Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

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Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

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J'ai repris un texte d'Edouard Beaufils de 1900 qui résume le genèse et la construction de cette magnifique oeuvre d'art.


L'Exposition de 1900 n'aura pas été, comme on serait tenté de le croire, l'unique prétexte à l'établissement du pont Alexandre-III, car depuis longtemps il paraissait indispensable qu'entre le pont de la Concorde et celui des Invalides, une nouvelle voie de communication traversât la Seine. On peut dire seulement que la construction en a été hâtée par la nécessité de relier entre elles, selon toute l'esthétique désirable, les deux plus importantes parties de l'Exposition.

 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III


Le 5 octobre 1896, paraissait, au Journal Officiel, un décret dont le premier article était ainsi conçu : « Le pont qui doit, à l'occasion de l'Exposition Universelle de 1900, être établi sur la Seine, en face de l'hôtel des Invalides, prendra le nom de pont Alexandre-III. »

Deux jours après avait lieu la pose de la première pierre, par le Tsar Nicolas II. Double hommage rendu à la dynastie des Romanoff; double témoignage d'amitié offert par la France à la Russie : le fils allait être le premier artisan de l'œuvre d'art qui porterait le nom du père.!

 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III


Ce fut une magnifique cérémonie dont le souvenir a été fixé par le peintre Roll. Sur la rive droite de la Seine, que traversaient des câbles figurant les grandes lignes du pont, dans l'axe des Invalides, une tribune somptueuse avait été dressée où le président Félix Faure, entouré des ministres, reçut les souverains russes. Dans une enceinte comprise entre le fleuve, les Champs-Elysées et la place, de la Concorde se pressaient les invités officiels, sénateurs et députés, présidents des conseils généraux, maires des chefs-lieux de département, délégués des chambres de commerce, représentants de toutes les grandes sociétés françaises, etc.. de l'autre côté, de la Seine, on avait disposé d'immenses gradins. Une foule enthousiaste s'y étageait dont les acclamations de bienvenue à l'illustre couple impérial firent bientôt place au recueillement.

Après l'exécution de l'Hymne Russe et de la Marseillaise, M. Boucher, ministre du commerce, invita, en quelques mots, le Tsar a poser la première pierre du pont et lui présenta une truelle et un marteau d'ivoire ciselés, écussonnés aux armes de la Ville de Paris et précieusement décorés de branches de chêne et d'olivier en or et d'inscriptions commémoratives.

Alors, devant les souverains russes et le Président de la République debout, en présence de la foule immense qui couvrait les rives delà Seine, furent jetés au large du fleuve de retentissantes strophes composées pour la circonstance par le poète des Trophées, M. José-Maria de Heredia :

Très Illustre Empereur, fils d'Alexandre Trois,
La France, pour fêter ta grande bienvenue,
Dans la langue des dieux par ma voix te salue,
Car le Poète seul peut tutoyer les rois.
De ta loyale main prends l'outil vierge encor,
Etale le mortier sous la truelle d'or,
Frappe avec le marteau d'acier, d'or et d'ivoire...

Le couple impérial et le Président de la République quittant la tribune approchèrent d'un chariot enguirlandé de feuillages sur lequel reposait un bloc de granit que le Tsar frappa trois fois. La pierre ainsi consacrée fut ensuite descendue sur son socle, au niveau du fleuve, tandis qu'à quelques pas d'un groupe formé par les ministres, le Commissaire Général et les directeurs de l'Exposition, l'Empereur et le Président signaient d'une plume d'or le procès-verbal de la pose. En même temps, une vingtaine de jeunes filles en blanc, appartenant au haut commerce parisien, offraient à la Tsarine un bouquet d'orchidées.

 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III

Alors, des bords de la Seine, sillonnée en tous sens par des barques, des remorqueurs,des yachts parés en fête, une formidable clameur de joie monta, se mêlant aux détonations du canon que l'on tirait devant les Invalides. Et dans le ciel éperdument s'éparpilla le vol de pigeons lâchés sur l'Esplanade.

La première pierre du pont Alexandre III était posée... il restait à le construire.

