La ferronnerie d'art

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La ferronnerie d'art

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 14 décembre 1889"

Dans les quelques articles qui paraîtront dans la Construction moderne sur la « Ferronnerie d’art, Bronze d’art. Plomberie d’art », Serres, etc. — nous nous attacherons surtout à faire défiler sous les veux des lecteurs les types qui nous ont paru les plus remarquables et que les constructeurs ont bien voulu nous confier pour la reproduction. Les demandes ont été adressées au plus grand nombre et nous ne saurions être responsable des manquants. L’argumentation sera toujours brève, banale même, car nous entendons laisser le lecteur juge doses impressions; les croquis, plus développés que le texte, permettront de se faire une idée prompte de l’objet, et nous laisserons au lecteur le soin de former ses propres appréciations.

Cependant pour la « Ferronnerie » en particulier, je pense qu’on peut dire, sans crainte d’être contredit, que l’Exposition universelle nous a montré vraiment des échantillons remarquables de cet art; certes depuis le moyen âge. on a fait de bien belles choses en ce genre, mais on peut dire qu’il n’a pas dégénéré; à peine pourrait-on lui reprocher une recherche trop subtile de la difficulté à vaincre, qui embrouille un peu le dessin et fait parfois des objets remarquables, mais encombrants et quelquefois incommodes; si on les frôle de trop près, gare aux déchirures.

Nous n’hésitons pas à dire qu’après la céramique qui est l’œuvre maîtresse de l’Exposition dans toutes ses branches, la seconde place revient à la Ferronnerie.

Quant à la méthode à suivre, comme il était fort compliqué de faire une classification, il nous a paru plus simple de prendre l’ordre des constructeurs, peu nombreux, il est vrai, dont les expositions étaient à la fois dans les classes 63 et 25. sans qu’on comprenne bien pourquoi.

L’exposition de M. F. Marrou est en tous points remarquable; chenets, pare-étincelles, lanternes, appliques, pelles, pincettes, armoiries, cadre de glace, feuillages, tout est d’un grand fini d’exécution, d’une abondance de composition qui égalent ce qu’on a fait aux bonnes époques.

Pour abréger, nous ne parlerons en fait de ferronnerie que de la fontaine en fer forgé qui se trouvait au centre de la classe 25. Cet ouvrage rappelle ceux qui s’élevaient autrefois au-dessus des margelles de puits, qui, avec les grilles et balcons, ont fourni autrefois les principaux motifs de décoration. Au premier rang on cite dans ce genre le puits d’Anvers placé devant la cathédrale, élève’' par le peintre Quantin Matzys qui dans sa jeunesse aurait pratiqué l'art du forgeron; on cite encore les fontaines métalliques de Nuremberg, Râle, Kerne; et en France, les armatures de puits de Troyes, Maremssis. Saint-Quentin, Beaune.

La fontaine avec son armature décorative se présente sur un plan triangulaire, — les trois montants s’élèvent en forme de balustres et se rejoignent, en une courbe gracieuse pour former le dôme de l'arcature ; ce berceau se termine, au point de rencontre des trois montants, par un chapiteau portant une figure allégorique ; — un peu au-dessus de la base, les trois montants sont également reliés et en ce point un chapiteau supporte une autre statuette.

Ce morceau d'art, avec son enchevêtrement de volutes et de festons, fouillé comme une dentelle, est une merveille au point de vue des difficultés que présente la forge du fer, — c’est assurément une des plus belles pièces qui ait été exécutée depuis longtemps. — Le style général est du XVIe siècle.

Planche 29 - Balcon & Fontaine en fer forgé
Planche 29 - Balcon & Fontaine en fer forgé

La planche hors texte n° 29 montre une vue d’ensemble de cette pièce si originale, qui a sept mètres de hauteur sur deux mètres de diamètre, les statuettes sont du sculpteur Alph. Guilloux. toutes ces pièces sont forgées, repoussées ou modelées au marteau. La composition est de M. Marron.

Sur la même planche se trouve un balcon genre Mirador d'un tout autre style que la fontaine, mais très beau, aussi dans les détails. Il était exposé à l'esplanade des Invalides. Nous reviendrons ultérieurement sur les différents objets de M. Baudrit, à l’exposition duquel appartenait ce balcon.

Le genre de travail de M. Pierre Desmedt s’inspire presque exclusivement des procédés des glorieux ferronniers flamands. La Flandre d’ailleurs est célèbre pour ses travaux au marteau, ferronnerie et dinanderie.

