision les formes & les épaisseurs à donner au «plané» découpé pour obtenir l’objet fini par un nombre minimum de passages sous la presse n’ont pas été sans influence sur les formes actuelles de l’orfèvrerie; leur simplicité fait valoir les qualités essentielles de la matière elle-même.
Ainsi, comme l’observait dès 1889 le marquis de Vogue, le sens plastique s’efface devant l’esprit rationnel qui « nous façonne un mode plus sévère, plus strié! aux yeux, mais imposant pour le regard intérieur, harmonique pour la pensée abstraite».
LES GRAVEURS SUR ACIER.
L’importance qu’a prise l’outillage des matrices, d’où l’objet fait en série doit sortir entièrement fini, a développé l’art de la gravure sur acier. Si, dans le martelage à la main, l’artiste intervient lui-même jusqu’à l’achèvement de la pièce par la ciselure au repoussé, le travail des poinçons & des matrices qui prendront place sous la presse incombe au graveur sur acier dès le début de l’ouvrage & son importance est d’autant plus grande que les qualités ou les défauts devront être reproduits à de plus nombreux exemplaires.
LES HORLOGERS.
L’enveloppe des mécanismes d’horlogerie relève des métiers les plus divers; le marbre, le bois, la céramique ou le verre peuvent, au même titre que le bronze, porter les rouages d’une pendule; une montre devient un bijou garni d’émail, d’incrustations ou même de pierres précieuses. Le mécanisme lui-même peut aussi être une œuvre d’art, on s’en rend compte dans la plupart des horloges anciennes où le mouvement est apparent.
La diffusion des horloges dans toutes les demeures & des montres dans toutes les poches a déterminé une fabrication industrielle pour laquelle la Suisse détient la première place. C’est par cent mille douzaines que la France, chaque année, importe de Suisse les mouvements ébauchés en série, tout en gardant sa supériorité pour les petits mécanismes de qualité exceptionnelle qui conviennent aux montres-bracelets.
LES ARMURIERS.
Par la nudité du décor, l’armurerie offre un exemple des tendances actuelles. Le fusil d’aujourd’hui, sans chien, avec leviers de détente protégés contre les pressions accidentelles, nous présente la forme simple & la solution claire qu’aime & recherche l’art moderne. Il en est une des créations les plus typiques. On ne saurait trop vanter, au point de vue purement technique, la qualité des aciers de haute résistance étirés & le mécanisme logé de façon si judicieuse dans les magasins & les culasses. Mais c’est la décoration qui nous intéresse ici; elle consiste dans la recherche de la plus grande commodité, qui n’exclut pas l’ornement des incrustations délicates enrichissant la platine.
LES BRONZIERS.
Le bronze d’ameublement reflète les mêmes tendances. C’est à travers l’Exposition tout entière qu’il en faut chercher les témoins : entrées de serrures, plaques de propreté, poignées, motifs d’angle, couronnements, agrafes, appliques lumineuses, plafonniers, torchères, lampes de bureau, flambeaux & lustres. Une poignée de bronze sur un meuble n’est pas seulement un motif de pure décoration, sa présence est imposée par une réelle nécessité. Sans doute, on peut y suppléer au moyen d un anneau d’ivoire ou même d’un gland de soie, mais cette préciosité ne convient guère qu’au boudoir. Le bureau d’un homme d’affaires exige des poignées robustes, au dessin ferme, aux formes simples. On ne saurait renoncer, sans de sérieux inconvénients, à faire emploi de ces bronzes. Au XVIIe siècle, ils servaient d’encadrements, de sabots, d’entrées de serrures pour protéger les délicates marqueteries de cuivre & d’écaille contre les arrachements d’une clef hésitante, pour garantir les pieds du meuble contre les chocs maladroits, pour maintenir le décor des placages. L’emploi des bois précieux à l’état massif supprime bien la nécessité des encadrements, mais non celle des autres bronzes. C’est peut-être à tort que les meubles modernes écartent ces éléments protecteurs, faciles à associer à la beauté des grandes surfaces.
LES FONDEURS.
Si la ciselure fait le prix des fontes au sable destinées au bronze d’ameublement, la fonte à cire perdue destinée à la statuaire se suffit à elle-même : en se substituant à la pellicule de cire retouchée par l’artiste, le bronze reproduit fidèlement la sensibilité la plus intime & la variété de la patine ajoute à la vie de l’œuvre. La patine est obtenue non par des vernis, mais par des oxydations naturelles; elle ne s’altère pas; elle est la matière elle-même fixée dans un état nouveau.
LES MÉDAILLEURS.