On ne tarda pas à se mettre au travail. Dans les premiers jours du mois de décembre 1896, le gouvernement fait connaître que, parmi les projets soumis au concours, son choix s'est arrêté sur celui de MM. Résal, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, et Alby, ingénieur ordinaire. À la fin du même mois, M. Boucher, ministre du commerce, signe la liste de répartition des travaux : la construction du pont est confiée aux deux techniciens précités; MM. les architectes Cas-sien-Bernard et Cousin sont chargés de la partie architecturale et décorative, de l'aménagement des quais et des berges. Le jeudi 25 février 1897 eut lieu l'adjudication des travaux de fondation, et tout aussitôt le grand labeur commença.

 Expo Paris 1900 - Esplanade des Invalides


Trois considérations principales avaient guidé MM. Résal et Alby dans rétablissement de leur projet. Il fallait d'abord satisfaire aux exigences de la navigation, respecter ensuite la perspective des Invalides, enfin donner à l'œuvre une ampleur qui l'accordât à ses vastes entours. La conception des deux ingénieurs contenta tout le monde : en décidant que le pont n'aurait que deux points d'appui, ils évitaient l'emploi, au milieu du courant, de piles nuisibles à la navigation, et en donnant, par exception, une largeur de 40 mètres à l'immense arche métallique longue de 107m5o, jetée entre les grands espaces de l'Esplanade et des Champs-Elysées, ils obéissaient aux lois de la proportion et de l'harmonie.

Restait la question de la perspective. Etait-il admissible que le dos d'âne du pont masquât, vu des Champs-Elysées, la façade des Invalides? Et, d'autre part, n'était-il pas certain qu'une arche de pareille longueur bomberait fortement ? Le moyen d'en surbaisser la voûte et d'en diminuer la flèche suffisamment pour que le tablier devînt presque horizontal ? C'est alors que MM. Résal et Alby résolurent de faire usage de l'acier fondu qui, par sa résistance à l'épreuve des pressions presque horizontales, permettrait de résoudre le problème . En effet, l'emploi d'arcs en acier moulé devait donner de si heureux résultats que la flèche, ou, si l'on aime mieux, la différence entre la clef de voûte et le point de jonction des arcs avec la culée put être réduite à 628m. Du coup on obtenait une différence de niveau d'un mètre entre le pont Alexandre-III et le pont de la Concorde. Résultat des plus appréciables, si l'on songe qu'il importait, au plus haut point, pour ménager le beau panorama de la Seine, que la nouvelle voie de communication franchît le fleuve sensiblement au-dessous de son aînée.

 Expo Paris 1900 -Esplanade des Invalides


Ce surbaissement considérable, obtenu pour la première fois en France, eut pour conséquence la construction de culées exceptionnelles dont le massif pût s'opposer à toute poussée. Le pont devant couper la Seine un peu de biais, on donna aux fondations la forme d'un parallélogramme. Ce travail, commencé le 30 mars 1897 sur la rive droite, fut exécuté par le procédé des caissons à air comprimé.

Ces caissons, en tôle de fer, ont des bords inférieurs tranchants, à office de couteaux, pour le fonçage du sol. Une cloison métallique les divise horizontalement en deux parties, dont l'une, celle de dessous dite chambre de travail, est occupée par les ouvriers, tandis que celle de dessus sert de base à une maçonnerie exécutée à l'air libre. Une fois les caissons descendus à la profondeur voulue, on y coule, par des opérations trop techniques pour que nous puissions entrer dans leurs détails, le béton destiné à former la maçonnerie inférieure.

Il fut ainsi fait pour l'établissement des massifs du pont Alexandre-III. Le 11 novembre 1897, pour fêter l'achèvement du bétonnage sur la rive droite, M. Picard offrait aux ouvriers du pont un déjeuner au restaurant coopératif des Champs-Elysées. On hâta ensuite un travail identique sur la rive gauche.


