L'emploi du verre et des émaux dans la construction

Paris 1900 - Architecture, pavilions, gardens, urban furniture
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Re: L'emploi du verre et des émaux dans la construction

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 23 mars 1901"

Pierre de verre. — Comme produit tout nouveau ayant fait son apparition à l’Exposition de 1900, il faut signaler en première ligne la pierre de verre fabriquée par la Société des produits céramiques Garchey. Cette pierre n’est qu’une utilisation du verre ordinaire, mais sous une forme nouvelle. Les propriétés remarquables de ce nouveau produit permettent d’en prévoir un emploi assez important dans la construction, aussi bien comme pavage que comme revêtement ; aussi croyons-nous utile de donner quelques renseignements sur sa fabrication, ses qualités et son mode d’emploi.


Depuis longtemps les chimistes avaient remarqué que le verre maintenu longtemps à une température voisine de sa fusion se cristallise, par suite se dévitrifie et perd sa transparence, comme si ses éléments constitutifs principaux, la silice, la chaux, reprenaient leur état primitif ou formaient un silicate de chaux.

Cette propriété de dévitrification du verre était considérée autrefois comme un défaut ; elle est plus spéciale au verre à bouteilles à cause de sa pauvreté en alcali et de sa richesse en matières terreuses.

Une fois recuit, le verre à bouteilles devenu opaque, blanc et très dur, présente une grande ressemblance avec la porcelaine ; cette remarque faite depuis longtemps par les chimistes et les verriers, avait fait donner à ce produit dévitrifié le nom de porcelaine de Rèaumur.

En pratique, les déchets de verre à bouteilles sont refondus jusqu’au ramollissement, à 1.250 degrés environ ; ils sont ensuite fortement comprimés dans des moules dont les reliefs peuvent être quelconques ; ce qui permet de donner aux blocs fabriqués toutes les ornementations et les moulures dessinées par les architectes.

Néanmoins dans le choix de ces moulures et de ces ornementations, il y aura lieu de tenir compte de la matière employée, matière moulée à chaud et dont le refroidissement n’est régulier que si toutes les parties ont la même épaisseur.

En sortant des moules où ils ont été comprimés, les blocs fabriqués doivent être recuits. Comme l’a fait remarquer M. Charles Gras dans sa brochure sur la « Verrerie française à, l’Exposition », cette recuisson est la pierre d’achoppement de cette fabrication.

La pierre de verre, en effet, tout en ayant l’apparence et l’aspect du granit ou du marbre, n’en est pas moins resté du verre au point de vue de sa composition chimique et n’en exige pas moins une recuisson absolue pour ne pas éclater.

Les pierres de verre bien recuites ne bougent pas ; par contre, si la recuisson est insuffisante ou mal conduite, ces pierres éclateront au bout de quelques jours ou même de quelques mois.

Pour des pavages ou des revêtements verticaux, l’éclatement de quelques morceaux ne cause aucun autre désagrément que leur remplacement. Il n’en serait pas de même des parties voûtées où la chute imprévue d’un voussoir peut occasionner des accidents de personne. 11 y a d’autant plus de raisons de tenir compte de cette remarque dans l’emploi de la pierre de verre que, jusqu’à présent, il n’existe aucun moyen pratique de reconnaître si un verre opaque est bien ou mal recuit.

Si la dévitrification du verre a été complète et non pas seulement superficielle, la masse de la pierre de verre est granuleuse et présente une cassure saccharoïde, qui lui donne l’aspect du marbre blanc.

(A suivre.)


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Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 30 mars 1901"

Pierre de verre (suite). — Examinons maintenant les propriétés de la pierre Garchey ainsi que son mode d’emploi.

Cette pierre artificielle est imperméable et par conséquent non gélive ; elle présente une dureté et surtout une élasticité bien supérieures à celles du verre ordinaire qui a servi il la fabriquer. Elle résiste donc parfaitement aux intempéries, à l’humidité, à la gelée, aux chocs, etc.

Son scellement est relativement facile par suite des aspérités qui existent principalement sur la face des blocs correspondante à la base des moules.

La pierre de verre se fabrique sous des formes très variées et dans une gamme de nuances qui se rapprochent de celles du granit, des pierres naturelles ou des marbres. Ces teintes différentes sont obtenues facilement, en cours de fabrication, par le mélange de verres de différentes natures ou par l’adjonction de matières colorantes appropriées.