Son exposition, dans la section belge, d’un excellent effet d’ensemble, comprenant une lanterne d’antichambre, une rampe de balcon et une grille de clôture.

La lanterne, que des documents insuffisants nous empêchent de donner, est cependant une œuvre intéressante : chacun des montants est d'une seule pièce, et ils sont assemblés au moyen de bracelets soudés, le dôme formant une véritable dentelle; c’est d’une exécution très franche, quoique ce soit un peu enchevêtré, mais on cherche trop, en article d’exposition, à vaincre des difficultés pratiques.

Fig. 1 - Balcon
Fig. 1 - Balcon

Le balcon (fig. 1), quoique un peu chargé, est d’une grande perfection d’exécution, et les lignes se mêlent sans enchevêtrement, comme on peut juger par le croquis ci-contre; le lout est assemblé sans rivure ni raccord.

Quant au grand grillage (fig.2), il est d’une ordonnance plus simple, plus heureuse, plus sévère; les soudures sont faites franchement, sans aucun artifice ; le fer par lui-même, en un mot; nous en donnons bipartie supérieure. Les fleurs du couronnement sont bien traitées, et la sorte de frise du dessous plus simple est d’un excellent effet. Aucune pièce n’est l'appliquée, les montants el les traverses n'ont aucune solution de continuité, tout; est forgé l’un dans l'autre.

Fig. 2 - Grillage
Fig. 2 - Grillage

Dans le vestibule de la Galerie des machines qu’on a aussi appelé le Petit Dôme, l’escalier qui conduit au pourtour supérieur de l’immense nef formait avec le tout un ensemble remarquable dont nos lecteurs ont pu déjà se rendre compte dans un précédent dessin — nous ne nous occuperons ici que de la rampe en fer forgé de cet escalier (fig.3). Elle est simple, beaucoup plus que celles des exposants qui ont mis un certain dilettantisme dans leur travail, s’ingéniant en des tours d’adresse du marteau; — malheureusement la perspective du photographe a donné trop d'importance au départ qui écrase un peu le reste. Ce départ est en bronze ainsi que les fleurs.

Fig. 3 - Escalier du vestibule de la Galerie des machines
Fig. 3 - Escalier du vestibule de la Galerie des machines

D’ailleurs cette rampe a un avantage, au point de vue de l'aspect, c’est qu’elle était installée, et ce robuste limon en fer se mariait bien avec l’aménagement intérieur, les deux dernières portes de la classe il (métallurgie), la fontaine en plomb durci et la mécanique de la galerie des machines.

M. Bouhon expose dans la classe 25 des devants de foyer, chenets, écrans en fer forgé cl cuivre ; nous ne saurions mieux montrer tout le mérite de celte, exposition en matière de ferronnerie artistique que par les trois types de chenets (fig. 4, 5, 6), dont nous donnons ici les dessins; ils sont d’une maîtresse facture et ne le cèdent en rien aux œuvres anciennes qui souvent n’ont d’attrait que leur vétusté.

Chenets en fer forgé
Chenets en fer forgé

Le modèle gothique (XIVe siècle) est un véritable petit monument en fer forgé encadrant un dragon en bronze dont la tète supporte la barre d’appui ; sa base d’une bonne ampleur et d’une exécution simple vient ensuite supporter gracieusement la flèche.

Le modèle style renaissance Henri II est entièrement forgé à la main et repoussé au marteau, c’est un travail de forge de premier ordre et comparable aux bons types de cette époque.

Enfin le modèle Louis XIV est un excellent spécimen de repoussé au marteau : Une tète de soleil en fer et cuivre repoussés, et tout autour de gracieuses guirlandes de fer forgé qui l’encadrent très heureusement.

Ce modèle absolument pur de ce style qui a mis de la majesté en toutes choses, continue la grande tradition et on peut le comparer aux collections de Versailles et de nos musées.

L’exposition de M. Bernard (classe 63), était fort riche en objets de tous genres et de tous styles, balcons, rampes, enseignes, flambeaux, réflecteurs, etc.

Nous distinguerons tout d’abord un modèle de balcon en fer poli et bronze ciselé exécuté d’après un dessin de M. Brune; les abonnés de la Construction moderne ont pu voir, dans une des planches parues dans un de nos derniers numéros, le vestibule d’un hôtel de l’avenue d’Iéna, dont M. Brune était l’architecte, et où l’on voit le départ de cet escalier, d’une si majestueuse ordonnance.