 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III


Au mois d'avril 1898, on commença de procéder au montage d'un ouvrage provisoire en acier, destiné à faciliter la mise en place des quinze arcs du pont. Au lieu de hisser à hauteur de pilotis, qui auraient entravé la navigation, les voussoirs ou éléments des arcs, les ingénieurs avaient jugé préférable de les faire descendre d'une haute charpente mobile, dite passerelle, à l'intérieur de laquelle les matériaux nécessaires seraient plus librement maniés, et d'où, dominant le niveau fixé au tablier du futur pont, les ouvriers pourraient opérer, sur un plancher suspendu, l'assemblage des voussoirs. Le lancement de cette passerelle réussit à merveille. En septembre 1899, devenue inutile, elle fut démolie, et le pont qu'elle avait servi à construire, apparut dans la grâce et la légèreté de ses lignes définitives.

Le gros oeuvre était terminé. Il ne s'agissait plus que de la partie architecturale et décorative dont nous avons dit plus haut que MM. Cassien-Bernard et Cousin avaient été chargés. Ces architectes n'avaient d'ailleurs pas attendu, pour commencer l'exécution de leurs plans, que la tâche des ingénieurs eût pris fin. L'ornementation du pont était, à ce moment, déjà très avancée; les travaux des quatre pylônes, notamment, étaient poussés avec activité.

 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III


L'histoire de ces pylônes est assez curieuse. C'est le bel effet produit par quatre pylônes provisoires en bois, dressés lors de la cérémonie du 7 octobre 1896, qui suggéra l'idée d'introduire ce motif dans l'ensemble architectural du pont Alexandre-III. On en peut discuter la beauté, critiquer la surcharge d'ornements — Renommées au faite, proues aux soubassements, coquilles, mascarons, génies, amours, et tout un symbolisme un peu vieillot — mais du moins il est indiscutable que ces hauts massifs formés de quatre colonnes servent à « repérer», entre les Palais des Champs-Elysées et des Invalides, le regard qui, sans le secours d'arêtes vives, peut-être se perdrait dans la perspective de l'Esplanade.

Adossées à ces pylônes, des statues monumentales symbolisent quatre âges de notre histoire: du côté des Champs-Elysées, la France du moyen âge, par Lenoir et la France moderne par Michel; du côté des Invalides, la France de la Renaissance, par Coûtant et la France de Louis XVI, par Marqueste.

 Expo Paris 1900 - Pont Alexandre III


Au pied des pylônes encore, deux morceaux de sculpture : des figures allégoriques de M. Morice et ces beaux candélabres dont la base a été ornée par M. Gauguié d'une ronde d'enfants. Citons enfin, toujours aux deux extrémités du pont, des vases en marbre blanc, et, au delà des quatre escaliers qui descendent à la berge, les lions de M. Gardet.

Quant à la balustrade,de dessin très sobre et d'aspect très distingué avec son revêtement de cuivre et d'étain, elle supporte, de chaque côté, quatorze élégants lampadaires, et, en aval, son milieu extérieur est masqué par un grand cartouche où deux divinités fluviales, émergeant de roseaux, s'appuient à la barre d'un gouvernail.

En somme, bel ensemble décoratif. Mais n'a-t-on point un peu abusé des ornements, et n'eût-il pas été de meilleur goût de ne dorer ni les Pégases, ni les Renommées des pylônes, ni certains motifs de la balustrade? Tout cela, il faut bien le dire, fait penser au luxe d'un parvenu.


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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne" - 3 octobre 1896

— Le tsar doit poser la première pierre du futur pont de l'Exposition, dont un fac-similé en cordages indiquera l’apparence, mais il est probable que l'emplacement choisi ne sera pas définitif.
L'enquête de commodo et incommodo ayant relevé des critiques très nombreuses, les plans seront probablement modifiés pour répondre aux desiderata de la navigation fluviale, qui sont notamment :
1° Le déplacement du pont tel qu’il est prévu au projet de 3 à 4 mètres sur la rive droite ;
2° La surélévation pour augmenter le passage libre en hautes eaux ;
3° Un mode de construction des culées qui assure une suffisante liberté de circulation autour des retombées des arcs.

