Pavillon hygiénique

Paris 1889 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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worldfairs
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Pavillon hygiénique

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 26 octobre 1889"

Parmi les questions relatives à l'hygiène, il n’y en a pas de plus intéressante que celle ayant pour objet le traitement des maladies contagieuses, si terribles à certaines époques de l'année dans les grands centres populeux. Aussi n’est-il pas indifférent de constater et d’encourager les efforts des hommes spéciaux qui veulent bien apporter le concours de leur savoir, et de leur expérience, à la médecine, pour l'aider à combattre des maux qui ne deviennent souvent redoutables, que parce qu’ils trouvent une propagation facile dans les milieux où ils éclatent.

M. Auguste Gillot, architecte, est l’auteur d’un pavillon d’isolement, pour le traitement d’un seul malade atteint d’une maladie contagieuse, exposé à l’Exposition universelle, groupe VI, classe 64. Nous allons en faire une description rapide avec les données même que M. Gillot a bien voulu nous fournir.

La construction se compose uniquement de fers, de verres, de dalles et de schistes ardoisiers ; elle est octogonale, comme le montre la figure, et permet une ventilation et un chauffage très faciles. Les angles verticaux et horizontaux sont arrondis de façon à rendre impossible l’accumulation des miasmes. Enfin, le plafond, en forme de calotte sphérique, est d’un aspect fort agréable.

Un pavillon hygiénique - Architecte M. A. Gillot
Un pavillon hygiénique - Architecte M. A. Gillot

L’ossature métallique est calculée de façon à résister, dans les meilleures conditions possibles, aux efforts verticaux et horizontaux. La forme octogonale permet l’emploi de fers très simples. Les fermes, au nombre de huit, sont en treillis et se prolongent jusqu’au sol; elles sont reliées entre elles par des ceintures en fer T et cornières de 30 à 60 millimètres ; elles fermes elles-mêmes sont construites en fer cornière de 48 millimètres et plats de 40 X 8 assemblés par des goussets en tôle de 5 millimètres. Les montants en fer des fermes descendent à 30 centimètres en contrebas du sol et reposent sur une semelle basse en fer. On supprime ainsi toute espèce de maçonnerie.

Les entretoises du plancher formant rayons sont construites de même.

Quant au revêtement de celle ossature métallique, on le fait en schiste ardoisier d’une épaisseur de 5 centimètres, par panneaux séparés et assemblés. On pourrait également employer pour le revêtement des panneaux en tôle de 2 millimètres, en ayant soin de les armer de cornières pour les empêcher de fléchir. L’ensemble de la construction est d’ailleurs démontable par panneau.

Le revêtement intérieur est en glaces brutes (verres-dalles) de 20 millimètres d’épaisseur. Le plancher est en fer T avec dallage en glaces brutes de 25 millimètres; il a une force suffisante pour empêcher les vibrations d’atteindre et d’éprouver les malades.

Le plafond, qui a la forme d’une calotte sphérique, est en fer avec un revêtement en verres de 6 millimètres d’épaisseur. Enfin la couverture est aussi en verre de même épaisseur.

L'accès du pavillon a lieu par deux portes en fer à deux vantaux. Au-dessus de chaque porte, il y a un châssis d’imposte en fer pour la ventilation et s’ouvrant à bascule avec tirage. Le tiers de sa surface s’ouvre complètement ; les deux autres tiers sont munis d’un système spécial d’ouverture ; par cette disposition l’air pénètre dans le pavillon de bas en haut. L’ensemble de la ventilation est complété par une croisée en fer à deux vantaux avec meneau dans le milieu.

Le lanterneau établi au sommet de la calotte sphérique est également en fer. Il supporte des lames de verre formant persiennes pour l’aération. Il est disposé de façon à recevoir un plafond lumineux pour l’éclairage de nuit, avec gaine en tôle.

L’ensemble de cette construction, pour le but qu’elle se propose, paraît être dans d’excellentes conditions d’établissement. Ainsi tout est parfaitement combiné pour isoler très complètement la masse d’air interne de la masse externe ; l’air emprisonné de les parois creuses arrête les ondes sonores, et empêche, en même temps, la transmission des guides extérieurs. L’humidité naturelle du sol n'est pas à craindre, et la ventilation, dite naturelle, ne pouvant se faire efficacement que par des remous d’air, se trouve réalisée par les châssis d’impostes, les portes croisées et les croisées ouvertes sur la face opposée. Enfin, la couverture, en verres blancs, permet d’éclairer le comble et le plafond vitré.

Un pavillon hygiénique - Architecte M. A. Gillot
Un pavillon hygiénique - Architecte M. A. Gillot

Toutes les surfaces étant lisses et à angles arrondis en gorge facilitent la circulation de l’air sans arrêter les molécules qui y
sont en suspension, et de plus permettent les grands lavages sans que l’eau soit retenue par des arêtes horizontales.

Des siphons obturateurs, avec gaines fermant hermétiquement, sont ménagés dans le plancher bas, pour recevoir les eaux de lavage et les poussières miasmatiques provenant des balayures du sol.

Le chauffage s’opère au moyen d’une cheminée tubulaire avec foyer apparent; il y a un chauffe-linge.

Le siège garde-robe à tiroir est dissimule dans le vide de l’ossature en fer ; il est à effet d’eau avec ventilation spéciale.

Enfin, ce qui nous paraît une excellente idée, l'architecte fait descendre le vitrage assez bas pour que le malade, tout en étant couché, puisse voir à l’extérieur quand les portes croisées sont fermées.

L’ameublement est tout entier métallique.

Le pavillon que nous venons de décrire doit être élevé à une certaine hauteur au-dessus du sol. Il peut, dans certains cas particuliers, être dressé dans une galerie couverte d’un facile accès.

M. Gillot, pour le traitement des maladies infectieuses, propose de réunir un certain nombre de ces pavillons et de les relier à un pavillon central réservé au service par des galeries couvertes convergentes.

Les pavillons auraient une orientation uniforme Nord-Sud, de façon à présenter, matin et soir, leur surface aux rayons du soleil. Dans chaque intervalle des pavillons, on sèmerait du gazon et on planterait des arbustes. Enfin, il serait bon d’établir sur le pourtour et surtout du côté Sud, des plantations d’arbres verts résineux formant brise-vents. Ils formeraient des écrans sanitaires préservateurs des habitations voisines.

Tel est en résumé le projet de M. Gillot. Il ne manque pas d'originalité et semble remplir toutes les conditions nécessaires pour un facile établissement; en même temps il est très économique. De plus, les malades seraient ainsi maintenus dans des conditions absolument favorables à leur rétablissement, tout en n’étant plus une cause néfaste d’infection pour ceux qui les entourent.

Nous avons pensé être agréable à nos lecteurs en leur présentant, avec quelques détails, cette conception de M. Gillot, car ils pourront voir que les architectes, eux aussi, savent quelquefois construire économiquement, et, en même temps, se rendre utiles aux malheureux.


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