Ces blocs moulés qui présentent des moulures décoratives peuvent remplacer, pour la décoration des façades, la pierre de taille sculptée; c’est dans ce cas principalement que l’économie réalisée par la substitution de la pierre artificielle à la pierre naturelle, devient très considérable.

En dehors de la question de premier établissement l’emploi de la pierre de verre pour les parements de maisons présente, au point de vue de l’entretien, un certain avantage, car les ravalements destinés à maintenir les façades dans un bon état de propreté se résument en un simple lavage à l’éponge ou même par jet d’eau.

Par suite de ses nombreuses qualités, la pierre de verre peut donc être utilisée avec avantages dans la construction des bâtiments publics ou privés, principalement pour les hôpitaux et pour les parties en soubassement, en sous-sol ou soumises à une humidité persistante.

Ce nouveau produit a déjà, du reste, reçu un certain nombre d’applications : quelques revêtements des abords du pont Alexandre III, à Paris; marches et contre-marches des escaliers, carrelages, revêtements des stations souterraines du Métropolitain de Paris; revêtements et dallages des salles d’opérations de la Polyclinique, à Genève; soubassements extérieurs, revêtements intérieurs de salles de bains, de douches ou d’inhalation à Brides-les-Bains, à Vichy, à Aix-les-Bains, etc.

Au point de vue du pavage, la pierre do verre pourra peut-être présenter un certain intérêt, du moins dans les pays à climat tempéré où un soleil trop ardent ne pourra pas rendre les pavés trop brûlants.

Ce pavage serait, il est vrai, plus onéreux de premier établissement que les pavages actuels en grès ou en bois. Il aurait par contre d’assez nombreux avantages au point de vue de l’endurance, de la propreté et de l’hygiène. En outre, il coûterait moins cher d’entretien par suite de sa grande résistance à l’usure et de son lavage facile. On peut obtenir, paraît-il, par un moulage spécial des pavés à surface granulée analogue à celle du verre dépoli et offrant aux pieds des chevaux des aspérités en nombre suffisant pour éviter le glissement.

Pour se prononcer sur ce point, il est nécessaire d’attendre les résultats des essais qui sont tentés en ce moment par diverses municipalités dont les plus importantes sont Lyon et Genève.

(A suivre)
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Texte et illustrations de "La construction moderne - 6 avril 1901"

Décoration de la faïence et du grès-cérame.— Les couvertes de la faïence sont le plus souvent un mélange de silice et d’oxyde de plomb ou d’étain. Ce sont donc, au point de vue chimique, des verres très fusibles qu’il est facile de colorer de teintes très diverses.

La faïence ou le grès peuvent recevoir une décoration plus artistique par l’application de couleurs ou d’émaux. Ces deux genres de décoration présentent une certaine analogie avec l’aquarelle et la peinture à l’huile : les couleurs, en effet, ne donnent pas d’épaisseur tandis que les émaux présentent un relief qui peut être rendu plus ou moins appréciable par superposition.

L’ancienne fabrication courante de la faïence décorée exigeait trois cuissons : la première pour le corps de la pâte qui donne le biscuit ; la seconde pour l’émail de la couverte ; la troisième pour les peintures dont les couleurs devaient être cuites à une température moins élevée que la pâte et à l’abri du feu dans des fours spéciaux, en fonte ou en terre cuite, appelés mouffles.

Ces peintures, exécutées sur émail cuit avec emploi de couleurs à base d’essence de térébenthine ou de lavande, dites couleurs de mouffle, adhèrent fortement à la couverte, mais ne font pas corps avec elle.

On a donc songé à peindre sur émail cru, c’est-à-dire non encore cuit, avant de soumettre les poteries ainsi préparées à la deuxième cuisson dont la température doit être assez considérable pour fondre l’émail de la couverte (1000° environ). Il a fallu naturellement employer des couleurs spéciales ne s’altérant pas sous l’action d’un feu violent; ces couleurs ont pris le nom de couleurs grand feu, par opposition avec les couleurs ordinaires de mouffle, dites aussi de petit feu. Entre ces deux types se placent les couleurs demi-grand feu qui résistent à un feu violent de mouffle.