Fig. 7 - Rampe d'escalier de l'hôtel J. G.
Fig. 7 - Rampe d'escalier de l'hôtel J. G.

Le dessin ci-contre (fig. 7) en donne un détail à une assez forte échelle.

(A suivre.)


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Texte et illustrations de "La construction moderne - 21 décembre 1889"

Fig. 8 - Enseigne en fer forgé
Fig. 8 - Enseigne en fer forgé

Parmi les enseignes de style Louis XV, le croquis ci-joint (fig, 8) montre l’une d’entre elles avec une console garnie de feuillages, roses et branches diverses, le tout en fer forgé brut, et qu’on verrait avec plaisir, comme autrefois au Marais, à la devanture des boutiques, au lieu de la gravure à l’acide sur glaces qui a fort mal remplacé l’ancienne ferronnerie.

Toujours dans l’exposition de M. Bernard, deux consoles Louis XIV en fer forgé brut et en tôle repoussée : il l’extrémité de chaque console une tète de chimère en forte tôle repoussée soutient la lige de la lanterne, chaque console, y compris la lanterne, mesure 2 mètres de saillie et 2 mètres de hauteur; — puis deux enseignes Louis XV en fer forgé et martelé, — tout cela, d’un art ou mieux d’un goût un peu rétrospectif, nous montre bien avec quelle recherche nos simples boutiquiers des siècles antérieurs cherchaient & rendre leurs devantures attrayantes, et combien nos rues devaient gagner en pittoresque; les devantures en bois masquant la pierre, et les glaces qu’on s’ingénie à faire énormes, ne remplacent qu’imparfaitement l’ancien genre d’enseignes.

Fig. 9 - Candélabre Louis XIV
Fig. 9 - Candélabre Louis XIV

Les candélabres Louis XIV (fig. 9) dont nous donnons ci-contre un dessin tout en fer forgé et mesurant 2m70 de hauteur sont à trois faces, chacune d’elles est ornée de feuillages forgés et de tètes de satyres en tôle repoussée au marteau, des griffes supportent chaque pied; les candélabres sont surmontés de globes maintenus dans des feuilles en tôle repoussée et couronnés de pièces forgées cl martelées; malgré l’adroit agencement des différentes parties et la très délicate façon de chaque pièce, l’aspect général est un peu lourd, surtout à la base. Outre ces candélabres de grande hauteur, deux petits réflecteurs en fer forgé brut et deux flambeaux on fer forgé et martelé du style Louis XV.

Notons encore une branche de houx forgé, d’une seule pièce et divers petits objets en fer forgé.

Parmi les pièces de plus fortes dimensions, une belle grille gothique en fer poli s’ouvrant il deux vantaux aux feuillages en fer, repoussés au marteau, la hauteur étant de 2m10 de large sur 1m80 de hauteur.

Enfin un départ de rampe style Renaissance avec pilastre à jour, complètement en fer forgé, et au-dessus un vase en fer forgé et repoussé; sur le socle du départ un lion ailé entièrement repoussé au marteau; l’ensemble de la rampe est composé d’enroulements forgés et soudés et formant une seule pièce, le tout est orné de feuilles repoussées au marteau. C’est un fort beau travail, brut de forge et de martelage, où l’on n’a pas cherché par le polissage et la ciselure à donner avec le fer les effets plus doux et moins énergiques du bronze.

Nos lecteurs pourront en voir une reproduction très serrée dans une planche de notre prochain numéro; — elle est de la composition du constructeur, ainsi que la plupart des objets exposés, à l’exception toutefois de la rampe en fer forgé et bronze ciselé dû au regretté M. Brune et que nous avons donnée dans le précédent article.

Planche 30 - Départ d'escalier & balustrade en fer forgé
Planche 30 - Départ d'escalier & balustrade en fer forgé

M. Dalifol a accompli un véritable tour de force en copiant la cheminée de Germain Pilon construite en 1590 pour le château de Villeroy. Il a essayé d obtenir, avec l’acier moulé, des effets très curieux d’imitation des aspects divers du marbre et de la pierre; tout le monde connaît celte magnifique cheminée qui est au Louvre, et si on pouvait s’en inspirer pour construire dans le même style, on ne pouvait s'attendre à voir reproduire en métal ce qu’on n’a jamais été accoutumé à voir de cette façon — il n’y a pas de bonnes raisons pour changer cette habitude, — et c’est en tout point regrettable, car au simple aspect de ce monument on voit ce qu’aurait pu nous donner M. Dalifol avec ce métal qu’il semble si bien connaître; mais n’est-on pas un peu victime de la commande et si l'un a ou la chance d'avoir pour client un amateur éclairé, il faut plaindre l’autre qui dépensera beaucoup de travail et de talent dans la réalisation d’une œuvre fausse, comme l’acteur défenseur d’une mauvaise pièce ou l’avocat d’une cause ingrate.