La Seine forme à cet endroit un coude très prononcé, et un pont de la largeur prévue est presque un tunnel ; la navigation sera naturellement très active et des accidents sont à craindre el à prévoir.
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne" - 19 décembre 1896

On avait parle d un exhaussement probable du futur pont. On dément cette nouvelle.
Le service de navigation a étudié une demande d'exhaussement du pont tel qu’il a été projeté tout d’abord par les ingénieurs
de admis en principe par l’administration de l'Exposition. Mais il n’a pas fixé encore de chiffre d'exhaussement, et c’est, en somme, d’un desideratum technique qu’il s'agit. Le service de la navigation aimerait il profiter de la construction du nouveau pont pour lui donner la hauteur sous clef désirée par la navigation. Mais cela ne saurait, en tout cas, entraîner un remaniement, impossible à réaliser et chimérique, des autres ponts de la Seine.

De son côté, l’administration de l’Exposition dit ceci :
« Un exhaussement, même de 70 centimètres, dans les projets de pont étudiés ne peut être envisagé. Ce serait revenir sur l'étude générale de la grande perspective de l’Exposition de 1900, dont on se rappelle les difficultés. L’administration de l’Exposition s’en lient donc aux cotes de l’avant-projet formé et il n'est pas question, en ce qui la concerne, d’apporter aucune modification, pas même de quelques centimètres, dans l'ossature générale du pont. »
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

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Texte et illustrations de "La construction moderne" - 6 mars 1897

Jeudi 25 février a eu lieu, dans les bureaux du commissariat général, sous la présidence de M. Huet, directeur des services de voirie de l'Exposition, l’adjudication des fondations du pont Alexandre III.

MM. Letellier et Boutrinquien, qui avaient déjà été chargés des fondations du pont Mirabeau, ont été déclarés adjudicataires avec un rabais de 12%, sur une évaluation de 1.612.748 francs, plus une somme à valoir de 262.252, soit au total 1.875.000 francs.
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 3 avril 1897"

Les travaux, du pont Alexandre III.

Les travaux de fondation par l'air comprimé du pont Alexandre III ont commencé sur le Cours-la-Reine. La double ligue des tramways Louvre-Saint-Cloud et Versailles va être déviée et reportée le long du trottoir qui borde les palissades entourant l’emplacement du palais de l’Industrie et de l’ancien Jardin de Paris. On commence, en même temps, la démolition du mur de soutènement du quai sur la place que les culées du nouveau pont occuperont et l'on entame le terrain afin de faire place aux excavateurs qui affouilleront le sous-sol. Ensuite on procédera an montage du grand caisson à air comprimé qui servira à asseoir les fondations.
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 1er mai 1897"

Sans que l'on puisse s’expliquer de quelle origine il parlait une fois encore, le bruit a couru ces jours derniers, que la hauteur du pont Alexandre III avait été modifiée et que ses plans avaient été retouchés. On parlait d'un relèvement de 2 mètres nécessité par les besoins de la navigation. Cette nouvelle est entièrement controuvée. Rien n’a été changé aux « cotes » du pont tel qu'il a été étudié par MM. Résal et Alby, ingénieurs, et approuvé par l’administration. Il sera un peu moins haut, de 1 mètre environ, que le pont de la Concorde, et un peu plus haut que le pont des Invalides, ce qui assurera la régularité des perspectives.
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 5 juin 1897"

Les chantiers de fondations du pont Alexandre III sont également en activité. Le mur de quai, très solide, et beaucoup plus enfoncé dans le sol qu'on no le croyait, est entièrement démoli à l’heure actuelle. Plus de 100 tonnes de fers sont arrivées et ont été déposées sur ce chantier en vue du montage des caissons de fondations à l'air comprimé. La construction de ces caissons sera complètement terminée, d’après toutes les prévisions, avant la fin de la présente année.
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 aout 1897"

Le pont Alexandre III, qui doit relier les Champs-Elysées à l’Esplanade des Invalides, mesurera 109m,00 dans sa longueur, c'est-à-dire entre les culées, et 40m,00 de largeur entre les parapets.

Son axe coïncide bien avec l’axe de l'Esplanade, mais ne coupe pas la Seine à angle droit. Le plan légèrement biais, comme les dessins du caisson l’indiquent, accuse un angle avec le quai de 96°22’ du côté aval.