On est arrivé ensuite progressivement à un autre mode de décoration dont les résultats ont été très importants au point de vue de la richesse de la palette et de la solidité des couleurs. Ce nouveau procédé est celui des peintures sous couvertes. Les couleurs placées sous émail qui sont, par ce fait, d’une solidité à toute épreuve, sont naturellement des couleurs de demi-grand ou de grand feu puisqu’elles cuisent à la même température que la couverte, ou même que la pâte si la peinture a été appliquée sur cru ou sur dégourdi, c’est-à dire après séchage ou après une très légère cuisson.

Par suite de la porosité de la plupart des pâtes crues et même cuites, l’emploi de couleurs placées sous une couverte transparente d’émail plombifère, exige une fabrication des plus délicates. Par contre, la décoration avec les émaux sous couverte transparente a permis d’obtenir, avec une facilité relative, des objets présentant un caractère artistique de premier ordre.

Chaque céramiste a son mode de décoration préféré. Ainsi, par exemple, les grès Muller sont le plus souvent décorés au feu de mouffle sur cuit, c’est-à-dire sur une pâte ayant subi une première cuisson. Les délicats émaux de M. Bigot sont des émaux de grand feu, c’est-à-dire appliqués sur cru, et cuits en même temps que la pâte. Les artistiques panneaux de M. Arthur Metz, qui ont le mouvement de véritables aquarelles ou plutôt de peintures à l’huile sont des couleurs d’émail placées sous couverte.

Tous ces procédés exigent un tour de main spécial et personnel à chaque fabricant. M. Metz, par exemple, a dû probablement utiliser, pour la confection des objets qu’il a exposés, le procédé de fabrication qu’il a fait breveter récemment et qui consiste à obtenir une pâte qui durcit rapidement; ce qui supprime le séchage et n’exige qu’une légère cuisson.

Grâce aux progrès de la chimie et aux nombreuses recherches de presque tous les céramistes, l’Exposition nous a montré des émaux aux tonalités de goût moderne, plus mates et moins miroitantes que celles obtenues jusqu’à ce jour. Nous aurons l’occasion d’en signaler de nombreux exemples lorsque nous passerons en revue les objets céramiques qui ont été remarqués à l’Exposition.

Deux fabricants ont synthétisé dans leurs expositions les différents modes de décoration qui sont employés aujourd’hui dans l’industrie et dont nous venons de donner un aperçu.

Pavillon de la céramique. Architecte: M. Provensal, céramistes : MM. Janin et Guérineau
Pavillon de la céramique. Architecte: M. Provensal, céramistes : MM. Janin et Guérineau

MM. Janin et Guérineau avaient édifié près de la Tour Eiffel une petite construction entièrement en céramique, à laquelle ils ont donné le nom de « Pavillon de l’Histoire de la Céramique architecturale ». Ce pavillon, dont la composition très artistique et très moderne est due à M. Provensal, architecte, renfermait des reproductions très diverses de l’art ancien et moderne, dont la fabrication différente pour chaque objet a dû exiger des études très approfondies.

Fontaine monumentale. Architecte: M. P. Sédille, céramiste: M. Lœbnitz
Fontaine monumentale. Architecte: M. P. Sédille, céramiste: M. Lœbnitz

Aux Invalides, la maison Lœbnitz, qui a été l’une des premières en France à s’occuper de la décoration architecturale en faïence et en terre cuite, puisque dès 1878 elle avait fabriqué la porte des Beaux-Arts à l’Exposition Universelle, a présenté sept médaillons céramiques représentant des têtes symboliques et dont chacune avait été obtenue par des procédés différents de décoration : emploi de couleurs ou d’émaux; émaux superposés ou juxtaposés; peintures appliquées sur ou sous couverte crue ou cuite ; pâte ayant ou n’ayant pas reçu par moulage des reliefs ou des cavités faisant corps avec elle.

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Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 20 avril 1901"

Décoration du grès-cérame a la Manufacture nationale de Sèvres. — C’est à l’occasion de l’Exposition de 1900, que la fabrication du grès-cérame a été introduite à la Manufacture de Sèvres.

M. G. Vogt, le directeur des travaux techniques, a publié, comme nous l’avons dit précédemment, une notice qui donne sur les objets en grès-cérame exposés par la manufacture de Sèvres des renseignements de nature à intéresser les architectes et que nous résumons ci-après.

La Manufacture nationale a fabriqué pour l’Exposition un fragment architectural, une fontaine aux Champs-Elysées et la frise ornementale de la façade postérieure du grand Palais des Beaux-Arts.

