Pavillon du Luxembourg
Posté : 23 mars 2023 03:30 pm
Article extrait du livre "Le Luxembourg à l'Exposition Mondiale de Bruxelles 1958"
Le Thème de Bruxelles 1958
Bilan du Monde pour un Monde plus humain
Autant de nations représentées à l’Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1958, autant de pavillons divers contiennent le secret des pays qui les ont construits. Chacun a essayé de s’exprimer, de définir son âme et son génie. Ainsi, dans l’enceinte du Heysel, presque tous les peuples du Monde ont l’occasion de se reconnaître, de reconnaître leurs affinités et de se donner la main.
Architectes et ingénieurs ont rivalisé pour adopter les solutions les plus audacieuses, les plus incroyables et que seuls la technique et les matériaux modernes permettent de réaliser. Ainsi est né un foisonnement de formes multiples et étranges, empruntées à la faune ou à la flore, à la géométrie ou à la cristallographie. Les possibilités de la technique de nos jours ont permis de créer une esthétique du 20e voire du 21e siècle, libérée de toute tradition d’harmonie architecturale, inspirée par la pure fantaisie ou bien par un fonctionnalisme simple ou dicté par des réflexions scientifiques très précises.
Et au milieu de ces acrobaties techniques s’élève l’Atomium, la plus étonnante de toutes.
Miracle de science et de technique modernes.
C’est le symbole de l’Exposition de Bruxelles 1958 tout comme la Tour Eiffel fut en 1889 le symbole de l’Exposition Universelle de Paris.
A ce signe s’attache tout un ensemble de réflexions et de considérations qui font de l’Exposition de Bruxelles une manifestation particulière, d’une inspiration nouvelle, originale. Ce n’est plus une Exposition dans laquelle les nations exhibent en une rivalité pacifique les productions matérielles et morales, conquêtes de leur génie à une époque déterminée. Cette Exposition est bien encore cela, mais elle est aussi autre chose.
Les organisateurs bruxellois ont voulu qu’elle innove en ce sens que par une sincère et absolue franchise et une sérieuse recherche de la vérité, par la soumission à un thème, elle réponde à « l’angoissante question de savoir quelle est la place, quel est l’avenir de l’homme dans le Monde moderne ».
Le thème est le suivant: «Nous voulons, sur tous les plans de l’activité humaine, dresser le bilan du Monde moderne, aider les peuples à prendre une conscience aiguë et dynamique de l’obligation qui s’impose à eux de rendre à ce Monde figure humaine, suggérer, enfin, d’une manière concrète et réaliste, les moyens à mettre en œuvre pour atteindre pareil objectif ».
Pour comprendre le sens de l’Exposition de Bruxelles, il faut donc se représenter l’intention vaste et le dessein élevé des organisateurs qui sont de dresser le bilan du Monde actuel, en vue de rendre ce Monde plus humain.
Il ne convient pas dans cette publication d’étaler les raisonnements qui ont amené les organisateurs à ce thème, mais chacun de nos contemporains se rend compte, de par sa propre expérience, que notre époque si merveilleuse par ses progrès dont les applications pacifiques pourraient ouvrir les plus belles perspectives, est une époque profondément inhumaine ou plus encore, déshumanisée. Découvertes scientifiques et réalisations techniques, au lieu de servir l’Homme, paraissent n’avoir eu que pour effet de rendre la vie humaine plus difficile, de rendre plus lourde la tâche de l’homme. Au lieu de lui créer des loisirs nouveaux, la machine lui impose un rythme qui n’est pas à sa mesure. La mise en service des nouveaux moyens de transport, les uns plus rapides que les autres, des moyens de communication, d’information et de documentation de tous ordres, qui devraient permettre une connaissance mutuelle plus large et un rapprochement plus intime, au lieu de rapprocher peuples et individus, n’ont eu pour effet que l’isolement toujours croissant de l’Homme dans un compartimentement étroit de sa profession et de son étroite individualité.