Ce sera un pont en acier, à triple articulation, ne comportant qu'une seule arche, d'un cintre très surbaissé; et par conséquent le système adopté, s’il n’entraîne que la construction de deux culées, exige par contre, pour chacune d'elles, une assiette considérable et un poids important afin de contrebalancer tous les effets de poussée.

Et pour cela, étant donné que le bon sol est présumé se trouver à environ 9m,00 de profondeur, on a lout d'abord eu recours à des enveloppes en tôle qui doivent contenir le béton des basses fondations, et prennent le nom de caissons.

Leurs dimensions seront de 44m,00 sur 33m,50 et 4m,00 de hauteur, avec un cube de 5.896 mètres de maçonnerie.

Les travaux de maçonnerie ont été adjugés à MM. Eugène Letellier et Boutrinquin, le 25 février dernier. Ces entrepreneurs bien connus ont confié à MM. Daydé et Pillé, deux artistes en métallurgie, la confection des deux caissons métalliques.

Notre dessin représente la figure de celui qui vient d’être terminé et monté sur la rive limite de la Seine.

Dès la prise de possession du chantier, on a procédé à la démolition du mur do la berge du quai et il a été établi, au moyen de quelques travaux de terrassement, une plateforme en contre-haut du niveau de l’eau du fleuve et de grandeur suffisante pour dresser le caisson à la place voulue.

Les quatre faces du caisson A, B, C, D, sont composées de plaques de tôle BM rivées entre elles et soutenues, haut et bas, par de doubles feuilles et des cornières également rivées sur les premières : elles constituent dans leur ensemble ce qu’on appelle « la muraille ». Elles prennent une forme arrondie aux quatre angles.

L’intérieur de cette cage métallique est divisé en deux parties dans sa hauteur par une sorte de plancher horizontal en tôle P. La partie inférieure, momentanément vide, prend le nom de "chambre de travail" ; elle a 1m,90 de haut. La partie supérieure, n'ayant aucune dénomination spéciale, sera ultérieurement remplie de béton de cailloux et ciment, avant toute opération de fonçage.

Autant pour donner à la muraille de la rigidité que pour obvier aux inconvénients pouvant résulter du poids de la masse de béton portant sur de simples plaques de tôle et des charges supérieures qui s’accumuleront progressivement, au fur et à mesure de l’enfoncement du caisson, il a été fixé dans sa partie supérieure 27 fermes à treillis, dites américaines, de 2m,00 de hauteur, venant se marier avec les tôles de pourtour. L’une d’elles QR apparait en coupe.

Ces fermes ont, haut et bas sur leurs deux faces, des fers cornières dont les ailes supportent, dans la partie basse, les feuilles de tôle dont se compose le plancher intermédiaire formant plafond de la chambre de travail, et dans la partie haute 13 cornières de rappel UV, établies perpendiculaire-mentaux fermes pour éviter toute torsion.

On remarquera, cependant, que le plancher en tôle ne vient pas toucher la paroi de l’enveloppe générale. Il s’en écarte d'un mètre, comme on le voit en TM ; mais il se relie à la base inférieure de la muraille par une série de tôles sur plan biais, laissant ainsi un vide triangulaire dans tout le périmètre du caisson.

pontalexandre3construction_01.jpg

Ce vide sera comblé par du béton pour assurer l’étanchéité, empêcher l’air comprimé de sortir, renforcer la muraille en tôle dans sa partie inférieure et parer aux éventualités des frottements latéraux. De plus, l’inclinaison est mise ii profil pour l’établissement de contre-fiches de renfort.

Il n’est pas douteux que les 27 fermes, ayant une portée de 44m,00 et livrées à elles-mêmes, flamberaient par leur seul poids; c’est pourquoi dans la chambre de travail, on a placé quatre fermes américaines El, FJ, GN, HL, renforcées de chaque côté par des contre-fiches en fer.

pontalexandre3construction_02.jpg

Ainsi construit, le caisson relié en tous sens et bien raidi ne peut se disloquer ni subir de déformation, bien qu’en somme il ne repose sur le sol que par la faible épaisseur des plaques de tôle de l’encadrement et des quatre fermes qui subdivisent la chambre de travail. Il faut dire cependant qu’elles sont renforcées à 0m,20 de terre par de solides cornières en fer dont le développement se dénomme tranchant ou couteau.