La composition de cette frise qui orne la façade de l’Avenue d’An-tin et qui représente les diverses périodes de l’Art jusqu’à nos jours, a été confiée à M. Blanc par M. Thomas, architecte de cette partie du Palais des Beaux-Arts.

Cette frise est une mosaïque régulière à raison de 12 carreaux au mètre superficiel.

Elle a d’abord été modelée, puis estampée, aux ateliers de Sèvres, dans les moules fournis par l’architecte.

Quant à la fontaine monumentale et au fragment architectural, ils ont été très admirés à cause de leurs tonalités nouvelles et de leurs couvertes glacées,, demi-mates et cristal-Usées.

Nous trouvons dans la notice de M. G. Vogt des indications précises sur ces couvertes de grand feu et sur les tons qui sont obtenus à Sèvres.

Les couleurs primordiales des couvertes transparentes et glacées, sont le jaune brun de fer, le jaune d'urane, le brun roux de nickel, le brun violâtre de manganèse, le bleu de cobalt, le vert de cuivre et le vert de chrome.

Par simple mélange de ces tons primordiaux, on a obtenu d’autres couleurs, et par addition de couvertes incolores on les a éclaircies pour les amener à la nuance désirée. Le ton chair par exemple est produit par le mélange de la couverte de manganèse avec une couverte incolore ; le gris violet par celui des couvertes au nickel, et au cobalt avec une couverte incolore ; le vert bleuâtre par celui des couvertes de chrome et de cobalt avec la couverte incolore ; le brun doré par celui des couvertes au manganèse et au fer.

Manufacture Nationale de Sèvres
Manufacture Nationale de Sèvres

Les couvertes demi-mates sont surtout destinées au grès employé comme matériaux de construction. On a diminué le glacé et la transparence en vue de donner au produit fabriqué un plus grand caractère de solidité.

Ces couvertes sont composées de manière à pouvoir être cuites en feu réducteur ; elles sont en général préparées par simple mélange et broyées. En dehors de la couverte incolore, les couvertes obtenues sont le jaune, le jaune ivoire, le jaune rougeâtre, le violet tacheté de jaune, le brun jaune cristallin, le brun doré, le vert foncé cristallisé et le bleu gris verdâtre.

Quant au rouge, il a été obtenu par le cuivre en feu réducteur ; en feu oxydant, cette même couverte à base de cuivre devient verte. La cuisson en feu réducteur donne le rouge, puis le noir avec la même couverte à base de cuivre, qui devient verte avec un feu oxydant.

Il nous reste à parler des couvertes cristallisées qui sont jaunes ou incolores et qui s’appliquent facilement sur les grandes pièces en grès.

Pour obtenir de beaux cristaux, il faut mélanger en proportions convenables la potasse et l’oxyde de zinc qui forment les éléments de ces couvertes. Celles-ci s’appliquent sur des %, pièces cuites en biscuit, afin d’éviter la déformation qui se produirait si on opérait sur dégourdi ou sur cru. La cuisson se fait en feu oxydant à la température de 1270° degrés environ.

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 8 mai 1901"

Après avoir parlé, un peu trop longuement peut-être, de la fabrication et de la composition des pâtes céramiques, il nous reste à passer en revue les différents objets exposés, qui ont attiré l’attention des visiteurs.

Un certain nombre de ces objets ne pourraient être employés tels quels dans la construction courante.

Mais les fabricants n’y contredisent pas et ils avouent franchement qu’ils ont voulu montrer par des tours de force industriels que l’industrie céramique française est à l’heure actuelle capable de satisfaire toutes les exigences artistiques et toutes les fantaisies des architectes.

Dans son numéro d’avril dernier, la Construction Moderne a reproduit une petite construction entièrement en céramique due à M. Provensal, architecte, et à MM. Janin et Guérineau, céramistes, ainsi qu’une fontaine monumentale en faïence, fabriquée par la maison Jules Lœbnitz d’après les cartons de M. Sédille, architecte. On a voulu reprocher à cette fontaine son ornementation trop touffue et trop délicate ainsi que le manque de netteté dos grandes lignes du monument qui auraient gagné à être plus dégagées. Ces critiques qui s’adresseraient plus spécialement à l’architecte, ne sont pas fondées ; car il ne faut pas oublier que l’architecte a eu en vue un objet d’exposition commandé par un fabricant qui a voulu résoudre des difficultés céramiques considérées, récemment encore, comme insurmontables.