Les monnaies & les médailles constituent l’une des formes les plus anciennes & les plus parfaites de l’art du métal. Le flan circulaire répond à. l’utilité; le sujet peut exprimer en une synthèse réduite tous les plus vastes symboles.
Les monnaies, les médailles anciennes réalisaient au plus haut degré la simplicité du dessin & du relief; ces qualités se sont trouvées compromises par l’emploi du tour à réduire, ramenant à la dimension définitive la composition étudiée à une plus grande échelle. C’est l’honneur de certains médailleurs modernes d’être revenus à la gravure directe du coin qui sert à la frappe ou de pratiquer tout au moins sa retouche, lorsqu'il a été obtenu par une réduction mécanique.
LES DOREURS ET LES ARGENTEURS.
La dorure & l’argenture, que facilitent les procédés modernes de la galvanoplastie, restent tou jours employées pour rendre plus précieux les métaux usuels. Un signe du goût moderne est l’abandon du bronze doré en faveur du bronze argenté, plus sobre & plus discret que l’or. L’appareil d’éclairage lui-même se fait en bronze argenté. En donnant une couleur nette aux branches sveltes, aux lignes calmes qui le dessinent l’argenture est bien conforme à l’esthétique de notre temps.
Elle ne suffit pas à faire oublier que, le plus souvent, ces appareils seraient aussi propres à porter des bougies de cire que des ampoules électriques : leur structure n’exprime pas l’éclairage immatériel qu’offre l’électricité. Elle constitue en quelque sorte un compromis provisoire entre l’éclairage d’hier au moyen d’appareils visibles & celui de l’avenir qui saura dissimuler le foyer de la lumière & son aveuglante boule de feu. Les lampes à réflecteurs cylindriques dont la lumière atténuée se répand en nappes égales sur l'endroit à éclairer ou encore les lampes à pédoncule pivotant, d’une construction courante, nous font comprendre le sens des transformations actuelles. Elles s’accomplissent avec lenteur car elles sont subordonnées à l’évolution générale de l’ameublement lui-même & de tous les arts de la vie.
La Classe 10 comprenait les diverses applications du métal au mobilier. De l’orfèvrerie à l’armurerie, du bronze d’art à la médaille, son domaine était très vaste. Des recherches d’art raffinées aux réalisations strictement utilitaires, elle groupait tous les modes d’emploi de l’or, du fer, du bronze, de l’argent, du platine & de la tôle. L’Exposition entendait présenter les solutions esthétiques & techniques des problèmes sociaux d’aujourd’hui; la réalisation d’un fusil ou d’une batterie de cuisine intéresse l’homme moderne autant que celle d’un chenet ou d’une bassinoire a intéressé nos pères. Nous admirons avec raison la grâce des objets usuels d’autrefois; nos Musées recherchent à l’envi les serrures du Moyen Age, les bronzes de l’Empire, les fourchettes du grand siècle ou les antiques pots d’étain. Avec la même piété, nos arrière-neveux, à leur tour, recueilleront nos bronzes d’éclairage ou nos argenteries de table, car ces pièces familières, qu elles soient simples ou luxueuses, évoqueront à leurs yeux l’image même de notre vie.
Les matières & les techniques grâce auxquelles se réalise la ferronnerie de luxe sont souvent encore aujourd’hui celles mêmes qu’avaient consacrées les traditions des vieux maîtres; des découvertes récentes les ont parfois enrichies. Pour les objets usuels on peut dire que tout est nouveau dans la matière, tôle, aluminium, fonte émaillée, ainsi que dans la technique des laminoirs ou des presses. C’est l’un des grands intérêts que nous offrait la Classe 10, rapprochant les uns des autres tous les artisans du métal.
LES FERRONNIERS.
Jusqu’alors, la ferronnerie appliquée au mobilier n’avait pas évolué comme celle qui s’applique à l'arcnitecture. Les ferronniers les plus modernes demeuraient traditionnels, attachés à la technique du travail de la forge, des assemblages à trous renflés, a colliers ou par soudure.
Aujourd’hui le fer laminé intervient comme le cuivre étiré dans la construction du mobilier métallique & la presse à chaud, d’un seul coup, peut donner le galbe des éléments de répétition d’un motif.
Dans le travail de la ferronnerie, la soudure autogène au chalumeau oxhydrique ou à l’arc électrique permet d’assembler aisément des motifs d’exécution séparée : cette facilité d’assemblage pourrait devenir un danger si elle devait faire oublier que la légèreté demeure la première qualité de tout ouvrage métallique.
C’est précisément en raison de son poids que la fonte de fer est difficilement utilisable dans le mobilier : elle garde son rôle dans la poterie de cuisine où les formes traditionnelles des coquelles & des marmites, rehaussées de quelques nervures, font valoir le métal uni.