A l’entrée de l’exposition de M. Daudrit, un joli morceau de ferronnerie dont les panneaux du bas supportant les étagères sont d'une composition simple et bien trouvée : cette entrée se termine à l’intérieur par deux départs de rampe également fort simples, mais d'une heureuse ornementation. Parmi les objets exposés à la classe 25 on pouvait voir trois pièces principales. Au centre un portail Louis XV arrangé dans une voussure en fer forgé, dont la disposition est très heureuse, et d’une belle, facture comme travail. La partie de la voussure qui surmonte le portail est tout en fer forgé, volutes, feuilles et culots, tout cela est vivant, gai et d’un très joli style. Le portail est conçu dans un genre un pou différent, que le dessin ne peut rendre; en effet les volutes qui décorent les barreaux sont en tôle repoussée; M. Baudrit a montré là les deux interprétations du style Louis XV, à la façon française pour la voussure, à la façon allemande pour le portail, méthode moins couteuse. Les parties en treillis du bas. figurant les panneaux, sont d'un gracieux effet et bien de l’époque, ainsi que la lanterne charmante de forme qui prend bien sa place sans rien écraser (fig. 10.).

Fig. 10 - Portail Louis XV
Fig. 10 - Portail Louis XV

Nos lecteurs pourront mieux juger de tout son mérite dans le dessin que nous on donnons ci-contre.

De chaque côté de celle grille, deux panneaux de rampe, l'un de l’hôtel Cail en fer forgé et bronze dont les formes se déroulent agréablement et sans effort, l’autre est en fer forgé et poli et en tôle repoussée; les ornements très vivants donnent un grand pittoresque à la composition.

Planche 31 - Grille monumentale en fer forgé
Planche 31 - Grille monumentale en fer forgé

La grille dont nous donnons un dessin dans la planche hors texte (pl. 31) est du style pompeux — les proportions du couronnement sont dans le ton grave et majestueux, elle est entièrement en fer forgé avec ornements en martelé. Elle est pourtant moins plaisante que l’autre, et plus lourde d’aspect avec ses panneaux pleins; il est vrai que c’est l'interprétation de deux styles et de deux modes bien différents.

Fig. 11 - Grille en fer forgé
Fig. 11 - Grille en fer forgé

Les deux autres dessins, la petite grille et le balcon étaient dans le parc. Le croquis de la grille (fig. 11 ) nous montre deux vantaux dissemblables, destinés à des grilles différentes; le vantail de droite est surtout plus gai et plus mouvementé ; il est aussi plus intéressant pour l'œil, car l'art si sobre autrefois des anciens ferronniers n’excluait pas la fantaisie ou mieux la dissemblance; ils ne se croyaient pas forcés de répondre symétriquement aux mûmes ornements de part et d’autre — tandis qu’on retrouve rarement maintenant ces longues volutes en fer de différentes épaisseurs d’une seule pièce, d’un dessin très simple, d’une grande fiabilité et sans adjuvant de tôle repoussée qui quelquefois servent à cacher . des artifices d’atelier. Le repoussé a fait plus de progrès que la forge, si franche, si nette dans ces manifestations; au contraire, dans la tôle au marteau, on est allé jusqu’à la virtuosité, ce qui est plutôt un défaut.

Dans la planche 29, parue dans le dernier numéro, on voit la fontaine de M. Marron, dont nous avons déjà parlé, et un balcon genre Mirador de M. Baudrit. Ce balcon était au Champ-de-Mars.

Il est difficile d’imaginer un grouillement plus original d’ornements qui cependant ne s'entremêlent pas tellement, qu’on ne puisse distinguer assez nettement les détails. La composition n’est pas commune; cependant quant à la commodité pratique de ce balcon, ne pourrait-on pas dire qu’il serait peut-être imprudent, après s’y être accoudé, de se relever un peu brusquement, il pourrait vous en cuire à la tête.