Toutes les grandes pièces en terre cuite, émaillée ou non, sont d’une difficulté de fabrication dont on ne peut se faire une idée. Une différence d’épaisseur insignifiante peut occasionner au séchage ou lors de la cuisson la fente d’une pièce qui aura déjà demandé plusieurs jours ou même plus d’une semaine de travail. Le retrait de chaque pièce à assembler doit être calculé mathématiquement pour que l’assemblage se fasse dans des conditions capables de satisfaire les plus exigeants.

Fontaine monumentale en faïence<br />M. Madrassi, sculpteur. MM. Foudgé, décorateur; H. Boulenger et Cie, céramistes
Fontaine monumentale en faïence
M. Madrassi, sculpteur. MM. Foudgé, décorateur; H. Boulenger et Cie, céramistes

A l’extrémité des Invalides, se trouvait également une jolie et intéressante fontaine monumentale en faïence au vernis de sel, fabriquée et montée par la faïencerie H. Boulenger et Cie, de Choisy-le-Roi, avec la collaboration de M. Foudjé, décorateur et de M. Madrassi, sculpteur.

Cette fontaine comprenait des pièces de dimensions considérables pour des pièces céramiques. La statue allégorique de femme qui surmontait le monument était d’un seul morceau de 2m,80 de hauteur et 1m,80 de largeur; ce morceau faisait également corps avec l’aigle sur lequel la femme s’appuie.

Le dôme ne comprenait que quatre morceaux. Les quatre grands cintres de la partie voûtée pesaient chacun 700 kilogrammes. Chaque colonne était d’un seul fragment dont le poids atteignait 600 kilogrammes.

A côté des œuvres remarquables exposées par les fabricants de terre cuite vernissée ou non, il est nécessaire de citer en même temps quelques oeuvres décoratives exécutées en grès. La plasticité de la pâte à grès et sa finesse, quand elle est bien composée et travaillée, permettent de reproduire avec netteté et délicatesse des œuvres d’art dues souvent à des sculpteurs de premier ordre, qui acceptent volontiers pour leurs œuvres ce mode de reproduction.

Comme nous l’avons expliqué précédemment, il est plus difficile d’obtenir avec le grès des formes parfaites, à cause de la haute température auquel il doit être soumis. Néanmoins les fabricants arrivent aujourd’hui à des résultats très satisfaisants même à ce point de vue de la régularité des formes.

Les Hespérides, vase en grès émaillé.<br />Sculpteur: L. Chalon; MM. Emile Muller et Cie, céramistes.
Les Hespérides, vase en grès émaillé.
Sculpteur: L. Chalon; MM. Emile Muller et Cie, céramistes.

On peut citer, entre autres, le grand vase : Les Hespérides, du sculpteur Louis Chalon. Ce vase en grès émaillé ne comprend que deux pièces parfaitement raccordées. Le pied, dont l’élément décoratif consiste en trois femmes allégoriques gracieusement drapées, a 1m,25 de hauteur. La vasque, dont les ornementations sont en forme de têtes de poissons, mesure 1m,80 de diamètre et présente une profondeur de 82 centimètres.

La maison Muller, d’Ivry, fabricant du vase dont nous venons de parler, avait également exposé divers objets également en grès vernissé ou émaillé, des œuvres en une seule pièce : du sculpteur Injalbert, le vase : Satyre et Bacchante (hauteur 0m,95, largeur lm,25); le Lion et l’Enfant (hauteur 1m,30, longueur 1m,40) ; du sculpteur Levasseur, une femme à demi couchée représentant la Source et exécutée en un seul morceau de 1m,65 de long sur 1m,32 de hauteur.

D’autres céramistes avaient également montré les produits que l’on obtient aujourd’hui avec le grès. A l’exposition de la classe 72, on a pu admirer des pièces en grès d’une réelle valeur, fabriquées par la maison A. Bigot et Cie, telles que vases, statues, frises, panneaux, etc., exécutées d’après des modèles de maîtres ; un fragment du Théâtre de de Tulle, une colonne carrée, une cheminée, des balcons, etc.