Toutefois, cette contexture même est voulue afin de faciliter l'enfoncement du caisson au fur et à mesure des fouilles. Celles-ci, soit dit en passant, réclameront des soins tout particuliers, une grande prudence et l’application de méthodes spéciales, dictées par une expérience consommée en matière de travaux souterrains.

pontalexandre3construction_03.jpg

Il reste à expliquer ce que sont les dix tubulures S, de 0m,90 de diamètre qui, parlant du plafond de la chambre de travail, aboutissent au-dessus de la plate-forme du caisson.

Elles prennent le nom de cheminées, et c'est par ces conduits que s'opérera l’allée et venue des ouvriers, que s’exécutera la sortie des terres provenant des travaux de terrasse el enfin que l’air comprimé sera introduit. Mais leur utilité n’apparaitra qu’au jour peu éloigné où des tubes accessoires et les écluses ou sas à air seront installées par-dessus.

Ces appareils fonctionneront lorsque la partie supérieure du caisson sera remplie de béton, ils sont destinés à permettre ! sans danger l’entrée et la sortie des hommes comme de tous objets, ainsi que leur passage de l’air libre à l'air comprimé et Dice versa.

Quant à l’air comprimé, il refoulera l’eau et permettra aux ouvriers de travailler à sec jusqu’au moment où le sol définitif de fondation sera atteint.
Le mode d’éclairage employé dans la chambre de travail sera l'électricité.

Pendant que les fouilles s’opéreront; on construira sur la plate-forme extérieure les maçonneries des culées dont le poids empêchera un soulèvement du cqisson s’il y a excès de pression el faciliterai en cas contraire) sa descente.

En un mot, tout dépendra de l’habileté dans la manipulation de l'air comprimé et un succès n’est pas douteux sous la direction de l’infatigable M. Boutrinquin, le vieux praticien si connu des Centraux.

Les terrassements terminés, on remplira la chambre de travail ainsi que les cheminées avec du béton de manière à ne laisser aucun vide et la culée reposera sur un monolithe de près de 6.000 mètres cubes.

La première période du travail est franchie, et actuellement on prépare activement la pose des engins divers indispensables pour continuer l’œuvre dans sa deuxième évolution.

Et ici, on est heureux de constater que la place nécessaire aux approvisionnements, forcément considérables, n’a pas été ménagée aux entrepreneurs, bien qu’elle soit beaucoup plus en longueur qu’en largeur. Il en est ainsi surtout à cause de la position même du pont Alexandre III par rapport au pont de la Concorde qui a créé une situation exceptionnelle sous tous les rapports, qu’envient à coup sûr les constructeurs des Palais.

Quant au matériel de premier ordre dont dispose l’entreprise, il est aussi varié que complet et dénote l’habitude des grands travaux publics dans une maison industrielle de vieille date et qui, tout récemment encore, prêtait son concours à l’édification du pont Mirabeau.
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Re: Pont Alexandre-III à l'Exposition de Paris de 1900

Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 septembre 1897"

Notre première élude sur le pont Alexandre III s’est arrêtée au moment précis où le caisson de la rive droite de la Seine était complètement terminé comme structure métallique et ce, à la dale du 10 juillet dernier.

Dès avant celle époque, les entrepreneurs, MM. Eugène Letellier et Boutrinquin, ont eu à se préoccuper des moyens à employer pour confectionner les mortiers nécessaires aux maçonneries et le béton qui doit combler, tout d'abord, la partie supérieure du caisson, puis dans un temps plus éloigné, la partie inférieure dite "Chambre de Travail".