L’art de la Ferronnerie qui est ancien s’est beaucoup enrichi par les lustres cl appliques à bougies, car c’est en fer qu’on a fait le premier bougeoir, mais le fer. qui a été si vile dans la construction, s’est plié moins facilement aux découvertes de la science moderne, et c’est avec hésitation, mais non sans succès cependant, qu’on l’a employé pour supports des éclairages nouveaux, comme l’électricité— Ce que nous n’avons pas vu cependant, c’est, sacrifiant à la mode nouvelle, dés supports pour les grosses lampes à pétrole que Ton met au milieu des tables à la place des surtouts — cette mode qui nous vient d’Angleterre et qui ne nous a pas donné des solutions bien merveilleuses du nouveau système.

Fig. 12 et 13 Lanternes à électricité
Fig. 12 et 13 Lanternes à électricité

MM. Disclyn et Fouchée exposaient parmi leurs divers objets deux lustres spécialement pour l’électricité (fig. 12 et 13) — dans l’un d’eux, le mieux réussi, on a cherché à atténuer la note dure el chaude du fer brut par le fer poli et ciselé imitant la propreté du bronze mieux en harmonie avec les mièvreries de nos ameublements. Il est charmant dans sa composition et dans sa façon, mais est-il bien nécessairement pour l’électricité. On peut dire autrement de l’autre qui ne saurait être utilisé pour un autre usage; sous la cloche, sans issue importante par en haut, sont placés les globes électriques dont les fils passent par le tube central de support; la cloche est supportée par un octogone en fer forgé soutenu par huit cordons en fer autour desquels tournent des feuilles martelées; la partie supérieure de forme cylindrique ne se marie pas très bien avec l’ensemble — de plus le manque d’habitude, en face de cette suspension sans appareil d’éclairage visible, la fait un peu ressembler à une jardinière — elle est pourtant très logique de forme et d’installation.

(A suivre.)
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 28 décembre 1889"

Nous extrayons de l'exposition de MM. Disclyn et Fouchée, et de M. Heinz, dans la section suisse, deux lustres, un lustre à lampe (fig. 14) pour les premiers, et un lustre à bougies (fig. 13) pour le second.

Fig. 13 - Lustre à bougie
Fig. 13 - Lustre à bougie

Il faut croire que ce sont les éclairages les plus anciens qui donnent les dispositions les plus avantageuses, car malgré la qualité d’exécution, que de recherches cl d'ornements de toutes espèces dans ce lustre à lampe qui on cachent toute l’harmonie. Celui de M. Heinz est plus franc dans sa composition et parlant plus simple, plus aisé à comprendre. On voit clairement chaque branche formant volute s’attacher aux fers du deuxième étage pour se réunir au bouton du haut. Il est tout en fer forgé avec feuilles repoussées au marteau.

Fig. 14 - Lustre à lampe
Fig. 14 - Lustre à lampe

Outre ses bronzes (chenets), que M. Morisot exposait à la classe 25 et sur lesquels nous reviendrons dans le Bronze d’art, on pouvait remarquer des grilles devant de feu, du style Louis XV. Nous reproduisons l’une d’elle (fig 16) tout en fer forgé et soudé pour les volutes et grosses pièces, avec feuilles en martelé et rapportées. On peut voir combien la composition en est gaie et mouvementée, c’est d’un charmant décor; mais par suite des complications du travail et de son poids, il ne nous semble pas qu’une telle œuvre soit maniable : elle trouverait très bien son emploi dans nos modernes habitations chauffées par des procédés perfectionnés.

Nous remarquerons à ce sujet, que nos pères avaient su tirer un parti très heureux de l'appareil de chauffage, la cheminée ; nous au contraire, n’avons même pas essayé de rendre visibles et agréables nos nouveaux procédés de chauffage — on les dissimule derrière des glaces basculantes, sous les meubles, dans des coffres à bois, par d’autres moyens plus étonnants, ainsi qu’en offre de si curieux exemples l'hôtel de M. Emile Muller, avenue du Trocadéro.

Fig. 16 - Grille devant le feu
Fig. 16 - Grille devant le feu

Le chenet Louis XV ci-contre (fig. 17) est également de M. Morisot, sa composition est très simple ainsi que son ornementation — mais cependant ces objets semblent être plutôt décoratifs qu'usuels — souvent même le fer se trouvera peu en harmonie avec nos intérieurs presque toujours bas. Je crois que sans trop d’exagération et à peu d’exception près, on peut dire que le fer doit être rejeté dans les ouvrages d’une certaine ampleur, grilles, rampes, etc.