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Message par worldfairs »

Texte et illustrations de "La construction moderne - 22 juin 1901"

Nous exposions dernièrement les nombreuses difficultés de fabrication des pièces en terre cuite ou en grès, de grandes dimensions, qui doivent conserver après cuisson des formes précises pour rester des pièces ornementales et artistiques. Nous faisions également remarquer que la plupart des céramistes français viennent aujourd'hui à bout de ces difficultés, par suite des méthodes scientifiques employées par eux, ainsi que des traditions et des tours de main spéciaux à chaque fabricant.

Nous avons déjà cité nombre d’objets de grande dimension. Nous continuerons aujourd’hui et parlerons d’abord des huit grands vases, en terre cuite qui, au fond de l’Esplanade des Invalides, entouraient la belle fontaine monumentale exécutée par la faïencerie M. Boulenger et Cie, de Choisy-le-Roi, d’après les maquettes du sculpteur Madrassi. La Construction Moderne en a donné une vue d’ensemble dans son dessin qui représente le pavillon de l’orfèvrerie de M. Troppey-Bailly, architecte. Nous avons également reproduit cette fontaine, dans le numéro précédent.

M. R. de Blottefière, ingénieur de la maison Gilardoni fils, A. Brault et Cie, de Choisy-le-Roi, créatrice de ces vases, a donné des détails précis sur leur exécution, dans une notice parue dans le bulletin de la Société des Ingénieurs civils de France, dont nous extrayons les détails suivants :
Chaque vase, en terre cuite, construit pour ainsi dire de toutes pièces, avait 3m,50 de hauteur totale. Sur les huit pièces exposées, six
étaient émaillées, deux autres simplement flambées.

Pour obtenir un effet plus nouveau et plus certain, les fabricants ont eu l’idée de séparer du corps même du vase toutes les parties ornementales qui devaient avoir une couleur de flambé nettement tranchée du fond général. Les ornements avaient donc été moulés, cuits, émaillés et flambés séparément, puis montés et boulonnés par l’intérieur sur la panse elle-même qui avait été établie d’autre part.

Fig 1. Vase en terre cuite émaillée et flambée.<br />Céramistes : Maison Gilardoni Fils, A. Brault et Cie
Fig 1. Vase en terre cuite émaillée et flambée.
Céramistes : Maison Gilardoni Fils, A. Brault et Cie

Ces vases, dont la figure 1 donne un spécimen, étaient par suite constitués par les pièces suivantes :
Le pied, la panse, le col de buire, l’anse avec la cariatide d’avant, les macarons des côtés et les éléments des cadres décoratifs.

Une difficulté spéciale se présentait pour ces vases, c’était l’instabilité relative de l’ensemble d’autant plus à craindre qu’il s’agissait d’objets exposés au contact d’un public nombreux et par suite inconscient du danger.

De plus, le poids lui-même était relativement considérable, chaque vase ne pesant pas moins de 1.000 kilog.

Il a fallu suspendre les panses au moyen d’une traverse boulonnée sur un chandelier intérieur vertical, formé de deux fers à U, assemblés dos à dos. Ce chandelier portait un large patin reposant sur le trottoir, tandis qu’un prolongement des fers verticaux était scellé dans la maçonnerie de base. De la sorte, toute la partie supérieure était supportée par l’âme en fer verticale qui traversait l’ensemble du vase ; le pied ne portait du poids que juste ce qu’il fallait pour éviter tout balancement, et les coffres en buis formant socles ne participaient pas à la charge de la masse supérieure.

Les vases en terre cuite dont nous avons étudié la fabrication de l’ossature, ont reçu des décorations soit par l’émaillage, soit par le flambage. Le rapprochement de teintes différentes, dont quelques-unes avaient des reflets métalliques, donnait lieu à des effets variés, quelquefois bizares, mais en tout cas nouveaux.

Nous ne reviendrons pas sur ce que nous avons déjà dit du flambé. Mais à propos de la décoration de ces vases, nous rappelons que certaines couleurs prennent à la cuisson telles ou telles teintes, suivant que la cuisson a eu lieu dans un four à atmosphère oxydante ou réductive.
Ces colorations diverses sont obtenues avec le fer, le manganèse et le cuivre, métaux à oxydations multiples. L’oxyde de cuivre, par exemple, maintenu à l’état de protoxyde, si l’allure du four est oxydante, donne aux glaçures soit la teinte verte, si elles sont boraciques et plombifères, soit la teinte bleue si elles sont simplement alcalines.