Et en plus, s’il arrive à l’Homme de se plonger dans la méditation et de réfléchir sur son avenir, un véritable sentiment d’angoisse le saisit devant les sombres perspectives que projettent à l’horizon les inventions et découvertes scientifiques et leurs applications. « Contemporains de l’automation, de l’énergie nucléaire », écrit M. Ch. Everarts de Velp, le Secrétaire Général que la Presse belge a dénommé le « Penseur » de l’Exposition, « témoins de victoires scientifiques quotidiennes, bénéficiaires d’un potentiel de loisirs inimaginables il y a cinquante ans, disposant des instruments de connaissance et de culture les plus perfectionnés, malgré tout cela, à cause de tout cela peut-être, nous ne pouvons nous défendre d’une peur très réelle.
Nous avons une nette conscience du fait qu’arrivés au sommet de notre puissance matérielle, nous ne sommes plus, comme le voulait Protagoras, à la mesure des choses ».
La conception d’un nouvel humanisme adapté aux réalités et aux exigences de notre époque est peut-être le remède de la crise actuelle. Grâce à l’Exposition de Bruxelles le Monde se trouve en face du problème. Des conceptions nouvelles doivent avoir lieu et se réaliser. Elle voudrait y donner le branle. C’est là l’idéal élevé qu’elle poursuit, c’est le but qu’elle s’est assigné.
« Son objectif essentiel est de suggérer les voies à suivre pour arriver à la solution de la crise du monde moderne. En amenant les peuples à montrer non pas tant ce qu’ils font que ce qu’ils sont, elle entend les aider à exposer d’une manière à la fois compétitive et pacifique, les méthodes qu’ils préconisent pour réhumaniser le monde moderne; elle veut donner aux foules qui parcourent l’Exposition, une révélation frappante de ce monde, de sa diversité, de son avenir, des dangers qui le guettent et amener ces foules à une prise de conscience commune et dynamique de l’interdépendance des peuples et de l’urgente nécessité de larges échanges, non seulement matériels, mais aussi spirituels. Bruxelles 1958 a donc la prétention de présenter un bilan complet du monde moderne, de dégager de ce bilan les éléments positifs, de mettre en lumière les grands courants qui guident aujourd’hui l’humanité et, sur la base de cette synthèse, d’imprimer une orientation nouvelle aux activités humaines ».
Luxembourg, Face au Thème de Bruxelles
Ce vaste thème de Bruxelles, ce merveilleux objectif de l’Exposition, il faut les avoir présents à l’esprit si l’on veut saisir la signification et la portée idéale de cette manifestation mondiale, et si l’on veut en apprécier la très haute valeur. Il faut aussi les connaître pour juger et apprécier les différentes participations nationales et internationales.
Comment réaliser la participation luxembourgeoise?
Le Commissariat Général luxembourgeois a traité le thème en attachant de l’importance surtout à deux points. D’abord, pour montrer ce que nous sommes, il fallait traiter et exposer « le complexe géographique, historique, économique » particulier à notre peuple. L’aspect humain qui s’attache aux manifestations et productions luxembourgeoises les plus essentielles a été suggéré. Ensuite, nous avons cherché à mettre en valeur tout ce que le Luxembourg peut offrir à ses voisins sur les plans où s’exerce une activité qui dépasse le cadre limité de nos possibilités et de nos moyens. L’organisateur luxembourgeois a cherché par des éléments concrets, artistiquement présentés, à montrer les aspects généraux et particuliers de la vie politique, économique, technique et sociale.
Les divers éléments présentés ont donc une signification. Ce sont des symboles qui parlent. L’interprétation que nous allons en donner n’est pas et ne peut pas être l’unique interprétation possible. Mais elle s’attache à démêler divers traits essentiels qui, dans les grandes lignes, peuvent servir de fil conducteur.
Il convient de relever que la section luxembourgeoise occupe une surface (4300 m²) qui, si on la compare aux surfaces occupées par d’autres nations plus grandes, n’est pas réduite à l’échelle du pays. Le Commissaire Général, M. Guillaume Konsbruck, en a donné les raisons dans sa préface. Ce point une fois admis, tout ce qui est dit dans les pages qui suivent rentre dans la bonne perspective. Loin des exagérations de toute sorte, notre unique souci était celui de la vérité. La véritable échelle des grandeurs n’est pas violée.