Dans la section Suisse, canton de Bâle, à l’exposition de M. Heinz une collection d’objets dont nous donnons ici des reproductions, sans trop longue nomenclature. — Us sont tous en fer forgé fait ii la main, et montrent tout le charme de cet art et combien légitime est l’attrait qu’il exerce; il était autrefois si répandu que tous les anciens serruriers ne faisaient pas une penture si simple qu’ils ne crussent devoir l’ornementer ou l’écarteler un peu. On peut le dire avec regret, cet art si général est perdu, le forgeron ou maréchal de campagne est sans goût, de même que le menuisier qui autrefois n’eut pas livré armoire ou horloge sans l’avoir quelque peu fouillé en plein bois.

Maintenant la penture est soigneusement dissimulée, alors que dans tout on doit suivre ce principe de laisser apparents tous systèmes de soutiens ou supports, mais alors ce qu'on montre doit avoir un certain cachet, ou une ornementation si simple soit-elle.

Fig. 17 - Chenet Louis XV
Fig. 17 - Chenet Louis XV

Les dessins ci-contre montrent trois serrures (fig. 18, 20), dont la dernière avec appliques et anneau, deux fermoirs de livres (fig. 21,22), dont l’un nous paraît bien réussi, une poignée (fig. 23), en forme de bâton de maréchal, un peu lourd et moins heureux, quatre gonds et pentures et paumelles de formes diverses (fig. 24, 25, 26, 27).


Fig. 18, 19, 20 - Entrées de serrures
Fig. 18, 19, 20 - Entrées de serrures

Fig. 21, 22 - Fermoirs  Fig. 23 - Poignée
Fig. 21, 22 - Fermoirs Fig. 23 - Poignée

Fig. 24, 25, 26 - Gonds, pentures et paumelles
Fig. 24, 25, 26 - Gonds, pentures et paumelles

Fig. 27 - Gond et penture
Fig. 27 - Gond et penture


Un anneau de porte (fig. 28), aux ferrures simples et gracieuses.

Fig. 28 - Anneau de porte
Fig. 28 - Anneau de porte


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Re: La ferronnerie d'art

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 11 janvier 1890"

MM. Moreaux ont participé à l’Exposition comme constructeurs et comme exposants. Nous laisserons les travaux où ils ont été simplement collaborateurs (suivant l’expression adoptée), tels que les fermes de 30 mètres, le grand escalier de la galerie des machines, pour nous occuper plus spécialement de l’exposition de ferronnerie d’art qui, comme celles de MM. Bernard et Bergeotte, était dans la classe 63, alors que les autres étaient dans la classe 23.

La partie principale et la mieux en vue dans l’Exposition était deux panneaux rampants exécutés fidèlement d’après la rampe posée au château de Chantilly et qui mesure 35 mètres de long.

ferronneriedart-23.jpg

Le principe du dessin est un enroulement en forme de volutes, en fer carré à 30 millimètres, s'enroulant les unes à la suite des autres sans solution de continuité, et semblant suivre les degrés de l'escalier; ces fers polis sont ornementés de feuillage forgé soudé, et de cuivre repoussé au marteau cl ciselé; la main courante et le soubassement sont en cuivre fondu. Le. départ, couronné par une tète de bélier avec cornes, montre toute la difficulté et les tours d'adresse du marteleur pour obtenir une aussi grande finesse d'exécution.

L'ornementation complexe est formée de branches de chêne, poignées d’épée, fleurs de lyshéraldiques ou naturels, olifants, etc.

Les soudures sont faites au feu de forge sans brasure; le fer, poli d’ailleurs, permet de s’assurer de la valeur des joints, facile à dissimuler dans le fer noir brut de forge.