Par contre, en feu réducteur, les oxydes perdent de leur oxygène; l’oxyde de cuivre, par exemple, prend une coloration rouge, qui donne même des irisations métalliques, si la désoxydation est poussée assez loin pour mettre le métal en liberté, à l’état de poudre impalpable.
Ces atmosphères réductrices ou oxydantes se créent en ajoutant dans le four, s’il s’agit du grès, ou dans la mouffle, s’il s’agit de la terre cuite, des carbures tels que le pétrole lourd, du gaz d’éclairage ou même de l’acétylène. Inutile d’insister sur la difficulté de ces opérations de flambage, au double point de vue du danger à éviter que des effets artistiques à obtenir.

La deuxième figure qui accompagne ces lignes représente une porte monumentale entièrement en terre cuite, qui a été exposée par la maison Gilardoni frères, d’Alsace.

Ce portique genre oriental est néanmoins composé de motifs décoratifs modernes.

Il avait 6m,00 de hauteur et 0m,35 d’épaisseur. On remarquait la sévère unité de ton de cette pièce exécutée en terre cuite, sans aucun émaillage, et patinée directement par le feu.

La terre cuite non émaillée et simplement flambée par le feu, est depuis longtemps employée dans la construction, même à l’extérieur des bâtiments. Certaines lucarnes en terre cuite blanche, certaines balustrades, certains clochetons même, placés dans des climats à températures variées, ou dans le voisinage de la mer, ont résisté aussi bien sinon mieux que s’ils avaient été exécutés en pierre tendre.

En 1889, la terre cuite avait été fort utilisée pour les frises ou les panneaux décoratifs des palais des Beaux-Arts au Champ-de-Mars.
A l’Exposition de 1900, le pavillon de la Grèce, inspiré du monastère de Daphni, a été exécuté tout en terre cuite par la maison Jules Lœbnitz. Ce coquet pavillon, qui est l’œuvre de M. Lucien Magne, a été reproduit par la Construction Moderne, et nous aurons l’occasion d’en reparler à propos de certains détails de construction.

Fig 2. Portique de terre cuite.<br />Céramistes : Gilardoni frères, d'Alsace
Fig 2. Portique de terre cuite.
Céramistes : Gilardoni frères, d'Alsace
ceramique-07.jpg (124.6 Kio) Vu 707 fois

Pour en revenir au portique représenté par la figure 2 ci-dessus, nous ajouterons que les éléments céramiques qui le composent sont, non pas seulement des revêtements, mais des pièces moulées faisant corps avec la maçonnerie.

Les pilastres ont un aspect original dû à l’emploi de briques spéciales exécutées d’après les indications de M. Arthur Metz, le céramiste bien connu. Ces briques sont assemblées à joints vifs, le mortier de liaison se trouvant dissimulé à l’intérieur.

Les assises se trouvent néanmoins accusées sur les parements vus par les moulures horizontales que portent les briques.

L’idée de cacher les joints n’est pas entièrement nouvelle, mais elle n’est rationnelle qu’avec la terre cuite non émaillée.

En effet, la porosité de la terre cuite non recouverte permet l’évaporation de l’humidité qui est restée ou s’est introduite derrière le parement vu des pièces céramiques.

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Texte et illustrations de "La construction moderne - 29 juin 1901"

Comme nous l’avons fait remarquer en commençant cette étude, les principales caractéristiques de l’Exposition de 1900 ont été, pour la céramique, la recherche de plus en plus précise de la note artistique dans les compositions, la richesse, la multiplicité des coloris et la grandeur de plus en plus importante des sujets et des panneaux de décoration.

Ces caractéristiques, dont nous avons déjà cité maints exemples, se retrouvent à un haut degré dans les expositions très artistiques que nous allons examiner aujourd’hui.

Fig 1. Fontaine murale, M. Lavirotte, architecte.<br />MM. A. Bigot et A. Halen, céramistes
Fig 1. Fontaine murale, M. Lavirotte, architecte.
MM. A. Bigot et A. Halen, céramistes

La fontaine murale, représentée parla figure 1 ci-contre, a 5 mètres de hauteur sur 2m,75 de large. Elle a été exécutée en grès par MM. A. Bigot et A. Halen céramistes, d’après un modèle dessiné par M. Lavirotte, architecte.

Cette fontaine d’une grande légèreté d’exécution et d’une finesse de tons très remarquable, comprend un motif allégorique central en un seul morceau et plusieurs panneaux et carreaux céramiques de grandeur et de tonalité diverses.