Ils ont dû songer à l’installation des engins et appareils indispensables pour faire usage de l’air comprimé, appelé à refouler les eaux pendant l’exécution des fouilles et à maintenir le caisson en équilibre tout en permettant sans danger le montage et la sortie des déblais.

pontalexandre3construction_04.jpg

Ensuite, ils avaient è prévoir les approvisionnements, les procédés d'approche des matériaux, tant pour leur trituration que pour leur emploi, les modes d’évacuation et d’enlèvement des terres, l’adduction facile de l'air comprimé, la question d’éclairage et, qui plus est, à tenir compte dans leurs calculs des modifications successives qui s’imposeraient dans l’organisation des divers services par suite du fonçage progressif du caisson.

En outre, il leur fallait chercher à mettre à profit la disposition de l’emplacement où s’exécutent les travaux et surtout des abords, en utilisant les hors de niveau entre le quai proprement dit et le terrain enclos dont ils ont la disposition sur le quai de la Conférence.

Ces différents problèmes, pour variés qu’ils fussent, ont reçu dos solutions qui dénotent un esprit organisateur digne d être signalé. Leur exécution a prouvé du coup d’œil et de l’énergie, comme elle révèle une puissance incontestable dans les moyens d’action.

Les entrepreneurs ont, en première ligne, décidé que les sas à air seraient posés de suite en place définitive; c’est-à-dire que, contrairement à l’usage, les cheminées du caisson seraient prolongées d’une hauteur de dix mètres environ, égale à la profondeur prévue du bon sol, puis coiffées, à demeure, des sas à air.

De cette façon, au cours du travail de maçonnerie, il n’y aura pas de manutention à faire tous les deux mètres, pour hausser les cheminées au fur et à mesure de l’enfoncement du caisson, ni par conséquent de fausse main-d’œuvre pour déplacer et replacer les sas à air. Tout le temps d’arrêt, de ce chef, se trouvera ainsi supprimé.

Et pour procéder à cette opération, on a construit un échafaudage en charpente, d'un certain caractère, léger, gracieux dans sa hardiesse et paré meme d'une certaine pointe de coquetterie.

Il se compose de dix tourelles (R), sortes de petites sapines, dotées d une robuste constitution, car chacune d’elles doit pouvoir supporter la charge d'une écluse dont le poids moyen est de 3.500 kilogrammes. Elles sont reliées entre elles à mi-hauteur.

pontalexandre3construction_05.jpg

On a complété la disposition qui résultait de ce premier travail à l’aide de poteaux intermédiaires, judicieusement distribués sur la surface du caisson; on y a adjoint quelques moises, des jambes de force et on a pu composer de cette manière un plancher général (A) en madriers jointifs dont la présence autorise une circulation active. Ce plancher s élance même (D) hors du périmètre du caisson et plane au-dessus de la Seine pour aider à la projection des terres.

Il est à remarquer que tous les poteaux indistinctement sont, par le bas, garnis d’une gaine mobile en tôle (B) qui a pour but do les isoler pendant l’édification des maçonnerie; de la culée, de manière que, lors de l'achèvement de celles-ci, on puisse sortir les bois sans difficulté. Les vides seront ensuite comblés avec du béton.

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pontalexandre3construction_06.jpg (15.95 Kio) Vu 187 fois

Enfin, le dessus du caisson lui-même est garni de madriers, tant pour faciliter l’établissement de l’échafaudage avec sécurité que dans la prévision des chemins de roulage lorsque le moment sera venu de couler le béton entre les termes de la caisse métallique.

Le plancher (A) de l’échafaud est surtout construit en vue de supporter des voies Decauville sur lesquelles rouleront des wagonnets destinés à recevoir les déblais sortant des sas à air par les tubes obliques (C) et à les conduire au long de l’encorbellement en charpente (D) d’où ils glisseront sur des coulisses jusque dans les bateaux servant de décharge.

Afin de compléter ce qui a trait aux nécessités du travail des fouilles, disons que les entrepreneurs ont installé près de l’entrée des travaux une force motrice (Z) qui produit l’électricité voulue tant pour l’éclairage de la chambre de travail du caisson que pour celui du chantier.

D’autre part, on a exécuté une canalisation qui amène l’air comprimé. La Compagnie Popp fournira cet élément. Deux branchements, au lieu d’un, ont été prévus au cas d un accident possible, car une fois le travail commencé, il doit être mené jusqu’au bout sans interruption.