Ce panneau était déjà à l’Exposition des arts décoratifs, et comme il a déjà été reproduit, nous n’avons pas cru devoir le donner de nouveau; mais nous donnons dans la planche 30 un dessin d'un balcon, plus modeste et cependant encore d’une grande richesse d’ornementation.— On pourra dire que notre époque a été aussi loin que possible dans ce genre; cependant la composition est plutôt simple et l'ensemble se comprend aisément et s’embrasse, quasi, d’un seul coup-d’œil. Il est en fer et cuivre; en cuivre pour le socle et la main courante et quelques ornements. Sur la même planche le départ d'escalier tout en fer forgé brut, de M. Bernard, et dont nous avons parlé précédemment. — Dans cette exposition se trouvait aussi un panneau en cuivre (de la chapelle de Coudé), dont nous parlerons au sujet du cuivre d’art.

ferronneriedart-24.jpg

Le marteau en acier, représenté dans le dessin ci-contre (fig. 29) est formé de deux oiseaux chimériques. — Cette pièce est une œuvre de patience et de soins, elle est en acier forgé, puis ébauché au ciseau et au burin à chaud, puis à froid, afin d’arriver aux formes à donner. Pour donner une idée de la main-d'œuvre considérable de cet objet qui avait déjà obtenu un prix Crosatier, nous dirons qu’il a non loin de 0 m.50 de hauteur (fig. 29).

Parmi les autres grandes pièces en fer forgé et sculpté, quatre lustres représentant des combats d’animaux, aigle et héron, aigle et serpent, singes, chat sauvage et écureuils, les ailes et les corps des animaux en tôle repoussée.

Les ouvrages de petite serrurerie d’art étaient nombreux, et particulièrement les serrures ciselées dont nous donnons ici quelques exemples dans les figures 30 et 31. — On peut voir toute la finesse du dessin de ces pièces; elles sont d’abord repoussées sur moule, puis reprises au burin.

D’une grande netteté de dessin, avec des ferrures plates aux attaches visibles l’anneau de porte de la figure 32.

ferronneriedart-25.jpg

La maison Bergeotte et Dauvillier exposait dans la classe 63 un ensemble remarquable dont la principale pièce était une porte monumentale en fer forgé d’une exécution fort élégante. C’est une grille Louis XV, ou mieux d’un style de transition, le fronton étant plutôt Louis XIV de la dernière époque ou régence. La charpente est vigoureuse, et la composition n’est pas trop embrouillée, quoiqu’on ait cherché pour l’exécution à prouver toute l’adresse que notre époque s’ingénie à mettre en évidence; les ornements sont en fer martelé. La reproduction que nous en donnons (fig. 33) n’est pas une copie absolument exacte de celle de l'Exposition qui était un peu plus élancée en hauteur.

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Re: La ferronnerie d'art

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 25 janvier 1890"

Les figures 34, 35 et 36 montrent trois landiers, dont l’un (fig. 33) avec candélabres est d’un style plus mièvre; c'est le landier purement décoratif et dont la composition montre la parfaite inutilité; quoique et par cela même qu’on ait cherché et réussi à vaincre maintes difficultés de la forge et du marteau, l’ensemble reste mou et sans grand caractère; comme genre on pourrait l’assimiler à l’époque Louis XV, c'est-à-dire celle où les chenets étaient en usage et où le landier était sans objet; on ne peut cependant nier quel grand effet doit produire, dans une pièce de suffisante grandeur cette devanture de foyer de haute dimension; elle va bien avec notre goût de la chose ancienne, alors cependant que nous vivons d'une façon toute différente. D’ailleurs il est curieux de remarquer que tout objet, même absolument nouveau dans son emploi, n’en est pas moins conçu dans tel ou tel style des époques antérieures; et cependant il nous semble que dans la ferronnerie d'art qui n'a pas en somme reçu une empreinte invincible des siècles précédents, il était possible de renouveler, plus certes qu'en architecture, où les maîtres passés ont fait tant et si bien que l'idéal pour beaucoup est de les bien étudier et de les imiter.

Nos lecteurs jugeront d’ailleurs mieux que nous tout le parti qu’on a su tirer au point de vue ornemental de ces fort belles pièces en fer forgé.

Nous aurons à revenir plus tard sur une autre pièce en fer formant devanture de l’exposition de MM. Bergeotte et Dauvilloi à la classe 63 — c’est un balcon dont la charpente est en fer et les ornements très nombreux en cuivre martelé. —

Landier, genre moyen-âge - Landier et candélabre - Grand chenet, genre Moyen-âge
Landier, genre moyen-âge - Landier et candélabre - Grand chenet, genre Moyen-âge

Les deux autres landiers étaient à l’exposition de M. Favier (classe 25) — ils sont d’un style plus pur, nettement gothique — d’aspect massif, tels qu’ils devaient être, mais plus décorés encore que l’ancien handier proprement dit — qui on le sait, étant un gros chenet de cuisine ou de grande salle commune où l’on mangeait et faisait à manger. — Le landier (fig. 34) porte le brasero caractéristique de son emploi; on y mettait la braise rouge, et il portait un anneau pour le manier plus aisément. Celui de la figure 36 est plutôt un grand chenet qu’un landier, puisqu’il ne porte pas le brasero; c’est le chenet des salles de garde, des galeries, des vastes pièces à manger ou à recevoir. — Il portait l’écusson du maître du lieu et admettait plus d’ornementation; mais les feuilles situées au-dessus de la barre d’appui sont un peu maigres, et elles ne nous paraissent pas remplacer les solides pièces de fer du landier (fig. 31) servant de support pour accrocher pincettes et pelles.