Au point de vue de la fabrication, rappelons que les délicats émaux de Bigot sont des émaux de grand feu, c’est-à-dire cuits à la même température élevée que la pâte de grès sur laquelle ils sont appliqués.

La difficulté de cette fabrication, qui doit forcément être scientifique, est de conserver après cuisson les formes exactes des objets ainsi que les couleurs franches que l’on a recherchées. Les tonalités obtenues ainsi sont en général moins vives que les couleurs de mouffle, cuites à une température moins élevée ; mais elles n’en sont pas moins artistiques et répondent bien au goût moderne.

Parmi les grandes pièces, exposées par la maison dont nous parlons, on peut citer la reproduction d’œuvres déjà mises en place : deux grands panneaux de vestibule, d’après MM. Benouville et Salard, architectes ; une cheminée ornementale pour la salle d’honneur de la Mairie de Blois, composé par M. Renou, architecte ; des tympans dessinés par M. Hervey-Picard, architecte, etc.

D’après les exemples que nous venons d’examiner, on voit que les architectes emploient le grès aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des immeubles. Pourtant, il semble que les qualités du grès, son imperméabilité, sa dureté et la liaison intime de la pâte et de l’émail cuits en même temps à très haute température, devraient le faire utiliser de préférence pour l’ornementation extérieure des bâtiments. Plusieurs architectes partagent du reste cette manière de voir, et Paris possède aujourd’hui quelques maisons en ciment armé décorées par des pièces en grès flammés, qui sont en même temps des matériaux de construction. Employés avec de la brique ou du ciment armé, ces matériaux céramiques font corps avec la construction et remplacent la pierre de taille dont ils ont pour ainsi dire toutes les qualités ornementales.

La terre cuite se cuit à moins haute température que le grès. Les déformations de la pâte sont donc moins à craindre et il est relativement plus facile d’obtenir des teintes franches et bien vives.

A ce point de vue, les faïences exposées par M. Arthur Metz, méritent d’être citées comme modèles du genre. Ce céramiste ne fabrique que de la terre cuite décorée ; il s’est spécialisé dans l’exécution de pièces destinées à la décoration intérieure des bâtiments; ce qui semble bien être du domaine réel de la terre cuite.

Les panneaux exposés ont présenté des dimensions très importantes pour des pièces céramiques. Deux, entre autres, de 2 mètres sur 1 mètre de largeur, parfaitement plans, représentaient l’un un portrait d’ouvrier terrassier arrêté au milieu d’une route ensoleillée, l’autre des fleurs aux couleurs éclatantes se détachant sur un ciel nuancé.

Fif 2. Cheminée en terre cuite; M. Arthur Metz, céramiste.
Fif 2. Cheminée en terre cuite; M. Arthur Metz, céramiste.

Le panneau pour devant ou rétrécissement de cheminée (fig. 2), dont la composition répond bien au goût moderne, représente au centre un paysage aux teintes douces et vaporeuses, et de chaque côté des fleurs à hautes tiges, aux couleurs vives et éclatantes.

Ces peintures décoratives obtenues avec des couleurs cuites à température relativement élevée et sous une couche d'émail protectrice résistent à l’air et à l’eau. Au point de vue artistique, elles méritent d’être remarquées, car elles présentent des empâtements maintenus visibles sans « coulés » et qui rappellent le coup de brosse des peintures à l’huile et par conséquent l’empreinte directe de l’artiste créateur.

En terminant signalons encore une carte de France en relief exécutée en grès et à une échelle assez grande. Cette carte, fabriquée par la maison Muller, a demandé des soins particuliers par suite de la difficulté de conserver les formes exactes de la pâte lors de la cuisson à haute température.

Il ressort de l’examen consciencieux des œuvres diverses exposées en 1900, que la terre cuite et le grès ont chacun des qualités spéciales, qui permettent aux architectes et aux constructeurs de leur donner des emplois variés suivant les divers cas de la pratique.

En principe, et d’après leur mode de fabrication, les grès semblent plutôt destinés à l’ornementation extérieure, et les terres cuites à la décoration intérieure de nos habitations.

Cette règle néanmoins n’a rien d’absolu, car l’architecte doit toujours rester le seul juge des matériaux à employer en vue de la réalisation artistique et néanmoins pratique du programme qu’il a à résoudre.
Pour tout savoir sur les expositions universelles et internationales.
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