LES BATTEURS DE MÉTAL.
Le travail du martelage, du repoussage, de l’emboutissage qui s’est toujours appliqué, depuis l’Antiquité, aux vases de cuivre, d’argent ou d’or, a, depuis le XVIIIe siècle, utilisé aussi la tôle, tout d’abord pour l’ornement des ouvrages de serrurerie, puis pour la grosse chaudronnerie. Aujourd’hui la tôle a sa place dans les oeuvres les plus précieuses au même titre que le cuivre : le disque de métal est relevé & rétreint au marteau ou sur le tour; la presse permet d’obtenir un certain nombre de formes simples dites «de dépouille»; le relevage du métal donne naissance à des surfaces continues dont l’ampleur peut se prêter à la riche décoration des laqueurs, des incrusteurs & des émailleurs.
LES INCRUSTEURS. LES ÉMAILLEURS. LES LAQUEURS.
L’incrustation des métaux de couleur & d’éclat variés dans un métal de support fut la tradition de l’Orient de même que l’émail cloisonné fut celle de l’Extrême-Orient, de même que les émaux peints, champ-levés & de basse taille firent la gloire de nos artistes du Moyen Age & de la Renaissance.
Les artistes français ont, de tout temps, pratiqué la gravure du métal, que ce fût ou non en vue de l’émaillage; au XVIIe siècle, ils avaient enrichi la gravure par le nielle, intermédiaire entre l'émaillage & l'incrustation; de nos jours ils ont recherché l’effet des décors de surface en juxtaposant des métaux différents au moyen de l’insertion ou de la galvanoplastie.
Ils se sont souvenus aussi de la tradition des décors réalisés par des vernis & ont, avec un grand succès, appliqué le laquage au métal; ils n’ont pas négligé non plus l’héritage qu’ils avaient reçu des émailleurs limousins. Si la préciosité des émaux translucides fondus dans des cloisons à jour ne rencontre plus la faveur dont elle jouissait il y a vingt ans, l’émail appliqué aux objets usuels leur confère, en même temps que la richesse de la matière, l’avantage d’un entretien facile.
LES ORFÈVRES.
L’art des orfèvres modernes résume toutes les industries du métal. Les pièces uniques sont, pour la plupart, fabriquées par les procédés traditionnels du planeur & du ciseleur, tandis que les pièces d’édition relèvent de l’estampage à la presse, de l’emboutissage au tour, du laminage & même, pour certaines parties, de la fonte. Les couverts de table, des plus simples aux plus luxueux, sont exécutés, soit entre les laminoirs avant d’être cambrés, soit entre deux matrices à la presse.
Il semble que les nécessités du travail rationnel des machines, l’obligation de calculer avec précision les formes & les épaisseurs à donner au «plané» découpé pour obtenir l’objet fini par un nombre minimum de passages sous la presse n’ont pas été sans influence sur les formes actuelles de l’orfèvrerie; leur simplicité fait valoir les qualités essentielles de la matière elle-même.
Ainsi, comme l’observait dès 1889 le marquis de Vogue, le sens plastique s’efface devant l’esprit rationnel qui « nous façonne un mode plus sévère, plus strié! aux yeux, mais imposant pour le regard intérieur, harmonique pour la pensée abstraite».
LES GRAVEURS SUR ACIER.
L’importance qu’a prise l’outillage des matrices, d’où l’objet fait en série doit sortir entièrement fini, a développé l’art de la gravure sur acier. Si, dans le martelage à la main, l’artiste intervient lui-même jusqu’à l’achèvement de la pièce par la ciselure au repoussé, le travail des poinçons & des matrices qui prendront place sous la presse incombe au graveur sur acier dès le début de l’ouvrage & son importance est d’autant plus grande que les qualités ou les défauts devront être reproduits à de plus nombreux exemplaires.
LES HORLOGERS.
L’enveloppe des mécanismes d’horlogerie relève des métiers les plus divers; le marbre, le bois, la céramique ou le verre peuvent, au même titre que le bronze, porter les rouages d’une pendule; une montre devient un bijou garni d’émail, d’incrustations ou même de pierres précieuses. Le mécanisme lui-même peut aussi être une œuvre d’art, on s’en rend compte dans la plupart des horloges anciennes où le mouvement est apparent.
La diffusion des horloges dans toutes les demeures & des montres dans toutes les poches a déterminé une fabrication industrielle pour laquelle la Suisse détient la première place. C’est par cent mille douzaines que la France, chaque année, importe de Suisse les mouvements ébauchés en série, tout en gardant sa supériorité pour les petits mécanismes de qualité exceptionnelle qui conviennent aux montres-bracelets.