La question de pression joue un grand rôle. Elle doit augmenter selon le degré d’enfoncement du caisson. Aussi, pour exercer une surveillance continue et obtenir un réglage normal, a-t-on placé à proximité, dans un baraquement (Y) un appareil assez volumineux dit : détendeur de pression.

Pendant que s’est exécutée la pose des sas à air, l'entreprise n’est pas restée inactive et des terrassiers ont commencé dans la chambre de travail, en air libre, des fouilles préparatoires pour le dégagement des couteaux du caisson.

Celui-ci reposait sur des cales pendant qu’on le dressait : or, ces dernières devenaient une gène pour l’enfoncement. C’est pourquoi, après un décapage général d'une trentaine de centimètres, on est venu fouiller méthodiquement sous les couteaux et enlever les cales par places.

Au moment où elles se trouvent réduites à la plus faible quantité possible, des ouvriers se placent près de celles qui subsistent encore et à un signal donné on les fait disparaître sous un effort d’ensemble. Le caisson s’enfonce alors de 0m,50 à 0m,60 sans la moindre déformation. Cette opération délicate a été conduite à bien le 20 juillet dernier.

Il convient maintenant d’examiner ce qui est préparé en vue des travaux de construction.

Et d’abord, il s’agit du béton dont le cube à employer peut être évalué à 6.000 mètres. Le béton étant composé de cailloux et de mortier, il a fallu approvisionner : ciment, sable et cailloux, et leur réserver des emplacements en raison de leur volume. C’est ainsi que l’on a amoncelé dans un hangar (X) le ciment de Boulogne; à un point (H), le caillou, et au point (F) le sable de rivière.

Ces divers matériaux sont amenés par bateaux et ce sont des grues pivotantes qui les entreposent à terre. Toutefois pour le caillou, vu la distance et le contre-haut du quai de la Conférence où se trouve la réserve, on a dû installer un certain appareil en charpente (G) permettant le déversement des bennes dans des wagonnets qui transbordent le caillou sur une surface assez étendue.

L’approvisionnement d’eau se fait dans un bassin en tôle (H) où elle est amenée par des pompes, l'élevant directement de la Seine, cl de ce bassin elle est conduite par des tuyaux vers les deux malaxeurs à mortier (I).

Dans ces conditions, le ciment transporté à l’épaule, et le sable approché près des broyeurs (I) par des petits chariots, ; la trituration se fait dans les cylindres dont l’axe est garni i de palettes et le mortier se répand dans des caisses mobiles (J). Les mouvements sont produits par des dynamos actionnés par une locomobile (K).

A ce moment intervient la grue pivotante (L) qui, suivant le dosage arrêté, va prendre le caillou au point (E) cl le mortier au point (J) et, leur faisant décrire une courbe en l’air, les dépose dans les proportions déterminées sur le plancher an point (AI).

De là, le mélange est projeté dans deux bétonnières accouplées (N) pour qu’il soit parfait. Des wagonnets cueillent alors le béton et les rails Decauville le conduisent à destination sur le caisson. Une fois en place, on procède au pilonnage.

Il est à peine besoin de dire que, lorsqu’on attaquera la culée, le caillou sera remplacé par de la meulière et le caisson s’enfonçant de plus en plus, la même manœuvre subsistera a la seule différence des matériaux mis eu œuvre.

On remarquera sur notre dessin la présence d’une drague et d’un chaland. Elle est explicable et voici pourquoi.

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Le caisson est posé en quelque sorte en bascule comme le fait voir la coupe transversale. Or, tant qu’il n'est pas fait usage de l’air comprimé et tant que le dessus du caisson n’est pas rempli par le béton, les travaux de fouilles n’en continuent pas moins dans la chambre de travail.

Les terres, au lieu d’être remontées, sont directement portées à la Seine cl jetées dans le périmètre tracé par les pieux (Q) où elles se liquéfient en quelque sorte, formant un amas de boues que la drague recueille et renvoie dans le chaland de décharge.

Les travaux de coulis en béton commencés le 10 août ont duré une quinzaine de jours. Les maçonneries ont ensuite commencé.
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