L’exposition de M. Favier se faisait remarquer par l’exécution très franche du fer forgé sans aucun polissage et par l’imitation serrée des styles et des objets anciens. A côté de sujets un peu fatigués d’ornementation comme les lustres, on pouvait voir un très original support do lanterne formé d’un dragon ailé; — dans les objets plus petits, une applique grossière en fer martelé d’une sobriété de style et d’une exécution intéressante. Nous avons renoncé à le reproduire, le dessin n’en pouvant donner que très difficilement une idée.

Fig. 37 - Panneau de rampe en fer poli
Fig. 37 - Panneau de rampe en fer poli

L’entrée principale de l’exposition de celle maison était un panneau de rampe en fer forgé poli (fig. 37), dont le centre est formé par deux personnages en bronze. Les enroulements du fer qui les entourent montrent bien la manière de M. Favier, manière que nous avons retrouvée dans plusieurs de ses autres ouvrages; mais on ne peut que regretter qu’il ait été fait une si complète concession à la mode actuelle : produire avec du fer les effets du bronze. Au point de vue de l’exécution, cette méthode a l’avantage de ne pas dissimuler les trucs d’atelier, mais à un autre point de vue ne semble-t-il pas que les métaux sont assez variés pour avoir chacun leur mode d’emploi rationnel. Le poli plaît plus à l’œil, au détriment de l’art, et peut-être aussi est-il plus facile à entretenir ou à épousseter; M. Favier a dû être un peu victime de la commande.

Fig. 38. - Cadre de petite glace en repoussé
Fig. 38. - Cadre de petite glace en repoussé

Où le fer forgé brut nous montre bien toute sa chaleur malgré ses tons durs, c’est dans le cadre de glace dont nous donnons un croquis (fig. 39) — le feuillage et les fleurs qui l’entourent sont entièrement en fer forgé et martelé, il est fort curieux, mais un peu monotone ; la symétrie y a été trop rigoureusement observée et Ton retrouve mathématiquement à gauche ce qu’on a vu à droite — un peu plus de fantaisie n’eût pas nui. —Le cadre est de 1m20 de liant sur 1 mètre environ.

Un autre, beaucoup plus petit, sorte de miroir, mais non mobile, fixé une fois pour toutes, et dont l’encadrement était en tôle repoussée puis reprise et finie au burin. La plaque est mise sur une maquette en plâtre dont elle prendra la forme au maillet, puis sera retouchée par le ciseleur. Nous en donnons un dessin (fig. 38).

Fig. 39 - Cadre de glace en fer forgé
Fig. 39 - Cadre de glace en fer forgé

Dans le même procédé et entièrement au repoussé sans ciselure, une tète de faune de grandeur naturelle comprenant tout le masque en haut-relief ; l’exécution en est certes plus difficile que pour le petit cadre de glace dont nous avons parlé, à cause de la hauteur des saillies ; mais le dessin n’eût rien dit.

La figure 40 montre un dessin de la maison Moraux frères dont nous avons parlé dans le précédent article.

Fig. 40 - Plaque de serrure
Fig. 40 - Plaque de serrure

Nous terminerons là ce résumé déjà trop long de la ferronnerie d’art; non pas que nous croyons avoir donné tout ce qu’il y avait de mieux dans le genre à l’Exposition, mais certainement, beaucoup d'exemples parmi ces dernières.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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Ernest
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Re: La ferronnerie d'art

Message par Ernest »

Bonjour à vous.
Je suis nouveau. Je me nomme Ernest. Je trouve vraiment magnifiques ces lustresImage de chambre. De plus, je remarque que la ferronnerie d’art est parfaite.C'est une vraie merveille.

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Re: La ferronnerie d'art

Message par worldfairs »

je suis complètement d'accord avec vous, ce sont de véritables chef-oeuvres
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