Le Thème de Bruxelles 1958
Bilan du Monde pour un Monde plus humain
Autant de nations représentées à l’Exposition Universelle et Internationale de Bruxelles 1958, autant de pavillons divers contiennent le secret des pays qui les ont construits. Chacun a essayé de s’exprimer, de définir son âme et son génie. Ainsi, dans l’enceinte du Heysel, presque tous les peuples du Monde ont l’occasion de se reconnaître, de reconnaître leurs affinités et de se donner la main.
Architectes et ingénieurs ont rivalisé pour adopter les solutions les plus audacieuses, les plus incroyables et que seuls la technique et les matériaux modernes permettent de réaliser. Ainsi est né un foisonnement de formes multiples et étranges, empruntées à la faune ou à la flore, à la géométrie ou à la cristallographie. Les possibilités de la technique de nos jours ont permis de créer une esthétique du 20e voire du 21e siècle, libérée de toute tradition d’harmonie architecturale, inspirée par la pure fantaisie ou bien par un fonctionnalisme simple ou dicté par des réflexions scientifiques très précises.
Et au milieu de ces acrobaties techniques s’élève l’Atomium, la plus étonnante de toutes.
Miracle de science et de technique modernes.
C’est le symbole de l’Exposition de Bruxelles 1958 tout comme la Tour Eiffel fut en 1889 le symbole de l’Exposition Universelle de Paris.
A ce signe s’attache tout un ensemble de réflexions et de considérations qui font de l’Exposition de Bruxelles une manifestation particulière, d’une inspiration nouvelle, originale. Ce n’est plus une Exposition dans laquelle les nations exhibent en une rivalité pacifique les productions matérielles et morales, conquêtes de leur génie à une époque déterminée. Cette Exposition est bien encore cela, mais elle est aussi autre chose.
Les organisateurs bruxellois ont voulu qu’elle innove en ce sens que par une sincère et absolue franchise et une sérieuse recherche de la vérité, par la soumission à un thème, elle réponde à « l’angoissante question de savoir quelle est la place, quel est l’avenir de l’homme dans le Monde moderne ».
Le thème est le suivant: «Nous voulons, sur tous les plans de l’activité humaine, dresser le bilan du Monde moderne, aider les peuples à prendre une conscience aiguë et dynamique de l’obligation qui s’impose à eux de rendre à ce Monde figure humaine, suggérer, enfin, d’une manière concrète et réaliste, les moyens à mettre en œuvre pour atteindre pareil objectif ».
Pour comprendre le sens de l’Exposition de Bruxelles, il faut donc se représenter l’intention vaste et le dessein élevé des organisateurs qui sont de dresser le bilan du Monde actuel, en vue de rendre ce Monde plus humain.
Il ne convient pas dans cette publication d’étaler les raisonnements qui ont amené les organisateurs à ce thème, mais chacun de nos contemporains se rend compte, de par sa propre expérience, que notre époque si merveilleuse par ses progrès dont les applications pacifiques pourraient ouvrir les plus belles perspectives, est une époque profondément inhumaine ou plus encore, déshumanisée. Découvertes scientifiques et réalisations techniques, au lieu de servir l’Homme, paraissent n’avoir eu que pour effet de rendre la vie humaine plus difficile, de rendre plus lourde la tâche de l’homme. Au lieu de lui créer des loisirs nouveaux, la machine lui impose un rythme qui n’est pas à sa mesure. La mise en service des nouveaux moyens de transport, les uns plus rapides que les autres, des moyens de communication, d’information et de documentation de tous ordres, qui devraient permettre une connaissance mutuelle plus large et un rapprochement plus intime, au lieu de rapprocher peuples et individus, n’ont eu pour effet que l’isolement toujours croissant de l’Homme dans un compartimentement étroit de sa profession et de son étroite individualité.