LES ARMURIERS.
Par la nudité du décor, l’armurerie offre un exemple des tendances actuelles. Le fusil d’aujourd’hui, sans chien, avec leviers de détente protégés contre les pressions accidentelles, nous présente la forme simple & la solution claire qu’aime & recherche l’art moderne. Il en est une des créations les plus typiques. On ne saurait trop vanter, au point de vue purement technique, la qualité des aciers de haute résistance étirés & le mécanisme logé de façon si judicieuse dans les magasins & les culasses. Mais c’est la décoration qui nous intéresse ici; elle consiste dans la recherche de la plus grande commodité, qui n’exclut pas l’ornement des incrustations délicates enrichissant la platine.
LES BRONZIERS.
Le bronze d’ameublement reflète les mêmes tendances. C’est à travers l’Exposition tout entière qu’il en faut chercher les témoins : entrées de serrures, plaques de propreté, poignées, motifs d’angle, couronnements, agrafes, appliques lumineuses, plafonniers, torchères, lampes de bureau, flambeaux & lustres. Une poignée de bronze sur un meuble n’est pas seulement un motif de pure décoration, sa présence est imposée par une réelle nécessité. Sans doute, on peut y suppléer au moyen d un anneau d’ivoire ou même d’un gland de soie, mais cette préciosité ne convient guère qu’au boudoir. Le bureau d’un homme d’affaires exige des poignées robustes, au dessin ferme, aux formes simples. On ne saurait renoncer, sans de sérieux inconvénients, à faire emploi de ces bronzes. Au XVIIe siècle, ils servaient d’encadrements, de sabots, d’entrées de serrures pour protéger les délicates marqueteries de cuivre & d’écaille contre les arrachements d’une clef hésitante, pour garantir les pieds du meuble contre les chocs maladroits, pour maintenir le décor des placages. L’emploi des bois précieux à l’état massif supprime bien la nécessité des encadrements, mais non celle des autres bronzes. C’est peut-être à tort que les meubles modernes écartent ces éléments protecteurs, faciles à associer à la beauté des grandes surfaces.
LES FONDEURS.
Si la ciselure fait le prix des fontes au sable destinées au bronze d’ameublement, la fonte à cire perdue destinée à la statuaire se suffit à elle-même : en se substituant à la pellicule de cire retouchée par l’artiste, le bronze reproduit fidèlement la sensibilité la plus intime & la variété de la patine ajoute à la vie de l’œuvre. La patine est obtenue non par des vernis, mais par des oxydations naturelles; elle ne s’altère pas; elle est la matière elle-même fixée dans un état nouveau.
LES MÉDAILLEURS.
Les monnaies & les médailles constituent l’une des formes les plus anciennes & les plus parfaites de l’art du métal. Le flan circulaire répond à. l’utilité; le sujet peut exprimer en une synthèse réduite tous les plus vastes symboles.
Les monnaies, les médailles anciennes réalisaient au plus haut degré la simplicité du dessin & du relief; ces qualités se sont trouvées compromises par l’emploi du tour à réduire, ramenant à la dimension définitive la composition étudiée à une plus grande échelle. C’est l’honneur de certains médailleurs modernes d’être revenus à la gravure directe du coin qui sert à la frappe ou de pratiquer tout au moins sa retouche, lorsqu'il a été obtenu par une réduction mécanique.
LES DOREURS ET LES ARGENTEURS.
La dorure & l’argenture, que facilitent les procédés modernes de la galvanoplastie, restent tou jours employées pour rendre plus précieux les métaux usuels. Un signe du goût moderne est l’abandon du bronze doré en faveur du bronze argenté, plus sobre & plus discret que l’or. L’appareil d’éclairage lui-même se fait en bronze argenté. En donnant une couleur nette aux branches sveltes, aux lignes calmes qui le dessinent l’argenture est bien conforme à l’esthétique de notre temps.
Elle ne suffit pas à faire oublier que, le plus souvent, ces appareils seraient aussi propres à porter des bougies de cire que des ampoules électriques : leur structure n’exprime pas l’éclairage immatériel qu’offre l’électricité. Elle constitue en quelque sorte un compromis provisoire entre l’éclairage d’hier au moyen d’appareils visibles & celui de l’avenir qui saura dissimuler le foyer de la lumière & son aveuglante boule de feu. Les lampes à réflecteurs cylindriques dont la lumière atténuée se répand en nappes égales sur l'endroit à éclairer ou encore les lampes à pédoncule pivotant, d’une construction courante, nous font comprendre le sens des transformations actuelles. Elles s’accomplissent avec lenteur car elles sont subordonnées à l’évolution générale de l’ameublement lui-même & de tous les arts de la vie.