Et en plus, s’il arrive à l’Homme de se plonger dans la méditation et de réfléchir sur son avenir, un véritable sentiment d’angoisse le saisit devant les sombres perspectives que projettent à l’horizon les inventions et découvertes scientifiques et leurs applications. « Contemporains de l’automation, de l’énergie nucléaire », écrit M. Ch. Everarts de Velp, le Secrétaire Général que la Presse belge a dénommé le « Penseur » de l’Exposition, « témoins de victoires scientifiques quotidiennes, bénéficiaires d’un potentiel de loisirs inimaginables il y a cinquante ans, disposant des instruments de connaissance et de culture les plus perfectionnés, malgré tout cela, à cause de tout cela peut-être, nous ne pouvons nous défendre d’une peur très réelle.
Nous avons une nette conscience du fait qu’arrivés au sommet de notre puissance matérielle, nous ne sommes plus, comme le voulait Protagoras, à la mesure des choses ».
La conception d’un nouvel humanisme adapté aux réalités et aux exigences de notre époque est peut-être le remède de la crise actuelle. Grâce à l’Exposition de Bruxelles le Monde se trouve en face du problème. Des conceptions nouvelles doivent avoir lieu et se réaliser. Elle voudrait y donner le branle. C’est là l’idéal élevé qu’elle poursuit, c’est le but qu’elle s’est assigné.
« Son objectif essentiel est de suggérer les voies à suivre pour arriver à la solution de la crise du monde moderne. En amenant les peuples à montrer non pas tant ce qu’ils font que ce qu’ils sont, elle entend les aider à exposer d’une manière à la fois compétitive et pacifique, les méthodes qu’ils préconisent pour réhumaniser le monde moderne; elle veut donner aux foules qui parcourent l’Exposition, une révélation frappante de ce monde, de sa diversité, de son avenir, des dangers qui le guettent et amener ces foules à une prise de conscience commune et dynamique de l’interdépendance des peuples et de l’urgente nécessité de larges échanges, non seulement matériels, mais aussi spirituels. Bruxelles 1958 a donc la prétention de présenter un bilan complet du monde moderne, de dégager de ce bilan les éléments positifs, de mettre en lumière les grands courants qui guident aujourd’hui l’humanité et, sur la base de cette synthèse, d’imprimer une orientation nouvelle aux activités humaines ».
Luxembourg, Face au Thème de Bruxelles
Ce vaste thème de Bruxelles, ce merveilleux objectif de l’Exposition, il faut les avoir présents à l’esprit si l’on veut saisir la signification et la portée idéale de cette manifestation mondiale, et si l’on veut en apprécier la très haute valeur. Il faut aussi les connaître pour juger et apprécier les différentes participations nationales et internationales.
Comment réaliser la participation luxembourgeoise?
Le Commissariat Général luxembourgeois a traité le thème en attachant de l’importance surtout à deux points. D’abord, pour montrer ce que nous sommes, il fallait traiter et exposer « le complexe géographique, historique, économique » particulier à notre peuple. L’aspect humain qui s’attache aux manifestations et productions luxembourgeoises les plus essentielles a été suggéré. Ensuite, nous avons cherché à mettre en valeur tout ce que le Luxembourg peut offrir à ses voisins sur les plans où s’exerce une activité qui dépasse le cadre limité de nos possibilités et de nos moyens. L’organisateur luxembourgeois a cherché par des éléments concrets, artistiquement présentés, à montrer les aspects généraux et particuliers de la vie politique, économique, technique et sociale.
Les divers éléments présentés ont donc une signification. Ce sont des symboles qui parlent. L’interprétation que nous allons en donner n’est pas et ne peut pas être l’unique interprétation possible. Mais elle s’attache à démêler divers traits essentiels qui, dans les grandes lignes, peuvent servir de fil conducteur.
Il convient de relever que la section luxembourgeoise occupe une surface (4300 m²) qui, si on la compare aux surfaces occupées par d’autres nations plus grandes, n’est pas réduite à l’échelle du pays. Le Commissaire Général, M. Guillaume Konsbruck, en a donné les raisons dans sa préface. Ce point une fois admis, tout ce qui est dit dans les pages qui suivent rentre dans la bonne perspective. Loin des exagérations de toute sorte, notre unique souci était celui de la vérité. La véritable échelle des grandeurs n’est pas violée.